Petite vie

La petite vie, c’est le train-train d’une existence prévisible, routinière. L’expression petite vie plate évoque la tristesse, la morosité au quotidien : « Je me suis donc enlisée dans cette petite vie plate jusqu’à m’en écœurer* », confie une femme dans un courrier du cœur.

La Petite Vie, série télévisée créée en 1993 par Claude Meunier pour Radio-Canada, met en scène une famille, les Paré, complètement repliée sur elle-même et incapable d’évoluer. Ses personnages de pôpa et de môman, vieux couple dont la vie romantique et sexuelle est au point mort, se complaisent dans la banalité.

Très populaire, La Petite Vie a régulièrement rassemblé plus de deux millions de téléspectateurs (sur une population totale d’environ sept millions de Québécois) dans les années 1993-1998. Le 20 mars 1995, un peu plus de quatre millions de téléspectateurs ont écouté le dernier épisode de la saison, un record (qui n’a été battu qu’en 2018 avec les 4 410 000 téléspectateurs de l’émission de fin d’année de Radio-Canada Bye bye 2018). Sans doute, les Québécois ont reconnu dans La Petite Vie les ingrédients de leur culture du couple : la cuisine utilisée comme pièce centrale des rencontres et des disputes familiales, les continuelles luttes de pouvoir entre époux, le poids de la routine et des normes conjugales (fusion, fidélité, transparence, obligation de « communiquer » sur tout et sur rien — ce qui produit un verbiage incessant), un quotidien sans perspective de changement, et la mère pilier de la famille.

La famille Paré, théâtre de disputes anecdotiques qui entraînent des péripéties absurdes, refuse de débattre d’enjeux de fond et n’entreprend jamais de transformer son mode de vie. « Aussi, les divorces, les menaces de séparation ou les promesses de succès qui sortiraient le membre de la “petite vie” du clan ne se concrétiseront jamais** », remarquent un historien et un politologue dans un essai critique sur la culture québécoise.

MômanPôpa

*Deschâtelets, Louise. « L’honnêteté masculine ne court pas les rues », Le Journal de Montréal, 14 décembre 2019 — lien.
**Payette, Roger, et Payette, Jean-François. Une fabrique de la servitude. La condition culturelle des Québécois, Montréal, Fides, 2015, p. 117.

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