Zouiz, zwiz

Synonyme de pénis, souvent utilisé sur un ton humoristique. S’écrit de deux manières, mais se prononce invariablement « zwiz ».

« Je me suis fait circoncire ? On m’a charcuté le zwiz sans demander mon consentement ?* », demande le personnage d’un roman pour les 9 à 11 ans, La fabuleuse épopée du zwiz coincé.

BatBizouneGrainePaquetPissetteShaft

*Brouillette, Daniel. Le livre de Bine dont vous êtes le z’héros. La fabuleuse épopée du zwiz coincé, Montréal, Les malins, 2018, chapitre 97.

Zigner

Frotti-frotta sexuel, avec un mouvement répétitif du bassin. Par exemple, des chiens mâles zignent, frottent leur sexe sur les jambes de leurs maîtres ou des visiteurs. Zignage : le fait de zigner.

« Tu te penches et je te zigne. C’est ça la danse pour eux* », selon un observateur inquiet des mœurs de la jeunesse dans une discothèque de Montréal.

Ø Zigner, selon le contexte, peut être synonyme de perdre son temps, de tourner en rond.

*Beauchemin, Philippe. « Dans une discothèque près de chez vous : soirées thématiques osées pour adolescents », Journal de Rosemont—Petite-Patrie, 28 juin 2011, p. CAHB5.

Watcher

De l’anglais to watch : reluquer, zieuter, se rincer l’œil, espionner. « […] on va watcher les pitounes dans l’spa !* » (Voir la définition de pitoune.)

Se watcher : prendre des précautions, se mettre à l’abri. Par exemple, ce colon et bûcheron d’autrefois « […] qui se roulait dans la neige en combines de laine pour tuer les poux, couchait sur un matelas en branches de sapin, devait watcher ses fesses parce que 50 gars loin de leur femme et de la confesse…** »

Le verbe watcher peut devenir un nom. « Je me suis fait éduquer avec l’idée que tu proposes quoi que ce soit à une fille que tu ne connais pas, et tu récoltes 90 % de risque d’humiliation. En partant de ça, tu restes dans ton coin. Je suis de la génération des watchers*** », s’épanche le cinéaste Ricardo Trogi à la sortie de son film Québec-Montréal (2002), comédie dramatique sur les relations hommes-femmes.

Ø Watcher est utilisé à d’autres sauces, par exemple à l’instar de surveiller (la police watche cet individu dangereux), de visionner (watcher une série télévisée), de s’autodiscipliner — watcher sa consommation d’alcool.

*« De Loft Story à Occupation Double 6, maintenant ? », forum de discussion Le Domaine Bleu, 17 avril 2009 — lien.
**Blanchette, Josée. « Le pays dans le pays », Le Devoir, 22 février 2019 — lien.
***Ruer, Juliette. « Québec-Montréal. Sans freins », Voir, 1er août 2002, p. 12.

Vues

Aller ou venir aux vues, c’est sortir ensemble au cinéma… et plus si affinités. Une expression démodée, que l’on entend rarement de nos jours, qui provient de l’expression vues animées, synonyme de cinéma au Québec dès le début du XXe siècle.

« — Tu viendras aux vues avec moi ce soir ? Il sentit qu’elle hésitait* », peut-on lire dans le roman Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, publié en 1945.

« Pt’être ben qu’j’mélange / La vie pis les vues** », chante Gerry Boulet dans la complainte Faut que j’me pousse.

*Roy, Gabrielle. Bonheur d’occasion, Montréal, Boréal, 2009, p. 13.
**Faut que j’me pousse, paroles de Pierre Harel et musique de Gerry Boulet (1972).

Vibrateur

Dans la francophonie, un vibromasseur est le jouet sexuel orgasmotron. Les Québécois utilisent indifféremment les synonymes vibromasseur et vibrateur (de l’anglais vibrator) pour désigner le bidule « fais-moi des choses », mais vibromasseur peut aussi nommer les petits appareils personnels de massage thérapeutique en vente libre (dans les pharmacies, notamment) qui n’ont pas été conçus à des fins sexuelles.

La confusion entre vibromasseur et vibrateur est parfois truculente, par exemple pour les Français. « Lors d’un souper avec mes beaux-parents, ma belle-mère nous a parlé de son nouveau vibromasseur. Sur le coup, je n’ai pas trop compris. Je l’ai trouvée pas mal ouverte pour une femme de son âge, et surtout pas gênée ! Jusqu’à que je comprenne qu’elle parlait d’un vibrateur. Les deux termes sont inversement employés au Québec !* »

*Lumineau, Irène et Marielle. Icitte : les Français au Québec, Laval, Guy Saint-Jean, 2019, p. 96.

Viarge

Prononciation et orthographe déformées du mot vierge. Femme déviargée : dépucelée.

La pièce de théâtre Les Fées ont soif de Denise Boucher (1978) « […] puise son originalité surtout dans l’exploitation de l’image de la Vierge qui rêve d’être “déviargée”.* »

Ø Viarge peut aussi servir d’interjection ou de juron : « Viarge, viarge, viarge d’argent** », chante Paul Piché. Bout d’viarge ! exprime l’exaspération.

Cerise, fraiseDéviarger, déviergerJosephté

*Barrett, Caroline, et Saint-Jacques, Denis. « Les Fées ont soif », Lettres québécoises no 13, février 1979, p. 5 — lien.
**Réjean Pesant, 1977.

Veillée, veiller

Le mot veillée, au Québec, a le même sens que dans le dictionnaire Le Robert, soit une réunion familiale, entre voisins ou amis, après le repas du soir. Mais les Québécois vont aussi veiller en ville (sortir en ville) et veiller dans un bar (sortir dans un bar) : « […] qui peut emprunter l’auto de ses parents pour aller veiller en ville ? Parce qu’à Québec, on ne sort pas dans un bar, on va veiller dans un bar.* »

Passer ou faire un bout de veillée avec : expression vieillotte qui signifie passer une partie de la soirée avec quelqu’un. Souvenir agricole : « Temps de simplicité, de calme et de réflexion où, chaque soir de l’été, d’un bout à l’autre du village, on passait un bon bout de veillée sur la véranda à commenter les événements locaux et à préparer le travail du lendemain.** »

Casseux de veillée ou casseux de party : un individu qui gâche un rassemblement festif en quittant le premier, en incitant les autres invités à le faire, en se contentant de faire acte de présence ou en manifestant avec évidence son envie d’être ailleurs. Au sens figuré : individu à la mentalité rabat-joie.

Dans le forum d’un site web de rencontre, un internaute écrit, pour commenter une discussion portant sur les « hommes sérieux » : « Sérieux genre casseux de veillée ? Sans humour ?*** »

*Dumas, Hugo. « On s’en va veiller en ville », La Presse, 14 octobre 2004, p. LP25.
**Hardy, Maurice. « Le grand ménage du printemps », Le Bulletin des agriculteurs, mai 1990, p. 60.
***Forum rencontres sur Jasez.ca, 7 mai 2014 — lien.

Valentin

Fabriquer et envoyer un valentin : concevoir une carte pour la Saint-Valentin et la faire parvenir à quelqu’un.

Extrait d’un programme éducatif : « […] participe à un atelier créatif où tu pourras fabriquer un valentin spécial avec un message secret que le destinataire lira sans doute avec beaucoup de plaisir !* »

*Le Laurier écolier. Programme éducatif du Musée Laurier. Année scolaire 2015-2016. Niveau primaire, p. 6 — lien.

Union civile

L’union civile est une union légale offerte aux couples québécois depuis 2002, à ne pas confondre avec le mariage civil et l’union libre.

Le gouvernement du Québec, en adoptant en 2002 une loi « pour les personnes de même sexe ou de sexe différent qui souhaitent s’engager publiquement à faire vie commune et à respecter les droits et obligations liés à cet état* », voulait établir une union légale similaire au mariage.

Par la suite, le mariage de partenaires de même sexe a été légalisé au Québec et au Canada sous la pression de tribunaux qui ont tranché des cas de discrimination fondés sur l’orientation sexuelle. L’union civile a perdu de son utilité, mais n’a pas été abolie.

L’union civile existe toujours au moment d’écrire ces lignes en 2023, mais reste très marginale. Les partenaires de même sexe préfèrent, de loin, le mariage à l’union civile.

Cérémonie de mariageCertificat de mariageDivorcer, seMariage privéNouveaux mariésProposer en mariage

*« L’union civile au Québec », Réseau juridique du Québec, 6 août 2019 — lien.

Trou slaque

Elle a le trou slaque : manière vulgaire et insultante d’accuser une femme de coucher avec n’importe qui, de sombrer dans l’adultère ou de se prostituer, le trou en question étant son vagin et slaque, de l’anglais slack, signifiant relâché, desserré, mou.

Synonyme de slaque, en français québécois : lousse.

Discussion entre femmes sur l’accouchement : « […] personne n’a eu le trou slaque comme le dit ma meilleure amie !* »

CharrueCouraillage, courailler, courailleuse, courailleuxCourir la galipoteÉcartadeGerdaGuidouneLousseSauter la clôture

*« Gros vagin après l’accouchement ? », Maman pour la vie, 13 novembre 2009 — lien.

Troller

De l’anglais trolling, méthode de pêche à la ligne qui consiste à laisser traîner un leurre derrière une embarcation qui se déplace lentement. Sur le terrain des relations intimes : attirer l’attention de quelqu’un à force de patience. S’écrit aussi trôller.

« En Gaspésie, les pêcheurs ne diront pas qu’ils s’apprêtent à lancer leurs hameçons à l’eau, mais leurs crocs. Ils utilisent la “trolle” ou palangre », relève un historien. « Dérivés : une trallée d’enfants ou même : aller trôller dans les bars (tendre ses hameçons pour attraper des filles).* »

Ø Dans l’argot d’Internet, troller dans les blogues, les réseaux sociaux, les forums de discussion, consiste à provoquer délibérément des polémiques interminables et à harceler des individus qui n’ont pas cherché la confrontation. Les internautes qui se livrent au trolling, les trolls, sont à l’évidence des gens sexuellement frustrés.

*Dubé, Brigitte. « Un historien met en valeur de savoureuses expressions gaspésiennes », ICI Radio-Canada.ca, 27 mai 2015 — lien.

Trip, tripper

L’anglicisme trip est une aventure olé-olé, en amour ou sur le plan sexuel. Un trip de cul, par exemple.

Lu sur un site web de rencontre : un homme « […] cherche un bon trip de cul, je suis assez ouvert d’esprit je n’ai pas vraiment de limite […].* »

Trip à trois, à quatre, etc. : faire l’amour à plusieurs. 

Tripper sur quelqu’un : être enthousiaste en amour, très épris. « Moi, je pourrais le voir plus, c’est lui qui veut pas. Je sais pas pourquoi ; il trippe sur moi en câlice !** »

Ø Le nom trip et le verbe tripper expriment l’enthousiasme, l’engouement, le plaisir, la passion, etc., dans une foule de circonstances : un trip de drogue, tripper sur les voyages, un spectacle qui fait tripper, etc. Quelqu’un ou quelque chose qui fait tripper est trippant, trippante ou tripatif.

*« trip de cul cochon », Kioux. Le Québec libertinlien.
**Brouillet, Chrystine. Le collectionneur, Montréal, La courte échelle, 2006, p. 111.

Tricoté serré, tricotée serrée

Une famille tricotée serrée, de l’anglais a close-knit family, est étroitement liée par l’entraide et la solidarité.

« Une rencontre avec les Simard est donc une belle occasion de constater que, oui, encore aujourd’hui, il y a des familles tricotées vraiment serrées au Québec.* »

Les immigrants témoignent souvent de la difficulté qu’ils éprouvent, au Québec, à se faire de nouveaux amis, et plus si affinités. « Les Québécois sont “tricotés serrés”. Pendant longtemps, ils ont été isolés en raison de leur langue, de leur culture, de la neige et de l’histoire. Ils ont donc développé un réseau serré dans lequel il n’est pas aisé d’entrer** », explique l’auteur montréalais d’origine belge Hubert Mansion dans un livre destiné aux immigrants européens.

*Bilodeau, Benoît. « Domaine du Petit Saint-Joseph. L’histoire d’une famille tricotée serrée », La Concorde, 8 avril 2015, p. 4.
**Mansion, Hubert. Guide de survie des Européens à Montréal, 3e édition, Montréal, Guides de voyage Ulysse, 2014, p. 113.

Toutoune

La toutoune est une femme qui accuse une évidente surcharge pondérale, loin du poids santé. (En France, on dirait un boudin.) Diminutif : toune.

« Toutoune, petit nom donné à toutes les femmes grassouillettes, potelées, dodues. Malheureusement, les hommes bedonnants ou munis de poignées d’amour n’ont pas d’équivalence. Leur donner le nom de gros toutou n’est pas aussi péjoratif que la grosse toutoune qui est, soit dit en passant, un pléonasme.* »

Baquais, baquaiseGrasset, grassetteGrosse torche, grosse toute trempe

*Arbour, France. « Les “ounes” de notre belle langue », La Voix de l’Est Plus, 14 mai 2014, p. 3.

Tourist room

Mots anglais pour hôtel de passe, lieu de prostitution.

« […] 80 $ pour un “service au tourist room et c’est le client qui paye pour la chambre”.*»

*Pineau, Yann. « Un afficheur inconnu “publie” les tarifs des prostituées du Centre-Sud », La Presse, 7 mars 1998, p. A4.

Totons

Vulgairement, des seins. « Est-ce que voir plein de totons équivaut à voir plein de pénis en érection ?* »

Par dérision, le chroniqueur Pierre Foglia écrivait tôtons avec un accent circonflexe : « elle se regarde dans le miroir et se trouve belle en crisse avec ses gros tôtons tout neufs…** »

Ø Le mot totons est aussi utilisé pour désigner un homme bête, stupide, imbécile, épais.

Ø Faire le toton n’a rien à voir avec la sexualité. Cette expression décrit l’action se de disperser, de courir dans toutes les directions, comme un poulet sans tête.

BoulesBrassièresDevantureJosRack à josSur les hautes

*Chandonnet, Eric. « Victime de la porn : plus de pénis !! », Nightlife.ca, 19 septembre 2013 — lien.
**Foglia, Pierre. « La planète des gros tôtons », La Presse, 25 avril 1991, p. A5.

Taponner

Taponner, se faire taponner : tripoter, se faire tripoter. Souvent synonyme d’attouchement sexuel non désiré.

Fait divers judiciaire : « […] confidences faites par le garçonnet qui se plaignait de se faire “taponner” par l’ami de sa gardienne.* »

Ø Taponner signifie également hésiter, tâtonner.

Abus, abusé, abusée, abuseurFrères mets ta mainFurtivageGroomer, groomingMononcle

*Laroche, Marcel. « Un présumé pédophile aurait agressé des garçonnets… il y a 33 ans ! Le sexagénaire habite avec la propriétaire d’une garderie », La Presse, 19 décembre 1996, p. A8.

Swinguer

Swinguer : danser avec vigueur. Faire swinguer sa compagnie : en dansant, un homme fait virevolter sa partenaire.

« Un party de bureau collectif. Où un gérant de caisse peut swinguer sa compagnie (et plus, si affinités) avec une serveuse de cafés à l’auto.* »

*Martin, Laura. « Party de bureau sur glace. Huit cents personnes festoient avec Alain-François au Palais des sports », La Tribune, 7 décembre 2013, p. 8.

Swingers

Mot anglais synonyme d’échangistes.

« Baiser en couple, c’est permis, et les couples trouvent encore excitant de baiser ensemble. Les swingers se donnent la permission d’explorer leurs fantasmes en public.* »

En 2005, la Cour suprême du Canada a jugé que l’échangisme n’est pas une activité criminelle. Deux propriétaires de clubs échangistes québécois, accusés d’avoir tenu des maisons de débauche, avaient clamé leur innocence jusqu’au plus haut tribunal du pays.

*Blanchette, Josée. « Libre échangisme », Le Devoir, 10 avril 1998, p. B1.

Swell

Mot anglais. Un homme ou une femme swell fait preuve de raffinement, de classe. S’habiller chic and swell : s’habiller avec une évidente recherche d’élégance. Une soirée chic and swell : une soirée distinguée, sophistiquée.

« Dans la soirée du 31 décembre dernier, je fête l’amorce de l’année 2008 chez un membre de ma famille. La maison est belle, le monde est “swell”.* »

Ø Le mot swell peut aussi exprimer quelque chose de positif. « Car encourager la relève artistique, c’est swell.** »

Sur son 36

*Bergeron, Johane. « Vous, mais pas elle », La Presse, 2 février 2008, p. PLUS8.
**Anaïs, Marine. « Zone Homa : éclectisme dans l’Est », Nightlife.ca, 21 juin 2010 — lien.

Sur son 36

Être ou se mettre sur son 36 : s’habiller chic pour séduire, pour plaire. Sous-entends un gros effort, un investissement en temps et en argent, pour se parer de vêtements hors de l’ordinaire.

« Ce sera une vraie grande soirée glam et urbaine, une occasion où jamais de se mettre sur son 36 !* »

« Ma théorie, c’est que plus t’es sale, plus tu veux avoir l’air propre. Alors quand je vois quelqu’un d’un peu trop sur son 36, je me dis : “Il doit cacher quelque chose de puant, celui-là, faut l’avoir à l’œil”** », expose un personnage du romancier Yves Beauchemin.

Ø Le Québec se met sur son 36, les autres pays francophones sur leur 31. Ces expressions proviendraient de l’univers du vêtement : le 31 serait une déformation de « trentain », un « tissu de luxe faire de 30 séries de cent fils », et le 36 serait « une allusion à un tissu dont la largeur standard était de 36 pouces…*** », note le chroniqueur et conseiller linguistique de la Société Radio-Canada Guy Bertrand.

Swell

*Boissonneau, Amélie. « Au bal masqué… », La Nouvelle, 16 mars 2011, p. 19.
**Beauchemin, Yves. La serveuse du Café Cherrier, Montréal, Québec Amérique, 2014, p. 248.
***Bertrand, Guy. 400 capsules linguistiques vol. II, Montréal, Radio-Canada et Michel Brûlé, 2010, p. 94.

Sur les hautes

Une femme avec les seins sur les hautes ou qui est sur les hautes : qui a une poitrine bien visible, apparente. L’expression qualifie aussi les seins aux mamelons saillants, à cause du froid ou de l’excitation sexuelle.

« Sans soutien-gorge, d’accord, mais difficile d’oublier ce détail : les mamelons apparents, ou ce que certains appellent familièrement “être sur les hautes” !* »

Cette expression provient de l’univers de l’automobile. Les Québécois surnomment les hautes les puissants phares antibrouillards de leurs voitures, bien visibles dans l’obscurité.

BoulesBrassièresDevantureJosRack à josTotons

*Laforte, Marie-Ève. « Les meilleurs soutiens-gorge pour vêtements à dos ouvert ou à épaules dénudées », Noovo Moi, 27 juin 2023 — lien.

Suceux de cul

Expression méprisante pour injurier un homosexuel. Synonyme : senteux de pet.

Fait divers judiciaire : « […] assailli par plusieurs manifestants qui l’ont frappé aux avant-bras, à la poitrine et aux épaules en l’invectivant et en le traitant de fif et suceux de cul.* » (Pour la signification du mot fif, voir la définition.)

Fif, fifi, fifureMoumoune

*St-Hilaire, Marc. « Maintien de l’injonction provisoire », Le Quotidien, 11 janvier 2012, p. 6.

Stické, stickée

Être stické ou stickée sur quelqu’un ou quelque chose, de l’anglais stuck on, signifie tomber sous le charme jusqu’à l’obsession, en amour ou dans d’autres dimensions de l’existence.

« C’est pas pour rien que je suis stickée sur McCartney et les Beach Boys* », déclare l’autrice-compositrice-interprète Klô Pelgag (nom de scène de Chloé Pelletier-Gagnon).

Trop sticker sur peut devenir malsain. « Avant, j’étais “stickée” sur ce que les autres pensaient de moi. J’ai gagné en confiance et appris à m’ouvrir aux autres** » — Mélissa Leclerc, gagnante du concours Miss Teen Québec.

FlasherKick, kicker

*Cormier, Sylvain. « Klô Pelgag, avant et après les prix », Le Devoir, 15 décembre 2017 — lien.
**Tremblay, Eric. « Mélissa Leclerc fait partie des 12 finalistes. Miss Teen Québec aspire à gagner la couronne du Canada », Le Journal Saint-François, 2 janvier 2019, p. 12.

Steady

Un chum steady, une blonde steady : le mot anglais steady (stable, régulier) caractérise un couple officiel, coulé dans le béton. (Voir les définitions de chum et de blonde.)

« […] comme les autres, j’rêve d’une blonde steady, d’une maison, d’une job, pis à des enfants plus tard*. »

*Lapointe, Louis-Marie. « Le p’tit coin… TiFlo’s Blues », Le Citadin no 53, 23 mars 2006, p. 27.

Sortir de la garde-robe

Révéler publiquement son homosexualité. De l’anglais to come out of the closet, synonyme de coming out.

« Et si je peux servir de modèle pour certaines personnes, si ça peut aider des gens à sortir de la garde-robe, et si ça peut aider les parents à mieux accepter leur enfant homosexuel, je suis bien fier de ça* » — l’humoriste et animateur télé Dany Turcotte.

Ø En français de France, c’est du placard que sortent les homosexuels.

Être aux hommes, aux femmesGai

*Gratton, Denis. « La séduction de Dany Turcotte », Le Droit, 28 novembre 2009, p. 8.

Social

Le social : les activités de loisirs, où l’on peut revoir des amis ou faire des rencontres. Un centre social est club ou un cercle. Un buveur mondain, qui consomme de l’alcool par convivialité et non par dépendance, est un buveur social ; même phénomène avec le fumeur social. La danse sociale. Un événement social. Une soirée sociale. La vie sociale.

L’expression faire du social signifie croiser de nouveaux visages, bavarder, cumuler les rencontres.

« J’aime le conditionnement physique à la polyvalente, car nous pouvons faire du social en même temps.* » (Une polyvalente, au Québec, est un établissement d’enseignement secondaire qui offre de la formation générale et professionnelle.)

Sorteuse, sorteux

*Gagnon, Hélène. « Vox Pop. Avez-vous de la facilité à être actif l’hiver ? », L’Étoile du Lac, 13 janvier 2010, p. 6.

Snoro

Le sens premier de snoro est celui d’une personne rusée, malicieuse, espiègle. Qualifie également les enfants désobéissants ou farceurs. S’écrit aussi snôro, snorro, snoraud, snoreau. Au féminin : snoraude, snoreaude ou snoroune.

En matière de sexualité, un snoro ou une snoraude a plus d’un tour dans son sac…

Description d’un jouet sexuel baptisé Snoro : « Le Snoro est un vrai champion qui arrive à intégrer toutes les fantaisies sexuelles possibles pour satisfaire le couple et les célibataires.* »

*Boutique Le Prince — lien.

Shape

Mot anglais. L’expression une belle shape signifie une belle silhouette, un corps bien proportionné, tant pour une femme que pour un homme.

« Aujourd’hui, la plupart des hommes qui s’entraînent veulent une belle shape, mais pas nécessairement devenir super gros.* »

Être en shape : être en bonne forme physique. « Je crois que pour être une bonne mère maintenant, il faut être en shape, allaiter, être un peu “grano” sur les bords, éviter le McDo, Disney et la télé avant l’âge de cinq ans !** »

Être schapé, schapée de telle ou telle manière : avoir un corps comme ceci ou cela. « Madonna est tellement plus en shape que ta mère…*** »

L’expression une fille bien schapée imite l’anglais a shapely girl.

Amanché, amanchéeCurvesGreyé, greyée, greyer

*« Une étoile moins brillante : Stallone », Le Journal de Montréal, 25 janvier 2008, p. 73.
**Péloquin, André. « Corps de mamans », Urbania, 8 décembre 2013 — lien.
***« Madonna au Centre Bell », La Clique du Plateau, 31 août 2012 — lien.

Se raccorder

Se raccorder, le contraire de se pousser, est l’art de se réconcilier en couple après une crise ou une absence conjugale.

« Ses longues absences ont fait en sorte qu’il était difficile de se raccorder lorsqu’il revenait et, éventuellement, il s’est lié à une autre femme, une collègue.* »

*Richard, Johanne. « Les cadres supérieurs risquent leur mariage en donnant leur vie au travail », Le Journal de Montréal, 4 novembre 2005, p. 55.

Se pousser

Se pousser : quitter soudainement son ou sa partenaire, sans l’espoir d’une réconciliation. Les motivations de celui ou de celle qui se pousse peuvent relever du sauve-qui-peut (échapper à une relation toxique, à la violence conjugale) ou de la lâcheté (fuir ses responsabilités, abandonner l’autre à son sort).

Tranche de vie : « Il y a quelques semaines, j’ai fait la gaffe de lui dire que je commençais à m’amouracher de lui. Sur le coup il a paru ému, bouleversé, que sais-je. Pis après, ben, ô surprise, il s’est poussé.* »

« Faut que j’me pousse / Y a rien à faire / Toute me donne la frousse / J’mène un train d’enfer** », confie l’auteur-compositeur-interprète Gerry Boulet dans une chanson peine d’amour.

CasserDivorcer, seDomperFlusherLui donner son 4 %Sacrer

*Rosemomz, Brigitte des. « Avoir su… », Urbania, 27 mai 2015 — lien.
**Faut que j’me pousse, paroles de Pierre Harel et musique de Gerry Boulet (1972).

Se passer un jack, un willy

Se passer un jack : se masturber, de l’anglais to jack off. Le mot jack est une allusion au cric utilisé pour soulever une voiture.

En slang (argot) anglais, willy désigne un pénis. Se passer un willy (aussi orthographié willie et willey) : se masturber.

« […] c’était quand même toujours bien le temps de se passer un willey.* »

À la mitaineBranler, branleuse, branleuxCrossage, crosser, crosseur, crosseusePognerPoignet

*Ethier, Catherine. « La branlette », Urbania, 3 juillet 2014 — lien.

Se faire aller

Se faire aller : s’adonner à un rapport sexuel. Aussi utilisé comme synonyme de se masturber.

« Malgré mon cri, il a commencé à se faire aller : en avant, en arrière, en avant, en arrière, en avant, en arrière, et avec vigueur. […] Ça devait faire plusieurs années qu’il n’avait pas fait l’amour, alors il y allait avec fougue et conviction.* »

À la mitaineBotteBranler, branleuse, branleuxCouchetteCrossage, crosser, crosseur, crosseuseFaire l’acteFourrer, fourrable, fourrageFuckPetite vitePognerPoignetScorerSe passer un jack, un willy

*Labrèche, Marie-Sissi. Borderline, Montréal, Boréal, 2000, p. 22.

Scorer

Baiser, le coït. De l’anglais to score : marquer un but dans un sport, une compétition.

« De son côté, l’amant sous pression se désole de n’avoir jamais le temps de sentir le désir monter. Il n’a jamais le privilège de douter, d’être incertain de pouvoir scorer.* »

BotteCouchetteFaire l’acteFourrer, fourrable, fourrageFuckPetite viteSe faire aller

*Boisvert, Lili. « Quand le sexe tue l’amour », Urbania, 22 janvier 2016 — lien.

Sauter la clôture

Sauter la clôture : tromper sa tendre moitié, commettre une infidélité.

« Elle m’a raconté qu’en 20 ans de mariage, elle n’avait jamais même songé à sauter la clôture.* »

CharrueChaud de la pipeCouraillage, courailler, courailleuse, courailleuxCourir la galipoteÉcartadeGerdaGuidouneLousseTrou slaque

*Lagacé, Patrick. « La clôture de la concupiscence », La Presse, 13 février 2013, p. A8.

Sans (préfixe)

Sans allure : individu dénué de bon sens. Sans cœur : personne insensible ou qui manque d’empathie. Sans dessein ou sans génie : imbécile. Sans manières : personne sans éducation, impolie, grossière.

« Un sans génie a trouvé le moyen d’uriner dans un verre pour asperger la visite.* »

*Larochelle, Luc. « Le hockey et rien d’autre », La Tribune, 29 avril 2006, p. 6.

Salaud, salope

Personne malhonnête, déloyale et hypocrite, en amour ou dans d’autres dimensions de l’existence (c’est essentiellement ainsi que les mots salaud, salope sont compris au Québec) ou personne de mœurs légères, qui se prostitue (cette dernière signification est plus présente en Europe).

« Il a commencé à me dénigrer, me traiter de tous les noms possibles comme pute, salope, vache etc. Ensuite, il pleurait et il disait qu’il m’aimait et qu’il s’excusait.* »

Ø Salaud et salope ont aussi le sens, au Québec, de personne sale, malpropre, impolie — qui mange avec ses doigts, par exemple.

*Forum de discussion du site web Psychomédia, 4 décembre 2002 — lien.

Sacrer

Sacrer quelqu’un dehors ou à la porte, : mettre fin à une relation, congédier sans ménagement. Expression fréquemment utilisée dans le cadre d’une séparation ou d’une rupture amoureuse difficile.

« […] la femme qui arrive en pleurant avec son bébé parce que son chum vient de la sacrer dehors*. » (Voir la définition du mot chum.)

Sacrer son camp : rompre et s’enfuir, en amour comme dans d’autres aspects de l’existence. « Ma blonde vient de me laisser. Ce n’est pas la première. C’est la troisième. D’abord je me suis marié. Elle a sacré son camp. Ensuite je me suis fait une blonde. Elle a sacré son camp. Je me suis fait une autre blonde. Elle a sacré son camp elle aussi**. » (Voir la définition du mot blonde.)

CasserDivorcer, seDomperFlusherLui donner son 4 %Se pousser

*Plante, Claude. « Normand Groleau quitte Estrie Aide », La Tribune, 7 novembre 2012, p. 4.
**Désalliers, François. Les géants anonymes, Montréal, Québec Amérique, 2009, p. 17.

Rose nanane

Un film, un roman, une décoration, un concept, etc., rose nanane : trop romantique, mièvre, cucul la praline, à l’eau de rose, ou insignifiant.

« Je suis lassée de l’hypocrisie publicitaire qui nous vend du sexe caché sous une centaine de couches rose nanane pseudo-romantiques*. »

Ø Au Québec, un objet de couleur rose bonbon est dit rose nanane.

*Commentaire d’une internaute à la suite de l’article de Proulx, Steve. « Boycott… », Voir, 4 septembre 2006 — lien.

Relation rebound

Relation rebound ou rebond, de l’expression anglaise rebound relationship : relation temporaire, peu de temps après une rupture.

« La relation rebond sert donc à combler des manques ou des vides dans votre vie.* »

Synonymes : relation Kleenex, relation pansement, relation sparadrap.

La personne qui s’estime instrumentalisée dans cette relation est un ou une rebound. « Il était en procédure de divorce, raconte-t-elle. Je ne voulais pas être son rebound.** »

*Cordeau, Marie-Soleil. « Comment différencier le “rebound” d’une véritable relation ? », Marie-Soleil Cordeau, 20 décembre 2010 — lien.
**Galipeau, Silvia. « Amour (à distance), sexe et pandémie », La Presse, 30 mai 2021 — lien.

Rase-trou, jupe

Jupe très courte, à la hauteur des sous-vêtements.

« Franchement, qu’est-ce qui dégrade le plus la femme : se promener en ville avec un voile sur la tête ou la bédaine à l’air, la jupe rase-trou, et le décolleté de plus en plus plongeant ?* »

*Commentaire d’une internaute à la suite de la chronique de Caron, Jean-François. « Islam Bashing », Voir.ca, 1er novembre 2007 — lien.

Rack à jos

Un rack, en anglais, est un objet qui sert à suspendre, une étagère. Rack à jos désigne un soutien-gorge. Aussi écrit rack-à-jos. (Voir la définition de jos.)

« Dans les boutiques de dessous féminins, le rayon des soutiens-gorge sans bretelle est dévasté. Les quelques rack-à-jos qui échappent à la razzia sont de la taille de la reine mère d’Angleterre ou de Dolly Parton.* »

Le mot rack est aussi utilisé pour désigner les seins : « as-tu vu le rack de cette femme ? (check out the rack of that woman !)** ».

BoulesBrassièresDevantureJosSur les hautesTotons

*Rheault, Ghislaine. « Souliers de bal », Le Soleil, 3 juin 1995, p. A5.
**Laurin, Jacques. Les américanismes : 1 200 mots ou expressions made in USA, Montréal, l’Homme, 2004, p. 149.

Proposer en mariage

Les Québécois vont proposer en mariage, un anglicisme (to propose marriage to somebody), au lieu de demander quelqu’un en mariage.*

« L’homme qui me propose en mariage est tellement doux et bon ! Il me dit souvent que c’est le ciel qui m’a mis sur son chemin.** »

Cérémonie de mariageCertificat de mariageDivorcer, seMariage privéNouveaux mariésUnion civile

*Forest, Jean. Le grand glossaire des anglicismes du Québec. Édition revue et augmentée, Montréal, Triptyque, 2011, p. 267.
**Vézina, Louisette. « Le cœur a-t-il un âge ? », La Tribune, 26 octobre 2000, p. D6.

Poupoune

Poupoune, comme pitoune, est tantôt un terme d’affection, tantôt un mot plus péjoratif pour désigner une « belle femme, mais un peu futile ou sotte* », indique le linguiste Lionel Meney.

Aussi, une femme trop maquillée ou vêtue de manière très aguichante peut être qualifiée de poupoune.

Se poupouner : se maquiller, se faire belle.

« Je suis un peu fatiguée de ce look de princesse “poupoune”, aux allures sexy, qui montre tout, avec la grande fente et le décolleté plongeant.** »

Pitoune

*Meney, Lionel. Dictionnaire québécois-français, Montréal, Guérin, 2003, p. 1353.
*Auger, Marie-Sandrine. « Sur le tapis rouge des Oscars avec Marie Saint Pierre (partie I) », Elle Québec, 26 février 2007 — lien.

Pôpa

Père de famille. Aussi écrit popa. Se dit aussi d’un grand-parent : grand-popa.

« Éteins ta pipe, grand-popa, tu sais ben qu’elle aime pas ça…* »

La Petite Vie, série télévisée créée en 1993 par Claude Meunier pour Radio-Canada, décrit avec un humour sarcastique le quotidien d’une famille nucléaire, avec les personnages de môman et de pôpa. « On rit des frasques d’un père (Ti-mé) qui n’a aucun contrôle sur sa vie et dont le voisinage abuse sans cesse** », résume le journaliste Mathieu-Robert Sauvé dans un essai sur les modèles masculins au Québec.

MômanPetite vie

*Tremblay, Michel. Le passage obligé, Montréal et Arles, Leméac et Actes Sud, 2010, p. 44.
**Mathieu-Robert Sauvé. Échecs et mâles. Les modèles masculins au Québec, du marquis de Montcalm à Jacques Parizeau, Montréal, des Intouchables, 2005, p. 46.

Poignet

Faire l’amour au poignet ou se passer un poignet : se masturber.

Extrait du roman Charles le Téméraire d’Yves Beauchemin : « Charles, ça faisait des mois que je n’avais pas touché à une femme… On a beau se passer un poignet, tu sais comme moi que ça ne suffit pas…* »

À la mitaineBranler, branleuse, branleuxCrossage, crosser, crosseur, crosseusePognerSe passer un jack, un willy

*Beauchemin, Yves. Charles le Téméraire, Anjou, Fides, 2014, p. 1000.

Pogner

Obtenir du succès sur le terrain de la séduction. « Personne ne sait pourquoi, mais il pogne avec les femmes.* »

Pogner le cul, les fesses, les seins : caresser, tâter, tripoter, mets ton doigt où j’ai mon doigt. Cas vécu : « je vois mon chum de dos. Je décide d’aller lui pogner les fesses, mais c’était son frère jumeau !** » (Voir la définition de chum.)

Un universitaire condamne ses confrères « qui sont plus occupés à pogner les boules de leurs étudiantes qu’à réfléchir à l’acculturation québécoise.*** » Pogner les boules signifie tripoter les seins — voir la définition de boules.

Se pogner le bat, la graine, la bizoune, etc., ou la simple expression se pogner, sans complément d’objet : se masturber.

Ø Le verbe pogner possède de nombreux usages qui n’ont rien en commun avec l’univers de la séduction, de l’amour et de la sexualité. Par exemple :

  • pogner les nerfs — s’emporter ;
  • se faire pogner à voler — se faire prendre la main dans le sac ;
  • pogner l’autobus — réussir à monter à bord de l’autobus ;
  • pogner le contrôle — s’approprier le contrôle ;
  • la chicane pogne — la dispute éclate ;
  • pogner une maladie — attraper une maladie ;
  • pogner une job — trouver un emploi ;
  • pogner une allusion — comprendre une allusion ;
  • pogner la radio — capter la radio ;
  • pogner le ballon — attraper le ballon ;
  • se pogner la poche, le cul, le beigne, le bacon, etc., signifier gaspiller son temps ou paresser.

« Le verbe pogner est un québécisme, c’est-à-dire qu’il ne fait pas partie du vocabulaire des Français ; on ne le retrouve ni dans le Petit Robert, ni dans le Petit Larousse, ni dans les autres dictionnaires faits en France**** », souligne une universitaire.

Pognable, pognage

*Roy, Virginie. « Quatre personnages toujours aussi pathétiques », Le Journal de Montréal, 18 août 2007.
**Les beaux malaises, Groupe TVA, 20 janvier 2015.
***Blanchard, Maxime. Le Québec n’existe pas, Montréal, Varia, coll. « Proses de combat », 2017, p. 7.
****Bacon, Nathalie. « Pogner I : Que celui qui n’a jamais dit le mot pogner… jette la première pierre ! » Trésor de la langue française au Québec, Université Laval, mai 1997 — lien.

Pogné, pognée

Un homme pogné, une femme pognée souffre de complexes, refoule ses désirs et ses pulsions, ne parvient pas à exprimer ses sentiments et à vivre une saine intimité.

« Joe est un gars gêné. Il est pogné par en dedans et peu démonstratif.* »

Un individu pogné dans une attitude, une situation, un problème, etc., est coincé dans une situation sans issue, qu’il s’agisse de sa vie intime ou d’une autre sphère de son existence. « Il est pogné dans son image, dans son travail, dans son look, dans son couple. Il est mal dans sa peau. Il a laissé tout le contrôle à sa blonde. C’est typiquement québécois ça.** » (Voir la définition de blonde.)

L’expression se dépogner signifie donc « se débarrasser de certains complexes psychologiques, se décomplexer, se libérer, s’émanciper*** », indique un Dictionnaire des canadianismes.

Pogable, pognagePogner

*Poulin, Yves. « “On se méprend si on croit qu’il se fout de l’équipe”. Demers absout Sakic », Le Soleil, 22 janvier 1994, p. S2.
**Dumas, Hugo. « Ni plus ni moi. Double vie en occupation double », La Presse, Arts et spectacles, 13 mai 2009, p. 3.
***Dulong, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, Sillery, Septentrion, 1999, p. 176.

Poche

La poche : les testicules.

« Un urologue est la seule personne qui puisse se pogner la poche (s’cusez le langage) pendant qu’il parle et que ce soit un geste respectable », observe une blogueuse. « En effet, tout au long de ses explications, Docteur B. se touchait les parties, montrait où étaient les testicules […].* »

Poche molle : insulte adressée à un homme qui manque d’énergie ou de virilité, bien que l’expression n’ait aucun sens — avez-vous déjà vu un testicule rigide et impétueux ?

Ø L’adjectif poche peut être utilisé, au Québec, pour exprimer que quelqu’un ou quelque chose est mauvais, raté, ou encore ennuyeux, abrutissant. Un spectacle poche, par exemple.

Ø Le sens commun du nom féminin poche est celui d’un sac qui contient une substance sèche, poudreuse ou granulaire (une poche de céréales, de farine, de ciment, etc.).

ChnollesGorlotsGossesPaquet

*« Cache-cache de cou-couilles !!! », X-Mom, 3 mars 2011 — lien.

Plotte

Mot vulgaire pour désigner une femme, avec de lourds sous-entendus sexuels. Aussi écrit plote.

« Tout le monde disait qu’elle était une putain, puis une plotte, à cause qu’elle allait coucher avec… avec… un peu tout le monde.* »

Le mot plotte peut être suivi de compléments :

  • Plotte à cash, beauté superficielle au bras d’un homme riche. Communiqué de presse : « La Coalition nationale contre les publicités sexistes (CNCPS) dénonce un concours, le Party “Plotte à cash”, qui aura lieu en fin de semaine au Chalet Nightclub à Brossard et auquel les organisateurs invitent les jeunes filles à participer […].** »
  • Une plotte à puck, associée aux joueurs de hockey — le mot anglais puck désigne la rondelle de caoutchouc que les joueurs se disputent sur la patinoire.
  • Une plotte à char ou à tires, compagne d’un homme qui possède un gros véhicule motorisé. (Au Québec, un char est une voiture ; tire, en anglais, signifie pneu.)
  • Grosse plotte sale : insulte pour traiter une femme de prostituée.

Le mot plotte est aussi utilisé, tout aussi vulgairement, pour désigner l’organe génital de la femme.

Contrepèterie très connue au Québec : « La flotte de la reine est prête », donc « la plotte de la reine est frette » — le mot frette signifie froide.

Ø Avoir la plotte à terre : être très fatigué ou démoralisé, sur un ton grossier. En 2009, l’attachée parlementaire d’un député français, Pierre Lasbordes, a suggéré à ce dernier d’accueillir à Paris le premier ministre du Québec Jean Charest avec un petit mot de bienvenue humoristique en français québécois. Pierre Lasbordes a donc déclaré à son invité, pour lui demander si son voyage n’avait pas été difficile : « J’espère que vous n’avez pas trop la plotte à terre, comme on le dit au Québec. » L’attachée parlementaire avait déniché sur internet une version salace de « Avoir la langue à terre », qui signifie (poliment) le fait d’être exténué… Embarras diplomatique.***

MinouNoune

*Dufour, Rose. Je vous salue… Marion, Carmen, Clémentine, Eddy, Jo-Annie, Nancy, Jade, Lili, Virginie, Marie-Pierre  : le point zéro de la prostitution, Sainte-Foy, MultiMondes, 2005, p. 348.
**Coalition nationale contre les publicités sexistes, « Concours “Plotte à cash” — Un mépris dégradant pour la femme et qui dépasse les bornes », Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine, 4 février 2011 — lien.
***Lemieux, Julie. « “Plotte à terre” : les dessous d’une gaffe », Le Soleil, 10 février 2009 — lien.

Pitoune

Pitoune est, pour certains, un mot affectueux pour désigner une femme. « Nicole, pardon ma pitoune, pardon* », supplie un personnage du film Une histoire inventée (d’André Forcier, 1990).

Pitoune peut également désigner une femme de forte taille, massive. (Une pitoune, dans le vocabulaire traditionnel des bûcherons, est une bille de bois ronde et allongée pour la fabrication du papier.) « La Pitoune ça c’était une belle fille / Pas trop grande ni trop p’tite** », chantait La Bolduc dans les années 1930.

Mais pitoune, de nos jours, désigne généralement une femme-objet, jeune et sexy.

« Le mot pitoune viendrait des aventures de bûcherons anglophones qui retrouvaient, après des mois de labeur, des dames au mœurs légères à un endroit particulier que l’on appelait l’Happy Town qui était l’équivalent du “red light” de la rue Sanguinet de Montréal dans les années 1930-1950 », explique Jean Séguin dans son Recueil d’expressions et de mots québécois. « Nos ancêtres convertirent encore une fois ces mots anglais et y associèrent l’idée d’une belle femme. L’histoire ne dit pas comment s’est fait le transfert de la bille de bois à la belle femme.*** »

Pitoune de char : jeune et jolie femme, légèrement vêtue ou en bikini, utilisée pour la promotion d’une voiture dans une foire commerciale ou lors d’une course automobile. (Un char est une automobile, une voiture privée.)

Poupoune

*Forcier, André, et Marcotte, Jacques. Une histoire inventée, Montréal, Roseau, 1990, p. 96.
**La Pitoune, chanson de Mary Travers dite La Bolduc, 1930.
***Séguin, Jean. Recueil d’expressions et de mots québécois vol. I, Saint-Constant, Broquet, 2008, p. 250.

Pissette

Synonyme de pénis, sur le ton de la raillerie.

Extrait d’un roman policier : « […] il avait choisi la spécialité d’urologue parce qu’il y avait de la demande, “et certainement pas par amour des pissettes”, plaisantait-il. (La véritable pissette est un appareil de laboratoire, mais ça, il l’ignorait sans doute.)* »

Ø En effet, la pissette est aussi un récipient en verre ou en plastique utilisé dans les laboratoires médicaux et scientifiques pour le lavage des précipités et des filtres.

Agace, agace-pissetteBatBizouneGrainePaquetShaftZouiz, zwiz

*Meunier, Sylvain. L’homme qui détestait le golf, Montréal, La courte échelle, 2008, p. 91.

Pichou

Pichou : personne laide, répugnante.

« […] une femme laide comme un pichou qu’on engrosse tous les deux ans* », que dépeint le romancier Victor-Lévy Beaulieu.

Le pichou est une chaussure traditionnelle autochtone en cuir, indique le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, qui précise : « Mais c’est l’image de la chaussure elle-même, avec le cuir ratatiné et cousu à l’empeigne sur le dessus du pied, qui expliquerait l’expression laid, laide comme un pichou.** »

AgrèsAmanchureChenille à poilCrapetFaire durLaite

*Beaulieu, Victor Lévy. Bouscotte, vol. 1 : Le goût du beau risque, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2001, p. 160.
**Office québécois de la langue française. « pichou », Grand dictionnaire terminologiquelien.

Petite vite

Rapport sexuel expéditif. Aussi écrit et prononcé p’tite vite.

« Je me contenterais d’une “petite vite” une fois par semaine* », soupire une jeune mère en manque de sensualité.

Synonyme, que l’on rencontre ailleurs dans la francophonie : quickie, du slang anglais (quick signifie « rapide »).

Ø Raconter une petite vite : narrer une brève blague humoristique.

Ø Se faire passer une petite vite : se faire arnaquer, duper.

BotteCouchetteFaire l’acteFourrer, fourrable, fourrageFuckScorerSe faire aller

*Boily, Andrée. « Jeune mère trop fatiguée pour le sexe », Progrès-dimanche, 13 juin 2010, p. 74.

Petite vie

La petite vie, c’est le train-train d’une existence prévisible, routinière. L’expression petite vie plate évoque la tristesse, la morosité au quotidien : « Je me suis donc enlisée dans cette petite vie plate jusqu’à m’en écœurer* », confie une femme dans un courrier du cœur.

La Petite Vie, série télévisée créée en 1993 par Claude Meunier pour Radio-Canada, met en scène une famille, les Paré, complètement repliée sur elle-même et incapable d’évoluer. Ses personnages de pôpa et de môman, vieux couple dont la vie romantique et sexuelle est au point mort, se complaisent dans la banalité.

Très populaire, La Petite Vie a régulièrement rassemblé plus de deux millions de téléspectateurs (sur une population totale d’environ sept millions de Québécois) dans les années 1993-1998. Le 20 mars 1995, un peu plus de quatre millions de téléspectateurs ont écouté le dernier épisode de la saison, un record (qui n’a été battu qu’en 2018 avec les 4 410 000 téléspectateurs de l’émission de fin d’année de Radio-Canada Bye bye 2018). Sans doute, les Québécois ont reconnu dans La Petite Vie les ingrédients de leur culture du couple : la cuisine utilisée comme pièce centrale des rencontres et des disputes familiales, les continuelles luttes de pouvoir entre époux, le poids de la routine et des normes conjugales (fusion, fidélité, transparence, obligation de « communiquer » sur tout et sur rien — ce qui produit un verbiage incessant), un quotidien sans perspective de changement, et la mère pilier de la famille.

La famille Paré, théâtre de disputes anecdotiques qui entraînent des péripéties absurdes, refuse de débattre d’enjeux de fond et n’entreprend jamais de transformer son mode de vie. « Aussi, les divorces, les menaces de séparation ou les promesses de succès qui sortiraient le membre de la “petite vie” du clan ne se concrétiseront jamais** », remarquent un historien et un politologue dans un essai critique sur la culture québécoise.

MômanPôpa

*Deschâtelets, Louise. « L’honnêteté masculine ne court pas les rues », Le Journal de Montréal, 14 décembre 2019 — lien.
**Payette, Roger, et Payette, Jean-François. Une fabrique de la servitude. La condition culturelle des Québécois, Montréal, Fides, 2015, p. 117.

Péteux

Orifice du postérieur. Aussi écrit et prononcé pèteux.

« Dans l’espoir qu’un rayon de soleil se fraie un chemin dans mon pèteux et apporte de la sérotonine à mon cerveau* », écrit une journaliste dans un article sur les prétendues vertus de l’exposition de l’anus au soleil.

Ø Un péteux peut aussi qualifier un individu prétentieux, snob. Péter de la broue : se vanter, se montrer vaniteux.

*PM, Audrey. « J’ai essayé l’ensoleillement de l’anus, la nouvelle fureur “welness” », Urbania, 26 novembre 2019 — lien.

Pénispliquer

Traduction québécoise du mot anglais mansplaining : lorsqu’un homme explique à une femme, sur un ton paternaliste ou condescendant, ce qu’elle sait déjà.

« “Pénispliquer”, c’est sous-entendre qu’une femme ne possède pas assez de connaissances sur un sujet donné* », indique Radio-Canada.

Synonyme : phalluspliquer.

*« En Français SVP : remplacer mansplaining par “pénispliquer” », On dira ce qu’on voudra, ICI Radio-Canada Première, 1er novembre 2016 — lien.

Pas vivable

Une personne pas vivable est un individu très désagréable avec qui l’on ne veut plus partager le quotidien. Situation pas vivable : insupportable, intenable.

Intervention dans un forum de discussion : « Car si c’est pour la vie entre toi et ton chum, il faudra trouver des solutions, sinon ce ne sera pas vivable pour vous tous…* » (Voir la définition du mot chum.)

Pas sortable

*Forum de discussion du site web Psychomédia, 1er novembre 2000 — lien.

Pas sortable

Une personne pas sortable, exaspérante en société, ruine une sortie romantique ou un plan drague.

« “Pas sortable” et fière de l’être ! À l’aube de ses 25 ans, Vanessa Thibodeau assume sans gêne sa personnalité éclatante et son déficit d’attention.* »

Pas vivable

*« “Pas sortable” et fière de l’être ! », Tout inclus, ICI Radio-Canada, 28 juillet 2020 — lien.

Pas mal, pas pire

La litote est une figure de style qui « consiste à atténuer l’expression de sa pensée pour faire entendre le plus en disant le moins », indique le dictionnaire Le Robert.

La plupart des litotes du langage courant, au Québec, suggèrent une idée par la négation de son contraire. Par exemple : « Il ne fait pas chaud dehors » quand la température extérieure plonge à 25 degrés Celsius sous zéro, et le célèbre vers du poète Gaston Miron : « Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver » (à propos du destin du peuple québécois).

Dans le lexique amoureux, les Québécois sont particulièrement portés sur la litote, manière commode de ne pas dire franchement ce que l’on ressent pour l’autre, de tourner autour du pot, et d’éviter de passer pour un chanteur de pomme. Voici quelques exemples :

  • Elle est pas pire ou il est pas pire, elle n’est pas laide ou il n’est pas laid : voici une femme ou un homme d’une grande beauté. « Je suis un gars pas pire d’apparence […]* », écrit un homme sur un site web intitulé Modèles du Québec.
  • J’y ferais pas mal peut se traduire par : « J’aimerais tant l’embrasser, lui faire passionnément l’amour ». « N’empêche, y’est peut-être pas utile le gars, mais y’est pas laite non plus. J’y ferais pas mal moi, en tout cas !** » (Voir la définition du mot laite.)
  • Dans l’expression pas mal cute, « pas mal » doit se traduire par « très ». « Elle est pas mal cute, ta petite blonde. Je suis impressionné.*** ». (Voir les définitions de cute et blonde.)
  • Entendu de la bouche d’une personnalité publique que nous ne nommerons pas pour préserver sa réputation : « J’ai fourré pire », à propos des jolies femmes qui le titillent. (Voir la définition du mot fourrer.)

*« PORTFOLIO MDQ5843 », Modèles du Québeclien.
**Verreault, Mélissa. « L’homme-poubelle », Urbania, 26 septembre 2011 — lien.
***Decoste, Marc-André. Les mots de la délivrance, Candiac, Créations MAD, 2012, p. 139.

Paquet

Appareil génital mâle. Paquet désigne tantôt le membre et les testicules, tantôt le pénis seulement.

« Des fois, juste des p’tits becs sur l’intérieur des cuisses, les testicules et le pubis peuvent donner des frissons et faire lever le paquet.* »

BatBizouneChnollesGorlotsGrainePissettePocheShaftZouiz, zwiz

*Duchesne, Charles-Olivier. « GayTalk #12 : Des affaires qui allument les hommes (NSFW) », Le Cahier, 10 octobre 2016 — lien.

Nu-vite

Exhibitionniste qui, par bravade, surgit flambant nu lors d’un rassemblement public, généralement un événement sportif. S’écrit avec ou sans trait d’union (nuvite).

« Il risque la prison aux États-Unis pour un nu-vite », titrent Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec du 2 octobre 2014. « Le jeune Québécois qui a traversé un terrain de football américain complètement nu a l’impression d’avoir réalisé un rêve de jeunesse. Mais, dans l’attente de son procès, il craint maintenant d’être emprisonné aux États-Unis.* »

Lors des cérémonies de clôture des Jeux olympiques de 1976 au stade de Montréal, un nu-vite a gaiement gambadé devant 60 000 personnes, les caméras et les téléspectateurs du monde entier.

*Laurin-Desjardins, Camille. « Il risque la prison aux États-Unis pour un nu-vite », Le Journal de Montréal, 2 octobre 2014, p. 6.

Nouveaux mariés

Les Québécois disent et écrivent nouveaux mariés, un anglicisme (newlyweds), au lieu de jeunes mariés.*

« 25 % des nouveaux mariés ont au moins 50 ans !** »

Cérémonie de mariageCertificat de mariageDivorcer, seMariage privéProposer en mariageUnion civile

*Forest, Jean. Le grand glossaire des anglicismes du Québec. Édition revue et augmentée, Montréal, Triptyque, 2011, p. 221.
**Gagnon, Sophie. « 25 % des nouveaux mariés ont au moins 50 ans ! », viragemagazine.com, 24 août 2022 — lien.

Nounoune

La nounoune : « Brave fille niaise et, malheureusement, insignifiante* », selon le Dictionnaire des injures québécoises.

Passage d’un roman : « Écoute, je suis dinde, mais pas assez pour pas comprendre qu’un cerveau dans ton genre va se tanner bien vite de vivre avec une nounoune.** »

Un chroniqueur de La Presse remarque que nounoune est un mot « qui, étrangement, est féminisé d’emblée, ce qui prouve que le langage n’est jamais neutre ni exempt de préjugés. On aurait aussi pu dire : nono. Désigne à peu près tout le monde, sauf vous, bien sûr.*** »

Ø Nounoune n’a pas toujours été péjoratif. Dans le roman Chéri de l’écrivaine française Colette (1920), un jeune homme surnomme tendrement sa maîtresse « Nounoune », pour évoquer la « nounou » et la « nourrice ».

Ø Nounounerie : bêtise, stupidité collective. Mot entré dans l’édition 2022 du dictionnaire Petit Larousse.

Gougoune

*Dulude, Yvon, et Trait, Jean-Claude. Dictionnaire des injures québécoises, Montréal, Stanké, 1996, p. 301.
**Meunier, Sylvain. L’homme qui détestait le golf, Montréal, La courte échelle, 2008, p. 107.
***Journet, Paul. « Les mots de l’année », La Presse, 30 décembre 2019 — lien.

Noune

Organe génital féminin. « La noune me pique. J’suis toute sale* », nous apprend un forum de discussion.

Noune est un mot particulier en français québécois, à la fois vulgaire et humoristique — comme son pendant masculin bizoune.

« Au profit du cancer des testicules, l’album The Dark Side Of The Noune était lancé hier soir au Club Soda ! […] Tout au long de la soirée, c’est la noune géante qui a volé la vedette !** » (The Dark Side of the Moon, titre d’un célèbre album du groupe rock britannique Pink Floyd lancé en 1973.)

Un gratte-noune, sur le visage d’un homme, est un petit pinceau de poils allant de la lèvre inférieure jusqu’au milieu du menton. « Tout y est, de la chevelure de jais et des dents de pur-sang d’une blancheur à peine supportable jusqu’au petit pinceau sub-labial appelé “gratte-noune”***» : c’est ainsi que l’écrivain québécois Louis Hamelin décrit le visage d’un confrère en littérature, Joseph Boyden.

MinouPlotte

*Forum de discussion du site web Le Domaine Bleu, 6 mai 2009 — lien.
**« Une noune géante pour le lancement de The Dark Side Of The Noune ! », Nightlife.ca, 26 mars 2014 — lien.
***Hamelin, Louis. « La chair humaine », Le Devoir, 22 juillet 2006 — lien.

Noces de papier

Faux mariage pour faciliter l’immigration ou pour obtenir la citoyenneté, ce que les Français nomment mariage blanc.

Les noces de papier, c’est le titre d’un film du cinéaste québécois Michel Brault, lancé en 1990, « l’histoire (tout à fait plausible, puisqu’elle s’est déjà produite à quelques détails près) d’une professeure d’université qui accepte de contracter un mariage blanc avec un immigrant chilien qu’elle ne connaît pas, et dont le visa de séjour est expiré, afin de lui éviter la déportation dans son pays d’origine* », résume un critique de cinéma.

Ø Ne pas confondre ce mariage sans amour avec le premier anniversaire d’un mariage, que l’on surnomme noces de papier. (Deux années de mariage sont célébrées par les noces de coton, 15 années par les noces de cristal, 25 ans par les noces d’argent, etc.)

*Marsolais, Gilles. « Un film bref sur l’amour », 24 images no 48, 1990, p. 12 — lien.

Necker, necking

Necker, verbe qui signifie embrasser, se peloter. De l’anglais to neck.

« […] lieu de prédilection des jeunes qui montent en “gang” jusqu’au plus haut sommet pour boire une bière, profiter du paysage ou “necker”, en bon québécois.* »

Le necking a la même signification : « nous passons le reste de la soirée à faire du necking jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus.** »

Faire du parkingFrench, frenchage, frencher, french kiss

*« Gatineau », Urbania, 12 octobre 2011 — lien.
**Bélanger, Jacques. Alexandra Wong, Sillery, Septentrion, 1990, p. 237.

Nanane

Avoir son nanane : obtenir satisfaction, entre autres sur le plan sexuel. Synonyme : avoir son biscuit.

« Ceci dit, en ce qui me concerne, c’est très rare que moi je ne l’ai pas, mon nanane, hihi !!* »

Ø Autre signification de nanane : ce qui est utilisé pour séduire ou tromper quelqu’un de manière hypocrite.

Nanane provient du mot français nanan qui, au milieu du XVIIe siècle, signifiait friandise.

*Discussion sur la fellation dans le site web Mamanpourlavie.com, 13 janvier 2011 — lien.

MTS

Sigle pour maladies transmises sexuellement. En Europe, on dit plutôt maladies sexuellement transmissibles (MST). Dans le Québec prémoderne, les hommes volages et les femmes de mauvaise vie colportaient ce que l’on appelait les maladies vénériennes.

La santé publique québécoise tente depuis plusieurs années de déloger le sigle MTS. « Les MTS, maladies transmissibles sexuellement, ont changé de nom. On les appelle maintenant infections transmissibles sexuellement (ITS) », indique un site web gouvernemental. « Le mot “infection” est plus juste parce qu’il peut y avoir présence ou non de symptômes. Le mot “maladie” est associé à la présence de symptômes. Ainsi, une personne atteinte d’une ITS ne se sent pas nécessairement malade et peut transmettre l’infection.* »

L’expression avoir des bibittes peut signaler une infection transmise sexuellement, par analogie avec des démangeaisons d’insectes au génital.

Ø Avoir des bibittes peut aussi signifier souffrir de problèmes d’ordre personnel ou psychologique, sans rapport avec la sexualité.

*« MTS, ITS, ITSS… je ne vois pas la différence ! », À bien y penser, Tel-jeunes et Ministère de la Santé et des services sociaux — lien.

Move

Faire un move : faire les premiers pas. Anglicisme (to make the first move). Prononcer « mouve ».

« Je colle mon épaule un peu plus fort contre la sienne, en me demandant si je devrais l’embrasser. Je ne sais jamais quand faire un move.* »

Un bon move, un mauvais move : une bonne ou mauvaise manœuvre.

Ø Faire un move, un bon move peuvent également exprimer une décision, une action, un geste, etc., dans une foule de circonstances qui n’ont rien à voir avec l’amour et la sexualité.

*Simard, Matthieu. Pavel, épisode 3. L’amour m’écœure, Montréal, La courte échelle, 2008, p. 7.

Moumoune

Nom ou qualificatif pour dénigrer un homosexuel ou un homme hétéro efféminé.

« Veux, veux pas, il y a des façons de penser dont on ne se défait pas si facilement que ça. Et un gars qui est homme au foyer, on trouve ça moumoune.* »

Ø Aussi utilisé comme synonyme de mollesse, pour accuser une personne (homme ou femme), une organisation, une collectivité, etc., de faiblesse et de médiocrité : « Osez donc dire encore que les jeunes sont moumounes !** »

Ø Par accumulation, les lâches engendrent de la moumounerie. « Il faut l’admettre, on a au Québec une bonne tradition de moumounerie. La moumounerie, c’est une manière de contourner le problème.*** ».

Fif, fifi, fifureSuceux de cul

*Germain, Rafaële. « Profession : femme au foyer. Acte de courage ou retour en arrière ? », La Presse, 15 février 2003, p. A25.
**Gagnon, Pierre-Luc. « Les jeunes sont-ils paresseux ? », Le Quotidien, 6 juillet 2006, p. 11.
***Beaudet, Pierre. « Le charme discret de la moumounerie », Presse-toi à gauche !, 13 août 2012 — lien.

Mononcle

Au sens propre, mononcle fusionne les mots « mon oncle » pour désigner un lien de parenté. Aussi écrit et prononcé mononc’.

Au sens figuré, un mononcle est un homme (avec ou sans lien de parenté) à la fois ringard et vicieux, qui se régale de blagues sexuellement explicites, qui réclame sans cesse des becs (des bisous) aux jeunes femmes de son entourage, qui les taponne (tente de les caresser) ou qui sombre dans le harcèlement.

« Parce qu’on ne se le cachera pas : en tant que femme, on a toutes été témoins ou victimes de ces mononcles qui aiment trop les femmes* », écrit une blogueuse.

Ø Le mot matante, pour « ma tante », ne possède pas le sens figuré et le sous-entendu scabreux de mononcle.

Abus, abusé, abusée, abuseurFrères mets ta mainFurtivageGroomer, groomingTaponner

*Longpré, Bianca. « Être un mononcle cochon », Le Huffington Post Québec, 2 juillet 2015 — lien.

Môman

Maman, mère de famille québécoise. Aussi écrit moman et mouman.

« 25 ans dans ’cuisine / Les couches et les commissions / Le ménage, le lavage / L’r’passage pis les r’pas / Les enfants mettent même pas / Leur linge sale dans l’panier / Ben sûr moman est là* », chante Sylvain Lelièvre.

Cette figure maternelle a été portée à son paroxysme dans la série télévisée La Petite Vie, créée en 1993 par Claude Meunier pour Radio-Canada. Cette satire surréaliste d’une famille de la classe moyenne, et méta-parodie des téléromans québécois, met en scène la famille Paré : les personnages de pôpa et de môman, couple dans la cinquantaine dont le train-train quotidien est constamment perturbé par leurs quatre enfants et d’autres visiteurs. Môman ne s’intéresse qu’à sa cuisine, son mari à ses vidanges. Leur vie sentimentale ne tient qu’à un fil, leur vie sexuelle est inexistante, et ils n’ont aucune prise sur la réalité.

Dans une famille québécoise, l’homme peut surnommer sa partenaire môman au lieu de « ma chérie », « mon amour » ou autre terme affectueux. Habitude troublante, mélange de régression (l’homme utilise le même mot que ses enfants pour s’adresser à sa femme…) et d’inceste — faire l’amour avec quelqu’un que l’on appelle maman…

Petite viePôpa

*Moman est là, 1979.

Minoune

Le mot minoune est une marque d’affection envers une femme.

« T’es complètement soûle, ma minoune.* »

Une vieille minoune est une femme en déclin, peu attirante.

La minoune peut aussi désigner le sexe féminin : « Ma fille sait qu’elle a un vagin », explique une internaute. « Elle sait que maman peut avoir un bébé dans son ventre, que maman a une “minoune” comme elle sauf avec du poil.** »

Ø Une voiture usagée en mauvais état est qualifiée de minoune.

DoudouneMinouNounePoupoune

*Vézina, France. Osther, le chat criblé d’étoiles, Montréal, Boréal, 2012, p. 163.
**« Expliquez-vous la sexualité à vos petits ? », Mamanpourlavie.com, 24 avril 2008 — lien.

Minouchage, minouche, minoucher

Minoucher quelqu’un, faire minouche ou du minouchage : câlins, mamours et caresses. 

« Hé ! les amoureux, je vous surveille, je vous ai à l’œil. Pas de minouchage.* »

Ø Un minoucheur ou une minoucheuse peut chercher à plaire quelqu’un de manière complaisante, intéressée (synonymes : flatter, licher). « Que minoucheur, c’est un canadianisme qui signifie flatteur, baratineur, un truck commak, je te signale, au cas où t’irais frivoliser dans le Québec** », relève San-Antonio dans son roman Ma cavale au Canada.

Dodicher

*Riendeau, Denise. Trois femmes de passion, Sillery, Septentrion, 2003, p. 12.
**San-Antonio. Ma cavale au Canada, Paris, Fleuve Noir, 1989, p. 250.

Minou

Sexe ou pubis féminin.

« Si j’ai bien compris, chez les filles, la mode est à se raser le minou […]*. »

Aussi utilisé comme surnom amoureux : « Mon minou ».

Ø Le mot minou peut aussi désigner un chat domestique ainsi que la fourrure ou tout matériau duveteux qui recouvre un vêtement ou un objet.

Ø Le très philosophique proverbe ce qui est bon pour pitou n’est pas bon pour minou signifie que ce qui est bon pour un individu n’est pas nécessairement approprié pour un autre.

NounePlotte

*Foglia, Pierre. « La mode, la passerelle et Foglia », La Presse, 24 septembre 2011 — lien.

Meat market

Expression anglaise. Lieu de rencontre stéréotypé où des dragueurs en chasse traitent leurs proies comme des morceaux de viande sur deux pattes.

« Nous vivons tous à l’ère de la consommation rapide […]. Cependant, il existe à travers ce fléau, des célibataires qui rêvent d’un amour durable, mais ils sont très inquiets dans cette jungle de “meat market”[…].* »

Cruisage, cruiser, cruiseur, cruiseuse, cruising barDate, dater, datingChanter la pomme, chanteur de pommeEnfirouapé, enfirouapée, enfirouaperHomme aux femmes

*Leblanc, Jean-Pierre. « NON à l’amour jetable !», Faucon trouve, 1er avril 2006 — lien.

Masculinisme, masculiniste

« Ensemble des mouvements sociaux qui concernent la condition masculine* », telle est la définition du masculinisme selon le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française.

Des psychologues, sexologues, sociologues, animateurs, etc., qui s’intéressent à la condition masculine utilisent le mot masculinisme comme pendant mâle de féminisme. Synonyme : hominisme.

Mais le mot masculinisme est également revendiqué par des militants qui flirtent avec l’extrémisme. Le masculiniste (avec un « t ») typique est un père divorcé, furieux qu’un tribunal lui ait retiré la garde de ses enfants ou l’oblige à payer une pension alimentaire, qui sombre dans un discours antiféministe agressif, victimaire et revanchard.

*Office québécois de la langue française. « masculinisme », Grand dictionnaire terminologiquelien.

Marital, maritale

Le statut marital (de l’anglais marital status) des Québécois est la situation de famille ou l’état civil des Français.

« Plus qu’un anneau, l’alliance est le signe visible de votre statut marital ; le signe de votre union éternelle avec l’âme sœur* », clame un texte publicitaire.

Sous l’influence du même anglicisme, la liaison extraconjugale est souvent une relation extramaritale dans la langue québécoise. « Il y a quelques années, j’écrivais sur ce site au sujet d’une relation extramaritale avec un homme qui a perduré pendant plus de 10 ans** », peut-on lire sur un forum de discussion.

*« Tendances alliances. Des diamants et des rubis », Le Mirabel, 14 janvier 2012, p. 28.
**« Forte attirance pour une femme… par une femme », Psychomédia, 7 février 2012 — lien.

Mariage privé

Un mariage privé, anglicisme (private mariage), est un mariage célébré dans l’intimité.*

« De plus, à quelques semaines de l’arrivée des premiers invités pour un mariage privé, un ouragan déferle sur la région…** »

Cérémonie de mariageCertificat de mariageDivorcer, seNouveaux mariésProposer en mariageUnion civile

*Forest, Jean. Le grand glossaire des anglicismes du Québec. Édition revue et augmentée, Montréal, Triptyque, 2011, p. 264.
**Hogue, Annie. « Dossier spécial. Tout un monde à découvrir ! », 7 Jours, 24 décembre 2020 — lien.

Madame

Pour désigner une femme, des Québécois disent et écrivent madame, peu importe que la femme en question soit plus ou moins âgée, célibataire ou engagée.

« Le 18 juin dernier, les élèves de maternelle de la classe de madame Claire, à l’école des Bâtisseurs, ont offert un mini spectacle de comptines et de chansons […].* »

L’expression ma petite madame déborde de condescendance. « J’ai failli hurler quand il a prononcé “ma petite madame” pour la troisième fois — rien de pire que de se faire traiter de “petite madame” au sortir du lit, ça donne automatiquement envie d’aller se faire injecter du Botox et remonter les seins.** »

*« Quand les générations chantent et dansent ensemble », L’Hebdo du St-Maurice, 27 juin 2021 — lien.
**Glorieux, Karine. Mademoiselle Tic Tac. Tome 1 : Le manège amoureux, Montréal, Québec Amérique, 2009, p. 114.

Lui donner son 4 %

Lui donner son 4 % : mettre fin à une liaison, immédiatement et sans ménagement, en congédiant l’autre partenaire.

« Il avait commencé aussi à me dire des affaires comme “pourquoi tu m’as pas appelé en fin de semaine”. Ça marche pas, ça. Alors je lui ai donné son 4 %.* »

Cette expression provient de la Loi sur les normes du travail du Québec, entrée en vigueur en 1980. Lorsqu’un travailleur démissionne, est congédié ou mis à pied, il a droit à une indemnité équivalant à 4 % de son salaire.

CasserDivorcer, seDomperFlusherSacrerSe pousser

*Germain, Rafaële. « Je t’aime moi non plus. Mars et Vénus », La Presse, 21 septembre 2002, p. A27.

Lousse, lousses

Être lousse (dérivé de l’anglais loose, qui signifie relâché, détaché ou en liberté) : être de mœurs légères ou infidèle.

« D’ailleurs, montre-moi une fille qui tripe grosse graine et je te montrerai une fille lousse* », promet un chroniqueur. (Voir la définition de graine.)

Peut aussi qualifier l’organe génital d’une femme. « Elle couche avec plein de monde, ça doit être rendu lousse.** »

Ø Lousse peut être synonyme d’absence d’entrave (« J’ai détaché mes cheveux, ils sont lousses ») ou de permissivité (« Le prof est lousse sur les dates de remises de travaux »). Se lâcher lousse, c’est s’accorder une liberté ou se montrer prodigue (« Il s’est lâché lousse en lui offrant un cadeau très coûteux »). L’action de lâcher du mou peut se dire donner du lousse (« Donne-moi du lousse dans la corde »).

CharrueChaud de la pipeCouraillage, courailler, courailleuse, courailleuxCourir la galipoteÉcartadeGerdaGuidouneSauter la clôtureTrou slaque

*Chandonnet, Éric. « Victime de la porn : femme cherche homme avec engin impressionnant », Nightlife.ca, 4 octobre 2012 — lien.
**Poitras, Charlotte. « C’est la taille qui compte ? », Nerds, 24 mars 2015 — lien.

Liste d’épicerie

Dans l’univers des sites web et des agences de rencontre, une liste d’épicerie (au sens figuré) est une longue énumération de caractéristiques recherchées chez un homme idéal ou une femme de rêve.

Voici un exemple, tiré d’un site web de rencontre exploité au Québec. En six paragraphes, une jeune femme mentionne qu’elle aime les voyages, la gastronomie, les vins et les visites de vignobles, l’apprentissage des langues, les séjours au chalet, la randonnée en montagne, la raquette, le ski, le kayak, le camping, le rafting, la lecture, la musique, l’actualité politique, la médecine dite alternative, les spectacles d’humour et musicaux, les festivals, et elle ajoute qu’elle est franche, positive, indépendante, affectueuse, démonstrative, romantique, proche de sa famille et de ses amis —ouf ! Ce qu’elle attend d’un partenaire : « quelqu’un qui veut une relation sérieuse, qui me ressemble* ». Autrement dit, cette célibataire recherche son alter ego.

« L’erreur à ne pas faire cependant, c’est de partir avec une liste d’épicerie non négociable, vous vous couperiez alors d’un nombre important de candidats intéressants différents et par conséquent, stimulants** », conseille un journal hebdomadaire.

Une liste d’épicerie à n’en plus finir est longue comme le bras. Les célibataires qui ne cessent de comparer les candidats disponibles vont magasiner, font du magasinage (en français de France : du shopping). « Mais honnêtement, on se prend à surfer là-dessus [les sites web de rencontre] et à avoir l’impression de magasiner quelqu’un comme une cafetière plus que jamais*** », désespère une blogueuse.

Cruisage, cruiser, cruiseur, cruiseuse, cruising barDate, dater, dating

*Marsan, Jean-Sébastien, et Gril, Emmanuelle. Les Québécois ne veulent plus draguer, Montréal, l’Homme, 2009, p. 44.
**Boily, Andrée. « Sexualité. Refaire sa vie grâce à l’internet », Progrès-dimanche, 20 juin 2010, p. 80.
***Dupras, Anne-Marie. « Ta vie amoureuse de marde sur les sites de rencontre », Le Huffington Post Québec, 8 juin 2014 — lien.

Lichage, licher

Déformation du mot lécher. Peut être synonyme de sexe oral.

Potin sur des vedettes de la télévision québécoise : « Lors du tournage de l’émission, plus tôt cette semaine, Anne-Marie Losique s’est fait licher le corps par Éric Salvail sous le regard ahuri du “Gros cave”.* »

Ø Dans quelques régions de la France (Bretagne, Loire, Loiret), licher est synonyme de lécher. Autrement, les francophones lèchent ou se font lécher.

Ø Les expressions québécoises licher le cul ainsi que licheux ou licheuse de cul ne doivent pas être comprises au premier degré. Licher le cul, c’est faire du zèle pour obtenir la considération d’individus importants, se montrer flatteur, lèche-bottes, etc. Synonymes : flatter la bedaine de quelqu’un, flatter dans le sens du poil (voir la définition de flatter), à-plat-ventrisme. Autres synonymes québécois, pour pointer d’un doigt réprobateur ces individus serviles : têteux, têteuse.

*« Anne-Marie Losique devient collaboratrice à Un gars le soir », Métro, 27 janvier 2011, p. 24.

Kick, kicker

Avoir un kick pour quelqu’un ou kicker sur : avoir le béguin pour quelqu’un. Du mot anglais kick, qui signifie coup de pied, avec le sous-entendu d’un désir intense. Synonyme : avoir un crush pour quelqu’un.

« Je sais qu’on a tendance à être niaiseuse quand on a un kick sur quelqu’un, crois-moi, ça m’est arrivé aussi.* »

Une autre expression — et anglicisme — exprime le même état d’âme : être stické sur quelqu’un.

C’est un kick ou son kick : c’est quelque chose d’excitant. Prendre son kick : prendre son plaisir. Donner un gros kick : donner du plaisir. Pour le kick : faire quelque chose pour le plaisir.

Extrait d’un courrier du cœur : « Je suis en couple depuis un mois et je vis le bonheur parfait avec mon chum mais j’ai appris qu’une de mes meilleures amies avait un kick sur lui.** »

FlasherStické, stickée

*« Courrier du cœur de pirate : “J’aime le chum de ma meilleure amie” », ICI Radio-Canada Ohdio, 20 septembre 2016 — lien.
**« Les conseils de Catherine », Cool !lien.

Jovialisme

Le jovialisme est une doctrine philosophique élaborée et animée par André Moreau (né à Montréal en 1941), le seul philosophe québécois auteur d’une éthique originale de l’amour.

Le Mouvement Jovialiste, fondé en 1970, prône « la libération intérieure, la transgression joyeuse des interdits, l’anathématisation de la politique, de la morale et de la religion, le désir de reconnaître l’être qui grandit en l’homme, la volonté de n’obéir qu’à soi, la célébration de l’inutile, le refus de l’effort, l’aspiration candide à l’infini, le refus de la modération considérée comme un gage de médiocrité.* »

En ce qui concerne l’amour, le jovialisme professe que « notre conception de l’amour est fondée sur le besoin de posséder. Comme notre besoin est rarement satisfait, l’amour souvent est malheureux. Les grands mythes de l’histoire d’amour de l’humanité sont tous tristes. »

André Moreau se méfie de l’amour possessif, « car il est faux de penser que l’amour sauve. Au contraire, il détruit l’être humain non préparé au don de soi et le fait s’agripper à une loi autre que la sienne. L’amour a tué plus de gens que les guerres parce qu’il n’a jamais été vraiment libre. »

Il faut donc dépasser le réflexe possessif « en aimant par goût et non par besoin. Une fois soumis à la nécessité de jouir de la vie, l’amour cesse de s’imposer comme une cause de douleur.** »

*Site web officiel du Mouvement Jovialiste — lien.
**Moreau, André. L’enseignement jovialiste, Montréal, Éditions Point Zéro, 2009, p. 15-17 — lien.

Josephté

Virginité masculine. Perdre sa josephté : faire l’amour pour la première fois, dire adieu à son pucelage du point de vue mâle.

« Gaby, jeune joueur de hockey, désire à tout prix perdre sa josephté afin de se prouver sa virilité.* »

Joseph, père de Jésus, fut le saint protecteur de la Nouvelle-France. À l’époque, la coutume voulait que le premier patronyme au baptême, pour un garçon, soit Joseph. Cette tradition s’est maintenue jusqu’aux années 1960. Il est encore possible, de nos jours, d’ajouter le prénom chrétien Joseph sur un acte de baptême, mais ce n’est pas permis dans les registres civils.

Cerise, fraiseDéviarger, déviergerViarge

*« Avant-première. Horaires », La Presse, 31 mai 1997, p. 31.

Jos

Vulgairement, des seins. Se prononce à l’anglaise, comme le prénom Joe.

« Brigitte Bardot / Avait vraiment / Des trop gros jos / Pour tes p’tits os* », chante Paul Piché.

« Le désir de percer le marché québécois a aussi donné des maux de tête à certains, il y a quelques années. Hunt-Wesson, un fabricant de produits alimentaires, avait rebaptisé au Québec ses produits de marque Big John par “Gros Jos”… Vendus deux par deux ?** », rigole un magazine sérieux.

BoulesBrassièresDevantureRack à josSur les hautesTotons

*Essaye donc pas, 1977.
**« Les perles de la pub », L’Actualité, 15 juin 1997, p. 12.

Jonc

Anneau de mariage ou alliance, « le plus souvent en or, que portent les hommes mariés, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.* »

« Rémy rampe en hâte sur le lit, prend son jonc et sa montre. Diane l’arrête et l’embrasse** », peut-on lire dans le scénario du film Le déclin de l’empire américain de Denys Arcand (1986).

Ø « En français standard, le mot “jonc” désigne une bague ou un bracelet dont le cercle est partout de la même grosseur*** », ce qui n’est pas le cas d’un anneau de mariage, nuance Lionel Meney, auteur du Dictionnaire québécois-français.

Ø Le jonc est aussi une plante qui pousse en milieu aquatique ou humide.

*Dulong, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, Sillery, Septentrion, 1999, p. 289.
**Arcand, Denys. Le déclin de l’empire américain, Montréal, Boréal, 1986, p. 106.
***Meney, Lionel. Dictionnaire québécois-français, Montréal, Guérin, 2003, p. 1012.

Jaquette

Les Québécois sont probablement les seuls francophones qui utilisent, pour dénommer une chemise de nuit, le mot jaquette.

« Après 40 ans, trois accouchements, une césarienne, est-il possible de vamper en déshabillé translucide ? La peau d’orange coincée sous la dentelle stretch, les femmes se rabattent-elles sur leur jaquette en finette passé le cap de la ménopause ?* »

Ø Ailleurs dans la francophonie, la jaquette est vêtement masculin de cérémonie. Le dictionnaire Le Robert mentionne aussi une « veste de femme ajustée et à basques » et un « tricot à manches longues ».

Baby dollBlouseCamisoleJaquette

*Lavigne, Lucie. « Opération séduction », La Presse, 13 septembre 1995, p. C1.

Jaloux comme un pigeon

Les Québécois disent d’un individu très possessif en amour qu’il est jaloux comme un pigeon.

Explication biologique : « Sauf pendant la saison des amours, lorsque la pigeonne est féconde et que son partenaire ne la lâche pas d’une patte (d’où l’expression “jaloux comme un pigeon”), ces volatiles se tiennent en groupe.* » Et à l’instar des individus jaloux, ces oiseaux sont chiants.

Ø Ailleurs dans la francophonie, l’expression courante est jaloux comme un tigre ou jaloux comme un coq.

*Girard, Catherine. « Pigeons : envahisseurs ou égarés ? », Québec Science, novembre 2012, p. 23.

Introduire

Pour les Québécois, la phrase « Je vais vous introduire » à quelqu’un (de l’anglais « I’m going to introduce you to ») signifie : « Je vais vous présenter » à quelqu’un.

D’autres francophones, pour leur part, vont présenter quelqu’un et, par ailleurs, vont introduire quelque chose dans quelque chose d’autre : une clef dans une serrure, par exemple, ou encore… (tss tss tss, que vous avez l’esprit tordu).

Entendu de la bouche d’une Montréalaise d’origine française : « Quand on me demande : “Je peux vous introduire ?” pour me présenter quelqu’un, désolée mais je ne m’y habitue pas. Et pourtant, je crois que je suis une femme très ouverte. »

Hot

Mot anglais. Personne très sensuelle, torride, sexy.

« C’est l’homme sur la couverture du dernier Harlequin de ma mère ! Il est hot ! Riche, viril, passionné […].* »

Au Québec, où le franglais est monnaie courante, il n’est pas incongru de lire une phrase telle que : « T’es hot babe. Love you very very fort…** » (Un humoriste à l’attention de sa bien-aimée.)

Beau bonhommeBeautéBelle pièce d’hommePétardPitoune

*Potvin, Marie. L’aventurière des causes perdues, Montréal, Club Québec loisirs, 2014, p. 27.
**« José Gaudet fait d’étonnantes révélations sur sa relation amoureuse », Monde de Starslien.

Homme des tavernes

Un homme des tavernes, jeu de mots inspiré de l’homme des cavernes, est un alcoolique qui déserte régulièrement le foyer familial pour se réfugier dans les bars et autres repaires d’ivrognes.

La taverne, qui a longtemps marqué le paysage québécois, est un débit de boisson typiquement masculin, interdit aux femmes de 1937 à 1981 en vertu d’une loi du gouvernement du Québec. Après l’abolition de cette loi, les tavernes affichaient « Bienvenue aux dames » sur leur façade.

Extrait de la chanson de Mononc’ Serge et Anonymus L’âge de bière (2003) : « Nous sommes à l’âge de bière / Et l’homme des tavernes / Entre chez lui le soir / Et se fait dire par sa femme : / “Tu pues, t’es con, t’es encore en boisson” / “Tu penses rien qu’à boire” / “Ta vie c’est un désert” ».

« Espèce en voie de dissolution qui dépense sa paye dans les délits de boisson », ironise un lexique satirique. « L’inscription “Bienvenue aux dames” cache un repaire d’hommes des tavernes*. »

*Henrard, Pascal. Le petit lexique du Fric Show : dictionnaire calculé des mots d’argent et de leur valeur ajoutée, Montréal, Hurtubise HMH, 2007, p. 41.

Homme aux femmes

Séducteur compulsif, collectionneur de conquêtes. Cet anglicisme (ladies’ man) supplante au Québec l’expression française homme à femmes.

« Pas qu’il soit un mauvais garçon, mais il est connu pour être un homme aux femmes. Il a le tour de les enjôler.* »

Chaud de la pipeCourir la galipoteCruisage, cruiser, cruiseur, cruiseuse, cruising barDate, dater, datingMeat market

*Beaupré, Normand. Deux femmes, deux rêves, Normand Beaupré, 2005, p. 166.

Guidoune

« Une guidoune, c’est une fille facile qui s’envoie en l’air à gauche et à droite avec n’importe qui.* » Aussi prononcé et écrit guedoune.

Synonyme (rarement utilisé à l’écrit) : guédaille.

Le verbe guidouner et le nom guidounage expriment le fait d’être une guidoune, de coucher avec le premier venu.

CharrueCouraillage, courailler, courailleuse, courailleuxCourir la galipoteÉcartadeGerdaLousseSauter la clôtureTrou slaque

*Dufour, Rose. Je vous salue… Marion, Carmen, Clémentine, Eddy, Jo-Annie, Nancy, Jade, Lili, Virginie, Marie-Pierre : le point zéro de la prostitution, Sainte-Foy, MultiMondes, 2005, p. 571.

Grosse torche, grosse toute trempe

Grosse torche : grosse femme. Expression péjorative.

« T’as ben beau être forte de caractère, tu ne peux pas rester insensible à te faire traiter de grosse torche à tout bout de champ.* »

Expression similaire, grosse toute trempe ajoute du poids — toute trempe signifie mouillée, imbibée d’eau.

« Mon Dieu qu’elle est pas petite elle ! Méchante grosse toute trempe.** »

Baquais, baquaiseGrasset, grassetteToutoune

*Moisan, Mylène. « Heureuse avec ses kilos : Anne-Marie Chagnon a cessé de lutter contre la nature et n’a pas de difficulté à séduire malgré ses 350 livres », Le Soleil, 14 juin 2001, p. E2.
**« Comment dealer avec ma famille et ma prise de poids ? », Tonpetitlook.com, 13 novembre 2017 — lien.

Grosse Corvette petite quéquette

Cette expression si évocatrice qualifie le mâle propriétaire d’une voiture qui utilise bruyamment ce véhicule pour compenser un déficit de virilité (en vain) ou pour attirer l’attention des femmes (en vain idem). Aussi écrit grosse Corvette petite kékette.

« Autrefois on disait “Grosse Corvette, petite quéquette !” Aujourd’hui on pourrait dire la même chose de plusieurs propriétaires de 4X4* », écrit un homme dans un courrier du cœur.

La Corvette, marque de voiture du fabricant américain Chevrolet, était dans les années 1960 à 1980 un modèle associé aux machos finis. L’expression grosse Corvette petite quéquette était déjà répandue dans les années 1970. Par exemple, l’écrivain Réjean Ducharme l’utilise dans son roman L’hiver de force (1973) et dans une chanson écrite pour Robert Charlebois, J’t’haïs (1979).

CamaroCharDouchebagGino

*Deschâtelets, Louise. « La conduite automobile et la virilité », Le Journal de Montréal, 2 juillet 2015 — lien.

Groomer, grooming

Lorsqu’un adulte met en place une stratégie pour désinhiber un ou une enfant, pour convaincre l’innocente créature de se livrer à des actes sexuels, il se livre à ce qu’on appelle du grooming. Ce sinistre individu est désigné par le terme groomer, des mots directement empruntés de l’anglais child grooming.

Au Québec, certains utilisent le verbe groomer : « […] un entraîneur de basketball aurait profité de sa position d’autorité pour “groomer” (en français, on parle parfois “pédopiégeage”) des joueuses, de les harceler et de les agresser* », peut-on lire dans le quotidien Le Devoir. Pédopiégeage est recommandé officiellement en France par la Commission d’enrichissement de la langue française ainsi que par l’Office québécois de la langue française.

Abus, abusé, abusée, abuseurFrères mets ta mainFurtivageMononcleTaponner

*Augustin, Clorianne, et Lemay, Marie. « Combien de temps encore allez-vous ignorer le #MeTooScolaire ? », Le Devoir, 23 novembre 2022 — lien.

Greyé, greyée, greyer

Être greyé, greyée : posséder de généreux attributs sexuels. « Se dit souvent d’une femme à la poitrine opulente.* »

« Même en étant greyé respectablement, il y a de quoi être insécure** », angoisse un chroniqueur.

Greyé comme un taureau : voir la définition du mot amanché.

Ø Se greyer peut aussi signifier s’habiller. Se dégreyer, se déshabiller. « On leur disait aussi de bien “se greyer” avant de sortir, soit s’habiller, se couvrir. Le mot dégreyer (se déshabiller) était aussi en usage. Greyer vient du mot gréer qui veut dire équiper le mat d’un voilier*** », souligne un historien.

Ø Greyer peut également être synonyme de s’équiper, matériellement parlant. « Elle s’était tout simplement greyée dans le but de partir vivre de façon autonome en appartement…**** »

Amanché, amanchéeCurvesShape

*DesRuisseaux, Pierre. Dictionnaire des expressions québécoises. Nouvelle édition revue et augmentée, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2009, p. 248.
**Chandonnet, Éric. « Victime de la porn : pénis moyen non circoncis », Nightlife.ca, 18 mai 2010 — lien.
***Dubé, Brigitte. « Un historien met en valeur de savoureuses expressions gaspésiennes », ICI Radio-Canada.ca, 27 mai 2015 — lien.
****Pelletier, Françoise. « À ma p’tite sœur virtuelle », Journal Mobiles, 12 mai 2013 — lien.

Grébiche

Mégère. Variante du français gribiche, qui désigne une femme acariâtre, chipie, harpie.

« […] dans chaque grébiche se cache une romantique déçue, c’est su et connu* », affirme un romancier.

« La sémantique est importante au Québec dans notre langue en perpétuelle évolution. La “grébiche” par exemple, est presque toujours associée à une vieille femme détestable. Son masculin pourrait être le “schnock”, le vieux schnock** », avance un chroniqueur.

L’origine de grébiche demeure un mystère. « On a proposé une création fantaisiste à partir du normand gribiche “femme méchante”, issu du moyen néerlandais kribbich “grognon”, mais l’évolution sémantique reste incompréhensible*** », indique le Dictionnaire historique de la langue française.

*Drouin, Pierre-Marc. Mile End stories, Montréal, Québec Amérique, 2011, p. 28.
**Beaudry, Michel. « La langue belle », Le Journal de Montréal, 5 mars 2009, p. 4.
***Rey, Alain (dir.). Dictionnaire historique de la langue française tome 2, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2006, p. 1643.

Grasset, grassette

Homme ou femme ayant accumulé de l’embonpoint, qui a un corps arrondi et dodu.

Petite annonce : « Bonjour ! je suis un jeune homme de 21 ans qui cherche une femme mature entre 40 et 65 ans un peu grassette qui aime le sexe […].* »

Grasset, grassette sont des mots plus polis que baquais, baquaise et moins péjoratifs que grosse torche ou grosse toute trempe.

Baquais, baquaiseGrosse torche, grosse toute trempeToutoune

*« jeune homme cherche femme mature grassette pour du bon sexe », Kioux. Le Québec libertinlien.

Graine

Mot vulgaire pour pénis.

Une chanson obscène bien connue au Québec l’affirme sans détour : « J’en ai fourré des Gaspésiennes / Moi j’vous dit qu’elles ont le sang chaud / J’en ai eu pour une semaine / À m’frotter le bout d’la graine pis avoir mal aux gorlots* ». (Voir les définitions de fourrer et de gorlots.)

Ô paradoxe : bien que le mot graine soit, au sens propre, un objet minuscule (la semence des plantes à fleurs), les Québécois ne l’utilisent pas nécessairement pour désigner un pénis de petite taille. Un homme peut exhiber, avec une virile fierté, sa grosse graine.

Grainer un verre : tremper un pénis dans le breuvage d’autrui. Agression sexuelle passive. « Des chanteurs connus se vantent sur internet de “grainer” les verres des filles dans les partys, c’est-à-dire de tremper leur membre dans un cocktail à l’insu de la “pôvre” ou de l’élue qui trouvera du piquant à son shooter** », déplore la chroniqueuse Denise Bombardier.

Se saucer la graine : posséder sexuellement, baiser. « Quand c’que les belles filles de Montréal ne voudront plus de moi / Ça m’f’ra pas d’peine de me saucer la graine dans une grosse torche acadienne*** », chante l’auteur-compositeur-interprète Mononc’ Serge. (L’Acadie est le territoire culturel des francophones des provinces canadiennes du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse. Voir la définition de grosse torche.)

Suce ma graine, sur le ton du mépris ou du dédain, n’est pas une invitation, mais une insulte synonyme de « va te faire foutre ». Les femmes utilisent cette injure de la même manière que les hommes. Cette expression vient de l’anglais suck my dick, utilisée sans distinction par les femmes et les hommes anglos pour envoyer paître. (Cet emprunt à l’anglais est assez particulier. Pourquoi les Québécois francophones n’ont pas adapté dans leur langue une insulte similaire, kiss my ass ?)

Conseil d’une Française qui connaît bien les Québécois : « Contrairement au terme gosses qui peut à la rigueur passer (c’est limite !) dans une conversation polie, le mot graine est à proscrire.***** » (Voir la définition de gosses.)

Ø La grainothèque, bibliothèque où on peut échanger des semences de fleurs, de fruits et de légumes pour le jardinage, n’a rien à voir avec la sexualité, mais peut faire sourire au Québec. Par exemple, lorsqu’on lit dans un article que « la Grainothèque demande systématiquement l’origine des dons de graines », que « ces graines sont presque stériles » et que « l’abonnée type est une femme de 40 ans et plus…****** »

Ø À l’Île de la Réunion, une graine est un testicule.

BatBizounePaquetPissetteShaftZouiz, zwiz

*La p’tite grenouille, chanson d’André Guitar pour la formation Crampe en masse, 2000.
**Bombardier, Denise. « Le déconfinement de la sexualité », Le Journal de Montréal, 14 juillet 2020 — lien.
***Les grosses torches acadiennes, chanson de Mononc’ Serge, 2001.
****Armange, Claire. Parlez-vous québécois ? Nouvelle édition revue et enrichie, Saint-Sébastien-sur-Loire, D’Orbestier, 2011, p. 87.
*****Desjardins, Stéphane. « La Grainothèque, plus populaire que jamais ! », Journal des voisins, 22 avril 2021 — lien.

Gougoune

Une gougoune est une « jeune fille un peu godiche, idiote, maladroite, niaise, mijaurée, pécore, péronelle, pimbèche », précise Le petit dictionnaire des québécismes de François d’Apollonia, ou encore un « travesti, travelo* ».

« Un récit plein de malveillances raconté par une gougoune portée sur la boisson. Selon qui les avocats sont tous des gros dégueulasses qui ne pensent qu’à baiser leurs stagiaires et à fourrer la partie adverse.** »

Ø Le mot est aussi synonyme de pantoufle et de sandale de plage.

Nounoune

*Apollonia, François d’. Le petit dictionnaire des québécismes : anglicismes, archaïsmes, dialectalismes et néologismes. Suivi d’un index thématique, Montréal, l’Homme, 2010, p. 170.
**Fessou, Didier. « Les suggestions de lectures de la semaine (15 février) », Cyberpresse, 15 février 2009.

Gosses

Testicules.

« Je vais te crisser mon coup de poing dans les gosses.* » (Crisser, dans ce contexte, signifie donner un énergique coup de poing.)

Synonymes de gosses : chnolles (aussi écrit chenolles ou schnolles), gorlots, paquet, poche.

Ø Dans plusieurs pays francophones, un gosse est un enfant. Au Québec, la confusion est souvent cocasse : « Au grand jamais, on ne demande à un Québécois, surtout en présence de sa femme, s’il a une photo de ses gosses !* », avertit un Petit lexique de mots québécois à l’usage des Français (et autres francophones) en vacances au Québec.

Ø Gare aux expressions québécoises qui utilisent gosse ou gosses au figuré :

  • Partir rien que sur une gosse signifie partir à toute allure, sur les chapeaux de roue.
  • Tenir quelqu’un par les gosses signifie tenir quelqu’un à sa merci.
  • Une patente à gosses est quelque chose de bancal, mal foutu, inutile. (Synonyme : amanchure.)
  • « Qu’est-ce que tu gosses ? » signifie : « Qu’est-ce que tu fabriques ? »
  • Le verbe gosser signifie tailler, sculpter ou dégrossir un objet.
  • Un gosseux est un bricoleur plus ou moins amateur.
  • Gosser les poils de grenouille : fendre les cheveux en quatre, chercher midi à quatorze heures.
  • Un individu gossant est un emmerdeur.

Ø Autre mot-piège, bourse désigne au Québec un sac à main et non les testicules.

Ø En Nouvelle-Calédonie, une gosse est une amoureuse.

ChnollesGorlotsPaquetPoche

*Dufour, Rose. Je vous salue… Marion, Carmen, Clémentine, Eddy, Jo-Annie, Nancy, Jade, Lili, Virginie, Marie-Pierre : le point zéro de la prostitution, Sainte-Foy, MultiMondes, 2005, p. 307.
**Desjardins, Ephrem. Petit lexique de mots québécois à l’usage des Français (et autres francophones) en vacances au Québec, Longueuil, Vox populi, 2003, p. 77.

Gorlots

Testicules.

« Dans une lettre intitulée “J’ai de gros gorlots !”, Pierre H. confie à Linda avoir des testicules imposants.* »

Ø Le mot gorlots possède d’autres significations, tout comme le singulier gorlot :

  • Gorlot est une déformation du mot grelot. Les pommes de terre grelots sont parfois appelées pommes de terre gorlots.
  • Un individu farceur est un gorlot, mais le mot peut aussi être associé à une personne stupide.
  • Être gorlot : ressentir les effets de l’alcool sans être saoul.

Chnolles Gosses Paquet Poche

*Hervieux, Jeremy. « URBANUIT : le mystère de Linda Adams et du Photo-Police », Urbania, 12 octobre 2018 — lien.

Gogo

Gogo-girls, gogo-boys (avec ou sans trait d’union) : mots anglais, synonymes de danseuses et danseurs spécialisés dans le strip-tease, aussi appelé danse à gogo.

« On ignore si la future mariée a eu droit à la chorégraphie d’un gogo-boy.* »

Danse poteauDanseurs, danseuses

*Bouchard, Geneviève. « En coulisses. Mixage maison », Le Soleil, 25 septembre 2010, p. A10.

Gino

Un gino est une caricature de macho à l’italienne ou latino : cheveux gominés, chaînes en or et lunettes fumées, chemise déboutonnée jusqu’au nombril, pantalons moulants un point trop serrés, voiture sport.

« Avoir une attitude macho dépassée, être (avoir l’air) kitsch, mal dégrossi, débraillé, porter des vêtements voyants, ridicules* », indique Pierre DesRuisseaux dans le Dictionnaire des expressions québécoises.

Dans une société qui ne tolère plus le machisme, le gino a évidemment mauvaise réputation. Mais pour certains, il incarne un type de mâle que les femmes désirent encore, secrètement. Dans les années 1990, une chanson québécoise qui scandait : « Plus ça change plus c’est pareil / Y a rien d’neuf sous l’soleil / Les femmes préfèrent les ginos / Les machos les camaro** » a obtenu un succès bœuf. (Voir la définition de Camaro.)

CamaroDouchebagGrosse Corvette petite quéquette

*DesRuisseaux, Pierre. Dictionnaire des expressions québécoises. Nouvelle édition revue et augmentée, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2009, p. 238.
**Les femmes préfèrent les ginos, chanson du groupe Zébulon, 1994.

Germaine

Dans un couple, la Québécoise qui prend toutes les décisions.

« En bon québécois, on emploie l’expression germaine pour décrire une femme autoritaire. Le calembour est amusant : elle gère et elle mène. Haha. Mais c’est rarement un compliment. La germaine est souvent accusée de dominer son conjoint, ses enfants, ses collègues*. » (Aucun lien avec les cousines germaines, qui ont en commun au moins un grand-parent.)

Germaine fait allusion à la famille québécoise traditionnelle, où la femme exerçait l’autorité à la maison dès que le père s’absentait pour le travail. Les traditions familiales se transmettaient de mère en fille, ce qui a fait dire à plusieurs que la famille québécoise est « matriarcale ». La journaliste Lysiane Gagnon, par exemple : « Le Québec profond était, avant la révolution féministe, une société matriarcale, où la femme dominait complètement son mari dans la sphère familiale ; elle était souvent plus instruite que lui ; elle régnait sur le foyer (et sur le budget familial) ; gagne-petit au travail, le mâle canadien-français n’avait de pouvoir sur rien. Il finissait par être infantilisé au même titre que les enfants et par appeler sa femme “maman”**. »

En réalité, le Québec traditionnel avait toutes les caractéristiques d’une société patriarcale : les pères de famille transmettaient leur nom à leurs enfants, déléguaient l’autorité à leur épouse tout en conservant le dernier mot dans la sphère familiale, et la politique, l’économie, l’Église étaient dominées par les hommes. Les mères de famille n’avaient d’influence que dans leur… famille. « Au temps de nos grands-parents et de nos arrières-grands-parents, je ne dirais pas qu’il y avait un véritable matriarcat, mais dans les familles terriennes, les femmes avaient beaucoup de pouvoir. Les hommes partaient aux chantiers, ils étaient comme des étrangers dans la maison », rappelle l’anthropologue Serge Bouchard. « Dans cette société traditionnelle, les femmes géraient le budget domestique. Elles éduquaient les enfants et souvent, elles savaient mieux lire et écrire que leur mari***. »

Blague typiquement québécoise : « Au Québec, une Germaine vit avec un Gérard, pour “j’ai rarement pris une décision”. »

Castrante, castratriceContrôlant, contrôlante

*Lanthier, Christiane. « Pour ou contre les germaines ? », Jobboom, 13 mars 2014 — lien.
**Gagnon, Lysiane. L’esprit de contradiction, Montréal, Boréal, 2010, p. 117.
***Mario Proulx (dir.). La planète des hommes, Montréal, Société Radio-Canada/Bayard Canada Livres, 2005, p. 24.

Gerda

Une Gerda : prostituée ou femme facile. Le mot s’écrit aussi Guerda.

Poème de l’écrivaine et blogueuse Anne Archet : « Dans l’État de Floride, une drôle de dame / Chez son ex, a foutu le feu au matelas / Alors qu’il y dormait avec une Gerda ; De son couple elle voulait raviver la flamme.* »

Le péjoratif Gerda provient d’un scandale qui a secoué le parlement canadien, à Ottawa, en 1966. Le Parti libéral, alors au pouvoir, a révélé qu’un ancien ministre de la Défense nationale du précédent gouvernement conservateur, le Québécois Pierre Sévigny, avait entretenu entre 1959 et 1961 une liaison extraconjugale avec une sulfureuse créature d’origine est-allemande, Gerda Munsinger. Celle-ci, telle une Mata Hari de la guerre froide, était soupçonnée de vivre de la prostitution et de se livrer à de l’espionnage pour le compte des Soviétiques. Pierre Sévigny avait perdu son siège à la suite des élections de 1963, mais il a dû revenir sous les feux de la rampe en mars 1966, flanqué de sa femme et de sa fille, pour défendre sa réputation. Ce fut le premier scandale sexuel du parlement canadien, qui ébranla Sévigny. L’entreprise qu’il avait fondée après avoir quitté la politique en 1963 a d’ailleurs fait faillite peu après la révélation de l’affaire Munsinger.

Des années plus tard, on reprochera aux libéraux d’avoir grossièrement exagéré la réputation de courtisane et d’agent secret de Gerda Munsinger pour mieux embarrasser leurs adversaires conservateurs.**

CharrueCouraillage, courailler, courailleuse, courailleuxCourir la galipoteÉcartadeGuidouneLousseSauter la clôtureTrou slaque

*Archet, Anne. « Anne Archet chante 2013 », TERREUR ! TERREUR !, 12 décembre 2013 — lien.
**Roy, Danielle, et Delorme, Gilles-Philippe. Les déshonorables : les dessous de l’affaire Munsinger, Chicoutimi, JCL, 1993.

Game

Prononcer à l’anglaise, game (qui signifie jeu). Être game : avoir l’audace d’entreprendre quelque chose ou quelqu’un.

« […] faire l’amour, c’est quelque chose d’important, ce n’est pas un passe-temps ou une expérience qu’on vit par bravoure ou pour montrer qu’on est “game”.* »

Synonymes : être willing, avoir du guts. L’anglais I am willing se traduit par « Je suis prêt » à faire ceci ou cela ; have the guts signifie démontrer du courage, du cran.

Ne pas être game ou ne pas être willing, on s’en doute, c’est ne pas avoir de volonté ou décliner des avances.

Dire d’une personne : « Elle est game » peut aussi signifier qu’elle est de mœurs faciles. « Tout le monde disait que c’était une fille game.** »

La game, c’est le jeu de l’amour et de la séduction. Dans le film Québec-Montréal de Ricardo Trogi (2002), l’un des personnages, jeune homme éconduit par celle qu’il convoitait, s’emporte contre « la maudite game », ce jeu de l’amour qui ne lui a pas réussi. Selon une critique du film, « […] la relation amoureuse est présentée comme une vulgaire game de séduction, une course automobile en 3D dans laquelle prennent part les personnages […] Le film propose une vision contemporaine de la relation amoureuse où les uns perdent au jeu (de la vie), tandis que les autres y gagnent.*** »

*« Clavardage avec Marie Gray », Cyberpresse, 7 février 2003.
**Laurin, Jacques. Les américanismes : 1 200 mots ou expressions made in USA, Montréal, l’Homme, 2004, p. 93.
***Beaulieu, Julie. « Québec-Montréal de Ricardo Trogi », Ciné-Bulles vol. 20 no 4, 2002, p. 57 — lien.

Gai

Homosexuel. Aussi écrit gay, comme en Europe et dans le monde anglophone.

Village gai : le quartier homosexuel de Montréal.

« Le terme gay, surtout en usage en Europe francophone, et la forme francisée gai (gaie) sont acceptables parce qu’ils sont légitimés en français au Québec* », constate l’Office québécois de la langue française.

Être aux hommes, aux femmesSortir de la garde-robe

*Office québécois de la langue française. « homosexuel », Grand dictionnaire terminologiquelien.

G-string

Pour le cache-sexe, les Québécois préfèrent les mots anglo-américains g-string et string.

« Situé tout juste en face d’une garderie sur la rue Masson, le commerce, qui n’avait pas la faveur des résidents du secteur, offrait des déjeuners et des dîners à saveur “érotique”, alors que les serveuses n’avaient que pour seul vêtement, un soutien-gorge et un “g-string”.* »

Bas-culotteBobettesCulottes

*Beauchemin, Philippe. « Serveuses sexy à la rue ? », Journal de Rosemont—Petite-Patrie, 25 mai 2010, p. 4.

Furtivage

Lorsqu’un homme, avant ou pendant une relation sexuelle, retire son condom à l’insu de l’autre partenaire.

Ce comportement non consenti est considéré comme un crime sexuel au Canada depuis un jugement de la Cour suprême le 29 juillet 2022.* « Le furtivage, c’est l’action de faire semblant de mettre un condom sans le faire ou de l’ôter en catimini lors d’une relation sexuelle consensuelle** », précise Radio-Canada.

Le terme furtivage a été proposé par l’Office québécois de la langue française en 2021 pour remplacer l’équivalent anglais, stealthing.

Abus, abusé, abusée, abuseurFrères mets ta mainGroomer, groomingMononcleTaponner

*R. c. Kirkpatrick, 2022 CSC 33 — lien.
**« La Cour suprême et le “furtivage” », ICI Radio-Canada Ohdio, 29 juillet 2022 — lien.

Fuck

Vulgairement (et en anglais), une baise. Mais les Québécois francophones n’utilisent pas ce mot dans ce seul sens.

« Pas sûr que les Québécois baisent plus, ou mieux, que les autres, mais leur attitude à l’égard de la chose est distincte », observe le journaliste Benoît Aubin. « Ils jurent par Dieu, pas par le sexe. Quand un Québécois se cogne la tête, il dit : “Christ ! ”, l’Anglais dit : “Baise !” (fuck). […] Le mot “fucké”, au Québec, n’a pas de connotation sexuelle.* »

Ø En effet, un objet ou un individu fucké est confus, abîmé ou dérangé, dans le langage des Québécois. Fucker quelque chose ou quelqu’un signifie l’abîmer, le bousiller.

Ø D’autres expressions qui peuvent induire en erreur :

  • Fuck ! sert souvent d’interjection, au lieu de « merde ! » ou « zut ! »
  • Fuck you est une injure, synonyme de « va te faire foutre ».
  • Se faire fucker, comme se faire fourrer, signifie se faire duper. (Voir la définition de fourrer.)

CouchetteFaire l’acteFourrer, fourrable, fourragePetite viteScorerSe faire aller

*Aubin, Benoît. « 101 mots pour comprendre le Québec : S », L’Actualité vol. 30 n0 20, 15 décembre 2005, p. 150.

Frères mets ta main

Dans les institutions d’enseignement dirigées par des ordres religieux masculins — écoles qui ont progressivement disparu à compter des années 1960, mais il en subsiste encore —, les frères mets ta main (aussi écrit frères mets-ta-main) sont des religieux plus ou moins pédophiles.

« Nous aussi avons eu des curés et des petits frères mets-ta-main abuseurs et batteurs d’enfants dans des écoles et des pensionnats avec des professeurs et des directeurs d’une violence inouïe* », se remémore un internaute.

Un ordre religieux, la Congrégation de Sainte-Croix, a été la cible de 2008 à 2011 d’une poursuite judiciaire collective au nom de victimes de sévices sexuels survenus de 1950 à 2001. Dans une entente à l’amiable, la Congrégation a convenu de verser 18 millions $ pour indemniser 206 victimes. Puis une seconde action collective a été déposée contre la Congrégation de Sainte-Croix en 2013. Un autre ordre religieux, les Frères du Sacré-Cœur, a accepté en 2021 de verser le montant historique de 60 millions $ pour indemniser des dizaines de victimes d’agressions sexuelles. Et il ne s’agit pas des seules procédures judiciaires de ce genre au Québec.

Abus, abusé, abusée, abuseurFurtivageGroomer, groomingMononcleTaponner

*Commentaire à la suite de la chronique de Lisée, Jean-François. « Fragilité canadienne », Le Devoir, 3 juillet 2021 — lien.

French, frenchage, frencher, french kiss

Frencher, c’est embrasser avec la langue, de l’expression anglaise french kiss — très courante chez les francophones du Québec.

« Le soir, seul dans mon lit, je l’ai frenchée comme jamais je n’ai frenché une fille dans mes histoires inventées.* »

Le frenchage : séance de french kiss. « On parle pas d’art, ici, mais bien de frenchage et c’est l’envie de frencher le plus de bouches possible, pis devant du monde, qui m’a amené au théâtre** », confesse un personnage de la dramaturge Évelyne de la Chenelière.

Un french kiss se dit aussi, de manière simplifiée, un french. (En France : rouler une pelle.)

« Les spécialistes ne s’accordent pas sur l’origine exacte de l’expression to french », note l’auteur Hubert Mansion. « Selon certains, le verbe aurait d’abord signifié perform oral sex et serait apparu aux alentours de 1917 à la suite des contacts entre les soldats alliés et les prostituées françaises.*** » Hubert Mansion relève quelques expressions anglaises qui associent french avec la sexualité, notamment french disease (syphillis) et french letter (condom). French whore se dit d’une femme empestant le parfum de mauvaise qualité, en référence aux Françaises qui cachaient leurs mauvaises odeurs en s’arrosant généreusement de parfum.

Faire du parkingNecker, necking

*Simard, Matthieu. Pavel, épisode 3. L’amour m’écœure, Montréal, La courte échelle, 2008, p. 38.
**Chenelière, Evelyne de la. Théâtre, Saint-Laurent, Fides, 2003, p. 148.
***Mansion, Hubert. 101 mots à sauver du français d’Amérique, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 106.

Fourrer, fourrable, fourrage

S’il faut en croire le vocabulaire des Québécois et des Québécoises, ce peuple ne fait pas l’amour avec moult raffinements d’une exquise sensualité, mais fourre ou se fait fourrer.

Le verbe fourrer, qui exprime familièrement et vulgairement un rapport sexuel, est d’usage très ancien (depuis la fin du XVIIe siècle) et n’est pas exclusif au Québec, mais la population québécoise l’utilise intensivement, tant dans les conversations sur Internet (« Si tu veux des filles qui fourrent le soir même, ben tu dois chercher des filles qui veulent ça aussi* ») que dans la littérature : « Quelle délivrance devrais-je attendre de l’aube fornicatrice ? Le sang grossit mes bourses dont les deux marbres gigotent : “Laisse-toi donc fourrer, Marie”** , écrit le romancier Victor-Lévy Beaulieu.

Un homme ou une femme fourrable invite à faire l’acte. « J’ai trouvé et je vous partage le fameux scoop : c’est que les gens sur le Plateau, ils fourrent, et surtout, ils sont intensément fourrables*** », révèle un chroniqueur. (Le Plateau Mont-Royal est un quartier branché de Montréal.)

Le fourrage : l’ensemble des activités sexuelles.

Ø Le mot fourrer possède d’autres significations qui n’ont pas de lien direct avec la sexualité, quoique propices à des allusions lourdes de sous-entendus paillards :

  • Un fourreur est, au sens premier, un fabricant ou marchand de vêtements de fourrure. Les Québécois peuvent rigoler quand l’un de ces professionnels se présente comme « maître fourreur », le mot fourrer étant étroitement associé au coït.
  • On peut fourrer un vêtement (le doubler) ou fourrer une pâtisserie en y introduisant de la crème ou de la confiture. En gros plan, une pâtisserie bien fourrée est presque porno.
  • Quelqu’un qui s’est fait fourrer a été dupé ou exploité, l’individu qui l’a arnaqué étant qualifié de fourreur ou de fourreuse : « Ils sont tous pareils les politiciens, pas un meilleur que l’autre. Tous, excusez le mot, des “fourreurs”, quel que soit le parti !**** »
  • Fourrant se dit d’une chose qui induit en erreur, qui est trompeuse ou trop complexe : « Ce qui était fourrant un peu c’est qu’on se fiait que sur une seule photo. Pas évident du tout de reconnaître une personne à partir d’une photo.***** »
  • Je suis fourré peut exprimer la confusion ou le flou, à l’instar de : « Je suis indécis ».
  • Se fourrer un doigt dans l’œil ou d’autres parties de son corps (dans le nez, jusqu’au coude) : se fourvoyer.
  • Lancer à quelqu’un : « Va te faire fourrer ! » ou l’inviter à se fourrer quelque chose dans le derrière, c’est l’envoyer promener.
  • Fourrer le chien a deux significations. 1) Compliquer une situation, semer la zizanie. « Nous formions un couple parfait jusqu’au jour où une poulette grassette de 5 pieds à peine est venue fourrer le chien dans notre couple, alors que tout allait bien entre mon mari et moi.****** » 2) Gaspiller son temps.

BotteCouchetteFaire l’acteFuckPetite viteScorerSe faire aller

*Forum de discussion MONTREALRACING.com, 11 janvier 2017 — lien.
**Beaulieu, Victor-Lévy. Jos Connaissant, Montréal, TYPO, 2001, p. 84.
***Chandonnet, Eric. « Victime de la porn : la haine contre le Plateau », Nightlife.ca, 8 juin 2011 — lien.
****Commentaire d’un internaute à la suite de l’article de Corriveau, Jeanne. « Financement — Harel et son parti ont enfreint la loi électorale », Le Devoir, 7 avril 2010 — lien.
*****« Un retour sur la date avec “SF” », ChezSP4M, 11 avril 2010 — lien.
******Deschâtelets, Louise. « Lettre à toutes les maîtresses du monde », Le Journal de Montréal, 6 juillet 2013 — lien.

Foufounes

Le mot foufounes, synonyme de fesses, aurait vu le jour au Saguenay—Lac-Saint-Jean pour ensuite être adopté partout au Québec, selon le linguiste Gaston Dulong.*

« Fais-moi un strip-tease ! Ça me plairait de voir tes p’tits tétons pis tes p’tites foufounes se trémousser dans ma face.** »

Ø En France, le mot foufoune désigne le pubis féminin ; chez les Suisses et les Haïtiens, l’organe génital des fillettes. Les touristes européens qui découvrent la célèbre salle de spectacles montréalaise Les Foufounes électriques sont souvent surpris… d’autant plus qu’on n’y présente pas de spectacles d’effeuilleuses.

CulFesses

*Dulong, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, Sillery, Septentrion, 1999, p. 231.
**Vézina, France. Osther, le chat criblé d’étoiles, Montréal, Boréal, 2012, p. 113.

Flusher

Abandonner brusquement une relation amoureuse, larguer son ou sa partenaire comme un déchet. Flusher, dans son anglais d’origine, signifie littéralement tirer la chasse d’eau de la toilette (to flush et toilet flush).

« Même Annie, qui était quand même pas mal mieux qu’elle, je l’ai flushée après deux mois !* »

Flusher est plus cassant que le verbe casser. Ce dernier verbe peut décrire une séparation à l’amiable, tandis que flusher est plus brutal : allez hop ! à l’égout.

CasserDivorcer, seDomperLui donner son 4 %SacrerSe pousser

*Archambault, François. 15 secondes, Montréal, Leméac, 1998, p. 39.

Flatter

Caresser quelqu’un de la main avec l’intention d’aller plus loin.

Extrait d’un fait divers judiciaire : « Elle a commencé à me flatter le bras. J’ai aussi commencé à lui flatter le bras et la cuisse.* »

Ø Chez les autres peuples francophones, ce sont les animaux domestiques que l’on flatte avec le plat de la main — sans intention d’aller plus loin. Lorsqu’on flatte un être humain, on cherche (au figuré) à lui plaire par des louanges intéressées ou à encourager sa complaisance. Cette attitude lèche-bottes, au Québec, est nommée flatterie. Synonyme : flatter la bedaine de quelqu’un et flatter dans le sens du poil.

*Prince, David. « Simon Curadeau admet des attouchements sur une mineure, mais “j’étais doux” », Le Citoyen Rouyn-Noranda, 27 août 2014, p. 5.

Flasher

Anglicisme (to flash). Attirer l’attention d’autrui.

« Et, il faut l’admettre, bien des consommateurs achètent un iPod dans le but hautement superficiel d’aller flasher sur un vélo stationnaire au gym.* »

« On ne me voit pas flasher dans les bars / Verres fumés, jeans signés trop serrés », chante Pierre Bertrand dans Ma blonde m’aime (1983).

Flasher sur quelqu’un : avoir le béguin pour quelqu’un. « J’ai flashé sur la description du profil de Ginette et je lui ai écrit la veille du jour de l’an.** »

Kick, kickerStické, stickée

*Dumas, Hugo. « Profession : styliste de iPod », La Presse, 17 février 2005, p. LP27.
**Ledoux, Esther-Léa. « Différence d’âge — nous avons infiniment de vie à partager », LezSpreadTheWord, 28 juillet 2015 — lien.

Fin, fine

Qui est gentil, gentille. «  Elle est super belle, super fine […].* »

Antonymes de fin, fine : baveux et baveuse, fendant et fendante. Un homme pas fin, une femme pas fine : personne méchante, très désagréable.

Dans la série télé Les Invincibles de François Létourneau et Jean-François Rivard, diffusée par Radio-Canada de 2005 à 2009, le personnage de Lyne « la pas fine » Boisvert concentre tous les défauts d’une blonde pas fine et contrôlante. « Lyne, pour les non-initiés, était la plus despotique des blondes, qui contrôlait toute la vie de son compagnon […].** »

Allure

*Lepage-Boily, Élizabeth. « Audrey de L’île de l’amour commente les explications de William : “il n’était pas sincère” », Showbizz.net, 20 mai 2022 — lien.
**« La comédienne Catherine Trudeau n’a rien de Lyne-la-pas-fine », La Presse Canadienne, 10 janvier 2006.

Fif, fifi, fifure

Le mot fif dénigre un homosexuel ou un hétérosexuel efféminé. Parfois écrit fife ou fiffe.

« Encore aujourd’hui, pour des ados, dans une polyvalente, l’insulte suprême, c’est de se faire traiter de fif ou de tapette* », indique un ouvrage sur l’homophobie. (Une polyvalente, au Québec, est un établissement d’enseignement secondaire qui offre de la formation générale et professionnelle.)

Le mot fifi proviendrait de « fi », ancienne prononciation du mot fils. C’est aussi un terme d’affection donné aux enfants et aux petits animaux domestiques. « Si nous saisissons bien le sens du mot fifi, il s’agit d’un terme affectueux qui, dans notre langage courant au Québec, a été utilisé à des fins de dénigrement. Comme si l’expression de tendresse d’un parent avait quelque chose de suspect** », remarque l’auteur Jean Séguin dans son Recueil d’expressions et de mots québécois.

Dans le même registre péjoratif, fifure est synonyme d’homosexualité. Le terme, on s’en doute, ne plaît pas aux individus concernés. « La fierté gaie n’a pas été instaurée pour célébrer la fifure ! mais bien pour célébrer notre droit à l’existence tout comme les autres citoyens sans se faire persécuter !*** », peut-on lire dans le blogue Gays du Québec à propos du défilé de la fierté gaie, événement annuel à Montréal qui célèbre l’homosexualité, la bisexualité, la transsexualité, etc.

MoumouneSuceux de cul

*Bertrand, Mireille. L’obstacle d’une différence : paroles de gais, réflexions et confidences, Montréal, Québec Amérique, 2006, p. 37.
**Séguin, Jean. Recueil d’expressions et de mots québécois vol. II, Saint-Constant, Broquet, 2009, p. 324.
***« Pensée du jour », Gays du Québec le blog, 19 mars 2014 — lien.

Fesses

Jouer aux fesses, parties de fesses : tripoter ou faire l’amour.

« Finalement, il faut toujours garder en tête que jouer aux fesses ça implique d’avoir du fun, d’où le mot “jouer”. Et idéalement, du fun des deux côtés.* » (Avoir du fun : s’amuser.)

« […] quand vous croisez le parfum d’un corps qui vous plaît, qui vous subjugue, dans le métro : il est pas sitôt assis en face de vous que vous vous imaginez toutes sortes de trucs du style partie de fesses en l’air […].** »

Ø Faire suivre un nom par l’expression de mes deux fesses marque un mépris. « Ah ! cet aumônier de mes deux fesses*** ! », enrage un personnage du romancier Yves Beauchemin.

CulFoufounesPogner

*Dupras, Anne-Marie. « One Night Stand 101 », Le Huffington Post Québec, 3 septembre 2014 — lien.
**Da, Daniel. Paul et Claudel, Montréal, Hurtubise, 2010, p. 201.
***Beauchemin, Yves. Charles le Téméraire, Anjou, Fides, 2014, p. 335.

Feeling

Mot anglais synonyme d’attirance sentimentale ou sexuelle. Synonyme : chimie.

Une chanson écrite par Luc Plamondon a popularisé, au Québec francophone, le feeling amoureux : « Moi j’ai envie de te revoir / C’est une question de feeling […] Deux étrangers qui se rencontrent / Stoppant leur course contre la montre / Question de feeling* ».

*Question de feeling, paroles de Luc Plamondon et musique de Richard Cocciante, 1986.

Famille reconstituée

Une famille reconstituée est composée d’adultes et de leurs enfants issus d’unions précédentes.

«  Vous êtes une famille reconstituée avec plusieurs enfants et avez besoin de chambres à coucher supplémentaires et plus d’une cuisine et/ou salle familiale ?* »

L’expression famille reconstituée sonne faux : lorsque des parents divorcés tombent en amour et décident de s’installer ensemble avec leurs enfants respectifs, ils ne reconstituent pas leurs familles, mais en créent une nouvelle. « En français de référence, le verbe reconstituer signifie rétablir dans son état antérieur. La combinaison “famille reconstituée” ne peut donc désigner qu’une même famille qui se retrouve réunie après avoir été séparée pour diverses raisons (guerre, immigration, emprisonnement)** », souligne le linguiste et lexicographe Lionel Meney, auteur du Dictionnaire québécois-français. Au mépris de cette logique, l’expression famille reconstituée est pourtant privilégiée par Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, qui recommande aussi une expression plus juste, famille recomposée***.

*«  Nos Bi-Générations », KESI Constructionlien.
**Meney, Lionel. « Doit-on dire “famille reconstituée” ou “famille recomposée” ? », Carnet d’un linguiste, 3 février 2014 — lien.
***Office québécois de la langue française « famille recomposée », Le Grand dictionnaire terminologiquelien.

Faire l’acte

Pendant que d’autres baisent, les Québécois et les Québécoises font l’acte, un quasi pléonasme — tout acte suppose une action, un geste, nul besoin de lui accoler le verbe faire.

« Peu importe la position choisie et l’atteinte ou non de l’orgasme, le secret réside probablement davantage dans le fait d’y prendre du plaisir, plutôt que de faire l’acte de façon mécanique.* »

BotteCouchetteFourrer, fourrable, fourrageFuckPetite viteScorerSe faire aller

*Brunet,Cynthia. « Comment tomber enceinte : 9 conseils à suivre », Noovo Moi, 4 mars 2023 — lien.

Faire dur

« 1. Dire ou faire des sottises.
« 2. Être laid naturellement ou par l’accoutrement ; être mal habillé.
« 3. Être de mauvais goût, kitsch.
« 4. Agir stupidement contre les critères, les normes* » : c’est ainsi que Le petit dictionnaire des québécismes définit l’expression faire dur.

« Franchement, il fait dur ton chum…** » (Un chum est un partenaire amoureux.)

Aucun lien avec la vigueur érectile.

Ø Des phénomènes ou des objets peuvent faire dur, c’est-à-dire être ridicules ou abîmés ; une situation qui fait dur est pénible à vivre, honteuse. « La quincaillerie militaire du Canada est vieille, rouillée, déficiente ; ça fait dur.*** »

AgrèsAmanchureChenille à poilComme la chienne à JacquesLaitePichou

*Apollonia, François d’. Le petit dictionnaire des québécismes : anglicismes, archaïsmes, dialectalismes et néologismes. Suivi d’un index thématique, Montréal, l’Homme, 2010, p. 154-155.
**« Mon chum doute de mes capacités à être une bonne mère… », Mamanpourlavie.com, 18 juin 2008 — lien.
***« 20 milliards pour un armement qui “fait dur”. 88 nouveaux avions F-35 : “On achète ou on n’achète pas ?” – Paul Arcand », 98.5 Montréal, 29 mars 2022 — lien.

Faire du parking

Parking est un mot anglais signifiant stationnement. Faire du parking : des partenaires stationnent leur voiture dans un endroit isolé pour ensuite s’embrasser (frencher, necker), se peloter, se tripoter (ou pogner) à qui mieux mieux.

Confidence d’une Québécoise : « Bien qu’inconfortable, faire du parking est très romantique. Je n’avais jamais vraiment fait ça avant. La voiture inspire la spontanéité.* »

French, frenchage, frencher, french kissNecker, neckingPogner

*Noël, Lisa Marie. « Des bécots dans le tacot », L’œil régional, 27 septembre 2003, p. 5.

Être aux hommes, aux femmes

Être aux hommes et être aux femmes indique l’orientation sexuelle des gais et des lesbiennes. Synonymes : homme aux hommes, femme aux femmes.

« Stéphane a toujours été attiré par les garçons, mais il ne croyait pas être aux hommes pour autant.* »

Être au deux : bisexualité. Synonyme : être bi.

« La bisexualité, c’est très “mode”, très “trendy.” Être “bi”, comme on dit, ou “être aux deux”, permet de flasher dans les milieux jeunes et branchés.** »

GaiSortir de la garde-robe

*Duplessis, Marie-Pier. « Journée internationale contre l’homophobie. L’étiquette du “pompier gai” », Le Soleil, 18 mai 2012, p. 23.
**Lepage, Aleksi K. « L’envers du décor », La Presse, Arts et spectacles, 18 septembre 2004, p. 23.

Équipé, équipée pour veiller tard

Être équipé ou équipée pour veiller tard : avoir un corps de très belle apparence qui promet beaucoup sur le plan sexuel. Synonyme : amanché ou amanchée pour veiller tard.

« […] une vie sans une pitoune équipée pour veiller tard ressemblait à un lundi matin sans fin.* » (Une pitoune est une jeune femme sexy.)

« Il eut été plus juste alors de dire Équipée pour faire veiller tard** », suggère Benoît Melançon, auteur du Dictionnaire québécois instantané.

L’expression être équipée peut signifier, pour une femme, qu’elle arbore une poitrine généreuse ; pour un homme, un bas-ventre bien membré.

Amanché, amanchée

*Provencher, Normand. « Hal le superficiel : comédie un peu grosse », Le Soleil, 17 novembre 2001, p. G4.
**Melançon, Benoît. Dictionnaire québécois instantané, Saint-Laurent, Fides, 2004, p. 80.

Épais, épaisse

Un épais est un individu mal dégrossi, stupide ou naïf, qui emmerde autrui. Ce terme n’est pas exclusivement lié à l’univers des relations amoureuses, mais s’il faut retenir qu’un seul qualificatif injurieux qui surgit spontanément dans l’univers de la rencontre et du couple au Québec, épais et épaisse remportent la palme d’or.

« Il y a des épais saouls partout. Il y en aura toujours des gens pour crier : “montre-nous tes boules !”* » (Montrer ses boules, c’est exhiber ses seins devant l’œil torve d’un voyeur.)

« Est tellement épaisse… A’ pense qu’y va faire des exercices dans un centre sportif… Y fait des exercices, mais pas ceux qu’a pense…** », écrit le romancier Michel Tremblay sur un personnage de femme trompée par son mari.

Dans les lieux publics, les Québécoises qui ne veulent pas se faire achaler par des hommes tourmentés par leur libido leur lancent : « Fais de l’air, gros épais ! » Il s’agit d’une réplique du film culte Cruising Bar (de Robert Ménard, 1989). En français québécois, faire de l’air signifie déguerpir.

Les synonymes du mot épais ne manquent pas et s’expriment seulement au masculin pour la plupart d’entre eux : bouché, cave, colon, deux de pique, étron, gnochon (ou niochon), habitant, innocent, insignifiant, mongol, moron, niaiseux, nono, sans-dessein, sans-génie, taouin, tarla (ou tarlais), tata, ti-coune, toton, trou de cul, twit.

Ø Le mot épais conserve, au Québec comme ailleurs, le sens d’objet ayant des proportions importantes. Un vêtement épais, par exemple.

*Morissette, Maude. « Entrevue d’humoriste à humoriste : spécial « les filles en humour », partie 1 », Affairesdegars.com, 24 mars 2013 — lien.
**Tremblay, Michel. Le cœur découvert. Roman d’amours, Montréal, Bibliothèque québécoise, 1992, p. 289.

Enfirouapé, enfirouapée, enfirouaper

Enfirouaper quelqu’un, c’est le berner ou l’ensorceler avec des promesses, de belles paroles — en amour, en affaires, en politique, etc. Être enfirouapé : être sous le charme de quelqu’un ou de quelque chose. S’enfirouaper : s’emballer trop vite, s’enfoncer dans une situation inextricable.

Dialogue extrait d’un roman québécois :

« —Et tu l’aimes ?
—À la folie.
—Tout de suite les grands mots !
—Elle est drôle, sexy.
—N’en jetez plus, la cour est pleine.
—Elle m’a plus qu’emberlificoté, elle m’a enfirouapé. Tu connais ce mot ? * »

Il a été suggéré que le verbe enfirouaper vient de l’anglais in fur wrapped (enveloppé de fourrure) : au temps de la colonisation, un trappeur ou un marchand malhonnête recouvrait de fourrures des textiles médiocres pour faire croire à sa clientèle que le tout était entièrement constitué de fourrures de qualité. Cette étymologie a été contestée, notamment par un professeur de l’Université Paris-Sorbonne, André Thibault, qui avance que le verbe enfirouaper est le fruit d’un croisement entre l’argot parisien du XIXe siècle enfifrer (« enculer ») et un vieux verbe québécois, rouâper, qui signifiait « râper » mais aussi « gronder, réprimander** ».

Chanter la pomme, chanteur de pomme

*Marcoux, Bernard. Le bonheur : mode d’emploi, Montréal, La Plume d’or, 2015, p. 72-73.
**Thibault, André. « Franco-québécois Enfi (fe) Rouaper, ou l’histoire d’un faux anglicisme », Richesses du français et géographie linguistique volume 2, Bruxelles et Louvain-la-Neuve, De Boeck et Duculot, coll. « Champs linguistiques », 2008, p. 165-192.

Écartiller

Écartiller les jambes, c’est les ouvrir largement, les écarter — pour toutes sortes de raisons, y compris aguicher, allumer, ou pour un rapport sexuel.

Voici une blague salace (et anonyme) québécoise qui circule sur Internet depuis plusieurs années : « Quelle est la différence entre écarter et écartiller ? Si le petit chaperon rouge s’était écartillé plutôt que de s’écarter, elle se serait fait manger, mais ne serait pas morte. » S’écarter, dans ce contexte, signifie se perdre en chemin ; « elle se serait fait manger » évoque le sexe oral.

Ø Au figuré, on peut écartiller un concept, une idée, une réalité, etc., autrement dit étirer un sens à l’extrême.

Ø Au figuré, un individu écartillé est embarrassé par des sentiments ou des idées contradictoires, par un problème insoluble ou par un dilemme.

Écartade

Une écartade est une aventure extraconjugale. « Il me dit ce que je veux savoir et je lui cache pas que j’ai son “écartade” vraiment sur le cœur* », écrit une femme dans un forum de discussion à propos de son partenaire infidèle.

L’origine de ce mot est inconnue. S’agit-il d’une déformation du mot incartade (léger écart de conduite) ou d’une fusion des mots écart et incartade ? Ou encore d’une allusion aux jambes écartées de la femme infidèle, accueillant le membre viril de son intrépide amant ? Mystère…

Ø Au Québec, ne pas respecter un règlement ou une loi, transgresser une règle constitue aussi une écartade. « La police de Saint-Césaire a mis la main au collet de deux jeunes de 14 ans qui se sont amusés à casser des vitres du couvent des Soeurs de la Présentation-de-Marie mardi soir. […] L’un des deux jeunes, qui en était à sa deuxième écartade du genre, pourrait faire face au tribunal de la jeunesse.** »

CharrueChaud de la pipeCouraillage, courailler, courailleuse, courailleuxGerdaGuidouneCourir la galipoteLousseSauter la clôtureTrou slaque

*Mamanpourlavie.com, 22 janvier 2012 — lien.
**« St-Césaire : des vandales s’attaquent au couvent », La Voix de l’Est, 24 août 2000, p. 9.

Doudoune

Ma doudoune est une expression affectueuse, comme si l’on disait « ma chérie ».

« Ma Doudoune d’amour, je t’aime énormément. Notre histoire d’amour se poursuit depuis 5 belles années de bonheur.* »

Ø À ne pas confondre avec la veste en duvet appelée doudoune ou anorak.

Minou

*« Les petits plaisirs », Le Devoir, 14 février 1995 p. A6 — lien.

Douchebag

Un douchebag est un macho aussi musclé que grossier. Synonyme : douche. Prononcer à l’anglaise, « douwchbag » ou « douwche ». À l’origine, le terme provient de l’argot américain. (« Someone who has surpassed Jerk and Asshole but hasn’t quite reached Motherfucker* », selon une définition intraduisible soumise à l’Urban Dictionary.)

Douchebag s’est répandu dans le Québec francophone à compter de l’automne 2011 grâce à une participante de la populaire téléréalité Occupation Double (où de jeunes hommes et de jeunes femmes sont en concurrence pour former un couple idéal), qui a réclamé sans tourner autour du pot : « Y’as-tu quelqu’un qui va pouvoir me prendre un douchebag, un grand gars de six pieds un avec des muscles ? »

Quelques mois plus tard, un journaliste a écrit : « Maintenant, à peu près tout le monde connaît les caractéristiques physiques du douchebag traditionnel : muscles gonflés, bronzage saillant, immense tatouage tribal, piercing au sourcil, dents bleues-blanches et vêtements pailletés.** »

« Au Québec, le terme semble spécifiquement viser un jeune homme bellâtre, abonné des salles de musculation et salon de bronzage, arborant tatouages, bling-bling et tee-shirts serrés*** », écrit en 2018 un juge de la Cour municipale de Québec pour trancher un litige opposant un citoyen et un policier, l’agent de la paix ayant été traité par le quidam d’« estie de gros douchebag ».

Le terme reste essentiellement utilisé pour dénigrer autrui, mais certains se l’approprient. « L’été approche et quand nous y serons, vous me jugerez… vous me préjugerez. Vous me verrez à la station-service pendant que je fais le plein de ma rutilante jeep décapotable, vêtu d’une camisole qui laisse voir mes pectoraux et mes biceps. Vous apercevrez mon gros tatouage tribal qui recouvre une partie de mon épaule et de mon bras**** », écrit l’auteur d’une confidence intitulée « Douchebag et fier de l’être ! »

« La figure du douchebag serait ainsi l’incarnation moderne de l’impolitesse, associée ici au manque de classe, à la vulgarité et à l’animalité », récapitule un universitaire — oui, au Québec un universitaire s’est penché sur le phénomène ! « Pourtant, chez d’autres, le douchebag est avant tout un homme qui assume pleinement sa virilité, qui prend la place que l’homme doit avoir dans les relations de couple, celle de l’autorité ou du décideur.***** »

Gino

*« Douchebag », Urban Dictionarylien.
**Dumas, Hugo. « La télé 2011 dans le rétroviseur », La Presse, 10 décembre 2011, Arts et spectacles p. 14.
***Ville de Québec c. Blaney, 2018 QCCM 277 — lien.
****Thibeault, Steve. « Douchebag et fier de l’être ! », Le Huffington Post Québec, 29 avril 2015 — lien.
*****Turcot, Laurent et Nootens, Thierry. Une histoire de la politesse au Québec : normes et déviances, XVIIe-XXe siècles, Québec, Septentrion, 2015, p. 29.

Domper

Au sens propre, le mot anglais dump est un dépotoir, une décharge. Domper (ou dumper ) son ou sa partenaire : larguer l’autre, rompre la relation, comme on jette un déchet à la poubelle.

« C’est fini avec le gars du dépanneur, me dit-elle. Je l’ai dompé.* »

CasserDivorcer, seFlusherLui donner son 4 %SacrerSe pousser

*Germain, Rafaële. « On ne sait jamais », La Presse, 1er novembre 2003, p. 7.

Dodicher

Dodicher, se dodicher : dorloter, câliner, échanger des caresses.

L’écrivain Victor-Lévy Beaulieu, dans une nouvelle littéraire : « […] il croit encore que c’est sa mère qui le dodiche, il ne veut pas que ça cesse, il a besoin de ces jambes contre lesquelles il a appuyé son dos, il a besoin de ces mains qui se promènent lentement dans ses cheveux et sur sa nuque.* »

Minouchage, minouche, minoucher

*Beaulieu, Victor-Lévy. « Mais pourquoi arrives-tu si tard, Mathilde ? », Le Devoir, 18 juillet 1996, p. A1.

Divorcer, se

Bien que le verbe divorcer ne possède pas de forme pronominale, nombre de Québécois et des Québécoises disent et écrivent erronément se divorcer.

« Se séparer sans se divorcer veut également dire que le couple reste légalement marié et par le fait même, est tenu par les obligations du mariage qui découlent de la loi.* »

« Ils ont divorcé et non pas : Ils se sont divorcés. […] On peut dire : divorcer avec, d’avec ou de** », suggère un Dictionnaire des petites ignorances de la langue française au Canada.

CasserDomperFlusherLui donner son 4 %SacrerSe pousser

*« Se séparer sans jugement de divorce ou de séparation : quels sont les enjeux ? », Alepin Gauthier Avocats et Notaireslien.
*Mailhot, Camille H. Dictionnaire des petites ignorances de la langue française au Canada, Hull, Asticou, 1990, p. 66.

Déviarger, dévierger

Déviarger est une déformation du mot dévierger, ou emmener une personne à perdre sa virginité.

« Le but, c’est de se dévierger le plus jeune possible. Les gens ne prennent pas le temps de vérifier si l’autre a des MTS ou de penser au condom.* » (Voir la définition de MTS.)

Cerise, fraiseJosephtéViarge

*Duchaine, Gabrielle. « MTS en recrudescence », Le Journal de Montréal, 25 novembre 2008, p. 8.

Devanture

Poitrine féminine opulente.

« […] la jolie devanture de ma douce.* »

Ø En Europe comme au Québec, une devanture est aussi la façade d’un commerce de détail, d’une boutique. Au Québec, le mot est également synonyme d’armoire de cuisine ou de salle de bain.

BoulesBrassièresJosRack à josSur les hautesTotons

*Forum de discussion du site web de rencontre Jasez.ca, 9 septembre 2011 — lien.

Date, dater, dating

Une date est un rendez-vous intime planifié par deux personnes qui se connaissent peu, après quelques échanges — sur une application de rencontre, par exemple. Prononcez à l’anglaise ce mot d’origine américaine (to have a date). Verbe : dater.

Confidence : « Un gars m’explique en long et en large lors de notre première date qu’il est contrôleur de la qualité dans une usine de stérilets. Il a une réelle passion pour les stérilets et se sent obligé de faire mon éducation sur ce sujet.* »

Un premier rendez-vous entre individus qui ne se connaissent pas du tout, organisé à l’initiative d’amis ou autres intermédiaires, est une blind date —littéralement, une rencontre à l’aveugle. « Gerry avait organisé une blind date et était prêt à tout pour que ça fonctionne** », écrit Michel Tremblay dans Le gay savoir.

Le mot date peut aussi désigner une personne avec qui l’on sort, que l’on fréquente, que l’on tente de conquérir. Conseil d’un pro : « Lorsque la fin de la soirée arrive, raccompagnez votre date.*** »

D’autres significations et variantes :

  • Le dating : l’univers de la rencontre.
  • Faire du dating : sortir avec assiduité, cumuler les rencontres.
  • Speed dating : méthode éclair de rencontres amoureuses.

Cruisage, cruiser, cruiseur, cruiseuse, cruising barListe d’épicerie

*« Les dates les plus cauchemardesques de nos lecteurs », Urbania no 40, hiver 2014, p. 6.
**Tremblay, Michel. Le gay savoir, Montréal et Arles, Leméac et Actes Sud, 2005, p. 765.
***De Gaspard, Raphaël. « L’art de sortir sa date comme un vrai gentleman », Ton Barbier, 7 août 2015 — lien.

Danseurs, danseuses

Aller aux danseuses : se déplacer dans un cabaret pour voir des femmes qui font du strip-tease. « Les gars de la construction, ça consomme, c’est aux femmes, ça va aux danseuses, c’est macho*. »

Se dit aussi au masculin, aller aux danseurs — il existe au Québec quelques cabarets de danseurs nus. « Elle n’a pas besoin d’aller aux danseurs, elle en a un juste pour elle à la maison.** »

La danse à 10 $, aussi appelé danse contact et touch dancing, se déroule dans un isoloir d’un bar de danseuses. Le client peut se livrer à des attouchements sur les fesses et les cuisses de la danseuse, moyennant rétribution.

Le commerce de la danse à 10 $ s’est développé dans les années 1990. En 1999, la Cour suprême du Canada a jugé que la tenancière d’un bar de danseuses de Joliette, au Québec, qui autorisait la dance contact n’exploitait pas une maison de débauche et que cette danse n’est pas indécente. Mais des corps policiers, des municipalités et des médias ont ensuite mis à jour des établissements où la danse contact était un prélude à de la prostitution pure et simple.

La danse à 10 $ est devenue si répandue que le strip-tease traditionnel n’attire plus la clientèle comme autrefois. « Les clients qui ont l’habitude de toucher voudront plus aller aux danseuses, ils vont se faire venir des films de cul, à la place. C’est sûr que j’aimerais mieux qu’ils gardent leurs mains dans leurs poches, mais c’est impossible*** », soupire une danseuse en 2011.

Ø Ailleurs dans la francophonie, on ne présume pas d’une danseuse qu’elle se déshabillera devant son public, encore moins qu’elle consentira à des attouchements, car le mot danseuse est étroitement lié à l’univers du ballet (classique et contemporain).

Danse poteauGogo

*Dugré, Geneviève. Travailleuses de la construction, Montréal, remue-ménage, 2006, p. 68.
**Tardif, Dominique. « Pour une histoire d’un soir à la première de SÉQUENCE 8 », La Nouvelle vol. 33 no 6, 31 juillet 2013, p. 12.
***Villeneuve, Nathalie. « Danses à 10 $ : “Je ferai plus une cenne” — Une danseuse », Courrier Laval, 26 février 2011, p. 10.

Danse poteau

De l’anglais pole dance, la danse poteau est généralement associée aux contorsions des danseuses érotiques qui s’entortillent sur une barre de métal placée verticalement au milieu d’une scène. Il s’agit aussi d’un mélange de sport et de danse sensuelle, avec des concours, des compétitions nationales et internationales.

Pour certains, la danse poteau banalise l’hypersexualisation et la pornographie. Pour d’autres, cette activité physique se veut à la fois athlétique et sexy. « La plupart des filles suivent mes cours pour le côté aérobique : on fait la planche et des push-up pour développer les muscles des bras », déclare en 2011 Jennifer Nicoll, première professeure de danse poteau à Montréal. « Ce qu’elles aiment, c’est de faire du sport sans aller au gym. Et ça fait un bonus pour leurs chums*. » (Voir la définition de chum.)

L’Office québécois de la langue française suggère de remplacer l’expression danse poteau par danse à la barre verticale, « puisque cette danse se fait à l’aide d’une barre et non d’un poteau ; le poteau, à l’intérieur d’un bâtiment, est une pièce de charpente servant de support.** »

Ø Ailleurs dans la francophonie, on ne présume pas d’une danseuse qu’elle se déshabillera devant son public, encore moins qu’elle consentira à des attouchements, car le mot danseuse est étroitement lié à l’univers du ballet (classique et contemporain).

Danseurs, danseusesGogo

*Lussier, Judith. « Professeure de danse… », Métro, 10 juin 2011, p. 26.
**Office québécois de la langue française. « danse à la barre verticale », Grand dictionnaire terminologiquelien.

Curves

Mot anglais pour dénoter les courbes d’une femme. Proviendrait de l’expression américaine french curves.

« Avec la collection DIVINE, on souhaite vraiment permettre à TOUTES les femmes, peu importe leur silhouette, d’avoir accès à des vêtements qui ont du style, qui sont sexy et qui épousent leurs belles curves !* »

Ø À ne pas confondre avec les courbes d’une route, d’un chemin. « […] juste des belles curves et la route est superbe […]** »

Amanché, amanchéeGreyé, greyée, greyerShape

*« Vêtements taille plus 100 % faits au Québec : DIVINE par Judy », Judy Designlien.
*« Place pour faire une belle ride », MontrealRacing.com, 10 octobre 2006 — lien.

Culottes

Sous-vêtement pour homme ou femme, souvent appelé petites culottes.

« Vente des culottes de la maîtresse d’Adolf Hitler* », annonce Le Journal de Québec.

Le mot culottes peut aussi être synonyme de pantalon. Témoignage d’une Française : « Cela faisait trois jours que j’avais commencé mon stage et ma collègue arrive et me dit qu’elle était bien contente de ne pas avoir mis de culottes aujourd’hui… J’étais très surprise de cette intimité rapide et aussi un peu gênée, jusqu’au moment où j’ai compris qu’elle était en jupe et non en pantalon (culottes), ce qui annonçait le beau temps !** »

À souligner, les Québécois écrivent ce mot au pluriel, culottes, et même paire de culottes, bien qu’il n’y ait qu’une seule pièce de vêtement. Ils font de même avec les brassières et les pantalons.

L’expression se faire prendre les culottes baissées ou à terre peut être interprétée au propre comme au figuré. Au sens propre, l’expression désigne un individu surpris en flagrant délit d’infidélité, de scandale sexuel ou d’exhibition de ses parties génitales dans un lieu public. « […] Dominique Strauss-Kahn, ex-dirigeant du Fonds monétaire international et tête d’affiche de la politique française, homme brillant et sophistiqué, s’est retrouvé, trois fois plutôt qu’une, les culottes baissées.*** »

Ø Au figuré, une phrase telle que « les Canadiens de Montréal se sont fait prendre les culottes baissées devant l’équipe adverse » signifie que l’équipe de hockey a été prise au dépourvu.

Ø D’autres expressions québécoises avec le mot culottes, qui n’ont rien de sensuel, peuvent confondre le francophone non averti :

  • Avoir les culottes à terre : être sans défense, vulnérable.
  • Chier dans ses culottes : avoir peur.
  • Se sentir mal dans ses culottes : se sentir mal à l’aise, mal dans sa peau.

Bas-culotteBobettesBrassièresG-string

*Lavoie, Raphaël. « Vente des culottes de la maîtresse d’Adolf Hitler », Le Journal de Québec, 19 septembre 2019 — lien.
**Lumineau, Irène et Marielle. Icitte : les Français au Québec, Laval, Guy Saint-Jean, 2019, p. 93.
***Pelletier, Francine. « Le commerce heureux entre les sexes », HuffPost , 29 mars 2012 — lien.

Cul

Faire du cul, jouer au cul, partie de cul : tripoter à pleines mains le popotin d’un ou d’une partenaire. Synonymes : jouer aux fesses, partie de fesses.

Réplique du film Une histoire inventée d’André Forcier (1990) : « Va donc jouer au cul avec la grosse Arlette.* »

Puisque nous parlons de cinéma… Un film de cul ou film de fesses est un film érotique ou pornographique.

Mettre dans le cul ou se faire mettre dans le cul : sodomie active ou passive.

Ø Des expressions québécoises où le mot cul est mis en évidence, mais qui n’ont pas nécessairement une dimension sexuelle, peuvent induire en erreur les autres francophones :

  • Baiser le cul de la vieille : revenir bredouille d’une expédition de chasse ou de pêche.
  • Toute personne ou objet ou phénomène de cul est mauvais, minable, insupportable, etc.
  • Ça ne vaut pas le cul : ça n’a pas de valeur, ça ne vaut pas un clou.
  • Se grouiller le cul : se remuer, passer à l’action.
  • Se pogner le cul, c’est perdre son temps, être payé à ne rien faire.

BrunCenneFessesPogner

*Forcier, André, et Marcotte, Jacques. Une histoire inventée, Montréal, Roseau, 1990, p. 36.

Cruisage, cruiser, cruiseur, cruiseuse, cruising bar

Cruiser : draguer à la québécoise, de loin et sans en avoir l’air, tel un cruise ship (bateau de croisière) qui navigue tranquillement le long des côtes. Parfois écrit cruser ou crouser ; se prononce « crouzé ».

« Je déteste cruiser. Je n’ai aucun talent.* »

Le cruisage : le fait de cruiser. Prononcer « crouzage ».

« Anne est amoureuse de Louis, qui éprouve pour elle des sentiments réciproques. Mais ce cruisage de bureau n’est au fond qu’une suite de rendez-vous manqués et jamais elle ne laissera son chum.** » (Voir la définition du mot chum.)

Celui ou celle qui s’adonne à une partie de chasse est un cruiseur ou une cruiseuse. Un cruising bar est un bar de rencontre.

Date, dater, datingListe d’épicerie

*Bourassa, Jocelyn. « Séduire, frémir, engueuler », L’Hebdo Journal, 21 juillet 2010, p. 4.
**Lévesque, Pascale. « Sophie Cadieux secrétaire “en attendant”… la job », Le Journal de Montréal, 12 août 2006, p. W79.

Crotte

Aussi trivial cela puisse paraître, crotte est un surnom affectueux que se donnent des amoureux : « ma crotte ; ma petite crotte ; ma petite crotte d’amour […] être crotte : être charmant ; être à croquer ; être trop mignon ; être chou* », énumère Lionel Meney, auteur du Dictionnaire québécois-français.

À l’opposé, avoir une crotte sur le cœur ou avoir une crotte contre quelqu’un signifie éprouver de la rancune, en amour ou dans d’autres circonstances. « Les libéraux ont une petite crotte sur le cœur contre NPD** », déclare une députée québécoise au Parlement canadien.

DoudouneMinou

*Meney, Lionel. Dictionnaire québécois-français, Montréal, Guérin, 2003, p. 599.
**40e Législature, 2e session, 18 septembre 2009 (1250) — lien.

Crossage, crosser, crosseur, crosseuse

Crossage est synonyme de masturbation. Celui qui masturbe ou se masturbe est un crosseur ou une crosseuse ; son ou sa partenaire se fait crosser.

Dans un roman de Michel Tremblay, un personnage pose directement la question : « Pensais-tu que j’étais en train de me crosser ?* » Le romancier Victor-Lévy Beaulieu, de son côté, ne manque pas de verve : « De vieilles femmes vont me sauter dessus, se saisir de ma queue noire et se crosser avec.** »

Ø Un crosseur ou une crosseuse peut aussi qualifier un escroc ou une profiteuse ; se faire crosser peut vouloir dire se faire arnaquer. Une crosse est un attrape-nigaud ; faire une crosse signifie arnarquer, jouer un sale tour.

Ø Va te crosser ! est une insulte qui signifie : « Dégage, fous-moi la paix ! »

Ø La crosse est un sport d’équipe qui ressemble au hockey, d’origine autochtone.

À la mitaineBranler, branleuse, branleuxPognerPoignetSe passer un jack, un willy

*Tremblay, Michel. Le cœur éclaté, Montréal, Leméac, 1993, p. 38.
**Beaulieu, Victor-Lévy. Jos Connaissant, Montréal, TYPO, 2001, p. 78.

Craque des fesses, des seins

Lorsque l’échancrure d’un vêtement laisse entrevoir la raie des fesses ou le rebondi entre deux seins, le Québécois ou la Québécoise se rince l’œil devant une craque.

« Et dire que certaines personnes se plaignent que les jeunes filles commencent jeunes à se montrer la craque des seins ou le nombril qui est à l’air !* »

S’il n’y a plus de vêtements, la craque marque la naissance des foufounes et des boules.

*Commentaire d’une internaute à la suite de l’article « Avril Lavigne se découvre », Voir.ca, 30 mai 2007 — lien.

Crapet

Personne laide ou insignifiante ou ridicule ou tout cela en même temps, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme.

Conseil d’une Québécoise à ses semblables : « Il ne faut pas se contenter du premier crapet venu sous prétexte que tu es flattée de te faire remarquer […].* »

Le mot crapet dérive du mot français crapeau, lequel provient de crapaud, relève le Dictionnaire historique du français québécois**.

Ø Le crapet est aussi un poisson d’eau douce très commun au Québec, dont il existe plusieurs variétés : crapet arlequin, crapet de roche, crapet-soleil, etc. Un poisson de petite taille, nul sur le plan gastronomique (sa chair, sans goût particulier, est bourrée d’arêtes), de peu d’intérêt pour les amateurs de pêche sportive, mais qui n’est pas laid du tout — les couleurs arc-en-ciel du crapet-soleil sont plutôt agréables à l’œil.

Agrès AmanchureChenille à poilFaire durLaitePichou

*« Comment choisir le bon gars, étape 2 », Québécoise et bilingue : A Bilingual Quebecquer’s Blog, 29 septembre 2009 — lien.
**Poirier, Claude (dir.). Dictionnaire historique du français québécois, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 1998, p. 224.

Courir la galipote

Courir la galipote : courir les jupons, rechercher des aventures sentimentales et/ou sexuelles. Parfois écrit galipotte.

« D’ailleurs, je me demande pourquoi tu cours la galipote. Elle est bien, Géraldine. Que veux-tu de plus ?* », demande un personnage du romancier Yves Beauchemin.

CharrueChaud de la pipeCouraillage, courailler, courailleuse, courailleuxÉcartadeGerdaGuidouneLousseSauter la clôtureTrou slaque

*Beauchemin, Yves. Le second violon, Montréal, Québec Amérique, 2012, p. 170.

Couraillage, courailler, courailleuse, courailleux

Courailler, activité aussi nommée couraillage, c’est draguer tout ce qui bouge, rechercher constamment de nouvelles rencontres ou des aventures extraconjugales, se livrer au libertinage. Un homme qui couraille est un courailleux ; une femme, une courailleuse.

Synonymes, en parlant d’infidélité : écartade, sauter la clôture.

« Il faut faire une distinction entre les courailleux et les hommes qui, pour une raison ou une autre, sautent la clôture sporadiquement.* »

Chanter la pomme, chanteur de pommeCharrueChaud de la pipeCourir la galipoteÉcartadeGuidouneLousseSauter la clôtureTrou slaque

*Madame Chose. « Les courailleux », La Presse+, 10 août 2013 — lien.

Couchette

La couchette : un rapport sexuel, le fait de coucher avec quelqu’un.

« […] je me décide à en parler ouvertement avec le père de mon enfant pour lui faire savoir que la couchette, j’en avais fait le tour, et que je n’en avais plus besoin pour me sentir bien avec lui* », écrit une femme dans un courrier du cœur.

BotteFaire l’acteFourrer, fourrable, fourrageFuckPetite viteScorerSe faire aller

*Deschâtelets, Louise. « Faut-il toujours du sexe dans un couple ? », Le Journal de Montréal, 22 août 2021 — lien.

Contrôlant, contrôlante

Individu autoritaire, dominateur ou dominatrice, avec de la manipulation affective ou économique, du chantage, de la perversion narcissique, de la violence, etc.

Confidence d’une femme : « […] il a confirmé au juge que j’étais sous l’emprise de mon conjoint qui montrait tous les signes d’un homme contrôlant et que, de mon côté, j’avais tous les symptômes d’une femme contrôlée.* »

Castrante, castratriceGermaine

*L., Annie. La guerrière, le combat d’une femme pour sa liberté, Montréal et Paris, Néopol et Société des écrivains, 2014, p. 143.

Comme si je l’avais tricoté, tricotée

Comme si je l’avais tricoté ou tricotée : connaître les moindres replis de la personnalité de son ou de sa partenaire, sans aucune ambiguïté.

Dans un forum de discussion sur Internet : « nous sommes ensemble depuis 15 ans et je le connais comme si je l’avais tricoté…* »

Tricoté serré, tricotée serrée

*Forum de discussion du site web Psychomédia, 15 mars 2003 — lien.

Comme la chienne à Jacques

Puisque les vêtements jouent un rôle important dans la séduction (l’odeur aussi, mais demeurons dans l’univers du textile), attardons-nous à quelques expressions.

Attriqué ou arrangé ou habillé comme la chienne à Jacques : être mal vêtu, avec des vêtements mal assortis, de mauvaise qualité ou inappropriés dans les circonstances. « J’enfilai un jean — je voyais déjà ma mère se mettre en travers de la porte en criant qu’elle ne me laisserait pas sortir de la maison habillé comme la chienne à Jacques pour me rendre à l’opéra* », écrit le romancier Michel Tremblay.

Mais qui est ce Jacques ? Pourquoi une chienne ?

Au XVIe siècle français, le jaque était un « manteau de cuir de protection que l’on mettait aux lévriers pour la chasse au sanglier », explique Claude Poirier, directeur du Dictionnaire historique du français québécois. « On peut donc imaginer qu’on ait pu dire une chienne à jaque en parlant de l’animal qu’on avait ainsi protégé en prévision de la chasse. La pauvre chienne avait sans doute l’air quelque peu grotesque dans cet accoutrement, ce qui a pu donner lieu à la formule être habillé comme une chienne à jaque.** » Et le prénom Jacques, dans la langue française de l’époque, était synonyme de paysan, imbécile, niais.

Dans le même ordre d’idées, l’expression avoir l’air d’un arbre de Noël n’est pas flatteuse. « J’opte pour des vêtements, un maquillage et des bijoux plus sobres ; je ne veux pas avoir l’air d’un arbre de Noël !*** »

Pour ne pas faire dur, et pour ne pas s’attifer avec des guenilles, il faut s’efforcer de ressembler à une vraie carte de mode, mais sans être chromé. Traduction : pour ne pas se couvrir de ridicule, et pour ne pas s’habiller avec des vêtements usés, il faut s’efforcer de se vêtir à la mode, et avec style, mais sans être trop voyant.

Faire durSur son 36

*Tremblay, Michel. Le gay savoir, Montréal et Arles, Leméac et Actes Sud, 2005, p. 39.
**Poirier, Claude. « Attriqué comme la chienne à Jacques », Trésor de la langue française au Québec, Université Laval, mai 2007 — lien.
*** Letarte, Martine. « Mes yeux, mes lunettes », Le Soleil, 12 mars 2015, p. 43 — lien.

Collé, collée, coller, colleuse, colleux

Être collé ou collée, se coller, être colleuse ou colleux, c’est se montrer très affectueux ou affectueuse.

Une célibataire sur un site web de rencontre : « Je suis souriante, ricaneuse, dynamique, intense, ambitieuse et colleuse.* »

Il ne faut pas y comprendre une connotation négative — à l’opposé du « pot de colle » des Français, c’est-à-dire un individu emmerdeur dont il est impossible de se débarrasser. Mais si l’on dit d’une personne au Québec qu’elle est trop colleuse, cela signifie que son affection dépasse les bornes ou, pire, qu’elle se livre à des gestes non consentis. Fait divers judiciaire : « Un beau-père “trop colleux” et affectueux a reconnu ses crimes, hier, au palais de justice de Québec.** »

AchalerMononcle

*Extrait d’un profil de célibataire sur le site web de rencontre Réseau Contact (qui fut le plus important du genre au Québec, fermé en 2023).
**Benjamin, Guy. « Un beau-père trop colleux », Le Soleil, 19 juillet 2007, p. 20 — lien.

Cockblock, cockbloquer, cockbloqueur, cockbloqueuse

Cockblock, mot anglais pour identifier tout individu ou phénomène qui brime la vie sexuelle d’une personne ou d’un couple. Aussi écrit cock-bloc et cock block, sous forme de nom (cockbloqueur, cockbloqueuse) ou de verbe, cockbloquer. Des termes apparus assez récemment au Québec francophone.

« Mon vagin me servait de cockblock* », expose une blogueuse dans un article sur le vaginisme, contraction musculaire involontaire des muscles du périnée.

*Princesse Chihiro. « Mon vagin me servait de cockblock », Les Péripatéticiennes, 14 mars 2017 — lien.

Chum

Un chum : partenaire masculin. Prononcer à l’anglaise, « tchomme ».

L’écrivaine québécoise Francine Noël, dans son roman Maryse (1983), signe une superbe tirade sur la portée du mot chum. Extrait : « Ah bon ? t’es pas mon chum ? Mais qu’est-ce que t’es, alors ? […] On n’a rien que le mot chum pour vous nommer, toi et tous les autres. C’est un mot fourre-tout, si je puis dire. C’est à prendre ou à laisser : t’es mon chum ou t’es rien.* »

Une femme mariée délaissera généralement le mot chum, préférant « mon mari » ou « mon conjoint ».

Ø Chum est aussi synonyme d’amitié, masculine et féminine. Les expressions mon chum de gars et ma chum de fille ou ma gang de chums désignent des relations d’amitié, non l’amoureux ou l’amoureuse. « Bref, il a toutes les qualités que mes chums de filles et moi recherchions quand on a commencé à s’intéresser aux gars.** » Être ben chum ou grand chum avec quelqu’un signifie que l’on s’entend très bien cette personne. Chummer, c’est fréquenter des amis. Un chummy est un ami de longue date, une vieille branche.

Accoté, accotée, accoterAmi, amie de cœurBlonde

*Noël, Francine. Maryse, Saint-Laurent, Bibliothèque québécoise, 1994, p. 136, 138.
**Côté, Caroline. Les chroniques de Karîse Dondelle. Tome II : Surprise, Montréal, La Fondation littéraire Fleur de Lys, 2006, p. 50.

Chnolles

Testicules. Aussi écrit chenolles ou schnolles. Prononcer « chnôl ».

« Regarde bien mes cuisses, mon cochon, et si tu t’avises de toucher, tu vas manger un de ces coups de botte dans les schnolles !* », s’exclame un personnage de roman.

En Normandie, chenolle désigne la nuque et le col ; en ancien français, le même mot nomme la trachée-artère, canal de la respiration. « Il est vrai qu’il y a un lien entre un coup dans les chenolles et l’arrêt respiratoire** », remarque Jean Séguin dans son Recueil d’expressions et de mots québécois.

GossesPaquetPoche

*Lefebvre, Louis. Table rase, Montréal, Boréal, 2004, p. 62.
**Séguin, Jean. Recueil d’expressions et de mots québécois vol. II, Saint-Constant, Broquet, 2009, p. 192.

Chicane de ménage

Querelle, dispute conjugale. « Il existe de nombreuses différences entre une chicane de couple ou chicane de ménage, comme on dit, et une réelle situation de violence conjugale* », expose un organisme d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale.

Les injonctions « pas de chicane dans la cabane » et « pas de cochon dans mon salon » mettent en garde quiconque tente de semer la pagaille dans une maisonnée, notamment en interdisant à quiconque de discuter de politique, de religion ou de tout autre sujet délicat.

*Maison de Lina. « Mieux connaître la violence conjugale » — lien.

Chenille à poil

Une chenille à poil est une personne laide ou hirsute avec qui l’intimité est hors de question. Expression démodée, utilisée à l’occasion par les vieilles générations.

« Sûrement elle est pas chenille à poil et maigre en arbalète comme moi pour tant faire tourner la tête aux hommes* », écrit Germaine Guèvremont dans son roman Le Survenant, publié en 1945.

AgrèsAmanchureCrapetFaire durLaitePichou

*Guèvremont, Germaine. Le Survenant, Montréal, Fides, 2004, p. 202.

Charrue

Une charrue : mot méprisant pour décrire une femme facile qui couche avec n’importe qui, tous les hommes sur son passage, par allusion à la charrue à neige (calque de l’anglais ; en bon français, un chasse-neige ou une déneigeuse), ce véhicule équipé d’un versoir à l’avant qui ramasse toute la neige sur son passage pour dégager les routes et les trottoirs.

« Et quand, trop soûle, je vais baiser un parfait étranger dans une ruelle sombre, et bien je serai une charrue.* »

Ø Charrue peut également désigner une femme qui souffre d’embonpoint. L’expression grosse charrue est monnaie courante, le pléonasme passe inaperçu.

Couraillage, courailler, courailleuse, courailleuxCourir la galipoteÉcartadeGerdaLousseSauter la clôtureGuidouneTrou slaque

*Lizotte, Kim. « Une femme avec toi ! », Urbania, 30 janvier 2013 — lien.

Char

Un char est une automobile, une voiture privée. Prononcer « châââr ».

Selon le Dictionnaire historique du français québécois, le mot serait dérivé de l’anglais car* — on ignore quand, comment et pourquoi les Québécois ont pris l’habitude d’y ajouter la lettre h.

Le mot char n’est jamais utilisé pour dénommer les gros camions, seulement pour les berlines ainsi que les « camions légers », c’est-à-dire les VUS (véhicules utilitaires sport), les 4 X 4 et les fourgonnettes.

Le char, au Québec, est un puissant symbole de réussite sociale. Pour les hommes, il s’agit aussi d’un exutoire à testostérone et — croient-ils — d’un appât à femmes. « Chérie, ôte tes raquettes et embarque dans mon char** » lance le séducteur du film d’animation Chérie, ôte tes raquettes, un genou au sol et les bras ouverts.

« Si j’avais un char / J’en ferais ma maison / Toi tu serais mon trésor / Et ça serait ma raison*** », chante Stephen Faulkner.

Ø Un bazou, un cancer, un citron ou une minoune est une voiture usagée qui tombe en ruine, non recommandable pour un plan drague.

CamaroGrosse Corvette petite quéquette

*Poirier, Claude (dir.). Dictionnaire historique du français québécois, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 1998, p. 187.
**Réalisé par André Leduc pour l’Office national du film du Canada en 1975 — lien.
*Si j’avais un char, écrite et composée par Stephen Faulkner et Sylvie Choquette, 1978.

Chaque torchon trouve sa guenille

Ce diction condescendant signifie que toute personne finira par rencontrer un ou une partenaire qui lui conviendra, y compris les déclassés, les timides et ceux qui ne sont pas favorisés par la nature. Variante : chaque chaudron trouve son couvercle.

« Il paraît que chaque torchon trouve sa guenille. Pourquoi pas son Valentin* ? »

Ø Équivalent en France : chaque pot trouve son couvercle. 

*Ruel, Francine. « Plaisirs partagés. Pour toi, mon amour », Le Soleil, 9 février 2002, p. H1 — lien.

Chanter la pomme, chanteur de pomme

Chanter la pomme à une femme, c’est tenter de la séduire avec la parole, les mots, le verbe. Un chanteur de pomme est un baratineur, un chaud de la pipe, courailleux, homme aux femmes qui ne manque jamais une occasion de courir la galipote.

L’expression chanteur de pomme est péjorative, le séducteur étant assimilé à un personnage malhonnête, trompeur. « Dans l’approche de l’autre, on doit impérativement éviter le ton passionné ou romantique pour ne pas être perçu comme un chanteur de pomme* », remarque l’écrivain Dany Laferrière à propos des mœurs des Québécois et des Québécoises.

Il n’existe pas d’équivalent féminin du chanteur de pomme, nulle « chanteuse de pomme ».

Enfirouapé, enfirouapée, enfirouaper

*Laferrière, Dany. Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo, Montréal, Mémoire d’encrier, coll. « Chronique », 2015, p. 21.

Certificat de mariage

Ce que les Québécois nomment certificat de mariage, de l’anglais marriage certificate, est appelé ailleurs un acte de mariage*.

« Le certificat de mariage est un document officiel qui prouve votre mariage. Au Québec, ce document est émis par le Directeur de l’état civil après l’inscription de votre mariage au Registre de l’état civil du Québec**. »

Cérémonie de mariageDivorcer, seMariage privéNouveaux mariésProposer en mariageUnion civile

*Forest, Jean. Le grand glossaire des anglicismes du Québec. Édition revue et augmentée, Montréal, Triptyque, 2011, p. 75.
**« Quelle Est la Différence Entre un Certificat de Mariage et un Contrat de Mariage ? », Mona Salehi Notaire Inc.lien.

Cerise, fraise

Perdre sa cerise, se faire péter la cerise : perdre sa virginité, en parlant d’une femme. Synonyme : perdre sa fraise.

Dans le film Elvis Gratton (réalisé par Pierre Falardeau et Julien Poulin, 1981), le personnage principal lance à une jeune femme qui a refusé ses avances : « Envoye donc, s’tie, as-tu peur de perdre ta cerise ? Envoye donc, crisse, viens pas me dire que t’es vierge, tabarnac ! »

Déviarger, déviergerJosephtéViarge

Cérémonie de mariage

Cérémonie de mariage, de l’anglais marriage ceremony, supplante cérémonie nuptiale au Québec*.

« Pour ce qui est de la durée, une cérémonie de mariage religieux peut dure de 45 minutes à 1 heure alors qu’une cérémonie de mariage civil durera entre 10 et 20 minutes**. »

Certificat de mariageDivorcer, seMariage privéNouveaux mariésProposer en mariageUnion civile

*Forest, Jean. Le grand glossaire des anglicismes du Québec. Édition revue et augmentée, Montréal, Triptyque, 2011, p. 75.
**« Combien de temps dure une cérémonie de mariage civil ? », mariagecivil.calien.

Cenne

Avertissement : sexe anal au menu.

Péter la cenne et se faire péter la cenne : sodomiser, se faire sodomiser. Laver la cenne et se faire laver la cenne : contact bucco-anal. (N’ayant point trouvé de citation pertinente hors du registre de la pornographie, l’auteur de ces lignes préfère s’abstenir d’illustrer ces actes par quelques mots choisis.)

Aussi écrit cent, mais toujours prononcé cenne.

L’origine du terme est monétaire. La pièce de monnaie canadienne d’un cent (0,01 $), cenne chez les Québécois francophones, est essentiellement composée d’acier et se reconnaît à sa couleur brune. (La Monnaie royale canadienne a mis fin à la production et à la distribution de la pièce d’un cent au pays le 4 février 2013.)

BrunCul

Castrante, castratrice

La culture québécoises attribue aux femmes, dans leur vie intime, une réputation de créatures castrantes (ou castratrices), c’est-à-dire autoritaires et contrôlantes à l’endroit de leur partenaire et même de leurs enfants.

Extrait d’un roman : « Kurt qui, à l’âge de 42 ans, n’a toujours pas coupé le cordon ombilical avec sa mère, Joyce Mayfield, veuve rentière, contrôlante à l’excès et hyper castrante.* »

« Mais bon, personnellement jamais je n’oserais dire une telle chose. Tu ne peux PAS dire aux Québécoises qu’elles sont castratrices. Si t’as le malheur de dire ça à une Québécoise, elle va t’arracher les couilles** », persifle un chroniqueur.

Contrôlant, contrôlanteGermaine

*Étienne, Varda. Ma belle-mère chérie, Montréal, La Semaine, 2015, quatrième de couverture.
**Chandonnet, Eric. « Victime de la porn : la castratrice et le castré », Nightlife.ca, 14 juin 2012 — lien.

Casser maison

Casser maison : lorsqu’une séparation, un divorce, le veuvage, la retraite ou une maladie force l’abandon de la résidence familiale, la liquidation des biens et la dispersion d’une famille.

« […] qui, en raison de son état de santé, accepte de “casser maison” pour entrer en institution ?* »

*Laforest, Jacques. La vieillesse apprivoisée, Montréal, Fides, 2002, p. 93.

Casser

Casser : rompre, mettre fin à une relation amoureuse.

Se dit aussi lorsque deux individus qui sortaient ensemble depuis peu cessent subitement de se fréquenter, sans préavis.

Confidence intime : « Finalement, tannée, j’ai cassé avec lui pour un autre. Et j’ai cassé avec cet autre pour un troisième ! Quelques mois plus tard, c’est mon troisième chum qui m’a flushée.* » (Voir les définitions des mots Chum et Flusher.)

Divorcer, seDomperFlusherLui donner son 4 %SacrerSe pousser

*Rainville, Patricia. « D’une fille à l’autre. Voir la vie en rose », Progrès-dimanche, 12 février 2012, p. 20 — lien.

Capoter sur

Capoter sur un homme ou une femme : éprouver un désir ardent, se passionner pour cette personne, la voir dans sa soupe, se réveiller la nuit en criant son nom. Rien à voir avec le condom bien que cet objet soit aussi appelé capote au Québec (voir Capote, contraceptif).

« Oui, je capote sur Francis Rochan. Mais ce n’est pas réciproque, loin de là.* »

Ø Au Québec, s’exclamer « Je capote ! » ou « C’est capoté ! » exprime une sensation ou qualifie un phénomène extraordinaire, fantastique, délirant. « Je capote ! » peut aussi vouloir dire : « Je n’en reviens pas, c’est extraordinaire ! », ou : « Je perds le contrôle ! »

Ø Être capoté : être fou, toqué.

Ø Capoter peut avoir plusieurs sens : perdre le contact avec la réalité (à la suite d’un plaisir intense ou d’une colère noire, sous l’influence d’une drogue ou d’une force occulte), perdre le contrôle de soi (« Si ça continue, je vais capoter ! »), échouer (« La négociation va capoter »), chavirer (en parlant d’une embarcation sur l’eau) ou renverser (en parlant d’un véhicule).

Ø Au Mali, capoter signifie ravir le petit ami ou la petite amie de quelqu’un.

Ø Avoir des relations sexuelles avec une femme au Burkina Faso, c’est capoter.

Bandé, bandée sur

*Sarfati, Sonia. Comme une peau de chagrin, Montréal, la courte échelle, 2005, p. 43.

Capote, contraceptif

Au Québec, le condom est aussi appelé capote ou contraceptif.

« Les contraceptifs sont des aphrodisiaques. Un garçon qui met un condom fera l’amour dans les secondes qui suivent, c’est prouvé* », plaisante un humoriste.

Ø Les Québécois n’utilisent pas aussi assidûment que les Européens le mot préservatif pour désigner un moyen de contraception. Au Québec, le mot préservatif est souvent compris comme un agent de conservation pour les aliments.

*Laporte, Stéphane. « Les contraceptifs : un débat stérile », Croc : c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle no 68, mars 1985, p. 14 — lien.

Camisole

Les Québécois attribuent un potentiel érotique à la camisole, maillot de corps pour les hommes ou petit haut à bretelles pour les femmes.

« Dans son aspect le plus romantique, la camisole se fait coquine, parfois en transparence ou bordée de dentelle ou d’un liséré de satin.* »

Ø « En France, le premier sens du mot est tombé en désuétude pour ne retenir que la camisole “de force”, réservée aux malades mentaux. Au Québec, tout le monde peut en porter une. De là à en tirer des conclusions hâtives…** », ironise l’autrice d’un guide intitulé Parlez-vous québécois ?

Ø En Afrique noire, une camisole est une robe ou une chemise à manches courtes pour femme.

BlouseJaquette

*Lafrance, Annie. « Camisole du jour, camisole du soir », Le Soleil, 1er juin 2006, p. 39 — lien.
**Armange, Claire. Parlez-vous québécois ? Nouvelle édition revue et enrichie, Saint-Sébastien-sur-Loire, D’Orbestier, 2011, p. 48.

Camaro

Voiture sport étroitement associée aux indécrottables machos. Créée en 1967 par General Motors (GM), la Camaro a été fabriquée jusqu’en 2002 dans une usine de GM située non loin de la petite ville de Boisbriand, au Québec — la seule usine de fabrication automobile de l’histoire de la province. La Camaro a contribué à la mode du muscle car, voiture au moteur surdimensionné dont la puissance compense ce que vous imaginez.

« Du genre musclé, tatoué, jeans serrés, bottes de construction. La virilité incarnée dans un homme des cavernes en camaro bleu poudre […]. L’emblème du machisme.* »

Refrain d’une chanson populaire au Québec dans les années 1990 : « Plus ça change plus c’est pareil / Y a rien d’neuf sous l’soleil / Les femmes préfèrent les ginos / Les machos les camaro** ». (Voir la définition du gino.)

CharDouchebagGinoGrosse corvette petite quéquette

*Coiteux, Marc. « Colère rose », La Presse, 1er décembre 1994, p. D5 — lien.
**Les femmes préfèrent les ginos, chanson du groupe Zébulon, 1994.

Brun

Mettre dans le brun et se faire mettre dans le brun : sodomiser et se faire sodomiser. (N’ayant point trouvé de citation pertinente hors du registre de la pornographie, l’auteur de ces lignes préfère s’abstenir d’illustrer l’acte par quelques mots choisis.)

Ø Au figuré, synonyme de se faire flouer ou d’échouer dans une voie de garage : « […] si, à mon instar, ils finissent par changer de branche de métier ou s’ils ne trouvent pas d’emplois relié à leurs études […], ça va les mettre dans le brun sur un moyen temps, comme on dit par chez nous.* »

CulCenne

*Commentaire d’un internaute à la suite de l’article de Cyr, Marc-André. « Courage de police », Voir, 25 mai 2014 — lien.

Bretter, bretteuse, bretteux

Le verbe bretter, comme le verbe branler, peut être synonyme de tergiverser. Une bretteuse ou un bretteux est un individu indécis, hésitant, en amour ou à d’autres occasions.

« Je n’aime pas : Attendre, la stupidité, les gens qui sont toujours en retard, les bretteux, les paresseux, les plaignards, ceux qui ont toujours une bonne excuse* », avertit une célibataire sur un site web de rencontre.

Ø Bretter, verbe à tout faire en français québécois, a d’autres significations : bricoler, comploter, fabriquer quelque chose, fouiller, fouiner, fureter.

Branler, branleuse, branleux

*Extrait d’un profil de célibataire sur le site web de rencontre Réseau Contact (qui fut le plus important du genre au Québec, fermé en 2023).

Brassières

Soutien-gorge, pour soutenir les boules. Les Québécois disent brassières au lieu de soutien-gorge, de l’anglais brassiere. L’Office québécois de la langue française recommande soutien-gorge.

« Depuis qu’les filles portent pu de brassières / Le paysage est ben plus l’fun qu’avant / C’est p’t’êt’ moins bon pour les affaires / Mais pour les yeux, j’vous jure que c’est différent* », chante Plume Latraverse.

En français québécois, brassières s’écrit au pluriel bien qu’il n’y ait qu’un seul vêtement, tout comme culottes identifie une seule pièce de tissu.

Une strap de brassières est une bretelle de soutien-gorge. Anglicisme (bra strap).

Ø En français de France, une brassière est un vêtement pour bébé qui s’ouvre et se ferme dans le dos. 

BoulesDevantureJosRack à josSur les hautesTotons

*Les brassières, 1974.

Branler, branleuse, branleux

Attention, voici le mot qui peut provoquer une confusion (triviale ou cocasse) entre Québécois et Européens : branler.

Dans les vieux pays, branler ou se branler, c’est masturber et se masturber. Au Québec, le mot est parfois utilisé dans ce sens, mais il possède d’autres significations qui n’ont généralement rien en commun avec le fricotage du génital :

Ø Le verbe branler peut exprimer le fait de tergiverser. Synonyme : branler dans le manche. Un branleux ou une branleuse est un individu indécis, hésitant, par exemple en amour.

Ø Branler peut également signifier remuer, bouger, trembloter. Par exemple, quelqu’un branle de la tête, un immeuble qui branle lors d’un tremblement de terre, etc.

Ø Avoir la branlette, c’est frissonner des membres (à cause du froid, d’une maladie…), sans connotation sexuelle.

Ø Branler de la queue se dit à propos du chien domestique qui remue sa queue, jamais à propos de l’organe viril du bipède mâle normalement constitué.

À la mitaineBretter, bretteuse, bretteux Crossage, crosser, crosseur, crosseusePognerPoignetSe passer un jack, un willy

Bozo

À l’origine, le mot anglais bozo désigne un homme niais, simple d’esprit, aussi synonyme de clown ou d’individu grotesque. L’auteur-compositeur-interprète québécois Raymond Lévesque utilise le terme en ce sens dans sa chanson Bozo-les-culottes (1967).

« Bozo est la figure triste du rêveur qui attend une princesse n’existant que dans ses rêves* », personnage popularisé par la chanson Bozo de Félix Leclerc (1951) : « Celle qu’il aime n’est pas venue / C’est tout entendu / Comprenez ça / Elle n’existe pas… »

*Séguin, Jean. Recueil d’expressions et de mots québécois vol. I, Saint-Constant, Broquet, 2008, p. 58.

Boys, les

Les boys : mélange d’anglais et de français (boys signifie garçons) pour nommer un groupe d’hommes soudés par l’amitié virile, la bière et les virées du samedi soir. « J’embarque sur mon skate et je vais rejoindre les boys au bar, car ils ont déjà une couple de bières d’avance !* » (Un skate est une planche à roulettes.)

Le film Les Boys, réalisé en 1997 par Louis Saia, raconte les tribulations d’une équipe de hockey amateur. L’un des plus gros succès commerciaux du cinéma québécois, qui a donné naissance à une suite de quatre longs métrages (de 1998 à 2013) et à une série télévisée (de 2007 à 2012) très populaires.

Les films et la télésérie ont suscité une identification immédiate du public. « Il y a le Les, en français, et le Boys, en anglais. L’amalgame, qui doit surprendre aussi bien un natif de France que des États-Unis d’Amérique, résonne pourtant en chaque Québécois comme une évidence** », indique un professeur et critique de cinéma.

Aussi, la langue québécoise est familière avec les expressions boys band (groupe musical populaire formé de jeunes hommes au physique avantageux, pour titiller les adolescentes) et boys clubs, ces bastions masculins où les femmes ont de la difficulté à s’imposer, par exemple les conseils d’administration des grandes entreprises.

L’équivalent féminin, les girls, est nettement moins répandu. (En 1969, la comédienne, chanteuse et humoriste Clémence Desrochers a créé une revue musicale féministe à succès intitulée Les Girls.)

Homme des tavernes

*« C’est vendredi : on saute dans le métro et on se prépare pour un gros week-end de FOLIE ! », 33MAG, 21 juin 2013 — lien.
**Picard, Yves. « Les Boys. Autopsie d’une cinésérie « mythique » », 24 images no 137, 2008, p. 18 — lien.

Botte

Être botte, être bonne botte : « bien faire l’amour, en parlant d’une femme » ; prendre ou tirer une botte, sa botte : « faire l’amour, en parlant d’un homme* », selon un Dictionnaire des canadianismes.

Équivalent en Europe francophone : être un bon coup.

« Tu disais ça de moi, Luc, quand tu m’en voulais, et j’me considère pas du tout comme une mauvaise botte…** », écrit le romancier Michel Tremblay.

CouchetteFaire l’acteFourrer, fourrable, fourrageFuck
Petite viteScorerSe faire aller

* Dulong, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, Sillery, Septentrion, 1999, p. 67.
**Tremblay, Michel. Le cœur découvert. Roman d’amours, Montréal, Bibliothèque québécoise, 1992, p. 254.

Bobettes

Petite culotte, pour hommes ou femmes. S’écrit au pluriel même s’il s’agit d’un seul vêtement.

« Au Lac-Saint-Jean, quand t’es pris pour y aller / Tu mets tes bobettes pis tu t’en vas foirer […] M’a m’faire un plaisir de t’enlever tes bobettes* », chante Plume Latraverse.

Le mot bobettes a effectivement vu le jour dans Charlevoix et au Saguenay—Lac-Saint-Jean avant de se répandre partout au Québec**. Sa première mention écrite remonte à 1930 dans une publicité de vêtements publiée par le quotidien montréalais La Presse***.

Bobettes en tôle, brassières d’acier : expression entendue au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour désigner une jeune femme qui repousse systématiquement les avances des hommes, qui préserve sa chasteté. (Voir la définition de brassières.)

L’expression mettre ses bobettes signifie, pour un homme, s’affirmer ou faire preuve d’autorité : « Ta femme ne te laisse pas encore sortir ce soir ? Quand vas-tu mettre tes bobettes et lui dire ta façon de penser ?**** »

Bas-culotteCulottesG-string

*Les Bobettes à Bedê, 1975.
**Bergeron, Gaston. Discours simple ! Mots du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix entendus, perdus et retrouvés, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2017, p. 44 ; Dulong, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, Sillery, Septentrion, 1999, p. 58 ; Verreaut, Claude, et Simard, Claude. La langue de Charlevoix et du Saguenay—Lac-Saint-Jean : une langue qui a du caractère, Québec, Presses universitaires de l’Université Laval, coll. « Langue française en Amérique du Nord », 2020, p. 66.
***Lalonde, Catherine. « Quand elles portent la culotte. Le Musée de la femme survole l’histoire du sous-vêtement féminin », Le Devoir, 27 octobre 2012, p. A12 — lien.
****Gratton, Denis. « Un glossaire franco-québécois tiguidou… ou presque ! », Le Droit, 24 juillet 2001, p. 8 — lien.

Blouse

Vêtement féminin qui couvre le haut du corps, chemisier. « Après quelques minutes, Gina Claudia n’a plus qu’une blouse transparente et un boa violet autour de son cou laiteux* ».

Ø Une blouse est aussi synonyme d’uniforme de travail : la blouse blanche des médecins, des infirmières et autres professionnels.

Ø À Madagascar, une blouse est une robe d’intérieur. En Louisiane, il s’agit d’un corsage.

CamisoleJaquette

*Charbonneau, Jean. Tout homme rêve d’être un gangster, Québec Amérique, Montréal, 2013, p. 178.

Blonde

Partenaire féminine. Aucun lien avec la couleur naturelle de la crinière : une blonde peut être noire, brune, rousse ou… blonde.

« Je peux sans crainte cheminer dans le désert du monde parce qu’à chaque fois que je suis dans les bras de ma blonde, elle me donne des idées, l’idée d’être beau, entre autres* », se réjouit l’anthropologue Serge Bouchard.

Ce qui fait d’une Québécoise une blonde, c’est l’absence de mariage. « Amoureuse, compagne, conjointe, copine, maîtresse, petite amie** », tels sont les synonymes du mot blonde dans un Petit dictionnaire des québécismes. Lorsqu’un homme se marie, sauf exception il ne désignera plus sa partenaire « ma blonde ». Il dira (au choix) : « ma femme », « mon épouse » ou « ma conjointe ».

Une blonde « ne survit pas toujours au passage à l’état de môman*** », note le Dictionnaire québécois instantané — voir la définition de môman.

D’où vient cet usage du mot blonde ? Le Dictionnaire historique de la langue française (sous la direction d’Alain Rey, publié par Le Robert) fait remonter à 1810, au Canada français, la blonde qui désigne une petite amie.

Dans un journal illustré édité à Montréal en 1914, on peut lire : « Attends un peu, mon gaillard, tu fais l’amour à ma blonde mais ça ne va pas se passer ainsi !**** »

Blonde et son pendant masculin chum se sont répandus au Québec avec le déclin du mariage traditionnel, à compter des années 1960.

Accoté, accotée, accoterAmi, amie de cœurChum

*Bouchard, Serge. « À propos de ma blonde », Le Devoir, 30 avril 2001, p. A7 — lien.
**Apollonia, François d’. Le petit dictionnaire des québécismes : anglicismes, archaïsmes, dialectalismes et néologismes. Suivi d’un index thématique, Montréal, l’Homme, 2010, p. 63.
***Melançon, Benoît. Dictionnaire québécois instantané, Saint-Laurent, Fides, 2004, p. 29.
****Le Samedi vol. 25 n0 51, 30 mai 1914, p. 12 — lien.

Bizoune

Pénis. Aussi écrit bisoune. Mot à connotation humoristique, dont l’équivalent féminin est noune.

Diminutif de bizoune : zoune. Un pionnier de la scène humoristique québécoise, Olivier Guimond (1893-1954), se produisait sous le nom d’artiste Ti-zoune.

« Avant de contrôler l’utérus des femmes, l’Église devrait plutôt contrôler la bizoune de ses prêtres !* », a déclaré en 2010 l’humoriste Laurent Paquin à l’intention du cardinal de Québec, Marc Ouellet, pour commenter les scandales de pédophilie qui secouaient l’institution catholique.

Ø Le verbe bizouner n’a pas de connotation sexuelle. Il signifie travailler lentement, sans effort.

Ø Puisque nous parlons de pénis… Le mot verge, au Québec, est une unité de mesure pour le tissu. Rarement employé pour désigner l’organe viril.

BatGrainePaquetPissetteShaftZouiz, Zwiz

*Clément, Éric. « Laurent Paquin : quand la fin du monde est drôle », La Presse, 12 juillet 2010 — lien.

Bitch, bitcher, bitcherie

Bitch est un mot anglais méprisant synonyme de garce, de chienne. « C’est pas en faisant semblant de trouver cute une grosse bitch que tu vas me prouver que l’amour existe, chose* », lance un personnage macho dans un roman d’amour désillusionné. (Voir la définition du mot cute.)

« […] une femme en politique marche sur un fil de fer. Trop sévère, on la traite de bitch. Trop conciliante, de potiche** », observe un journal quotidien.

Synonyme de Bitch pour un homme : chien sale. Témoignage judiciaire : « C’est un vrai chien sale, contrôleur, manipulateur, abuseur, agresseur, batteur de femmes, batteur d’enfants… c’est un monstre dans le fond !*** »

Synonyme unisexe : langue sale.

Bitcher, ou commettre une bitcherie, c’est calomnier autrui, jouer dans son dos, lui faire une vacherie (le coupable pouvant être une femme ou un homme). Ce mot est fréquemment utilisé par les jaloux, les couples en crise, les séparés et les divorcés : « Charlie Sheen adore Twitter ! Pourquoi ? Parce qu’il peut bitcher son ex Denise Richard comme bon lui semble […].**** »

Salaud, salope

*D’auteuil, Sylvain. Brad Pitt ou mourir, Montréal, Les Intouchables, 2005, p. 101.
**Faucher, Pascal. « Les désavantages d’être femme », La Voix de l’Est, 25 août 2012, p. 8.
***Lavallée, Jean-Luc. « C’est un “vrai chien sale !” — Sa belle-fille », Le Journal de Québec, 3 novembre 2010, p. 4.
****Paradis, Karine. « Charlie Sheen traite Denise Richard de “voleuse de chien” », Hollywoodpq.com, 28 mars 2011 — lien.

Bec

Un bec : petit baiser sec sur la joue ou sur la bouche. « Un : tu m’défais les cheveux, deux : tu m’donnes un bec sur la joue* », réclame un personnage de la dramaturge Marie Laberge.

Selon l’auteur-compositrice-interprète française Anne Sylvestre, « Il n’est bon bec / Que de Québec** ».

Dans la Belle Province, il est rare que des inconnus ou des connaissances échangent des becs sur la joue — ce que les Français appellent la bise. Et les hommes qui se connaissent bien ne se saluent pas avec des becs (sauf les homosexuels), ils se contentent d’une poignée de main ou d’une tape dans le dos. Aller plus loin dans les marques d’affection, ça ferait moumoune.

Lorsqu’un Québécois ou une Québécoise donne à l’autre un bec mouillé, cette personne tente d’embrasser de manière plus appuyée, solennelle. Scène d’un roman : « […] elle s’est brusquement retournée et a couru vers moi pour me plaquer un gros bec mouillé sur le haut du nez, à la base du front.*** »

Un bec en pincettes n’a rien d’agréable. Il est généralement imposé aux enfants par des adultes qui les embrassent en leur pinçant les joues ou, pire, par un mononcle, c’est-à-dire un homme d’âge mûr quelque peu dépravé, à l’humour gras, porté sur les attouchements non sollicités sur de jeunes femmes innocentes. « Je m’en souviens comme si c’était hier : les becs en pincette de “mononcle” Albert, la barbe piquante de “mononcle” Théo et son obstination maladive à réclamer des bisous pour tout et pour rien. Ouach !**** »

Ø Le verbe becquer signifie bécoter, donner de tout petits bisous de manière affectueuse et non sensuelle. Quand les parents veulent consoler un enfant qui s’est légèrement blessé, ils lui disent : « Viens, je vais becquer bobo. »

Ø Un bec pincé ou avoir le bec pincé : individu snob, avoir un comportement snob.

Ø Chez les francophones de l’Île de la Réunion, becquer signifie courtiser, flirter.

*Laberge, Marie. Deux tangos pour toute une vie, Montréal, Boréal, 1993, p. 52.
**Dis-moi Pauline, 1977.
***Michaud, Andrée A. Lazy Bird, Québec Amérique, Montréal, 2009, p. 290.
****Laurin, Renée. « L’art d’être “mononcle” », Le Journal de Montréal, 27 décembre 2004, p. 72.

Beauté

Quelques expressions québécoises expriment de manière imagée la puissance du désir devant la beauté ou la crainte que cette beauté inspire :

  • Beauté féroce, quand je te vois je me crosse (se crosser, c’est se masturber — voir la définition des mots crossage, crosser, crosseur, crosseuse).
  • Beauté fatale, quand je te vois je pédale. « Y a des filles pas très drôles chez les belles comme chez les moches », écrit un internaute sur un site web dédié à la séduction. « Chose certaine les plus jolies sont très restrictives dans leurs activités, elles ont peur de se casser un ongle. Et c’est pour ça que chez nous on dit “beauté fatale quand je te vois je pédale”.* »
  • Beauté sauvage, quand je te vois je dégage (même signification que précédemment).

Le proverbe québécois la beauté n’apporte pas à dîner signifie que la valeur d’un individu ne se résume pas à sa beauté physique, il n’y a pas que l’apparence qui compte dans l’existence. Version longue : la beauté n’apporte pas à dîner, la laideur n’apporte pas à souper (au Québec, le repas du midi est un dîner, celui du soir un souper ; le premier repas de la journée, le matin, est le déjeuner). Ce proverbe est démodé, on l’entend rarement de nos jours.

Beau bonhommeBelle pièce d’hommeHotPétard

*Commentaire d’un internaute sur le site web Art de Séduire, 1er mars 2014 — lien.

Bat

Vulgairement, un pénis. Aussi écrit batte. Prononcer à l’anglaise, bat, tel cet objet phallique qu’est le baseball bat.

Dans le film Le Party de Pierre Falardeau (1990), un humoriste venu se produire en spectacle devant un public de détenus, dans un pénitencier, leur lance : « À quoi correspond la longueur de ma cravate ? », et les spectateurs répondent, comme un seul homme : « À la longueur de ton bat ! »

Encore plus vulgaire et macho : « Je l’ai passée au bat », dira un grossier personnage en parlant d’une femme qui a couché avec lui (et qui doit probablement le regretter).

Tu pues du bout du bat : ton gland sent mauvais. Souvent utilisé pour insulter un homme. « On est allés au bout de la nuit / Tout semblait beau avec des bougies / Mais avant d’aller plus loin, il faut que je te dise / Écoute-moi, super please / Tu pues du bout du bat / Comme du fromage qui a passé date* ».

Ø Fumer un bat : fumer un joint de cannabis ou de haschich.

Ø Aller au bat ou au batte signifie affronter l’adversité, réaliser une mission difficile, sans connotation sexuelle. Le syndicaliste « Bernard “Rambo” Gauthier est prêt à “aller au bat” pour les travailleurs de la construction en grève depuis ce mercredi matin.** »

BizouneGrainePaquetPissetteShaftZouiz, zwiz

*Chanson inédite tirée de la série télévisée M’entends-tu ? diffusée par Télé-Québec en 2018-2019 — lien.
**St-Yves, Amélie. « Bernard “Rambo” Gauthier prêt à aller au batte pour la grève de la construction », Le Journal de Québec, 24 mai 2017, — lien.

Bas-culotte

Bas collants. « Sous-vêtement féminin d’une seule pièce, élastique et collant, constitué d’une culotte et de bas* », définit le Dictionnaire des canadianismes. Souvent écrit sans trait d’union, bas culotte.

Les Québécois emploient aussi le mot collant, comme d’autres francophones. « Je n’aurais jamais dû appeler ma boutique La Jolie Jarretière. Pas en cette époque du collant et du bas-culotte.** »

BobettesCulottesG-string

*Dulong, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, Sillery, Septentrion, 1999, p. 41.
**Poulin, Andrée. Miss Pissenlit, Montréal, Québec Amérique, 2010, p. 84.

Baquais, baquaise

Un baquais est un homme trapu, aux jambes courtes. Une femme qui possède le même gabarit est dite baquaise. Le mot au féminin s’écrit aussi bacaisse et baquèse. Variantes : baquet (monsieur) et baquette (madame).

Tous ces mots sont péjoratifs, insultants même. « L’autre jour, dans une chronique, j’ai écrit d’une fille qu’elle était baquaise, vous n’imaginez pas le raffut que cela a fait, comme si j’y avais mis quelque malice », se plaint le chroniqueur Pierre Foglia. « Je pensais la décrire justement, beau ou laid cela se discute, mais petit et large, c’est baquais, non ?* »

« Le mot baquet est issu de bac (1328) et de baqué (1624) qui s’applique à un petit récipient servant à divers usages, tiré du latin populaire (1160) baccu, baccos “récipient” », selon l’auteur d’un Recueil d’expressions et de mots québécois. « C’est par analogie de forme à ce qui est petit et large, et sans doute lourd, que ce mot s’applique à une personne.** »

Les antonymes de baquais et baquaise ne sont pas particulièrement flatteurs : feluet, feluette (dérivés du mot fluet, pour décrire une personne mince et frêle), échalas (nom du pieu que l’on enfonce en terre pour soutenir un arbuste), un grand efflanqué ou une grande efflanquée, et un grand slaque (le mot slaque, en français québécois, signifie mou, de l’anglais slack).

Grasset, grassette Grosse torche, grosse toute trempeToutoune

*Foglia, Pierre. « La fille enceinte », La Presse, 12 juin 2012, p. A5.
**Séguin, Jean. Recueil d’expressions et de mots québécois vol. I, Saint-Constant, Broquet, 2008, p. 32.

Bandé, bandée sur

L’expression bandé, bandée sur signifie qu’un homme (ou une femme, lorsqu’il s’agit d’une figure de style) éprouve un désir ardent pour quelqu’un.

« Il a fait allusion au fait que même s’il n’avait plus de prostate, il pourrait bander sur moi avec des gros totons comme les miens.* » (Voir la définition de totons.)

Ø Au figuré, bandé sur signifie un vif intérêt pour quelque chose ou une obsession. « […] il faut arrêter d’hyperconsommer et de bander sur le PIB.** »

Bandage

*Lamothe, Mathieu. « Robert Trudel se retire temporairement de ses fonctions », Le Nouvelliste, 17 mai 2018 p. 1.
**Josée Blanchette. « La misère des riches », Le Devoir, 27 avril 2018 — lien.

Bandage

État du pénis en érection. « Un homme bandé, tu lui enlèves pas son bandage* », assure une prostituée.

Bandage de pisse : érection causée par une désagréable pression de la vessie sur l’organe viril, sans stimulant érotique. Extrait d’une nouvelle littéraire : « Il s’était levé avec un fort bandage de pisse. […] Il se promena un peu dans la maison, embarrassé par ce gros organe du bon Dieu qui se dressait là, au bas de son ventre, et qui l’empêchait de penser à autre chose.** »

Ø L’auteur-compositeur-interprète français George Brassens (1921-1981), dans sa gaillarde chanson Fernande (1972), utilise un mot cousin de bandage : « La bandaison papa / Ça n’se commande pas ».

Ø Un bandage est aussi, au Québec et dans toute la francophonie, un pansement que l’on applique sur une plaie.

Bandé, bandée sur

*Myles, Brian. « Prostitution de rue : rendez-vous avec la tolérance. Claudia, prostituée, veut contribuer à améliorer la vie dans le Centre-Sud », Le Devoir, 5 août 2000, p. A1.
**Gagnon, Daniel. « Dépannage », Voix et Images vol. 18 no 1, 1992, p. 68.

Balloune

Être en balloune : tomber enceinte. Anglicisme, de balloon, et euphémisme d’une autre époque qui condamnait les mères célibataires, que l’on lit et entend rarement de nos jours. Se disait aussi tomber balloune, partir en balloune ou pogner une balloune.

« Jusqu’au jour où, apprenant de la bouche de sa blonde qu’elle est en balloune, le coup de semonce tonne comme un avertissement de reprendre sérieusement sa destinée en main* », écrit un critique de cinéma en 2013. (Voir la signification du mot blonde.)

*Schreurs, Sébastien. « L’heure de la révélation a enfin sonné pour Patrick Huard… », aVoir-aLire.com, 5 juillet 2013 — lien.

Amour, être en ou tomber en

Les expressions être en amour et tomber en amour, très courantes au Québec, sont généralement tenues pour des anglicismes, de to be in love et to fall in love. Les locuteurs soucieux de s’exprimer dans un français plus rigoureux ont l’embarras du choix : être amoureux, devenir amoureux, tomber amoureux, s’éprendre de quelqu’un, etc. C’est d’ailleurs ce que recommande l’Office québécois de la langue française.

L’auteur Hubert Mansion, cas d’espèce, rejette l’influence de l’anglais. « Presque toute l’Amérique française dit tomber “en amour” comme on disait autrefois “aller en Canada”, c’est-à-dire comme s’il s’agissait d’un pays. L’expression est attestée chez Montaigne (“Le pasteur Cratis estant tombé en l’amour d’une chèvre”) et ne constitue donc pas un anglicisme dérivé du to fall in love, comme on l’entend dire tous les jours.* » (Si vous ne connaissez pas Montaigne, il s’agit du philosophe français Michel de Montaigne, 1533-1592. N’a pas laissé de détails sur la passion de ce pasteur pour une chèvre.)

Il reste à expliquer le sens de l’expression tomber en amour, poursuit Hubert Mansion, alors que le choc amoureux nous donne au contraire l’impression de décoller. Les mots « tomber en » ou « tomber dans » évoquent effectivement un accident ou une perte de contrôle : tomber malade, tomber veuf, tomber pauvre, tomber en léthargie, tomber dans l’enfer de la drogue, etc., à une exception près : tomber dans l’œil d’un homme ou d’une femme, c’est-à-dire lui plaire.

De toutes les expressions québécoises mettant en vedette le mot amour, en voici quelques-unes particulièrement imagées :

  • L’amour, c’est plus fort que la police ou l’amour, ça bat la police : « L’amour se moque de tous les interdits** », décrypte un Dictionnaire des proverbes, dictons et adages québécois.
  • Amour de mon cœur, si tu savais comme tu m’écœures, tu t’en irais ailleurs invite un individu trop entreprenant à cesser ses avances.
  • On ne peut pas empêcher un cœur d’aimer signifie que rien ne peut faire obstacle à l’amour ou que ce sentiment n’obéit pas à la raison.
  • Je t’aime à la folie comme une puce à l’agonie : « Formule plaisante pour taquiner un être cher. S’emploie notamment dans la région des Bois-Francs*** », indique un Dictionnaire des expressions québécoises.
  • Être en amour par-dessus la tête : être follement amoureux ou amoureuse. « En amour par-dessus la tête, Catherine rêvait d’une bague qui crierait haut et fort qu’elle et lui, c’était pour la vie.**** »

Le proverbe chanceux aux cartes, malchanceux en amour est la version québécoise d’un proverbe bien connu en Europe : heureux au jeu, malheureux en amour.

*Mansion, Hubert. 101 mots à sauver du français d’Amérique, Montréal, Michel Brûlé, 2008, p. 25.
**DesRuisseaux, Pierre. Dictionnaire des proverbes, dictons et adages québécois, avec les équivalents français et anglais. Nouvelle édition revue et augmentée, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2009, p. 18.
*** DesRuisseaux, Pierre. Dictionnaire des expressions québécoises. Nouvelle édition revue et augmentée, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2009, p. 19.
****Bergeron, Isabelle. « 6 façons d’être célibataire ! », Coup de pouce, 1er février 2015 — lien.

Ami, amie de cœur

L’expression ami de cœur ou amie de cœur désigne une relation amoureuse, non l’amitié. Ne cherchez pas la logique.

« En entrant au café l’Intemporel de Québec, un jour de novembre 1990, je ne me doutais pas que j’allais faire une double rencontre […] une femme qui, le temps de le dire, est devenue mon amie de cœur.* »

Ø Au contraire, ami de garçon ou ami de gars désigne une amitié entre hommes, amie de femme ou amie de fille désigne une amitié entre femmes. « J’ai des amis de gars qui sont super gentils quand je suis seule avec eux, mais quand ils se retrouvent avec leur gang de chums, ils m’ignorent.** » (Pour la signification du mot chum, voir la définition.) Étonnamment, l’influence de l’anglais est nulle ici — une fois n’est pas coutume —, boyfriend et girlfriend appartenant au registre de l’amour et non de l’amitié malgré le suffixe friend.

BlondeChum

*Giguère, Yvan. « Desjardins l’homme essentiel ! », Québec Hebdo vol. 3 no 15, 6 septembre 2009, p. 6.
**Gaboriault, Isabelle. « Les filles les guenilles, les gars les soldats… », La Voix de l’Est, 9 juin 2001, p. 51.

Amanchure

Une amanchure est une personne laide ou ridicule. « Et pendant que j’assume la part féminine de mon personnage, je vois des néo-machos fréquenter mes filles ! Je n’en reviens pas de les voir s’intéresser à des amanchures pareilles !* » — François Léveillée, humoriste et auteur-compositeur-interprète.

Ø Dans ce sens précis, le mot amanchure est rarement employé de nos jours. Le sens courant du terme désigne une situation très fâcheuse, un arrangement instable et chancelant, ou quelque chose de mal conçu, assemblé n’importe comment, improvisé, bancal : « Mais ça scandalise mon copain que je qualifie de hot-dog ce genre d’amanchure. Il me dit que c’est pas des hot-dogs** », relate une blogueuse.

AgrèsChenille à poilCrapetFaire durLaitePichou

*Tremblay, Régis. « Quinquagénaire de l’humour. François Léveillée délaisse la critique sociale pour le bilan personnel », Le Soleil, 27 septembre 2003, p. C8 — lien.
**« Hot-dogs végétaliens », blogue Vegan à Montréal, 28 juillet 2014 — lien.

Amanché, amanchée

Une femme bien amanchée est une femme bien roulée, dont les formes pulpeuses promettent un torrent de sensualité. Un homme bien amanchéamanché comme un cheval ou un taureau est l’heureux propriétaire d’un attribut génital quasi olympien.

Blague dans un magazine humoristique : « Mon chum est tellement amanché qu’il est obligé de souffler dans ses condoms pour pouvoir les mettre.* » (Un chum est un partenaire amoureux.)

Être amanché ou amanchée pour sortir : se vêtir avec élégance pour se faire remarquer, séduire.

Il est amanché, elle est amanchée pour veiller tard — se dit aussi équipé, équipée pour veiller tard : considérant les généreux dons de la nature que madame ou monsieur met en évidence, la nuit promet d’être torride. « […] une multitude de regards d’homme déviaient inexorablement et pour cause, vers sa silhouette ; elle était d’ailleurs amanchée pour veiller tard !** »

Le mot amanché et l’expression mal amanché, en parlant d’un individu, peut aussi dénoter des conditions d’existence difficiles, une situation pénible. Quelqu’un a fait un mariage malheureux, par exemple : « Plaindre une femme amanchée pour la vie avec un ivrogne ***», indique le Dictionnaire des canadianismes. « La dernière fois que j’y ai parlé / Son cœur était mal amanché ****», chante Dédé Fortin.

Ø Se dit aussi des vêtements : un individu bien amanché (élégamment vêtu) ou mal amanché (quel épouvantail).

Ø Chez les francophones de Belgique, le terme se dit et s’écrit emmanchure.

CurvesGreyé, greyée, greyerShape

*Croc : c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle no 167, juin 1993, p. 6.
**Picard, Guy. Règlement de compte, Paris et Montréal, Publibook et Néopol, 2013, p. 66.
***Dulong, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, Sillery, Septentrion, 1999, p. 13.
****Tassez-vous de d’la, 1998.

Allure

Avoir de l’allure : démontrer du bon sens, du savoir-vivre, de l’amabilité et d’autres qualités qui plaisent, qui séduisent. « Correspondre aux normes habituelles, être vraisemblable, acceptable, sensé* », selon le Dictionnaire historique du français québécois.

« […] c’est tellement difficile, de nos jours, de trouver un chum ou une blonde qui a de l’allure, de rencontrer quelqu’un avec qui tu peux vraiment partager quelque chose** ». (Pour les significations des mots chum et blonde, voir les définitions.)

Ne pas avoir d’allure, on le devine, c’est se mettre tout le monde à dos. Pour se faire aimer, il faut commencer par être aimable, une évidence ignorée par celui ou celle qui n’a pas d’allure. « Un sans-allure manque totalement de jugement, de savoir-faire et, même, de savoir-vivre.*** »

Ø Avoir bonne ou mauvaise allure : avoir bonne ou mauvaise mine.

Ø Ailleurs dans le monde francophone, l’allure est souvent synonyme d’apparence, d’aspect extérieur d’un être ou d’un objet.

*Poirier, Claude (dir.). Dictionnaire historique du français québécois, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 1998, p. 47.
** Germain, Rafaële. « C’est juste un ami », La Presse, 29 novembre 2003, p. AM7.
***Bovet, Ludmila. « Ton chum, y a pas d’allure ! », Québec français no 68, 1987, p. 88.

Allosexuel, allosexuelle

Mots recommandés par l’Office québécois de la langue française pour remplacer l’anglais queer. Synonymes : altersexuel, altersexuelle.

La traduction aurait été créée par le Regroupement d’entraide de la jeunesse allosexuelle du Québec, organisme actif entre 2002 et 2008*.

*Laprade, Bruno. « Queer in Québec : étude de la réception du mouvement queer dans les journaux québécois », Cygne noir no 2, 2014, p. 95 — lien.

Aller aux femmes 

Aller aux femmes : se lancer à la recherche d’aventures avec la gent féminine. Expression vieillie.

« Une bagnole, pour me déménager les fesses à mon gré, aller aux femmes un peu partout dans la province* », évoque le poète, journaliste et personnage politique Gérald Godin (1938-1994).

*Godin, Gérald. Tendres et emportés : récit et nouvelles, Outremont, Lanctôt, 1997, p. 47.

Agrès

Un agrès : personne très laide, hirsute et ridicule, avec qui l’on ne voudrait pas s’exposer dans un endroit public et que l’on ne voudrait surtout pas voir dans son lit.

Extrait d’une chanson intitulée L’Agrès : « Non, c’est pas vrai, dis-moi pas que j’ai ramené un agrès / À chaque fois que je bois c’est toujours pareil / Je dis oui à n’importe qui ou à n’importe quoi* ».

Ø Dans le vocabulaire de la pêche sportive, l’agrès est l’appât qui attire les poissons ou, de manière générale, l’ensemble des engins de pêche.

Ø En Louisiane, agrès désigne les vêtements, la garde-robe, et aussi l’outillage agricole.

AmanchureChenille à poilCrapetFaire durLaitePichou

*L’Agrès, paroles et musique de Mathieu Gratton, 1998.

Agace, agace-pissette

Une agace est une « femme provoquante qui cherche à exciter le désir sexuel chez les hommes* ». Synonyme : agaceuse.

La pissette, cible de l’agace, désigne de manière dérisoire l’organe génital mâle. « […] du latin populaire pissiare : uriner, qui a donné pissette qui est un appareil de laboratoire produisant un petit jet liquide — sans doute à cause du petit débit agaçant** », selon un Dictionnaire des injures québécoises.

Le mâle québécois peut surestimer son (supposé) pouvoir de séduction et s’illusionner sur les (prétendues) avances d’une (croit-il) agace-pissette. Dans le premier film de la série Elvis Gratton (réalisé en 1981 par Pierre Falardeau et Julien Poulin, aujourd’hui un film culte), le personnage principal, banlieusard balourd, essaie très maladroitement d’entreprendre une jeune femme ; elle le repousse. Blessé dans son orgueil, il réplique : « P’tite crisse d’agace-pissette, t’aimes mieux te faire pogner le cul par ta gang de pouilleux, maudite droguée ! » (Vous n’avez pas compris le sens des mots « pogner le cul » ? Voyez la définition de pogner.)

Pissette

*Meney, Lionel. Dictionnaire québécois-français, Montréal, Guérin, 2003, p. 44.
**Dulude, Yvon, et Trait, Jean-Claude. Dictionnaire des injures québécoises, Montréal, Stanké, 1996, p. 54.

Achaler, achalant, achalante

Déranger, incommoder ou harceler quelqu’un, et pas qu’un peu. « Les filles viennent ici pour s’amuser sans se faire achaler par un gars saoul.* »

Un achalant, une achalante est un homme ou une femme qui emmerde autrui. La victime est achalée. À la première offense, l’achalant achale. Avec une récidive, cela devient du harcèlement.

*McDuff, Rachel. « Party de filles », Métro, 14 avril 2010, p. 10.

Accoté, accotée, accoter

Au Québec, on ne compte plus les situations où l’on accote quelque chose ou encore lorsqu’on s’accote sur : appuyer, prendre appui, soutenir, etc. Accoter une échelle contre un mur, par exemple. Au sens figuré, on peut s’accoter sur quelqu’un : lui faire confiance, bénéficier de son soutien moral, pleurer sur son épaule, etc.

En amour, les individus qui vivent en union libre, non mariés (mode de vie de plus en plus répandu au Québec depuis les années 1980), sont dits accotés : hors de l’institution du mariage, ils s’appuient l’un sur l’autre. « Ce qui est embêtant surtout, c’est le ton suffisant des gens mariés ou accotés face aux célibataires.* »

Aussi utilisé comme verbe : « Même si ça dure pas / Il vaut mieux s’accoter** », chante l’auteur-compositeur-interprète Raymond Lévesque.

Synonyme bureaucratico-légal d’individus accoté : conjoints.

Dans le Québec prémoderne, avant les années 1960, les couples non mariés vivaient en concubinage, mot qui suscitait alors l’indignation.

Ami, amie de cœurBlondeChum

*Faucher, Pascal. « Je ne sais pas », La Voix de l’Est, 8 octobre 2011, p. 10.
**S’accoter, chanson de Raymond Lévesque, 1977.

Abus, abusé, abusée, abuseur

Les Québécois ont l’habitude d’utiliser le mot abus pour agression sexuelle, abusée ou abusé pour désigner la victime et abuseur pour l’agresseur. Tous ces abus sont des anglicismes, de sexual abuse.

« Deux victimes d’un abuseur qui offrait des bonbons aux petites filles pour les attirer sont sorties du placard 40 ans après les événements et ont finalement obtenu justice* », rapporte un journaliste.

Selon la théorie de l’abuseur abusé, un homme victime d’agression sexuelle dans son enfance deviendra un agresseur à l’âge adulte.

Ø La langue française québécoise abuse du mot abus. En effet, un abus n’est pas nécessairement une agression, un crime : on peut abuser de la nourriture, abuser de la patience ou de la générosité d’autrui, etc. « En fait, abuser de quelqu’un, ce peut être aussi bien financièrement** », indique un spécialiste de la langue française. Le dictionnaire Le Robert évoque l’abus d’alcool, l’abus de pouvoir, l’abus de confiance et l’abus sexuel. Mais au Québec, le terme abus « n’a pas le sens, courant partout, d’avoir été eu. Désigne généralement une forme de viol*** », souligne le professeur de littérature Benoît Melançon, auteur du Dictionnaire québécois instantané. Et dans certaines situations, l’usage inconsidéré de l’abus sexuel est douteux, notamment en ce qui concerne les enfants : l’expression abus sexuel sur enfant, bête traduction de l’anglais child abuse, laisse-t-elle entendre qu’il existerait une sexualité non abusive entre un adulte et un enfant ?

À souligner, le vocabulaire de l’agression sexuelle en français québécois est farci d’anglicismes :

  • Les Québécois utilisent l’expression assaut sexuel (sexual assault) au lieu d’agression sexuelle.
  • Autre anglicisme en usage au Québec, notamment dans les affaires judiciaires : maniaque sexuel (sex maniac), synonyme d’obsédé sexuel.
  • Les Québécois emploient assaut indécent et grossière indécence (de l’anglais gross indecency) plutôt que l’expression outrage à la pudeur, qui serait plus appropriée. (Le saviez-vous, l’indécence n’est pas nécessairement un crime. Un vêtement peut être indécent.)
  • Ils ont également l’habitude de nommer prédateur sexuel un récidiviste de l’agression sexuelle, bien que la prédation appartienne plutôt à l’univers des animaux sauvages.
  • Enfin, l’expression violence faite aux femmes ne tient pas debout, sur le plan de la syntaxe. Il faudrait dire et écrire violence contre les femmes.

Frères mets ta mainFurtivageGroomer, groomingMononcleTaponner

*Lemelin, Serge. « Deux victimes d’un abuseur obtiennent justice après 40 ans », Le Quotidien, 12 mai 2005, p. 10.
**Chouinard, Camil. 1 500 pièges du français parlé et écrit. Nouvelle édition augmentée, Montréal, La Presse, 2007, p. 10.
***Melançon, Benoît. Dictionnaire québécois instantané, Saint-Laurent, Fides, 2004, p. 11.

À la mitaine

À la mitaine signifie à la main, par référence à la paire de mitaines, cette paire de gants sans séparation pour les doigts sauf le pouce.

Se commencer ou se finir à la mitaine, c’est débuter ou conclure une relation sexuelle en se masturbant. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’allais devoir me finir à la mitaine. Il n’avait pas trop l’air de comprendre ce qui se passait quand j’ai commencé à jouer avec mon clitoris.* ».

Ø D’autres tâches peuvent s’effectuer à la mitaine. Fabriquer un objet à la mitaine : à la main, de manière artisanale.

Branler, branleuse, branleuxCrossage, crosser, crosseur, crosseusePognerPoignetSe passer un jack, un willy

*Beauvais, Élodie. « Ode aux femmes qui jouissent ! — Partie 1 », LeCahier.com,, 27 mars 2021 — lien.

5 à 7

Moment de détente, de 17 h à 19 h, pour prendre un verre avec des collègues, des amis, des connaissances, ou un cocktail rassemblant des professionnels, qui peut devenir une occasion de séduction et de rencontre lorsque les circonstances sont favorables : quelqu’un a eu la bonne idée d’inviter des amis de ses amis, l’ambiance est de plus en plus décontractée, l’alcool facilite les rapprochements, la sono fait jouer de vieux succès disco, « Love is in the aiiiiir »…

« Les jeux de regards plus ou moins subtils, les frôlements volontaires, les visites régulières des femmes aux toilettes pour réajuster les mèches et rafraîchir le mascara témoignent de l’esprit de conquête qui règne* », écrit une journaliste à propos d’un 5 à 7.

Les Québécois ayant l’habitude de prendre leur repas du soir assez tôt, vers 18 h ou 19 h, un 5 à 7 est une parenthèse après une journée de travail.

Ø Pour les Français de la douce France, un 5 à 7 est un rendez-vous extraconjugal.

*Montminy, Marie-Josée. « Les “5 à 7” : comme un prélude au soir », Le Nouvelliste, 20 avril 2002, p. S1 — lien.