Articles avec le tag ‘Séduire’
Cinquante ans de remue-ménage
Dans mon billet de mardi dernier, je soulignais le 50e anniversaire du magazine québécois Châtelaine et la reproduction sur le Web d’un article de novembre 1961 sur les relations hommes-femmes. On m’a appris hier que cet article fait partie d’un dossier de Châtelaine intitulé «50 ans d’évolution avec l’Homo quebecus», ou comment le mâle d’ici est passé du macho traditionnel à l’homme en pleine redéfinition de son identité. Entre les deux, il y a eu l’essor du féminisme et l’avènement l’homme rose.
Au menu de ce dossier, des reproductions en PDF de six articles marquants de Châtelaine : «Comment trouver un mari ?» (1961), «Le mari canadien-français face à la femme émancipée» (1967), «La vraie puissance sexuelle de la femme» (1974), un résumé du fameux rapport Hite (1983), un article de Richard Martineau sur les hommes trop roses (1989) et un sondage mené en 1992 auprès de 1500 Québécois sur leurs relations avec le sexe opposé. Lire la suite de ce billet »
Quelques trouvailles (14)
Voici mes lectures des dernières semaines. Et un logiciel pour un corps de rêve.
Sexe et littérature. L’universitaire français Olivier Bessard-Banquy, spécialiste de la littérature et de l’édition contemporaine, a lancé l’été dernier Sexe et littérature aujourd’hui (La Musardine), tour d’horizon de la sexualité et de l’érotisme dans la littérature française depuis la fin des années 1980.
En 1989, le roman Le boucher d’Alina Reyes a donné un nouveau souffle à la littérature érotique au féminin. Mais dans les années 1990 et 2000, le porno-chic a tout contaminé. En y ajoutant les confessions autobiographiques à n’en plus finir d’auteurs qui baisent pour baiser et ne savent plus aimer, le portrait de la littérature osée des 20 dernières années est peu ragoûtant : violence gratuite, complaisance, tristesse, solitude, désabusement. Olivier Bessard-Banquy retient quand même quelques auteurs de talent : Alina Reyes et sa description du désir charnel, Françoise Rey et la sensualité de La femme de papier, la réflexion sur la relation sadomasochiste de Vanessa Duriès (Le Lien), Catherine Millet pour le style clinique de La vie sexuelle de Catherine M., la critique du désordre amoureux de Michel Houellebecq (Extension du domaine de la lutte, Les particules élémentaires), la rhétorique d’Alain Soral dans Sociologie du dragueur, les gauloiseries de Michel Polac dans son Journal, la spontanéité d’Anna Rozen (Plaisir d’offrir, joie de recevoir), la noirceur de Nelly Arcan (Putain) et les romans de gare d’Esparbec (pseudonyme de Georges Pailler).
Personnellement, la littérature osée contemporaine me semble trop trash, elle manque cruellement d’humour, d’imagination et de sentiments. J’ai l’impression que personne n’a dépassé la grivoiserie des poètes coquins du Moyen Âge, la pornographie du marquis de Sade, la critique sociale de Balzac et le romantisme du XIXe siècle. Si vous avez envie de vous échauffer l’âme et les sens avec les lettres françaises, les classiques vous procureront probablement plus de sensations fortes que les derniers succès de librairie… Lire la suite de ce billet »
Un réflexe puritain
L’été dernier, j’ai lu un excellent livre sur l’infidélité en amour, Bienheureuse infidélité (Albin Michel, 2003), de la philosophe et thérapeute Paule Salomon. Un passage m’a frappé : «De nos jours, partout où nous allons, l’ambiance est mixte, donc sexuée. Ou bien nous nous posons consciemment dans ce frôlement de sensibilité et nous cultivons une érotisation de l’être, ou bien nous nous fermons à toute influence par un réflexe puritain dont nous n’avons même pas conscience et qui nous prive du plaisir de vivre.»
Un réflexe puritain… C’est bien ce qui règne au Québec dans les contacts quotidiens entre des hommes et femmes qui ne se connaissent pas : l’austérité, le repli sur soi, l’autocensure des sentiments et des pulsions.
Un exemple. Une personne célibataire invite un(e) autre célibataire à prendre un verre, pour faire connaissance. Dans une société normale, l’invité(e) se dira tout naturellement : «Pourquoi pas ?» Mais au Québec, l’invité(e) va automatiquement se méfier et se tourmenter : «Pourquoi cette personne m’invite à prendre un verre ? Qu’est-ce qu’elle a derrière la tête ? Je n’ai pas envie de me sentir redevable… Pour éviter toute tentative de séduction, je pourrais peut-être accepter l’invitation en laissant croire que je suis en couple…», etc.
Un réflexe puritain, je vous dis !
Si vous êtes comme moi, contactez-moi
Pour les utilisateurs de sites web de rencontre, la rédaction de la fiche personnelle est un moment crucial. Il faut réussir à se décrire et à «se vendre» en quelques lignes, et ce n’est pas facile. Certains exposent ce qu’ils attendent d’une relation ou expliquent ce qu’ils recherchent chez l’autre. Beaucoup parlent d’eux-mêmes, de leur personnalité, de leurs valeurs, etc.
Ceux qui ne parlent que d’eux-mêmes ont tendance à sombrer dans une looongue énumération de leurs intérêts, activités, loisirs, etc., qui se termine par une phrase du genre : «Si vous êtes comme moi, contactez-moi» ou «Je recherche quelqu’un qui me ressemble».
Cette manière de vouloir attirer l’attention de l’autre est en fait une manifestation de narcissisme. C’est le contraire de la rencontre : on ne peut pas rencontrer quelqu’un en ne parlant que de soi, et on ne peut surtout pas rencontrer quelqu’un qui soit notre copie conforme, qui aime exactement nos goûts, activités, projets.
La rencontre, c’est croiser des gens qui, bien sûr, partagent des éléments en commun avec nous, mais c’est surtout avoir envie de découvrir et d’apprendre.
Pour illustrer mon propos, j’ai eu l’idée de rédiger ma propre «liste d’épicerie» narcissique en m’efforçant de pousser l’exercice jusqu’à l’absurde (voir plus bas). Vous m’en donnerez des nouvelles… Lire la suite de ce billet »
S’engager sur-le-champ ou rien (2)
Je vous parlais hier de ces rendez-vous galants et déconcertants avec une célibataire dans la trentaine qui meurt d’envie de se marier et de fonder une famille, le genre de femme qui s’empresse de demander à son vis-à-vis : «Moi, je suis à la recherche d’un homme qui veut s’engager, qui veut se marier, avoir des enfants. J’espère que tu n’es pas le genre de gars qui a peur de l’engagement…»
Comment expliquer que des femmes puissent draguer en s’empressant de discuter de couple et de famille lors d’une première rencontre ? J’ai ma petite idée… Un ou plusieurs phénomènes peuvent entrer en jeu :
- L’imaginaire amoureux de ces femmes est infantile, marqué par l’attente anxieuse du prince charmant. Elles veulent vivre un amour de contes de fées. Et tous les contes de fées, on le sait, se terminent par : «ils se marièrent et ils eurent de nombreux enfants».
- Ces femmes ne sont pas autonomes sur le plan affectif. Leur désir désespéré d’engagement, de vie de couple, trahit une peur fondamentale : celle d’être seule.
- Par conformisme, ces femmes croient que la «réalisation de soi» passe obligatoirement par le bonheur conjugal et familial. Elles croient qu’une vie sans couple et sans enfants est une existence «ratée».
- Ces femmes sont hyper-compétitives, carriéristes et soucieuses de performer, elles veulent «réussir leur vie». Elles ont déjà un emploi, un condo, une voiture, un REER ? Maintenant, elles crèvent d’envie de rencontrer l’Homme, de se marier et d’avoir des enfants, prochains items sur leur checklist de superwoman. Elles n’ont pas de temps à perdre, alors elles sautent l’étape de la séduction pour entrer dans le vif du sujet : dès la première rencontre, parler de contrat de mariage, de grossesse sans complications et d’investissement immobilier.
- En parlant de leur désir d’union et d’enfant, mesdames veulent simplement mettre cartes sur table pour éviter que leurs interlocuteurs mâles se méprennent. Par exemple, parler de couple assez rapidement lors d’une première rencontre envoie un message clair aux célibataires qui ne cherchent qu’une aventure d’un soir : meilleure chance la prochaine fois !
S’engager sur-le-champ ou rien
Messieurs, avez-vous déjà été confronté à une «beauté désespérée» dans la trentaine, une célibataire qui meurt d’envie de se marier et de fonder une famille parce qu’elle n’en peut plus de vivre seule et d’entendre l’obsédant tic-tac tic-tac de son horloge biologique ? J’en ai rencontré quelques-unes, et j’en connais d’autres dans mon entourage. Une première date avec ce genre de femme peut être assez surprenante…
Le scénario est généralement le suivant (je vais ici condenser des rencontres dont j’ai été l’acteur ou le témoin). Après un premier contact avec un homme qui semble disponible pour une rencontre, la trentenaire célibataire organise un rendez-vous dans un endroit public, officiellement pour faire plus ample connaissance. Lors des 30 ou 40 premières minutes de la rencontre, les deux individus discutent de choses et d’autres dans un contexte relax. Puis la beauté désespérée profite d’une pause dans la conversation pour prendre une mine sévère, pour regarder fixement le mâle dans les yeux et lui demander, avec un sérieux solennel : «Moi, je suis à la recherche d’un homme qui veut s’engager, qui veut se marier, avoir des enfants. J’espère que tu n’es pas le genre de gars qui a peur de l’engagement…»
Incroyable, mais vrai : une femme demande à un homme qu’elle ne connaît presque pas s’il veut s’engager. Elle n’a pas encore parlé d’amour… mais elle parle déjà de couple, de mariage, d’enfants ! On se croirait dans le Québec traditionnel, avant la Révolution tranquille, quand une «fille à marier» cherchait désespérément un «bon parti», un homme qui a une «situation», pour fonder une famille et éviter la honte du statut de «vieille fille». Lire la suite de ce billet »

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.