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	<title>Les Québécois ne veulent plus draguer &#187; Question nationale</title>
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	<description>Un blogue sur les non-habitudes et non-techniques de drague des Québécois</description>
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		<title>Le 20 mai 1980</title>
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		<pubDate>Thu, 20 May 2010 14:19:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Sébastien Marsan</dc:creator>
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Il y a 30 ans, jour pour jour, 60 % des Québécois ont démocratiquement choisi de ne pas bâtir l&#8217;avenir.
Le référendum du 20 mai 1980, on le sait, a laissé des cicatrices profondes. Et pas seulement sur le plan politique.
Pierre Vadeboncoeur (mon intellectuel québécois préféré) a écrit dans les années 1970 que «l&#8217;échec du projet d&#8217;indépendance ne serait que [...]]]></description>
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<p>Il y a 30 ans, jour pour jour, 60 % des Québécois ont démocratiquement choisi de ne pas bâtir l&#8217;avenir.</p>
<p>Le référendum du 20 mai 1980, on le sait, a laissé des cicatrices profondes. Et pas seulement sur le plan politique.</p>
<p>Pierre Vadeboncoeur (<a href="http://ladrague.qc.ca/tag/pierre-vadeboncoeur/">mon intellectuel québécois préféré</a>) a écrit dans les années 1970 que «l&#8217;échec du projet d&#8217;indépendance ne serait que le commencement d&#8217;une fin à n&#8217;en plus finir». C&#8217;est-à-dire : désorientation politique, perte de contrôle de nos institutions et de nos ressources, influence accrue de la société de surconsommation à l&#8217;américaine, déclin de l&#8217;usage de la langue française, mentalité de vaincus, isolement des individus, vide spirituel et néant existentiel, relativisme intégral (tout se vaut et ne vaut rien), rupture avec notre passé&#8230; <a href="http://ladrague.qc.ca/2010/01/15/oui-non-je-ne-sais-plus/">Tout le portrait du Québec d&#8217;aujourd&#8217;hui, y compris dans les relations hommes-femmes</a>.</p>
<ul>
<li>Dans son édition de ce matin, le quotidien <em>Le Soleil</em> <a href="http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201005/19/01-4282143-il-y-a-30-ans-le-non-ecrasait-le-oui.php" target="_blank">décrit bien le contexte du référendum de 1980</a></li>
<li>Un autre article du <em>Soleil</em> <a href="http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201005/19/01-4282147-les-quebecois-entre-deux-chaises.php" target="_blank">commente un sondage récent sur la question nationale</a></li>
<li>Un billet du <a href="http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/30-ans-apres-le-canada-quossa-donne/3620/" target="_blank">blogueur politique Jean-François Lisée</a></li>
</ul>
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		<title>Oui, non, je ne sais plus</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jan 2010 13:00:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Sébastien Marsan</dc:creator>
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Lundi dernier, j’ai écrit un petit billet sur la seductio interruptus (quand un homme drague une célibataire et, en plein milieu du processus, lui avoue piteusement qu’il est en couple&#8230;), billet qui se concluait par un parallèle avec le nationalisme québécois.
Et mercredi dernier, ma comparse Emmanuelle s’est amusée à dresser une liste de phrases types [...]]]></description>
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<p>Lundi dernier, <a href="http://ladrague.qc.ca/2010/01/11/seductio-interruptus/" target="_self">j’ai écrit un petit billet sur la <em>seductio interruptus</em></a> (quand un homme drague une célibataire et, en plein milieu du processus, lui avoue piteusement qu’il est en couple&#8230;), billet qui se concluait par un parallèle avec le nationalisme québécois.</p>
<p>Et mercredi dernier, ma comparse Emmanuelle s’est amusée à dresser une <a href="http://ladrague.qc.ca/2010/01/13/les-mots-pour-le-dire/" target="_self">liste de phrases types</a> prononcées par les Québécois lorsqu’ils rencontrent une créature du sexe opposé, puis s&#8217;installent en couple. Avec, pour chaque déclaration, ce que monsieur pense mais ne dit point.</p>
<p>Ces comportements ambivalents sont typiquement québécois. Je ne connais pas d’autre peuple qui cultive autant l’ambiguïté, qui soit aussi hésitant, souvent confus. Ce n’est pas que les Québécois soient menteurs ou faux jetons, ça non. Ils privilégient le respect, la tolérance, la justice. Ils savent se montrer généreux et solidaires (par exemple avec la communauté haïtienne dévastée par le terrible séisme de mardi dernier). Mais quand il s&#8217;agit de leur propre destinée, ils peuvent se montrer incroyablement indécis, équivoques.</p>
<p><a href="http://www.republiquelibre.org/cousture/REFERENDUM.HTM" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-1601" src="http://ladrague.qc.ca/files/2010/01/ref1.gif" alt="" width="172" height="167" /></a> J’y repensais cette semaine en me disant que la question nationale y est sûrement pour quelque chose. Ce n’est pas la première fois que j’y songe. Il en est d’ailleurs question dans notre livre <em><a href="http://www.editions-homme.com/ficheProduit.aspx?codeprod=337122" target="_self">Les Québécois ne veulent plus draguer&#8230;</a></em>, mais brièvement. Nous n’avions pas envie d’écrire sur la politique.</p>
<p>Cette semaine, donc, je réfléchissais à tout ça. Je me suis dit que je devrais, même si ça me semble a priori un exercice pénible, essayer de creuser les liens entre la question nationale et le refus de la drague au Québec. <span id="more-1597"></span></p>
<p>Pour alimenter ma réflexion, j’ai replongé dans quelques bouquins de mon intellectuel québécois préféré, <a href="http://www.litterature.org/recherche/ecrivains/vadeboncoeur-pierre-457/" target="_blank">Pierre Vadeboncoeur</a>. Dans la deuxième moitié des années 1970, après avoir pris sa retraite du milieu syndical (il fut négociateur et conseiller à la CSN de 1950 à 1975), Pierre Vadeboncoeur a publié plusieurs ouvrages sur la nécessité de l’indépendance du Québec, notamment <em>Un génocide en douce</em> (1976) et <em>To be or not to be, that is the question</em> (1980). Depuis les années 1980, il explore la postmodernité, la spiritualité, les arts plastiques, l’amour, le bonheur, la liberté&#8230; (J’ai consacré <a href="http://ladrague.qc.ca/2009/10/15/le-bonheur-excessif/" target="_self">un billet</a> à son meilleur livre sur la naissance du sentiment amoureux, <em>Le bonheur excessif</em>.)</p>
<p>Pour revenir à la question nationale, Pierre Vadeboncoeur a noirci une grande quantité de pages, dans les années 1970, sur le nationalisme québécois et sur le référendum que préparait le gouvernement de René Lévesque. Vadeboncoeur se montrait extrêmement préoccupé par les conséquences d’un «non» majoritaire au terme de la consultation populaire. Son discours était souvent tenu pour pessimiste, rabat-joie.</p>
<p>Il faut se rappeler que la conscience nationale s’est essoufflée après la victoire du Parti Québécois le 15 novembre 1976. Ça peut nous paraître illogique aujourd’hui, mais bien des militants ont pris leur retraite le 16 novembre 1976 en se disant : «Le PQ s’occupe de nous donner un pays, alors je vais me reposer.» Cette attitude se vérifie dans la production culturelle : la chanson politique s’est estompée après 1976 (la mode, à la fin des années 1970, était à la chanson granola et au rock sans contenu politique) ; les poètes et les écrivains se sont repliés sur eux-mêmes, comme si le pays qu’ils avaient tant espéré était désormais réalité ; le cinéma québécois, si original à la fin des années 1960 et pendant la première moitié des années 1970, est devenu ennuyant après la victoire de René Lévesque. Et les intellectuels se sont tus, surtout après l’adoption de la loi 101 en 1977. «Le français est protégé, mission accomplie», se disaient-ils.</p>
<p>Ce laisser-aller est une erreur stratégique et un bon exemple de notre traditionnelle ambivalence, clamait Pierre Vadeboncoeur à la fin des années 1970. Ce n&#8217;était plus le temps de tergiverser, car l’histoire du Québec était sur le point de se jouer. En 1978, Vadeboncoeur a écrit : «On n’a pas beaucoup souligné jusqu’ici une idée pourtant majeure : le choix qu’on fera [lors du référendum] débordera amplement la seule problématique de l’indépendance et il aura par conséquent des effets d’une portée bien plus générale que celle de la question entendue dans son sens explicite. (&#8230;) On se trouve, qu’on le veuille ou non, engagé dans un processus où il s’agira de savoir si l’on vote pour ou contre soi.»</p>
<p><em>Un génocide en douce</em> et <em>To be or not to be&#8230;</em>, que je me suis farcis cette semaine, sont des essais crève-coeur. Dans ces pages, parfois d’une rare noirceur, l’auteur anticipe ce qui arrivera aux Québécois s’ils refusent de se donner un pays : «l’échec du projet d’indépendance ne serait que le commencement d’une fin à n’en plus finir». C’est-à-dire : désorientation politique, perte de contrôle de nos institutions et de nos ressources, influence accrue de la société de surconsommation à l’américaine, déclin de l’usage de la langue française, mentalité de vaincus, isolement des individus, vide spirituel et néant existentiel, relativisme intégral (tout se vaut et ne vaut rien), rupture avec notre passé&#8230;</p>
<p>Toutes les craintes de Vadeboncoeur se sont avérées.</p>
<p>La société québécoise, en ce début d’année 2010, entretient son incapacité de se donner un avenir. Par exemple en ne réagissant pas au lent déclin de l&#8217;usage du français, en se marginalisant au sein du Canada (et, par extension, sur la scène internationale). Et a-t-on déjà vu un peuple aussi mal à l&#8217;aise sur le plan identitaire, par exemple dans le débat sur les «accommodements raisonnables» et sur la laïcité ?</p>
<p>Existe-t-il un peuple au comportement politique plus incohérent ? Bien des Québécois votaient et pour Pierre Elliott Trudeau au fédéral, et pour René Lévesque au provincial&#8230; De nos jours, la culture politique du Québécois moyen est pauvre et toujours ambivalente. Par exemple, beaucoup se moquent de la gauche et du «modèle québécois» sans se demander un instant si la droite et le modèle américain leur auraient donné ce dont ils profitent aujourd’hui : un système de santé universel, l’éducation quasi gratuite jusqu’à l’université, une panoplie de programmes sociaux, l&#8217;électricité nationalisée, l&#8217;égalité hommes-femmes&#8230; On succombe à n&#8217;importe quelle mode, par exemple les vagues promesses de «changement» de Mario Dumont ou le discours hystérique sur la dette publique&#8230; Les Québécois s’intéressent peu aux débats politiques, ils votent selon leur humeur, et après ils se plaignent d’avoir élu un Jean Charest ou un Stephen Harper&#8230; Surtout, a-t-on déjà vu sur le globe un peuple refuser à deux reprises de se donner un pays ?!?</p>
<p>L’économie québécoise se porte assez bien aujourd’hui compte tenu de la crise financière et de la récession en 2008-2009, car notre structure économique est diversifiée (sur ce plan, nous avons fait beaucoup de progrès depuis les années 1970). Notre production culturelle et nos artistes sont très dynamiques — la culture est notre «marque de commerce», ce qui nous distingue dans le monde. Mais pour le reste, le Québec ne va nulle part.</p>
<p>Je ne connais pas de peuple aussi incertain, flou, indéterminé que les Québécois. Notre sport national, ce n’est pas le hockey, c’est l’ambivalence ! Une ambivalence si bien ancrée dans nos mentalités, dans nos comportements, qu’elle ne nous étonne plus.</p>
<p>Cette ambivalence, on la voit aussi dans nos relations hommes-femmes. D&#8217;où le refus de draguer (et pourtant, beaucoup de gens meurent d&#8217;envie de faire des rencontres amoureuses), la peur panique du rejet, les faux-fuyants sentimentaux, les occasions en or tuées dans l&#8217;oeuf&#8230; Quand drague il y a, elle est maladroite, incertaine, souvent compromise. Il y a aussi la peur de s&#8217;engager dans une relation durable que manifestent tant de Québécois&#8230; les mêmes Québécois qui, au fond d&#8217;eux-mêmes, idéalisent la vie de couple ! Oui, non, je ne sais plus&#8230;</p>
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