Articles avec le tag ‘Québec’

Le 20 mai 1980

 

Il y a 30 ans, jour pour jour, 60 % des Québécois ont démocratiquement choisi de ne pas bâtir l’avenir.

Le référendum du 20 mai 1980, on le sait, a laissé des cicatrices profondes. Et pas seulement sur le plan politique.

Pierre Vadeboncoeur (mon intellectuel québécois préféré) a écrit dans les années 1970 que «l’échec du projet d’indépendance ne serait que le commencement d’une fin à n’en plus finir». C’est-à-dire : désorientation politique, perte de contrôle de nos institutions et de nos ressources, influence accrue de la société de surconsommation à l’américaine, déclin de l’usage de la langue française, mentalité de vaincus, isolement des individus, vide spirituel et néant existentiel, relativisme intégral (tout se vaut et ne vaut rien), rupture avec notre passé… Tout le portrait du Québec d’aujourd’hui, y compris dans les relations hommes-femmes.

Lettre aux immigrants

 

Chers concitoyens venus d’ailleurs pour vivre parmi nous,

Vous êtes récemment installés au Québec (sûrement à Montréal, car 80 % d’entre vous s’établissent dans la métropole) ? Bienvenue chez nous ! Et chez nous, c’est maintenant chez vous.

J’ai quelques conseils d’ami à vous donner. Je connais bien le Québec, j’y suis né et j’y ai toujours vécu. Avec le temps, j’ai fini par cerner quelques phénomènes, heu… disons… bizarres ou gênants, phénomènes que les immigrants ne perçoivent pas immédiatement. Loin de moi l’idée de vous décourager, c’est vraiment pour vous aider à vous intégrer le mieux possible que je vous écris aujourd’hui.

La société québécoise est ouverte, accueillante, tolérante. Vivre en liberté sans renoncer à vos racines culturelles, c’est ce que le Québec a de mieux à vous offrir. Vous verrez, la réputation de tolérance des Québécois n’est pas surfaite. Les Québécois sont tellement tolérants qu’ils risquent même de vous ignorer ; ce ne sera pas du mépris ou du racisme de leur part, non, simplement une indifférence polie. Les Québécois sont beaucoup plus tolérants que curieux, en fait. Ce peuple obsédé par le repli sur la vie privée, par l’individualisme et le confort domestique, ne va pas spontanément à la rencontre des inconnus. La mentalité de bien des Québécois se résume souvent à «vivre et laisser vivre». Ne vous en formalisez pas.

Les Québécois privilégient les relations sociales directes. Oubliez les «Monsieur» et «Madame» ampoulés, le respect des hiérarchies et la déférence devant l’autorité, vous pouvez vous adresser à tout le monde comme à un égal. Vous pouvez même tutoyer des inconnus — les Québécois adorent ! Vous n’aurez pas de difficulté à entrer en contact avec les Québécois d’une manière décontractée et superficielle, mais vous aurez de la difficulté à approfondir les relations, à développer un réseau social solide, à vous faire des amis pour la vie. C’est une autre marque de l’indifférence polie dont je parlais plus haut. Ne considérez pas ce comportement comme un affront, car les Québécois n’y voient aucun mal. Lire la suite de ce billet »

Quelques anecdotes

 

Voici quelques aventures et mésaventures de drague, et des anecdotes de (mauvais) séducteurs,  personnellement vécues ou observées. Je les raconte pour le simple plaisir de les partager avec vous.

Siffler les femmes dans la rue. La semaine dernière, au centre-ville de Montréal. Belle journée ensoleillée. En traversant une rue, je croise deux jolies demoiselles. Puis j’entends siffler. Agréablement surpris, je me dis : «Wow, un homme siffle les deux femmes ! Les relations hommes-femmes ne sont pas foutues, y’a de l’espoir !» Je me retourne, j’essaie de localiser cet homme qui a le culot de siffler les femmes, comportement si rare au Québec. Non loin de moi, un gars se remet siffler. C’est bien lui. Il siffle… pour rappeler son chien à l’ordre.

Butiner les fleurs. Un soir d’été, je marche au centre-ville de Montréal. Je croise un homme qui poursuit une jolie femme en lui disant : «Je suis abeille, vous êtes fleur.» La femme le dépasse, s’éloigne. J’ai pu l’entendre soupirer : «Moi, fleur ? Pfffrrrt.»

Mauvaise adresse. Un jour, j’écris à la main une fracassante déclaration d’amour pour une femme que je connaissais très peu, depuis quelques jours à peine. Mais je connais son adresse. Enfin, je croyais connaître son adresse : convaincu de glisser ma brûlante missive dans la boîte aux lettres de celle qui fait battre mon coeur, je la dépose en fait une adresse civique plus loin… Il y a mon numéro de téléphone à la fin de la lettre. Le voisin découvre ma lettre et me téléphone. Cet homme me dit : «Vous écrivez bien. Si j’étais madame, je succomberais.» Lire la suite de ce billet »

Cyrano de Bergerac/Roméo de Tabarnak

 

Cyrano de Bergerac :
Certes, ce sentiment
Qui m’envahit, terrible et jaloux, c’est vraiment
De l’amour, il en a toute la fureur triste !
De l’amour, et pourtant il n’est pas égoïste !
Ah! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n’en savoir jamais rien,
S’il ne pouvait, parfois, que de loin, j’entendisse
Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !
Chaque regard de toi suscite une vertu
Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu
À comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?
Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?…
Oh! mais vraiment, ce soir, c’est trop beau, c’est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m’écoutez, moi, vous !
C’est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n’ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu’à mourir maintenant ! C’est à cause des mots
Que je dis qu’elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez ! car j’ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main

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Le couple en crise

 

Vous l’aurez sûrement remarqué : au Québec, le couple est en crise.

Il y a quelques jours, je devais justement effectuer une petite recherche de statistiques sur les familles et les ménages au Québec. Quelques données m’ont particulièrement frappé. Voici un petit portrait de la situation depuis 1951.

Le taux de nuptialité (rapport entre le nombre de mariages dans l’année et la population totale moyenne de cette même année) ne cesse de dégringoler. En 1951, ce taux pouvait atteindre 95,5 pour 1000 chez les femmes et 92 sur 1000 pour les hommes ; en 2008, il n’a pas dépassé 23 pour 1000 chez les femmes et 18 pour 1000 chez les hommes.

Dans les années 1950, les divorces étaient rares. En 1969, l’indice synthétique de divortialité (qui estime la proportion des mariages qui se terminent par un divorce) atteignait seulement 8,8 %. En 2005, il était de près de 52 %.

Les Québécois sont les champions de l’union libre : en 2006, 34,6 % des couples de la province vivaient ensemble sans se marier (le nombre de personnes ayant choisi ce mode de vie a bondi de 20 % entre 2001 et 2006), comparativement à 13,4 % en moyenne hors Québec. Mais les couples en union libre sont beaucoup plus précaires que les couples mariés : une enquête de Statistique Canada menée en 2006 a démontré que chez les couples qui avaient récemment mis fin à leur relation, ceux qui étaient en union libre avaient vécu ensemble, en moyenne, 4,3 années, soit 10 ans de moins que les 14,3 années de vie commune des gens mariés. Lire la suite de ce billet »

Les «habitants»

 

Pour compléter mon billet de lundi dernier sur l’absence de culture de la drague de rue au Québec, voici une petite réflexion sur l’importance démesurée que les Québécois accordent à la vie privée.

Il était une fois…

Des colons français sur un coin d’Amérique, dits Canadiens. Lorsque leur mère-patrie a perdu la colonie aux mains des Anglais, en 1760, les Canadiens français se sont retrouvés isolés. Les nouveaux colonisateurs anglais exerçaient désormais le pouvoir politique, dominaient l’économie, le commerce, les grands axes de communication, en somme tous les échanges avec l’extérieur.

Aux Canadiens français, il restait leur langue, leur clergé, la possession du sol et leur démographie galopante (la fameuse «revanche des berceaux»). Les francophones n’exerçaient de pouvoir réel que dans leur milieu immédiat, sur leurs terres, ce qui a fait d’eux un peuple de paysans. Leur vie était essentiellement familiale, leur milieu social était souvent limité au village. Ils se qualifiaient eux-mêmes d’«habitants», ce qui veut tout dire.

Tandis que les Anglais dominaient le monde, les échanges, les voyages, etc., les Canadiens français se repliaient sur leur vie privée. Lire la suite de ce billet »

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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