Archive pour la catégorie ‘Sexualité’
S’engager sur-le-champ ou rien
Messieurs, avez-vous déjà été confronté à une «beauté désespérée» dans la trentaine, une célibataire qui meurt d’envie de se marier et de fonder une famille parce qu’elle n’en peut plus de vivre seule et d’entendre l’obsédant tic-tac tic-tac de son horloge biologique ? J’en ai rencontré quelques-unes, et j’en connais d’autres dans mon entourage. Une première date avec ce genre de femme peut être assez surprenante…
Le scénario est généralement le suivant (je vais ici condenser des rencontres dont j’ai été l’acteur ou le témoin). Après un premier contact avec un homme qui semble disponible pour une rencontre, la trentenaire célibataire organise un rendez-vous dans un endroit public, officiellement pour faire plus ample connaissance. Lors des 30 ou 40 premières minutes de la rencontre, les deux individus discutent de choses et d’autres dans un contexte relax. Puis la beauté désespérée profite d’une pause dans la conversation pour prendre une mine sévère, pour regarder fixement le mâle dans les yeux et lui demander, avec un sérieux solennel : «Moi, je suis à la recherche d’un homme qui veut s’engager, qui veut se marier, avoir des enfants. J’espère que tu n’es pas le genre de gars qui a peur de l’engagement…»
Incroyable, mais vrai : une femme demande à un homme qu’elle ne connaît presque pas s’il veut s’engager. Elle n’a pas encore parlé d’amour… mais elle parle déjà de couple, de mariage, d’enfants ! On se croirait dans le Québec traditionnel, avant la Révolution tranquille, quand une «fille à marier» cherchait désespérément un «bon parti», un homme qui a une «situation», pour fonder une famille et éviter la honte du statut de «vieille fille». Lire la suite de ce billet »
Réinventer la virilité
Le 10 août dernier, j’ai été invité à participer à un débat sur la virilité organisé par l’émission AM (Première Chaîne Radio de Radio-Canada). Une discussion intéressante, quoique dans le feu de l’action (c’était un enregistrement en direct) j’ai un peu confondu virilité, identité et condition masculine.
Pour mettre ma pensée au clair, j’ai décidé de prendre le temps d’exposer ici mon point de vue sur la virilité.
Qu’est-ce que la virilité ? Comment définir cette «notion polysémique et réalité protéiforme», comme diraient des spécialistes des sciences humaines en mal de jargonnage ?
En 1950, la réponse à cette question était simple :
- Force physique.
- Un mâle viril est un gros travailleur, dur à l’ouvrage, au détriment de sa vie privée.
- Machisme.
- Vie sexuelle égoïste et peu sophistiquée (monsieur baise en vitesse, satisfaire madame n’est pas important; monsieur ignore d’ailleurs qu’une femme peut avoir un orgasme).
- Amitié «virile» entre hommes, bruyante et turbulente, sans épanchements ni confessions intimes.
- Toujours être maître de soi, toujours triompher des obstacles, ne jamais douter ou hésiter.
- Ne jamais parler de ses émotions, encore moins les afficher.
- Refouler toute féminité et, surtout, tout ce qui peut laisser croire à une pulsion homosexuelle. Raconter régulièrement des blagues stupides sur les «fifs», sur les «bonnes femmes» et sur les «belles-mères».
- Le poil est viril.
- Les odeurs de sueur et de crasse sont tolérées jusqu’à un certain point (quand les autres gars s’en plaignent, il est temps de se laver).
- Un mâle est capable de démontrer sa force et sa résistance en se livrant à des épreuves physiques, en buvant toute une caisse de bière sans rouler sous la table, en se battant dans une ruelle, etc., avec des «Arrrrgggh !», des «J’vais te péter la gueule en sang, mon tab…!» et autres interjections viriles. Lire la suite de ce billet »
Le célibat involontaire
Un lecteur de ce blogue m’a écrit en privé il y a quelques jours pour me suggérer d’explorer deux ressources sur le célibat involontaire, mieux connu en anglais sous le nom de involuntary celibacy (incel pour les intimes) : une page de l’encyclopédie Wikipedia et le site web www.incelsite.org.
La définition de l’incel ratisse large, englobant les gens qui n’ont jamais connu de relations intimes, les célibataires qui vivent une longue traversée du désert, ceux qui éprouvent d’énormes difficultés à établir un premier contact avec autrui (les individus souffrant de phobie sociale, notamment), et même des gens en couple qui subissent une pénurie d’amour et de sexualité. Un univers de solitude et de misère sexuelle, avec les conséquences tragiques que l’on imagine (isolement, dépression, alcoolisme, troubles mentaux, etc.). Lire la suite de ce billet »
Séduction médiocre, couple médiocre
Au Québec, la séduction n’est pas un art de vivre, la drague est trop rare et souvent malaisée. Avec quels impacts sur la vie de couple ? Je me suis posé la question il y a quelques jours… Voici le fruit de ma réflexion.
Permettez-moi de dresser un portrait du couple québécois. Pour mieux faire ressortir plusieurs caractéristiques, je vais tourner les coins ronds, caricaturer, multiplier les généralisations grossières. S.v.p. n’allez pas croire que je veux me moquer des gens qui vivent en couple. Je veux seulement souligner, par l’exagération, quelques comportements culturels.
Avant que le couple se forme, les individus sont animés par un imaginaire amoureux infantile de type «conte de fées». C’est d’abord l’attente anxieuse du prince charmant ou de la fée des étoiles. La rencontre de rêve doit se manifester par un coup de foudre (autrement, ce ne serait pas un véritable amour). Elle sera suivie d’une passion torride qui débouchera sur une relation pour-la-vie. (Hé oui, des gens dans la vingtaine ou la trentaine croient qu’ils vont rencontrer un partenaire pour-la-vie ! En passant, l’espérance de vie au Québec est d’environ 83 ans pour les femmes et de 78 ans et quelque pour les hommes…)
L’imaginaire amoureux «conte de fées» valorise l’union fusionnelle. C’est-à-dire une relation monogame, exclusive et ultra-romantique, à vie. Les deux partenaires sont repliés sur eux-mêmes, coupés du monde, ils vivent leur amour en autarcie.
On passe souvent sous silence qu’il existe d’autres manières de vivre en couple, avec plus ou moins de souplesse et d’autonomie pour les partenaires… Mais pour les besoins de ma démonstration, je vais m’en tenir au couple fusionnel, qui est dominant dans notre culture. Lire la suite de ce billet »
Quelques trouvailles (12)
Glané pour vous sur le Web : les différents types d’attachement amoureux, des anti-conseils de séduction, une réflexion sur l’hypersexualisation, et une poignée de superficialités (une fois n’est pas coutume).
Les différents types d’attachement amoureux. Le site web du Centre d’aide aux étudiants de l’Université Laval a produit un document intitulé «Tomber en amour et le rester», synthèse de la typologie du psychologue John Alan Lee. Ce dernier a décrit trois types d’attachements amoureux principaux (érotique, ludique, amical) et trois styles secondaires : passionné, pragmatique, magnanime. (J’ai résumé cette classification dans un de mes billets, «Il existerait six types de relations amoureuses». Le texte de l’Université Laval est plus détaillé.) Pour en savoir plus, vous pouvez vous procurer l’article scientifique original de John Alan Lee, «A Typology of Styles of Loving» (publié en 1977 dans Personality and Social Psychology Bulletin).
Comment rater sa vie sentimentale. Sur le Web, il y a une beaucoup de sites, blogues, forums, etc., qui nous donnent des conseils pour séduire et rencontrer l’amour, et peu de ressources sur l’art de rater sa vie sentimentale. Ces anti-conseils sont pourtant instructifs (et souvent rigolos). Par exemple, j’ai découvert cette semaine un texte très pertinent, «Comment réussir sa dépression». Faits saillants : minimiser ses réussites, accentuer ses échecs, se sentir seul au monde, refuser que l’on nous aime, croire en sa laideur et en sa stupidité, etc. (Voir aussi notre billet sur le même sujet.)
Quelle hypersexualisation ? Dans son nouveau blogue, l’auteure et sexologue Jocelyne Robert a récemment signé un billet intéressant sur l’hypersexualisation des jeunes, qu’elle attribue à une hypersexualisation de l’ensemble de la société. «Ce sont nos sociétés qui sont hypersexualisées et hypersexualisantes. Les adolescents, comme de la cire chaude, se moulent aux messages et images qui leur sont proposés.» Lire la suite de ce billet »
Un orgasme pour soigner notre névrose
Chers lecteurs et lectrices, continuons à discuter politique (voir mon billet de lundi dernier). Aujourd’hui, je ressors des boules à mites le psychiatre et psychanalyste d’origine autrichienne Wilhelm Reich (1897-1957). Vous connaissez ?
Dans les années 1920 et 1930, qui marquent une certaine évolution sur le plan sexuel (les «années folles», les femmes qui s’habillent «à la garçonne», l’invention du stérilet en 1928 et la commercialisation du condom en latex dans les années 1930), Reich affirme que l’on peut soigner les névroses par l’orgasme. Non seulement sur le plan individuel, mais aussi collectif !
Ce juif communiste voit la politique partout, y compris dans les chambres à coucher : pour lui, l’orgasme est un acte politique. Le capitalisme est synonyme de répression sexuelle, et il affirme aussi que les régimes fascistes et staliniens s’expliquent par la frustration sexuelle des populations et des dirigeants concernés. Lire la suite de ce billet »

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.