Je choisis de décider de ne rien essayer

Si vous ne connaissez pas déjà la formidable parodie de télé-réalité « Je choisis Jonathan », cliquez ici. Lorsque vous l’aurez visionnée, s.v.p. lisez les quelques lignes ci-dessous.

« Je choisis Jonathan », un sketch de Like-moi !, comédie produite pour Télé-Québec

Cette courte parodie est plus instructive qu’elle en a l’air. Elle condense, en trois minutes et 30 secondes, tous les ingrédients de la « culture » de l’amour au Québec — si on peut utiliser le mot « culture » :

  • Un vocabulaire très limité, une grande pauvreté de moyens d’expression : les personnages de la parodie répètent sans arrêt les mêmes termes et ils ont de la difficulté à articuler une phrase complète.
  • L’accumulation de clichés : « Je suis romantique », « J’ai une belle énergie », « Je recherche l’amour et la passion », « Je vais la charmer pour qu’elle me choisisse comme son prince charmant », etc.
  • Le refus de sortir de sa zone de confort, de prendre un risque, et la peur de l’échec. Le choix de la femme célibataire, Rebecca-Sophie, est connu à l’avance : elle a jeté son dévolu sur le Jonathan avant de prendre le temps de découvrir les autres candidats. Elle applique immédiatement la loi du moindre effort.
  • L’absence de stratégie, le refus de se démarquer et de se singulariser : les hommes, placés en concurrence pour séduire Rebecca-Sophie, ne prennent aucune initiative originale. Loi du moindre effort idem.
  • La rencontre est une corvée, une pénible obligation qui ressemble à une entrevue d’embauche.

Sauf exception, les Québécois détestent le jeu de la séduction, avec ses stratégies, ses dispositifs, ses intrigues et ses péripéties ; ils ne prisent pas l’élégance raffinée du latin lover ou l’aura sulfureuse de la vamp, ni les subtilités de la galanterie. Un seul but les motive, « se caser », c’est-à-dire obtenir rapidement le statut social et le confort domestique que procurent la vie de couple, sans faire d’effort.

Le rêve inavoué des célibataires québécois : pouvoir sauter l’étape de la rencontre et passer directement à la vie conjugale, sans se casser les pieds.

Pour échapper au célibat, Rebecca-Sophie se dépêche donc de mettre le grappin sur Jonathan sans l’avoir véritablement rencontré — leur conversation en tête-à-tête s’est résumée à un « Allô ? »…

Quelques livres incontournables

Le paysage amoureux de notre époque semble déroutant, à première vue. Pour y naviguer sans perdre le nord, voici quelques livres et articles sur la séduction, l’amour, le couple et la sexualité qui sortent de l’ordinaire psycho-pop.

Notre maître, le passé

AmoursAmours de Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini (Éditions Fayard, 2007), ouvrage solidement documenté et abondamment illustré, narre une histoire universelle de l’amour de l’Antiquité à nos jours. Où l’on apprend notamment que le couple romantique-exclusif-fusionnel est une invention récente (80 % des sociétés humaines connues sont polygames).

La plus belle histoire de l’amour, sous la direction de Dominique Simonnet (Éditions du Seuil, 2003), est constitué d’entretiens questions-réponses avec des spécialistes qui commentent l’histoire de l’amour en Occident, de la préhistoire à nos jours.

Deux ouvrages signés par l’historienne torontoise Elizabeth Abbott, incroyablement riches en informations — sans être savants —, valent le détour : Une histoire du mariage et Histoire universelle de la chasteté et du célibat (Fides, 2010 et 2003).

Sur les mythes amoureux

amour et occidentDenis de Rougemont, écrivain suisse, a décrypté l’histoire de notre imaginaire amoureux pour découvrir que notre culture s’appuie essentiellement sur le mythe de la passion contrariée (avec moult pleurs, pathos et refoulements). Dans L’amour et l’Occident (édition définitive, Librairie Plon, 1972), il s’attarde au récit fondateur de nos névroses amoureuses, Tristan et Iseult, dont les origines remontent au Moyen-Âge. Un essai très dense, érudit.

En 2000 et 2005, un psychologue québécois, Jean Garneau, a décrypté trois mythes amoureux dans trois articles très vulgarisés, accessibles : 1) le grand amour ; 2) l’amour inconditionnel ; 3) et la fidélité.

Un peu de philo

L’amour : de Platon à Compte-Sponville de Catherine Merrien (Éditions Eyrolles, 2009), ouvrage un peu scolaire mais éclairant, condense la pensée de dix philosophes majeurs (de l’Antiquité à nos jours) sur la rencontre, l’amour, le couple, le mariage, le célibat, etc.

Amour : déconstruction d’un sentiment de l’Allemand Richard David Precht (éditions Belfond, 2011) brosse un portrait aussi complet que possible de notre culture de l’amour. Une culture qui ne semble pas évoluer ; les philosophes et les intellectuels de notre époque ne sont pas particulièrement doués pour parler de l’amour, comme si tout avait été dit il y a plusieurs siècles…

Les manuels de drague

Deux classiques : L’art d’aimer du poète latin Ovide (qui a vécu à l’époque de Jésus-Christ) et le Kâmâsutra, recueil indien rédigé quelques siècles après J.-C.

Pour établir un premier contact dans un endroit public, il faut bavarder léger, avoir confiance en soi et ne pas craindre le refus, explique Ovide : « Courage donc ! présente-toi au combat avec la certitude de vaincre ; et, sur mille femmes, une à peine pourra te résister. Qu’une belle accorde ou refuse une faveur, elle aime qu’on la lui demande. Fusses-tu repoussé, un tel refus est pour toi sans danger. » Les gars, méditez ça…

Le Kâmasûtra est beaucoup plus qu’un catalogue de positions sexuelles acrobatiques. On y traite de toutes les dimensions de l’amour : séduction, rencontre, mariage, sexualité (y compris l’homosexualité, la prostitution, des pratiques marginales, etc.), vie de couple, adultère, rupture.

« Parce qu’un homme et une femme dépendent l’un de l’autre pour le sexe, cela requiert une méthode, et cette méthode, le Kâmasûtra l’enseigne. » À chacun d’apprendre et d’agir : « Rien de bien n’arrive à un homme qui ne fait rien », rappelle le Kâmasûtra.

Pour saisir à quel point les classiques demeurent pertinents de nos jours, la revue québécoise Argument a publié en 2013 un excellent numéro sur l’éducation des sentiments.

Sur le célibat, la rencontre et le couple aujourd’hui

En 1956, le psychanalyste américain d’origine allemande Erich Fromm a lancé L’art d’aimer. Réédité en 2016, ce petit livre n’a pas vieilli. Le credo de Fromm : l’amour ne tombe pas du ciel, c’est un art qui s’apprend — tout comme vivre est un art. Et tout apprentissage suppose l’assimilation d’une théorie, puis le passage à la pratique.

kaufmannLa femme seule et le Prince charmant : enquête sur la vie en solo du sociologue Jean-Claude Kaufmann (Armand Colin, 2015) s’appuie sur des confidences de femmes célibataires, sur ce qu’elles attendent d’un homme. Ces femmes ont beau se dire émancipées, indépendantes, etc., leur imaginaire amoureux se résume au prince-charmant-ou-rien.

Dans Je ne souffrirai plus par amour (Éditions 10/18, 2009), la romancière et journaliste espagnole Lucía Extebarria dévoile sa vie intime. Violence, toxicomanie, dépendance affective, relations tordues avec des individus tout aussi tordus : elle a tout vécu. Ayant a appris, à la dure, à mieux se connaître, elle démolit une foule d’idées reçues sur l’amour.

Au XXe siècle, le mariage d’amour a marqué un progrès en surpassant le mariage d’intérêt ou arrangé. Mais aujourd’hui, le mariage d’amour est devenu une tyrannie, expose l’écrivain français Pascal Bruckner dans Le mariage d’amour a-t-il échoué ? (Grasset, 2010).

Un essai québécois original, drôle et motivant : Le cycle de rinçage, vivre en couple pour les bonnes raisons de Pierre Morency (Éditions Transcontinental, 2006). Où le couple n’est pas une usine à romantisme, mais une… laveuse : « Convaincu que la relation conjugale ne naît pas de l’amour, que le concept d’âmes sœurs est une hérésie et que l’égalité des partenaires est un leurre, l’auteur prétend qu’on doit se servir du couple comme d’une fantastique machine à laver. »

contre amourDécapant, Contre l’amour : la déroute des sentiments de la sociologue américaine Laura Kipnis (La Table Ronde, 2004) est une critique radicale de l’amour et du couple. Impitoyable, l’auteure fait table rase et n’épargne personne.

Dans le même esprit de contradiction, une autre suggestion : l’ouvrage collectif Contre l’amour (Iosk Editions, 2004).

Sur l’infidélité

Elizabeth Abbott, en plus de ses ouvrages sur l’histoire du mariage et du célibat, a signé une Histoire des maîtresses (Fides, 2012). « Elles font partie de cette catégorie qui, suivant les époques, a hanté les coulisses de l’histoire, en a récrit à sa façon le déroulement ou a fait les délices des journaux à potins. »

Terre-à-terre, L’art d’être infidèle : Paris — New York — Tokyo — Moscou de la journaliste américaine Pamela Druckerman (Éditions Saint-Simon, 2009) effectue un petit tour du monde. L’auteure a exploré les us et coutumes des infidèles dans une vingtaine de pays. Constat : sauter la clôture est un comportement répandu, dans toutes les sociétés, mais chaque culture y réagit différemment.

Sur la pornographie

Le petit essai du sociologue Michel Dorais La sexualité spectacle (VLB éditeur, 2011), qui a connu une belle popularité, répond à une question cruciale : veut-on vivre sa propre sexualité ou demeurer spectateur de la sexualité des autres ?

Sexualité spectacleL’essai de l’anthropologue Bernard Arcand Le jaguar et le tamanoir : vers le degré zéro de la pornographie, publié en 1991 par les Éditions du Boréal, demeure actuel — même si la porno a pris énormément d’expansion depuis 25 ans.

Pour réinventer l’amour

Au XXIe siècle, le scénario « conte de fées », c’est-à-dire rencontrer l’homme ou la femme de-toute-une-vie pour une passion amoureuse éternelle, s’oppose complètement à la valeur numéro un de notre époque : l’autonomie individuelle. L’amour fusionnel, autarcique et définitif n’est plus possible dans un monde d’individus autonomes évoluant en réseaux, explique le sociologue français Serge Chaumier dans L’amour fissionnel : le nouvel art d’aimer (Fayard, 2004).

Le saviez-vous, il existe un autre modèle amoureux que le couple monogame-exclusif-fusionnel-définitif. L’auteure et journaliste Françoise Simpère propose, dans son Guide des amours plurielles : pour une écologie amoureuse (Pocket, 2009), un tour d’horizon pratico-pratique de ce que son compatriote Serge Chaumier nomme la fission amoureuse : couple ouvert, polyamour, amitié amoureuse, etc., et plusieurs autres.

La vie, l’amour, le sexe : être heureux quand on ne croit pas en Dieu d’Arthur Vernon (Tabou Éditions, 2012) offre plusieurs pistes d’action pour reprendre contrôle de sa vie intime et forger son propre chemin amoureux-sexuel.

La Québécoise Catherine Dorion a fait publier en 2017 un formidable essai sur le désir amoureux et la politique, Les luttes fécondes. « En politique comme en amour, nos énergies sont, la plupart du temps, soigneusement contenues à l’intérieur de cadres qui ‘organisent’ les liens qui nous unissent, et qui empêchent les révolutions de prendre pied. Le couple. Nos institutions politiques. Les élections. Ce livre parle du désir qui cherche à s’exprimer entre deux (ou cent-mille) personnes, et de ce qui a été mis en place pour le garder emprisonné. Ce livre est un plan d’évasion. »

Enfin, le très stimulant Vers une libération amoureuse : propositions romantiques, érotiques et politiques d’Yann Kerninon (Libella-Maren Sell, 2013) ouvre la porte à tous les possibles. « Le couple traditionnel et monogame craque de tous côtés, comme un vieux névrosé. Mais, face à lui, la prétendue liberté sexuelle, purement consumériste et narcissique, a comme un goût de mort et de désolation. Inventons autre chose ! »

Abandonner la litote pour cesser de tourner autour du pot

« Il ne fait pas chaud dehors », quand la température extérieure plonge à 25 degrés Celsius sous zéro : manière typiquement québécoise de s’exprimer.

Au Québec, ces corps sont « pas pires »

Cette figure de style, la litote, « consiste à atténuer l’expression de sa pensée pour faire entendre le plus en disant le moins », indique le dictionnaire Robert. Il s’agit de suggérer une idée par la négation de son contraire.

Dans le lexique amoureux du français québécois, la litote est une manière d’éviter de dire franchement ce que l’on ressent pour l’autre. Voici quelques exemples :

Faut-il le souligner, un compliment qui tourne autour du pot n’est pas un compliment qui atteint sa cible… Mieux vaut déclarer clairement ce que l’on veut signifier, avec une phrase affirmative.

Pour supprimer la forme négative, éliminez les mots suivants avant le verbe : « ne [verbe] pas », « ne [verbe] plus », « ne [verbe] jamais », « ne [verbe] rien ».

Lancement de ladrague.qc.ca

Lancement de ladrague.qc.ca, services de rédaction pour célibataires et amoureux

COMMUNIQUÉ (pour diffusion immédiate) — Montréal, 22 juillet 2016. Vous êtes célibataire, vous ne parvenez pas à rédiger un texte qui vous mettra en valeur sur une plateforme internet de rencontre, et vous avez besoin d’aide ? Vous voulez épater celui ou celle qui fait battre votre cœur avec une invitation à prendre un verre, une confidence, un mot doux, un poème ou une déclaration d’amour, et vous manquez d’inspiration ?

cropped-jsm-4.jpgConfiez la tâche à un rédacteur professionnel, Jean-Sébastien Marsan.

Journaliste et communicateur pendant plus de 20 ans, auteur de plusieurs textes sur la rencontre, l’amour et le couple, Jean-Sébastien Marsan lance aujourd’hui ladrague.qc.ca.

« Environ 20 % des Québécois sont analphabètes et approximativement 35 % éprouvent d’importantes difficultés de lecture », rappelle-t-il. « Les petites annonces et les sites web de rencontre peuvent se révéler très utiles pour élargir un réseau social et croiser de nouveaux visages, mais encore faut-il pouvoir utiliser la langue écrite avec un minimum d’efficacité. »

« Aussi, des diplômés du cégep ou de l’université essaient de draguer avec des textes mal construits et bourrés de fautes d’orthographe, ce qui n’est pas à leur avantage », poursuit le rédacteur, qui souligne : « Il n’y a pas de honte à demander de l’aide pour rédiger un texte. Parler de soi, attirer l’attention et plaire en quelques lignes, ça n’a jamais été facile. »

Jean-Sébastien Marsan se met au service des célibataires qui veulent améliorer leur profil personnel sur les sites web de rencontre, des amoureux qui cherchent les mots justes pour déclarer leur flamme, etc. Ses textes, originaux et sur mesure, sont dépourvus de banalités (« je suis souriant », « j’aime la vie », etc.), de clichés (« je cherche mon âme sœur », « j’aime les soupers entre amis avec une bonne bouteille de vin », etc.), de rectitude politique (« je suis authentique, j’ai de belles valeurs ») et de mièvreries (« je crois à l’amour », « serais-tu mon prince charmant ? »).

Sa recette : un style léger, décomplexé, avec de l’humour — au diable ce lourd esprit de sérieux qui plombe trop souvent le discours amoureux.

Ce rédacteur polyvalent peut, sur demande, composer des poèmes qui riment avec n’importe quelle syllabe (par exemple, à l’attention d’une prénommée Ingrid : « Lorsque j’ai frôlé tes lèvres purpurines, ma chère Ingrid / et qu’à mes narines vint le parfum de ton déodorant / d’invalide, mon moineau est tout à coup devenu intrépide / je me souviendrai toujours de cette sortie au restaurant »), utiliser des conjugaisons peu courantes comme le subjonctif imparfait (« Comment voulais-tu que je susse que tu étais amoureux de moi, il eût fallu que je le devinasse »), élaborer des métaphores d’un lyrisme à couper le souffle (« Tel un volcan dont le magma torride carbonise un paysage déjà calciné, ma flamme ardente embrase l’horizon fiévreux d’un destin incandescent ») et autres stratégies de communication persuasive.

Les services de rédaction ladrague.qc.ca sont dès aujourd’hui offerts à tous. Tarifs abordables et confidentialité assurée.

Pour en savoir plus, consultez le site web ladrague.qc.ca.

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Le Célibatron

« Je suis ici par curiosité, mais bon, on ne sait jamais… Si ça existe encore, je rêve de croiser une femme qui a une bonne intelligence émotionnelle, bien dans sa peau, qui aime s’amuser et les repas entre amis avec une bonne bouteille de vin, pour vivre le Grand Amour. Dans un but sérieux seulement. »

Le Célibatron, un générateur automatique de clichés séduction de mon invention, permet d’assembler des phrases creuses qui ressemblent à s’y méprendre à ce que l’on peut lire à satiété sur les sites web de rencontre.

Avec Le Célibatron, vous obtiendrez plus de 157 000 combinaisons possibles !

Et pourtant, le message demeure toujours le même. C’est-à-dire vide.