Quelques livres incontournables

Le paysage amoureux de notre époque semble déroutant, à première vue. Pour y naviguer sans perdre le nord, voici quelques livres et articles sur la séduction, l’amour, le couple et la sexualité qui sortent de l’ordinaire psycho-pop.

Notre maître, le passé

AmoursAmours de Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini (Éditions Fayard, 2007), ouvrage solidement documenté et abondamment illustré, narre une histoire universelle de l’amour de l’Antiquité à nos jours. Où l’on apprend notamment que le couple romantique-exclusif-fusionnel est une invention récente (80 % des sociétés humaines connues sont polygames).

La plus belle histoire de l’amour, sous la direction de Dominique Simonnet (Éditions du Seuil, 2003), est constitué d’entretiens questions-réponses avec des spécialistes qui commentent l’histoire de l’amour en Occident, de la préhistoire à nos jours.

Deux ouvrages signés par l’historienne torontoise Elizabeth Abbott, incroyablement riches en informations — sans être savants —, valent le détour : Une histoire du mariage et Histoire universelle de la chasteté et du célibat (Fides, 2010 et 2003).

Sur les mythes amoureux

amour et occidentDenis de Rougemont, écrivain suisse, a décrypté l’histoire de notre imaginaire amoureux pour découvrir que notre culture s’appuie essentiellement sur le mythe de la passion contrariée (avec moult pleurs, pathos et refoulements). Dans L’amour et l’Occident (édition définitive, Librairie Plon, 1972), il s’attarde au récit fondateur de nos névroses amoureuses, Tristan et Iseult, dont les origines remontent au Moyen-Âge. Un essai très dense, érudit.

En 2000 et 2005, un psychologue québécois, Jean Garneau, a décrypté trois mythes amoureux dans trois articles très vulgarisés, accessibles : 1) le grand amour ; 2) l’amour inconditionnel ; 3) et la fidélité.

Un peu de philo

L’amour : de Platon à Compte-Sponville de Catherine Merrien (Éditions Eyrolles, 2009), ouvrage un peu scolaire mais éclairant, condense la pensée de dix philosophes majeurs (de l’Antiquité à nos jours) sur la rencontre, l’amour, le couple, le mariage, le célibat, etc.

Amour : déconstruction d’un sentiment de l’Allemand Richard David Precht (éditions Belfond, 2011) brosse un portrait aussi complet que possible de notre culture de l’amour. Une culture qui ne semble pas évoluer ; les philosophes et les intellectuels de notre époque ne sont pas particulièrement doués pour parler de l’amour, comme si tout avait été dit il y a plusieurs siècles…

Les manuels de drague

Deux classiques : L’art d’aimer du poète latin Ovide (qui a vécu à l’époque de Jésus-Christ) et le Kâmâsutra, recueil indien rédigé quelques siècles après J.-C.

Pour établir un premier contact dans un endroit public, il faut bavarder léger, avoir confiance en soi et ne pas craindre le refus, explique Ovide : « Courage donc ! présente-toi au combat avec la certitude de vaincre ; et, sur mille femmes, une à peine pourra te résister. Qu’une belle accorde ou refuse une faveur, elle aime qu’on la lui demande. Fusses-tu repoussé, un tel refus est pour toi sans danger. » Les gars, méditez ça…

Le Kâmasûtra est beaucoup plus qu’un catalogue de positions sexuelles acrobatiques. On y traite de toutes les dimensions de l’amour : séduction, rencontre, mariage, sexualité (y compris l’homosexualité, la prostitution, des pratiques marginales, etc.), vie de couple, adultère, rupture.

« Parce qu’un homme et une femme dépendent l’un de l’autre pour le sexe, cela requiert une méthode, et cette méthode, le Kâmasûtra l’enseigne. » À chacun d’apprendre et d’agir : « Rien de bien n’arrive à un homme qui ne fait rien », rappelle le Kâmasûtra.

Pour saisir à quel point les classiques demeurent pertinents de nos jours, la revue québécoise Argument a publié en 2013 un excellent numéro sur l’éducation des sentiments.

Sur le célibat, la rencontre et le couple aujourd’hui

En 1956, le psychanalyste américain d’origine allemande Erich Fromm a lancé L’art d’aimer. Réédité en 2016, ce petit livre n’a pas vieilli. Le credo de Fromm : l’amour ne tombe pas du ciel, c’est un art qui s’apprend — tout comme vivre est un art. Et tout apprentissage suppose l’assimilation d’une théorie, puis le passage à la pratique.

kaufmannLa femme seule et le Prince charmant : enquête sur la vie en solo du sociologue Jean-Claude Kaufmann (Armand Colin, 2015) s’appuie sur des confidences de femmes célibataires, sur ce qu’elles attendent d’un homme. Ces femmes ont beau se dire émancipées, indépendantes, etc., leur imaginaire amoureux se résume au prince-charmant-ou-rien.

Dans Je ne souffrirai plus par amour (Éditions 10/18, 2009), la romancière et journaliste espagnole Lucía Extebarria dévoile sa vie intime. Violence, toxicomanie, dépendance affective, relations tordues avec des individus tout aussi tordus : elle a tout vécu. Ayant a appris, à la dure, à mieux se connaître, elle démolit une foule d’idées reçues sur l’amour.

Au XXe siècle, le mariage d’amour a marqué un progrès en surpassant le mariage d’intérêt ou arrangé. Mais aujourd’hui, le mariage d’amour est devenu une tyrannie, expose l’écrivain français Pascal Bruckner dans Le mariage d’amour a-t-il échoué ? (Grasset, 2010).

Un essai québécois original, drôle et motivant : Le cycle de rinçage, vivre en couple pour les bonnes raisons de Pierre Morency (Éditions Transcontinental, 2006). Où le couple n’est pas une usine à romantisme, mais une… laveuse : « Convaincu que la relation conjugale ne naît pas de l’amour, que le concept d’âmes sœurs est une hérésie et que l’égalité des partenaires est un leurre, l’auteur prétend qu’on doit se servir du couple comme d’une fantastique machine à laver. »

contre amourDécapant, Contre l’amour : la déroute des sentiments de la sociologue américaine Laura Kipnis (La Table Ronde, 2004) est une critique radicale de l’amour et du couple. Impitoyable, l’auteure fait table rase et n’épargne personne.

Dans le même esprit de contradiction, une autre suggestion : l’ouvrage collectif Contre l’amour (Iosk Editions, 2004).

Sur l’infidélité

Elizabeth Abbott, en plus de ses ouvrages sur l’histoire du mariage et du célibat, a signé une Histoire des maîtresses (Fides, 2012). « Elles font partie de cette catégorie qui, suivant les époques, a hanté les coulisses de l’histoire, en a récrit à sa façon le déroulement ou a fait les délices des journaux à potins. »

Terre-à-terre, L’art d’être infidèle : Paris — New York — Tokyo — Moscou de la journaliste américaine Pamela Druckerman (Éditions Saint-Simon, 2009) effectue un petit tour du monde. L’auteure a exploré les us et coutumes des infidèles dans une vingtaine de pays. Constat : sauter la clôture est un comportement répandu, dans toutes les sociétés, mais chaque culture y réagit différemment.

Sur la pornographie

Le petit essai du sociologue Michel Dorais La sexualité spectacle (VLB éditeur, 2011), qui a connu une belle popularité, répond à une question cruciale : veut-on vivre sa propre sexualité ou demeurer spectateur de la sexualité des autres ?

Sexualité spectacleL’essai de l’anthropologue Bernard Arcand Le jaguar et le tamanoir : vers le degré zéro de la pornographie, publié en 1991 par les Éditions du Boréal, demeure actuel — même si la porno a pris énormément d’expansion depuis 25 ans.

Pour réinventer l’amour

Au XXIe siècle, le scénario « conte de fées », c’est-à-dire rencontrer l’homme ou la femme de-toute-une-vie pour une passion amoureuse éternelle, s’oppose complètement à la valeur numéro un de notre époque : l’autonomie individuelle. L’amour fusionnel, autarcique et définitif n’est plus possible dans un monde d’individus autonomes évoluant en réseaux, explique le sociologue français Serge Chaumier dans L’amour fissionnel : le nouvel art d’aimer (Fayard, 2004).

Le saviez-vous, il existe un autre modèle amoureux que le couple monogame-exclusif-fusionnel-définitif. L’auteure et journaliste Françoise Simpère propose, dans son Guide des amours plurielles : pour une écologie amoureuse (Pocket, 2009), un tour d’horizon pratico-pratique de ce que son compatriote Serge Chaumier nomme la fission amoureuse : couple ouvert, polyamour, amitié amoureuse, etc., et plusieurs autres.

La vie, l’amour, le sexe : être heureux quand on ne croit pas en Dieu d’Arthur Vernon (Tabou Éditions, 2012) offre plusieurs pistes d’action pour reprendre contrôle de sa vie intime et forger son propre chemin amoureux-sexuel.

La Québécoise Catherine Dorion a fait publier en 2017 un formidable essai sur le désir amoureux et la politique, Les luttes fécondes. « En politique comme en amour, nos énergies sont, la plupart du temps, soigneusement contenues à l’intérieur de cadres qui ‘organisent’ les liens qui nous unissent, et qui empêchent les révolutions de prendre pied. Le couple. Nos institutions politiques. Les élections. Ce livre parle du désir qui cherche à s’exprimer entre deux (ou cent-mille) personnes, et de ce qui a été mis en place pour le garder emprisonné. Ce livre est un plan d’évasion. »

Enfin, le très stimulant Vers une libération amoureuse : propositions romantiques, érotiques et politiques d’Yann Kerninon (Libella-Maren Sell, 2013) ouvre la porte à tous les possibles. « Le couple traditionnel et monogame craque de tous côtés, comme un vieux névrosé. Mais, face à lui, la prétendue liberté sexuelle, purement consumériste et narcissique, a comme un goût de mort et de désolation. Inventons autre chose ! »