Archive pour septembre 2010

Un réflexe puritain

 

L’été dernier, j’ai lu un excellent livre sur l’infidélité en amour, Bienheureuse infidélité (Albin Michel, 2003), de la philosophe et thérapeute Paule Salomon. Un passage m’a frappé : «De nos jours, partout où nous allons, l’ambiance est mixte, donc sexuée. Ou bien nous nous posons consciemment dans ce frôlement de sensibilité et nous cultivons une érotisation de l’être, ou bien nous nous fermons à toute influence par un réflexe puritain dont nous n’avons même pas conscience et qui nous prive du plaisir de vivre.»

Un réflexe puritain… C’est bien ce qui règne au Québec dans les contacts quotidiens entre des hommes et femmes qui ne se connaissent pas : l’austérité, le repli sur soi, l’autocensure des sentiments et des pulsions.

Un exemple. Une personne célibataire invite un(e) autre célibataire à prendre un verre, pour faire connaissance. Dans une société normale, l’invité(e) se dira tout naturellement : «Pourquoi pas ?» Mais au Québec, l’invité(e) va automatiquement se méfier et se tourmenter : «Pourquoi cette personne m’invite à prendre un verre ? Qu’est-ce qu’elle a derrière la tête ? Je n’ai pas envie de me sentir redevable… Pour éviter toute tentative de séduction, je pourrais peut-être accepter l’invitation en laissant croire que je suis en couple…», etc.

Un réflexe puritain, je vous dis !

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Si vous êtes comme moi, contactez-moi

 

Pour les utilisateurs de sites web de rencontre, la rédaction de la fiche personnelle est un moment crucial. Il faut réussir à se décrire et à «se vendre» en quelques lignes, et ce n’est pas facile. Certains exposent ce qu’ils attendent d’une relation ou expliquent ce qu’ils recherchent chez l’autre. Beaucoup parlent d’eux-mêmes, de leur personnalité, de leurs valeurs, etc.

Ceux qui ne parlent que d’eux-mêmes ont tendance à sombrer dans une looongue énumération de leurs intérêts, activités, loisirs, etc., qui se termine par une phrase du genre : «Si vous êtes comme moi, contactez-moi» ou «Je recherche quelqu’un qui me ressemble».

Cette manière de vouloir attirer l’attention de l’autre est en fait une manifestation de narcissisme. C’est le contraire de la rencontre : on ne peut pas rencontrer quelqu’un en ne parlant que de soi, et on ne peut surtout pas rencontrer quelqu’un qui soit notre copie conforme, qui aime exactement nos goûts, activités, projets.

La rencontre, c’est croiser des gens qui, bien sûr, partagent des éléments en commun avec nous, mais c’est surtout avoir envie de découvrir et d’apprendre.

Pour illustrer mon propos, j’ai eu l’idée de rédiger ma propre «liste d’épicerie» narcissique en m’efforçant de pousser l’exercice jusqu’à l’absurde (voir plus bas). Vous m’en donnerez des nouvelles… Lire la suite de ce billet »

S’engager sur-le-champ ou rien (2)

 

Je vous parlais hier de ces rendez-vous galants et déconcertants avec une célibataire dans la trentaine qui meurt d’envie de se marier et de fonder une famille, le genre de femme qui s’empresse de demander à son vis-à-vis : «Moi, je suis à la recherche d’un homme qui veut s’engager, qui veut se marier, avoir des enfants. J’espère que tu n’es pas le genre de gars qui a peur de l’engagement…»

Comment expliquer que des femmes puissent draguer en s’empressant de discuter de couple et de famille lors d’une première rencontre ? J’ai ma petite idée… Un ou plusieurs phénomènes peuvent entrer en jeu :

  1. L’imaginaire amoureux de ces femmes est infantile, marqué par l’attente anxieuse du prince charmant. Elles veulent vivre un amour de contes de fées. Et tous les contes de fées, on le sait, se terminent par : «ils se marièrent et ils eurent de nombreux enfants».
  2. Ces femmes ne sont pas autonomes sur le plan affectif. Leur désir désespéré d’engagement, de vie de couple, trahit une peur fondamentale : celle d’être seule.
  3. Par conformisme, ces femmes croient que la «réalisation de soi» passe obligatoirement par le bonheur conjugal et familial. Elles croient qu’une vie sans couple et sans enfants est une existence «ratée».
  4. Ces femmes sont hyper-compétitives, carriéristes et soucieuses de performer, elles veulent «réussir leur vie». Elles ont déjà un emploi, un condo, une voiture, un REER ? Maintenant, elles crèvent d’envie de rencontrer l’Homme, de se marier et d’avoir des enfants, prochains items sur leur checklist de superwoman. Elles n’ont pas de temps à perdre, alors elles sautent l’étape de la séduction pour entrer dans le vif du sujet : dès la première rencontre, parler de contrat de mariage, de grossesse sans complications et d’investissement immobilier.
  5. En parlant de leur désir d’union et d’enfant, mesdames veulent simplement mettre cartes sur table pour éviter que leurs interlocuteurs mâles se méprennent. Par exemple, parler de couple assez rapidement lors d’une première rencontre envoie un message clair aux célibataires qui ne cherchent qu’une aventure d’un soir : meilleure chance la prochaine fois !

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S’engager sur-le-champ ou rien

 

Messieurs, avez-vous déjà été confronté à une «beauté désespérée» dans la trentaine, une célibataire qui meurt d’envie de se marier et de fonder une famille parce qu’elle n’en peut plus de vivre seule et d’entendre l’obsédant tic-tac tic-tac de son horloge biologique ? J’en ai rencontré quelques-unes, et j’en connais d’autres dans mon entourage. Une première date avec ce genre de femme peut être assez surprenante…

Le scénario est généralement le suivant (je vais ici condenser des rencontres dont j’ai été l’acteur ou le témoin). Après un premier contact avec un homme qui semble disponible pour une rencontre, la trentenaire célibataire organise un rendez-vous dans un endroit public, officiellement pour faire plus ample connaissance. Lors des 30 ou 40 premières minutes de la rencontre, les deux individus discutent de choses et d’autres dans un contexte relax. Puis la beauté désespérée profite d’une pause dans la conversation pour prendre une mine sévère, pour regarder fixement le mâle dans les yeux et lui demander, avec un sérieux solennel : «Moi, je suis à la recherche d’un homme qui veut s’engager, qui veut se marier, avoir des enfants. J’espère que tu n’es pas le genre de gars qui a peur de l’engagement…»

Incroyable, mais vrai : une femme demande à un homme qu’elle ne connaît presque pas s’il veut s’engager. Elle n’a pas encore parlé d’amour… mais elle parle déjà de couple, de mariage, d’enfants ! On se croirait dans le Québec traditionnel, avant la Révolution tranquille, quand une «fille à marier» cherchait désespérément un «bon parti», un homme qui a une «situation», pour fonder une famille et éviter la honte du statut de «vieille fille». Lire la suite de ce billet »

Réinventer la virilité

 

Le 10 août dernier, j’ai été invité à participer à un débat sur la virilité organisé par l’émission AM (Première Chaîne Radio de Radio-Canada). Une discussion intéressante, quoique dans le feu de l’action (c’était un enregistrement en direct) j’ai un peu confondu virilité, identité et condition masculine. 

Pour mettre ma pensée au clair, j’ai décidé de prendre le temps d’exposer ici mon point de vue sur la virilité.

Qu’est-ce que la virilité ? Comment définir cette «notion polysémique et réalité protéiforme», comme diraient des spécialistes des sciences humaines en mal de jargonnage ?

En 1950, la réponse à cette question était simple :

  • Force physique.
  • Un mâle viril est un gros travailleur, dur à l’ouvrage, au détriment de sa vie privée.
  • Machisme.
  • Vie sexuelle égoïste et peu sophistiquée (monsieur baise en vitesse, satisfaire madame n’est pas important; monsieur ignore d’ailleurs qu’une femme peut avoir un orgasme).
  • Amitié «virile» entre hommes, bruyante et turbulente, sans épanchements ni confessions intimes.
  • Toujours être maître de soi, toujours triompher des obstacles, ne jamais douter ou hésiter.
  • Ne jamais parler de ses émotions, encore moins les afficher.
  • Refouler toute féminité et, surtout, tout ce qui peut laisser croire à une pulsion homosexuelle. Raconter régulièrement des blagues stupides sur les «fifs», sur les «bonnes femmes» et sur les «belles-mères».
  • Le poil est viril.
  • Les odeurs de sueur et de crasse sont tolérées jusqu’à un certain point (quand les autres gars s’en plaignent, il est temps de se laver).
  • Un mâle est capable de démontrer sa force et sa résistance en se livrant à des épreuves physiques, en buvant toute une caisse de bière sans rouler sous la table, en se battant dans une ruelle, etc., avec des «Arrrrgggh !», des «J’vais te péter la gueule en sang, mon tab…!» et autres interjections viriles. Lire la suite de ce billet »

L’amour en chansons

 

Dans la nuit de jeudi à vendredi, j’ai fait de l’insomnie. Pour m’occuper, je me suis posé une question : quelles sont les plus belles chansons d’amour interprétées par des Québécois ? Les classiques, pas les dernières niaiseries à la mode…

Voici mes choix (très subjectifs).

Bozo de Félix Leclerc (1951), portrait d’un amoureux pathétique.

La Manic de Georges Dor (1966), complainte d’un déraciné.

Suzanne (1967) et autres chansons mélancoliques de Leonard Cohen.

Aujourd’hui, j’ai rencontré l’homme de ma vie de Diane Dufresne (1973), pour son humour. 

Offenbach interprétant L’hymne à l’amour d’Édith Piaf (1975), pour l’originalité et l’intensité de l’adaptation.

Je reviendrai à Montréal de Robert Charlebois (1976), pour se marier avec l’hiver.

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À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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