Message d’intérêt public à toutes les caissières du Québec

 

Dans plusieurs commerces que je fréquente, des caissières (et parfois des caissiers, mais ce sont le plus souvent des femmes qui travaillent aux caisses) ont l’habitude de m’accueillir avec un «Bonjour, ça va bien ?» C’est un phénomène relativement nouveau, on ne me posait pas cette question il y a quelques années.

Je déteste me faire poser cette question en public. À chaque fois, ça me met mal à l’aise.

Cette question est trop directe, trop personnelle, d’autant plus qu’elle est formulée à la deuxième personne du singulier (cette manie, au Québec, de dire «tu» à tout ce qui bouge). Entre inconnus, ce premier contact est saugrenu. On n’interpelle pas n’importe qui en lui disant «Toi, ça va bien ?», ça n’a aucun sens.

Quand une caissière me dit «Bonjour, ça va bien ?», je réponds  forcément «Oui» pour être aimable, même si en vérité, ce jour-là, je ne vais pas bien. Si je réponds «Non», je vais créer un malaise (j’ai déjà répondu «Non» à une caissière, juste pour voir quel effet ça ferait, et effectivement je l’ai mise dans l’embarras). Je n’ose pas imaginer quelle gêne je provoquerais en répondant «Je vais très mal, ma vie est un enfer»…

Je trouve ça poche de voir ces caissières me poser mécaniquement la question «Bonjour, ça va bien ?» et moi de répondre «Oui» tout aussi mécaniquement. Ça ne sert à rien.

L’ inconvénient de «Bonjour, ça va bien ?», c’est qu’il s’agit d’une question fermée, c’est-à-dire qui se répond par «Oui» ou «Non». Difficile d’enchaîner à la suite d’un «Oui» ou d’un «Non».

À toutes les caissières du Québec, voici une suggestion : s.v.p. remplacez «Ça va bien ?» par «Comment allez-vous ?» Cette dernière question a deux avantages.

  1. Utiliser le «vous» est plus poli que le «tu».
  2. «Comment allez-vous ?» est une question ouverte qui permet de formuler une réponse plus complexe que «Oui» ou «Non», car le mot «Comment» invite l’interlocuteur à s’expliquer.

Ainsi, on pourra répondre quelque chose comme : «Je vais bien merci, surtout quand il fait beau comme aujourd’hui.» Cette réponse pourra peut-être déboucher sur une conversation sur le temps qu’il fait, les prévisions météo, etc.

Et faire la conversation, c’est le début de la séduction.

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9 commentaires à Message d’intérêt public à toutes les caissières du Québec

  • Un Québécois qui s'assume... dit :

    Bonjour à tous, comment allez-vous ? ;-)

    Quand j’arrive devant une caissière (ou un caissier), je dis toujours “Vous allez bien ?” Très souvent, je n’ai souvent pas de réponse où pire la caissière “gèle” avec un profond malaise. Ce n’est pas une demande en mariage ! C’est simplement pour être plus courtois…. Ça démontre à quel point les gens sont très mal à l’aise pour établir des relations. Parfois, par contre, j’ai un gros sourire puis elle répond “Oui, et vous ?”, heureuse de briser la routine du “Voulez-vous un sac”….

    Pour ce qui est du “Comment allez-vous ?”, je crois que c’est peine perdue à moins d’être seul à la caisse…

    Je suis sorti la semaine dernière dans un Resto Bar et j’ai tenté d’observer les scènes de drague… Bien content de de pas être célibataire… Ça semble pas là que l’action se passe et à entendre les commentaires de plusieurs collègues qui sont sur les sites de rencontres, les succès sont plutôt rares… On n’est pas sortis de l’auberge !

  • Shandara dit :

    Je préfère de loin un “Bonjour, ça va bien?” au froid des caissières en France, qui ont du mal à te regarder dans les yeux, sourire et encore moins te parler. Je pense qu’il faut savoir apprécier ces petites attentions qui font de nous ce que nous sommes, ici au Québec, c’est à dire un pays chaleureux et convivial. Non, je n’ai pas envie de passer au vouvoiement à nouveau… vive notre beau pays, et le “tu” qui nous rapproche.

  • prinsessan Fluflu dit :

    @Shandara,
    je pense que tu généralises en disant que les caissières en France sont froides, ont du mal à te regarder dans les yeux… etc. Tu ne les a quand même pas toutes rencontrées ?? ;-) Quand j’étais jeune fille, j’habitais en France, et j’ai travaillé dans un supermarché pendant l’été. J’étais très gentille avec les clients/es, et je n’étais pas la seule ! J’ai rencontré des caissières de toutes sortes dans de nombreux pays.

    Pour ce qui est du tutoiement, je vis ma vie d’adulte en Suède où dire “tu” est plus ou moins obligatoire, depuis un peu plus de trente ans. Je le fais puisque je me dois de m’adapter à mon nouveau pays, mais je ne trouve pas que cela soit mieux que de vouvoyer. On a même suprimé les titres “madame, monsieur, mademoiselle”. Conclusion, si je marche par exemple dans la rue et constate qu’une vieille dame à fait tomber ses gants sans le voir, je dois l’interpeller de cette facon : “Toi, t´as fait tomber tes gants…” Pardonne-moi, mais je préfèrais de beaucoup dire comme en France : “Madame s’il-vous-plaît, vous avez laissé tomber vos gants…

    Je ne vois pas en quoi le “tu” rapproche plus que le “vous” ? Je vouvoie ma meilleure amie qui a 20 ans de plus que moi , et cela ne nous empêche pas de bien rire, nous amuser et d’être toujours là l’une pour l’autre. Si le “tu” était la solution miracle pour le rapprochement entre les personnes, eh bien il ne devrait pas y avoir de solitude en Suède. Or, c’est un des problèmes N° 1 ici ! Je ne suis pas contre le tutoiement, mais je le réserve pour la famille et les amis en particulier. Et le vous est très pratique si justement on désire garder de la distance avec quelqu’un qui ne nous attire en rien.

    En ce qui concerne la question des caissières au Québec, “bonjour, ça va bien ?”, j’y ai eu droit en Suède pour la première fois il y a 3 mois environ. Et comme J-S Marsan, j´ai été fort surprise ! J´ai tout d’abord pensé que la caissière me confondait avec une autre personne. Mais non, c’était bien à moi qu’elle s’adressait !

  • Mina dit :

    Fluflu… vous avez un joli nom :-)

    Vous m’avez devancée… Je ne trouve pas non plus en quoi le tutoiement nous rapprocherait d’une personne qu’on ne connaît pas. Je me surprends parfois à tutoyer des personnes plus jeunes que moi (à la caisse par exemple) alors que je vouvoie les personnes de mon âge ou plus âgées. J’en déduis que, inconsciemment, je dois considérer que j’ai une certaine “supériorité” due à mon ancienneté face aux plus jeunes. C’est donc clairement un manque de respect de ma part, et j’essaie de me corriger.

  • Shandara dit :

    @Fluflu: j’y ai quand même vécu 6 ans, donc oui j’en ai rencontré pas mal… L’attitude n’est pas la même… Oui je généralise, mais si j’avais pu dire le contraire je l’aurais fait avec plaisir car j’ai adoré mes années là-bas :)

  • Anne Marie dit :

    Curieux que tout le monde plus haut suppose que dire «Ça va bien?» fait dans le tutoiement! Vous voyez le mot «tu», là-dedans? Il faudrait entendre «Tu vas bien?» pour que l’on se fasse tutoyer… «Ça va bien?» ou «Ça va?» ou «Comment ça va?» est neutre, à mon avis. Il permet d’éviter à la caissière de déterminer si le ou la client/e est à vouvoyer ou à tutoyer, justement!
    Moi je réponds à cette question, que je trouve sympathique: «Oui, merci, et vous?» (ou «et toi?», quand la personne à la caisse semble avoir 20 ans de plus jeune que moi!), ce qui permet de relancer la balle à l’expéditeur tout en répondant poliment!

  • “Ça va bien?”, ce n’est pas “Tu vas bien?”, ça veut dire “Votre vie va bien?” Il n’y a pas de tutoiement là-dedans, que de la gentillesse. On dit oui, c’est évident, et on sourit, et on vient d’établir une relation sociale. De quoi vous plaignez-vous donc?

  • philippe jonqua dit :

    Bon ben je crois qu’il faut reprendre les leçons de grammaire 101 !

    Moi ce que j’en pense, c’est que le TU est bien pratique car il permet de ne pas trop s’engager. En effet, lorsque vous passez du TU au VOUS avec une personne cela veut dire beaucoup et vous êtes en quelque sorte lié avec cette personne, alors que s’il n’existe que le TU, tu peux l’oublier dès que t’en as envie puisque tu n’es engagé en rien avec elle.

    Passer du VOUS au TU est en quelque sorte ouvrir les portes de son amitié, créer un lien privilégié et s’engager a quelque chose de plus durable. Voilà ce que n’arrivent pas à saisir les Québécois.

  • therealdeal dit :

    En lisant ce blogue post, je vois bien pourquoi Mr. Jean-Sébastien Marsan est célibataire.

    Get a life, les femmes aiment pas les suceptibles chialeux! Ça parait faible, don’t sweat the small stuff.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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