Combler un grand vide spirituel
Comme la plupart des Québécois de mon âge (de la Génération X), j’ai grandi dans un désert spirituel.
Mes parents, élevés dans une société ultrareligieuse (le Québec catholique des années 1940 et 1950), ont ensuite rejeté, à partir la Révolution tranquille, tout ce qui ressemble de près ou de loin à un culte organisé. Ils ne m’ont traîné de force à l’église que pour me faire baptiser, pour assister à quelques mariages et funérailles. J’ai aussi fait ma première communion, sans rien y comprendre.
Dans les écoles de mon enfance et de mon adolescence, au cours des années 1970 et 1980, l’enseignement religieux était axé sur des activités gnangnan de pastorale : les ti-amis se tiennent par la main et chantent une chanson à la gloire du ti-Jésus. (Cet enseignement a été récemment remplacé par un programme fourre-tout encore plus gnangnan baptisé Éthique et culture religieuse : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout se vaut et ne vaut rien, ah les belles religions du monde, et que tous les ti-amis célèbrent en choeur le vivre-ensemble pluraliste citoyen.)
Après mes études, je suis entré dans l’âge adulte. C’est-à-dire travailler. Gagner de l’argent. Consommer. Payer des taxes et des impôts. Se changer les idées pendant les vacances, puis se remettre à travailler comme un débile. Vivre en couple. Fonder une famille. La p’tite vie… vide de sens.
Depuis quelques années, je ressens parfois en moi un grand vide spirituel. Je ne trouve presque rien, dans le monde actuel, pour le combler. Et j’ai pourtant cherché, fouillé, fouiné…
Le magasinage pour l’âme
Je sais bien que les religions font partie de l’aventure humaine, qu’elles sont présentes dans toutes les sociétés, mais personnellement, je n’y trouve pas grand-chose qui puisse m’intéresser. Je me méfie de l’enrégimentement des croyants dans des structures rigides. C’est le contraire de la liberté et de l’esprit critique, il me semble.
L’Église catholique, en particulier, me paraît complètement ridicule avec ses bondieuseries et ses reliques morbides. (Le coeur du frère André dans le formol, à l’Oratoire Saint-Joseph… Ouache !) Et c’est une Église à la morale étouffante, hypocrite au possible.
La seule chose qui puisse me séduire dans l’univers religieux, c’est l’art. J’aime bien la musique sacrée, par exemple ; du Jean-Sébastien Bach à l’orgue d’église, je trouve ça beau. Mais mon sentiment est plus esthétique que spirituel.
En de rares occasions, un roman, un film ou une oeuvre d’art contemporaine réussissent à m’apporter quelque chose sur le plan spirituel. Par exemple, et pour m’en tenir à des Québécois que j’ai découvert ces dernières années, j’ai été secoué par les films de Bernard Émond et par plusieurs essais de l’écrivain Pierre Vadeboncoeur, qui actualisent des valeurs humanistes et spirituelles. Une pensée malheureusement peu courante dans le Québec actuel.
Je n’ai aucun atome crochu avec la spiritualité Nouvel Âge à la carte, ces assemblages de croyances dans les anges, les cristaux, les astres, etc., avec des emprunts superficiels aux religions orientales. Pour moi, c’est l’équivalent métaphysique d’une séance de magasinage dans un centre commercial «où l’on trouve de tout».
J’aime mieux me promener dans les cimetières (notamment dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le mont Royal), ce qui m’incite à réfléchir sur l’au-delà, quand est-ce qu’on me mettra dans le trou, etc. Et ça me plaît d’imaginer ce que je pourrais faire inscrire sur ma tombe. J’hésite entre trois épitaphes : «Si j’avais su, j’aurais pas venu», «C’est ça qui est ça» et «Vers un nouveau paradigme»…
Blague à part… Compte tenu de la géographie du Québec, c’est peut-être dans la nature sauvage que je peux trouver le plus aisément de quoi nourrir ma vie spirituelle. Lorsque je fais de longues marches en forêt, ou quand je consacre des journées entières à la pêche au beau milieu d’un lac perdu, je suis dans les meilleures dispositions pour décrocher du train-train quotidien et réfléchir au sens de la vie (et de la mort).
Ah, l’amour…
Le Québec d’aujourd’hui n’est qu’une bête société de consommation. Une société déspiritualisée. Par exemple, la fête de Noël est devenue une orgie commerciale, elle a beaucoup perdu de sa dimension spirituelle.
Le sens du sacré n’a pas disparu au Québec, il s’est déplacé dans des activités de consommation : les dépenses démesurées pour les cadeaux à Noël, pour les chocolats à Pâques, etc. La religion catholique a été remplacée par la religion cathodique (la télévision), la Sainte Famille a été détrônée par la Sainte Flanelle (les Canadiens de Montréal), et la mégastar planétaire Céline Dion fait de l’ombre à la Vierge Marie en tombant enceinte de jumeaux sans avoir eu de relation charnelle avec son mari.
Je disais plus haut que je ne trouve presque rien, dans le monde actuel, pour combler mon besoin de spiritualité. J’ai écrit «presque» parce qu’il existe encore une activité spirituelle qui puisse me (et vous) faire vibrer. Un phénomène inouï qui nous fait oublier tous nos petits tracas, qui transcende complètement le métro-boulot-dodo, qui nous procure une formidable énergie, qui nous fait apprécier à fond la vie qui nous a été donnée. Un événement si intense qu’il nous entraîne au plus profond de nous-mêmes tout en nous propulsant vers l’absolu.
Vous avez peut-être deviné de quoi je parle…
Cette activité spirituelle, c’est tomber en amour. Séduire et être séduit(e).

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Comme disait si bien Karl Marx: la religion est l’opium du peuple.
Parmi mes activités à caractère ’spirituel’, il y a la lecture. Je commence à peine à comprendre que la lecture n’est pas un divertissement passif, mais un outil de réflexion sur soi, une façon de se chercher à travers la vision des autres. C’est pourquoi je préfère les auto-fictions, où le narrateur-auteur parle au ‘je’. Ou encore, les essais, mais idéalement lorsque l’auteur réfère à sa vie quotidienne.
Quant à l’Église… Je me suis mariée à l’église pour la beauté des lieux et du rite, pour le côté solonnel et sacré, même si je ne suis pas pratiquante et ne retient de l’enseignement religieux que le ‘aimez-vous les uns les autres’ et ‘quand on te frappe la joue droite, tend la gauche’. Je préfère de loin la beauté de l’Église à la morosité des palais de justice…
Le cours d’éthique et culture religieuse n’est pas parfait, mais il a au moins le mérite d’introduire des notions d’histoire et de culture générale au primaire, notions qui font tellement défaut. Introduction par le bais de la religion… mais la religion est omniprésente dans l’Histoire du monde, dans l’art, la littérature, la philosophie. J’aurais aimé qu’on me parle de Bouddha à l’école.
Quant à tomber en amour comme activité spirituelle… Je ne sais pas. Lorsqu’on tombe en amour, c’est très narcissique, c’est la gratification que l’autre nous apporte qui entre en compte, c’est hormonal, plus physique que spirituel. C’est peut-être la phase après la passion qui est plus spirituelle. L’amour qui ne demanderait rien en retour.
@Mina: remplacer l’enseignement religieux par un cours d’éthique et de culture religieuse était une bonne idée, mais ce nouveau programme se heurte actuellement à d’énormes problèmes. La matière est très complexe et les nouveaux enseignants formés aux “sciences de l’éducation” n’ont pas de culture générale; leur formation est surtout axée sur la pédagogie, la psychologie de l’enfant, etc. Ce ne sont pas des gens qui transmettent un savoir, ce sont des techniciens en gestion de la classe.
C’est déjà difficile pour un enseignant de maîtriser correctement l’histoire d’une religion, imaginez plusieurs religions! C’est déjà difficile de trouver de bons enseignants en histoire du Québec ou en histoire du XXe siècle, imaginez ce que ça doit être de dénicher un enseignant assez érudit pour être capable d’aborder plusieurs millénaires d’histoire religieuse et universelle…
Et puis le volet “éthique” ouvre grand la porte à l’activité préférée des enseignants incompétents: organiser des discussions sans fin en classe sur le “vécu” des ti-amis, dans le genre “La peine de mort, qu’en pensez-vous?”, “Comment dire non à la drogue?” ou, si le prof est granola, “Que pouvons-nous faire pour protéger la Terre-mère Gaïa?”
C’est vrai que la rencontre amoureuse est narcissique, et que c’est aussi un phénomène très physique, hormonal. Ce que je voulais souligner dans mon billet, c’est que le sentiment amoureux est une euphorie qui nous sort de nous-mêmes, une réalité plus grande que nous-mêmes et qui rejoint le spirituel.
Oui, c’est bien vrai que mes enfants ne me parlent pas trop de ce qu’ils apprennent dans ce cours. Mais l’an dernier, il y avait un monsieur hyper passionné, agent de pastorale, qui venait parler des différentes religions en classe. Il apportait des objets sacrés et expliquait leur signification aux enfants. De ça, ils m’en ont parlé. Probablement parce que ça avait été présenté de manière intéressante, par quelqu’un qui aimait cette matière. Je ne sais pas pourquoi il n’est pas revenu cette année. Probablement une question de syndicat.
Sur l’amour… je vais y réfléchir
Mais ce que je voulais dire, c’est qu’on confond parfois l’amour et la passion des débuts.
Il me semble que l’athéisme, avec “ses libertés et son esprit critique”, n’est rien au fond qu’une autre forme d’enrégimentement qui nous condamne définitivement et sans appel à une quête spirituelle vaine.
En effet, vouloir trouver un sens à la vie présuppose qu’il y en ait potentiellement un. Or, la question est déjà suspecte pour nos scepticismes d’incrédules, alors la réponse…
Mais à défaut de trouver un sens à la vie, j’aime finalement l’idée d’en apprécier l’essence. D’essayer d’en saisir certaines vérités, certaines certitudes quasi-mystiques que le beau, l’art ou l’amour, nous font toucher du doigt.
Peut-être est-ce cela, finalement, l’idée de Dieu ?
Bonjour Jean-Sébastien,
L’Amour est comme un agent de communication entre les hommes et les femmes de cette terre. Un état d’esprit et de corps, dont la spiritualité de chacun en interaction de la vie et de cheminement veulent mener sa vie amoureuse. La spiritualité est une essence, mais pour ma part, je ressens moi aussi un vide intérieur. Je cherche a comprendre tous mes obstacles qu’elle m’impose, je parle de la vie. L’amour est, pour moi, une façon d’exprimer ce que je suis faite et que je veux être en mesure de grandir, à faire le bien de moi et des autres.
Pour compléter ce que j’ai écrit à propos du programme Éthique et culture religieuse… Le Devoir a publié le 15 juin un article sur les malheureux profs qui doivent enseigner ce cours.
Après avoir lu cet article, je me suis dit qu’il faudrait remplacer Éthique et culture religieuse par des cours de philosophie et d’initiation à la pensée occidentale (ce qui inclut la théologie, les dogmes et autres éléments de notre héritage religieux). Les bons vieux cours de philo qui ont fait leurs preuves depuis que l’on enseigne la philo, c’est-à-dire depuis l’Antiquité (et qui ne sont plus systématiquement enseignés dans les écoles secondaires du Québec depuis les années 1960), ce serait plus solide sur le plan intellectuel et moins consensuel téteux que Éthique et culture religieuse.
“Cette activité spirituelle, c’est tomber en amour. Séduire et être séduit(e).”
Complètement stupide. L’amour est l’arme de guerre des Dieux pour nous garder soumis et industrieux ! L’amour mène aux enfants, aux dépenses, au mariage, au divorce, aux factures, aux avocats, aux policiers, aux psychiatres.
Vivre célibataire et sans enfants est libérateur et alors on n’est l’esclave de personne.
Vous le dites TOMBER en amour. Moi je ne tombe pas, je me tiens debout et fier j’envoie paître toutes les femmes du monde. Je me respecte moi-même et je ne suis pas l’esclave des Dieux ni des femmes ni de la société.
Et puis, pour ce qui est de l’amour physique, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.
HA HA HA HA HA !
“Vivre en couple. Fonder une famille. La p’tite vie… vide de sens.”
Il y a dans le fait de partager une vie avec une personne, dans le fait de donner la vie à un ou des enfants et de les amener à cette vie, une part COLOSSALE de spiritualité “deux pieds sur terre”.
“La religion catholique a été remplacée par la religion cathodique (la télévision)”– ça c’est bon.
“Cette activité spirituelle, c’est tomber en amour. Séduire et être séduit(e).”
C’est de s’élever dans l’amour, je dirais plutôt. La séduction, je l’appellerais plutôt la capacité de se concentrer sur une chose et d’y trouver toute sa beauté… une activité que l’on peut aussi faire avec un arbre ou même une tache (très présent chez les gens qui pratiquent l’art). Je crois comprendre ce que vous dites, mais je souhaite seulement en distiller l’essence qui est applicable à bien plus que la relation de début de couple.
Pour terminer, j’ai développé une spiritualité minimaliste très simple : la notion fondamentale est la suivante : DIVIN\DIVINE : c’est à dire que ce que l’on appelle l’Être suprême ou Dieu ou autre, j’en ai une perception qui est la suivante : c’est complet, féminin et masculin, au-delà d’une tendance de l’un ou de l’autre, au-delà d’une addition des deux… fusion totale.
Partant de cela, qui est plutôt minimaliste, c’est une toute autre humanité qui apparaît à mes yeux où toute chose a sa place égale.
Vous m’en direz des nouvelles. Au plaisir.
@François Cliche: désolé, je ne comprends rien à votre spiritualité “divin/divine”. Pourriez-vous donner des détails? Des exemples tirés de la vie courante?