Le retour du slow
La dernière fois que j’ai vu des jeunes danser un slow, c’était dans les années 1980.
«Le déclin du slow est lié à celui du bal, et à l’avènement de la disco dans les années 70», remarque un spécialiste de la sociologie des danses de couple, Christophe Apprill. Les vagues house, rap et techno des années 1980-1990 ont fortement contribué à faire du slow une danse has been. La chanson d’amour et la ballade rock, supports du slow, n’ont pourtant pas disparu du paysage musical…
Pour s’assurer de pouvoir danser en couple, il faut aujourd’hui apprendre le tango ou autres danses «ethniques», qui sont complexes et pratiquées par une minorité de gens. Le slow, pour sa part, est si facile à exécuter, à la portée de tous, parfaitement démocratique. Et pendant une soirée aux lumières tamisées, un slow permet de flirter, de faire les premiers pas…
Le slow est-il mort ? Dans les années 1990, j’aurais répondu que oui. Mais aujourd’hui, quelques indices laissent croire qu’il pourrait renaître de ses cendres.
D’abord, on voit surgir çà et là des soirées exclusivement consacrées aux slows (par exemple cet événement tout récent, le 4 juin dernier, au festival Fringe de Montréal). Des groupes Facebook plaident pour le retour du slow (en voici un, parmi plusieurs autres). Des médias et des sites web en parlent (voici un exemple, déniché sans peine sur le Web).
Ensuite, danser le slow peut s’inscrire dans une tendance sociale plus large, une éthique qui touche de plus en plus de gens : le «mouvement slow». Vous avez sûrement entendu parler du slow food (pour une alimentation plus conviviale, variée, écoresponsable), du slow travel (ou tourisme durable, avec des impacts minimisés sur l’environnement et surtout en prenant le temps de s’immerger dans le milieu visité) ou du slow sex, sexualité relax et sans performance obligatoire. Même logique avec la danse : au lieu de sautiller tout seul sur une musique électronique épileptique, pourquoi ne pas retrouver le plaisir du slow, collés-collés, en prenant son temps ?
Dans une société trop techniciste, dans un univers de sites web de rencontre et de gadgets électroniques, nous avons terriblement besoin de recréer des moments où l’on peut se séduire concrètement, physiquement. Comme le dit Christophe Apprill, «Nous avons peu d’occasions de se prendre dans les bras, de sentir une main dans notre dos, notre nuque».
En terminant… Permettez une interrogation personnelle à propos du slow. Je n’ai jamais compris comment un gars, pendant un slow, peut parvenir à masquer que son sexe est érection sans danser en s’éloignant de sa partenaire, les bras tendus dans une posture ridicule… Amis lecteurs, avez-vous des conseils à ce sujet ?

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
À propos de l’interrogation personnelle du slow…
Je ne me suis jamais formalisé de ça. Quand c’était évident, je disais simplement ‘désolé, c’est la nature…’ et j’avais droit à un gros sourire à tout les coups. Généralement, si la fille acceptait de danser avec moi, j’imagine qu’il y avait un potentiel d’intérêt… Je vais laisser s’exprimer les dames mais je crois qu’elles doivent sûrement préférer être avec un gars qui danse à l’aise plutôt qu’avec un gars tous pogné qui essaie de contrôler la situation. De plus, ça donne un indice que la mécanique semble en bon état
Et voici un avis féminin qui va dans le même sens… SVP les gars, ne vous en formalisez pas, ça arrive vraiment souvent! C’est plutôt flatteur après tout, et oui, ça fait tout à fait partie d’un slow réussi… celui où on se permet, le temps d’une chanson, de ressentir du désir et de tomber juste un peu amoureux.
Vive le slow !
C’est plutôt flatteur à mon avis, donc pas de gêne à avoir
Entièrement d’accord. Je dirais même que ça serait dommage de s’en passer!
Ça arrive aussi parfois dans l’autobus ou le métro lorsqu’il y a beaucoup de monde et que ça pousse dans le dos… Généralement, je ne m’en formalise pas trop. Je me dit qu’il doit bien s’accoter quelque part
En France, il y a un espoir : le retour du romantisme. En effet les jeunes, (surtout ceux qui sont nés au milieu des années 90 et après) en ont ras le bol du “tout sexuel” et aux “gueguerres des sexes” déballés par les médias et la société, ils finissent par s’en lasser et redécouvrent les joies du romantisme comme en témoigne les romans-photos qui renaissent de ces cendres où les héros ont leur âge (comme sur le site de girls.fr, le magasine “nous deux” se vendent aujourd’hui très bien) et ce reportage des jeunes ados sur M6 (chaine française) qui privilégient le romantisme avant tout acte sexuel afin de leur permettre de mieux se connaître mutuellement, ils pensent que l’on peut être romantique sans pour autant être considéré comme un faible et sans être considéré comme un niais. J’ai longtemps cru que le romantisme était mort, laissant la place au Q et au tout sexuel, au dogme du “7ème ciel” mais non, j’ai l’impression qu’il amorce sont retour en force. Tant mieux, je pense que tout n’est peut-être pas perdu, du moins en France. Au Québec, je ne sais pas…
Trop de Q déballé et trop facilement accessible notamment sur Internet a finalement fini par devenir indigeste…
Bonjour Jean-Sébastien,
Les danses à l’école étaient le moment de flirter avec le gars, que tu as convoité et là, tu savais si lui aussi était intéressé par toi. Le rapprochement du slow était effectivement un signal sexuel que tu envoyais et la réponse ou assise pour un long drink seule.
Maintenant, le slow est moins présent dans les rencontres sociales.
Pour ma part, j’adore voir les gars danser car ça donne une idée pour le reste…