Séduction médiocre, couple médiocre

 

Au Québec, la séduction n’est pas un art de vivre, la drague est trop rare et souvent malaisée. Avec quels impacts sur la vie de couple ? Je me suis posé la question il y a quelques jours… Voici le fruit de ma réflexion. 

Permettez-moi de dresser un portrait du couple québécois. Pour mieux faire ressortir plusieurs caractéristiques, je vais tourner les coins ronds, caricaturer, multiplier les généralisations grossières. S.v.p. n’allez pas croire que je veux me moquer des gens qui vivent en couple. Je veux seulement souligner, par l’exagération, quelques comportements culturels.

Avant que le couple se forme, les individus sont animés par un imaginaire amoureux infantile de type «conte de fées». C’est d’abord l’attente anxieuse du prince charmant ou de la fée des étoiles. La rencontre de rêve doit se manifester par un coup de foudre (autrement, ce ne serait pas un véritable amour). Elle sera suivie d’une passion torride qui débouchera sur une relation pour-la-vie. (Hé oui, des gens dans la vingtaine ou la trentaine croient qu’ils vont rencontrer un partenaire pour-la-vie ! En passant, l’espérance de vie au Québec est d’environ 83 ans pour les femmes et de 78 ans et quelque pour les hommes…)

L’imaginaire amoureux «conte de fées» valorise l’union fusionnelle. C’est-à-dire une relation monogame, exclusive et ultra-romantique, à vie. Les deux partenaires sont repliés sur eux-mêmes, coupés du monde, ils vivent leur amour en autarcie.

On passe souvent sous silence qu’il existe d’autres manières de vivre en couple, avec plus ou moins de souplesse et d’autonomie pour les partenaires… Mais pour les besoins de ma démonstration, je vais m’en tenir au couple fusionnel, qui est dominant dans notre culture.

Le mariage (ou l’union de fait) confirme l’appropriation de l’autre, marque la fin d’une période insouciante de la vie où l’on pouvait séduire, s’amuser. Ce changement est souligné par des rituels comme les «enterrements» de vie de garçon ou de jeune fille. Toute la vie de couple à venir sera statique, monotone, prévisible.

La relation amoureuse étant fusionnelle, monogame et exclusive, il est interdit d’avoir des relations extraconjugales, et même d’y penser. Le désir pour un(e) autre est coupable, l’amour extraconjugal est un tabou. Le couple se méfie du monde extérieur, de la séduction, des occasions de croiser de nouveaux visages, etc., car ces rencontres pourraient menacer la fusion amoureuse. Toute activité en dehors du couple qui puisse procurer du plaisir est une activité suspecte (sauf les activités sur le marché du travail).

Mais dans les faits, plus le tabou de la relation extraconjugale est fort, plus celle-ci devient désirable, car l’être humain est fasciné par les interdits. Autrement dit : plus un couple est fusionnel, plus il pousse les partenaires dans les bras d’un(e) autre !

Lorsqu’un partenaire vit enfin l’inévitable, c’est-à-dire une relation extraconjugale, cela se déroule forcément dans le secret, le mensonge, la culpabilité. Si l’autre partenaire découvre le pot aux roses, il ou elle se sentira bien sûr trahi(e), humililé(e), etc., avec l’épouvantable crise que vous pouvez imaginer. Au sein d’un couple fusionnel, la jalousie, la possessivité, les «scènes» hystériques sont d’ailleurs considérées comme des preuves d’amour.

Sur le plan sexuel, chaque partenaire doit combler l’autre à 100 %. Il est interdit de découvrir ailleurs que dans le couple des sources de satisfaction sexuelle, interdit d’expérimenter et d’apprendre. Même la masturbation est mal vue. Puisqu’il est impossible, dans un couple fusionnel, de combler son partenaire à 100 %, une frustration sexuelle s’installe, prend de l’ampleur, et finit par rendre les partenaires complètement névrosés.

Le couple fusionnel ne vit intensément que pendant la rencontre et la passion des débuts. Ensuite, il meurt à petit feu. Cette union peut survivre à long terme si les partenaires se résignent à vivre sans séduction, sans sexualité, sans amour. Des individus désabusés, abrutis de conformisme et d’ennui… L’homme devient un gros moron qui boit de la bière, se laisse pousser la barbe et la bedaine, rote à table et pète au lit. La femme devient une mégère, toute de hargne et de fiel.

Chaque épreuve que vit le couple est un traumatisme qui lézarde l’idéal de la fusion et de l’amour-pour-la-vie. Les couples fusionnels, lorsqu’ils sont confrontés à une crise, préfèrent souvent se séparer au lieu de tenter de comprendre ce qui ne fonctionne pas et apprendre de leurs erreurs. Remettre en question le dogme de la fusion amoureuse est impensable. Les désormais ex-partenaires reprendront ailleurs leur quête du prince charmant et de la fée des étoiles, mais ils auront bien du mal, car ils n’ont plus du tout l’habitude de séduire.

En conclusion… Dans le modèle ci-dessus, il y a un fil d’Ariane : la pauvreté de la séduction. Il n’est permis de séduire que pour rencontrer le partenaire-pour-la-vie. Par la suite, les partenaires ne se séduisent plus (à quoi bon ? ils se possèdent, à vie). Leur peur panique des relations extraconjugales, et même de toute source de plaisir provenant du monde extérieur, leur interdit les comportements de séduction hors du couple. La vie amoureuse devient donc médiocre, puis s’éteint.

Vous vous reconnaissez dans ce topo ? Ou vous pensez à des couples de votre entourage ?

D’autres billets sur le couple:

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19 commentaires à Séduction médiocre, couple médiocre

  • Mélanie dit :

    Quoi? T’as réussi à pondre tout ça sans parler de la télévision? C’était un genre de défi à toi-même, ou quoi? :)
    Sans blague, j’en reconnais un et un autre et un autre…
    Belle matière à réflexion.
    M.

  • Mina dit :

    Bon texte! Je pense qu’on se reconnaît tous un peu et on rit jaune. Mais il ne faut pas arrêter de se poser des questions…

    Ça me fait penser à un roman de Moravia: L’ennui.

    C’est l’histoire d’un riche bourgeois, peintre raté et désoeuvré, qui devient l’amant d’une jeune modèle. La passion passe et il sent l’ennui l’envahir car il sent qu’il la possède, qu’elle lui appartient, comme l’argent de ses parents. Mais il soupçonne la modèle d’avoir un autre amant… Et tout d’un coup elle redevient désirable: “et je pensais que si elle m’apparaissait réelle et désirable, c’est qu’elle m’échappait par le mensonge et la trahison”. Libre comme l’air et ingénue, elle lui avoue qu’elle a un amant. Il pousse plus loin sa réflexion sur le désir en acceptant qu’elle ait un amant, tout en étant conscient que de cette manière, il ne la possédera jamais. Alors il a une idée géniale: la marier, lui offrir la belle vie bourgeoise à laquelle toute femme aspire!!!

    “Je n’étais pas arrivé à ce que Cécilia m’inspirât de l’ennui alors qu’elle était ma maîtresse, j’étais presque sûr qu’elle m’ennuirait dès qu’elle serait devenue ma femme. C’est ainsi que l’idée du mariage commença à m’attirer de plus en plus, avec une perspective totalement différente de celle qui habituelement sourit à celui qui s’apprête à se marier: celui-ci caresse le rêve d’un amour infini, moi au contraire je rêvais de la fin de l’amour”.

  • Elodie dit :

    Bonjour,

    Super billet, je me reconnais TOUT À FAIT dans ce que vous écrivez et ai décidé de lutter contre ce schéma après 9 ans de vie en « couple »…

    Merci d’avoir retranscrit cela avec des mots :-)

  • Dao dit :

    Expérience personnelle.

    De retour à Montréal après avoir habité 10 ans à Paris, je suis frappé par le regard des femmes d’ici. Je ne croise depuis mon arrivée que des regards assez durs, scrutateurs et sans sourire.

    Disons que j’ai l’impression d’être un vieux chalet sous le regard d’une évaluatrice foncière…
    Ou mieux, une étagère Ikea «il rentre dans mon salon ou je le met dans le couloir?»

    Désolé, vous cherchez à savoir quoi au juste mesdemoiselles? Si je pourrais être un bon amoureux et/ou père pour vos enfants? Demandez au lieu de vous fatiguer à deviner…

    À Paris, malgré la vie à mach 2 et le caractère de certains, j’ai toujours eu de bon retour à mes «sourire-bonjour-clin d’œil», et ce n’étais pas toujours dans l’intention de draguer,
    juste un peu de contact humain chaleureux dans une journée speedée.

    Je ne cherche pas à comparer, je suis juste désolé que les Québécoises aient oublié
    que sourire pouvait changer une journée… et une vie.

    Cordialement

  • Mina dit :

    Et bien le voilà le messie qu’on attendait! C’est Jean-Sébastien qui répand la bonne nouvelle!
    Je vote pour toi :-)

  • BeninForever dit :

    Très beau texte qui donne de la matière à réfléchir à un jeune homme comme moi.

  • Mina dit :

    “Même la masturbation est mal vue.” C’est vrai, mais c’est la masturbation masculine qui est principalement visée.

    Sur les pages “style de vie” de MSN, dans la rubrique amour et sexualité, on trouve à la fois un article intitulé “masturbation masculine et pronographie” et un article intitulé “L’amour en solo, c’est bien”, ce dernier faisant référence à la masturbation féminine: http://styledevie.ca.msn.com/amour-sexualite/

    Des extraits des articles:

    Masturbation masculine: “La masturbation pour les hommes représente bien souvent un moyen de relâcher la pression, de se détendre. (…) Elle devient alors parfois machinale, et l’homme n’apprécie plus autant les sensations reliées à la stimulation, à l’excitation et au désir. (…) Il peut s’installer une quête du plaisir physique qui relègue au deuxième plan les autres besoins, soit ceux d’intimité, de tendresse, d’amour, etc. On peut ainsi observer une sexualisation des besoins affectifs.”

    Masturbation féminine: “Même si la masturbation peut en rebuter un brin certaines, ses avantages sont intéressants: elle peut avoir un effet positif sur notre estime de soi et notre rapport en général avec notre corps, et elle peut même améliorer nos relations sexuelles.”

    Tout de même incroyable: la masturbation masculine est louche, la masturbation féminine est épanouissante.

    Vous connaissez la blague du curé qui disait à l’élève que la masturbation rendait aveugle: “j’arrêterai quand je porterai des lunettes”. Je l’ai toujours trouvée cute cette blague.

  • Mina dit :

    Je viens de lire moi aussi l’article sur le No sex in the city: http://www.cyberpresse.ca/vivre/sexe/201006/01/01-4285623-pour-en-finir-avec-le-sexe.php

    Il me semble à la lecture de cet article qu’une solution s’impose: que les filles baisent avec les filles et que les gars baisent avec les gars. Les filles se feront de l’affection et les gars se feront des trucs cochons.

  • @Mina: le livre No More Sex In The City a vraiment l’air d’être n’importe quoi.

    La jeune femme qui a écrit ça croit que le sexe est un obstacle à une relation amoureuse… Mais il n’y a pas nécessairement de lien entre les deux! Le hasard a voulu qu’elle rencontre des gars qui ne pensent qu’à coucher avec elle, qui ne veulent pas s’engager dans une relation. Elle a juste à draguer ailleurs et elle rencontrera d’autres types de gars…

    Encore une autre qui attend son Prince charmant.

  • Mina dit :

    Tout-à-fait. D’ailleurs, si elle ressent cette grosse pression pour être lisse et pulpeuse pour être aimée, c’est que les gens qui gravitent autour d’elle lui font sentir que c’est ça qui les intéresse. Il faudrait changer de milieu.

    Est-ce que ça se fait de mettre les paroles d’une chanson au complet? Tu modéreras mes transports Jean-Sébastien si j’exagère. Mais cette chanson est un classique de mon adolescence:

    Ricet Barrier, “C’est dur d’être une belle fille”:

    C’est dur d’être une belle fille
    Les hommes ne m’aiment pas
    Leurs yeux me déshabillent
    Ils ne voient que mon corps, pas moi !

    C’est dur d’être une belle fille
    Les hommes qui osent m’aborder
    D’une main ont l’billet d’mille
    Et dans l’autre… devinez !

    Les hommes qui m’attirent
    Gais, distingués, cultivés
    Bien sûr me désirent
    Mais comme un gadget, une poupée.

    C’est dur d’être une belle fille
    De n’être toujours draguée
    Que par le genre gorille
    Italien, jésuite ou plombier.

    C’est dur d’être une belle fille
    J’attends le grand amour
    J’veux pas d’ces joyeux drilles
    Pour lesquels je n’suis que l’plat du jour.

    Tous, ils me croient bête
    Tout dehors et rien dedans
    J’suis une midinette
    Moi c’qui me plait c’est l’sentiment.

    C’est dur d’être une belle fille
    C’est dur la chasteté
    Demain si l’soleil brille
    Le prince charmant viendra m’réveiller
    M’embrasser.
    J’suis toujours prête à l’recevoir
    Je prends la pilule tous les soirs
    C’est ça l’espoir

  • Loïc dit :

    Très bon texte, intéressant. D’ailleurs c’est peut-être là l’erreur : on ne peut rendre quelqu’un heureux. Le bonheur se trouve en soi-même. On devient trop exigeant(e) vis à vis de l’autre si bien que celui-ci ne peut humainement pas nous combler ni nous satisfaire à 100 %. Je suis désolé de l’écrire, bien des gens se comportent comme un grand verre vide qui attend impatiemment d’être rempli à ras bord par les autres.

    Ce qui est intéressant à constater, c’est qu’il y avait un temps lointain où les hommes (il faut honnêtement bien l’avouer) rendaient souvent les femmes malheureuses et elles restaient toute leur vie à la maison. Aujourd’hui, ils font tout pour les rendre heureuses et elles se cassent en prenant bien soin de les plumer financièrement et/ou de leur retirer la garde des enfants. Mais à ce petit jeu, elles finissent perdantes en se fourrant le doigt dans l’oeil tôt ou tard. La grande solitude les guette impitoyablement. Et puis les mecs n’ont pas d’horloge biologique, techniquement et juridiquement, rien ne leur interdit de se tourner tranquillement les pouces.

    S’il y a tant de dégâts dans les relations hommes/femmes, dans le mariage et les divorces, alors c’est qu’il y a un problème au sein de la société. Les règles du jeu concernant le mariage, le divorce et dans tous les domaines devraient être redéfinies pour le bien de tous et de toutes, dans l’optique gagnant/gagnante et non perdant/gagnante ou inversement. Qu’en pensez-vous ?
    Sortir de la mentalité “guerre des sexes” et réapprendre à regarder l’autre avec un oeil neuf tout en lui laissant une petite place et en lui tendant la main ne se fera pas en 3 jours. Y’a du boulot ^^

  • Herbuin dit :

    Moi, je ne me reconnais pas. Mais par contre, une vieille amie à moi, oh que oui je la reconnais! Depuis dix ans maintenant, elle me raconte ses histoires d’amour et ça a presque toujours le même schéma:

    1. Elle rencontre un type, le trouve bien, le drague ouvertement et sans vergogne.
    2. Elle se met en couple, dit que c’est pour la vie, c’est l’homme de ses rêves. Elle se voit déjà à l’autel et porter ses enfants.
    3. Les fissures apparaissent, les critiques fusent de toute part. Finalement, il n’est pas si parfait.
    4. Le couple casse (à cause d’un des deux partenaires). Finalement, c’est pas le prince charmant. C’est plutôt (choisir une combinaison des mots suivants): un chialeux, un jaloux, un pourri au lit, qui boit, qui triche, un obsédé, un voleur, un arnaqueur, etc.
    5. Elle croise un type, et retour au numéro 1.

    Durée de la relation: six mois à un an. Bref, ça fait dix ans que j’entends le même refrain. Je suis à ce point saoulé de ses histoires d’amour que je lui ai demandé de ne plus m’en parler. Elle l’a mal pris, et refuse de comprendre qu’elle est engluée dans ce schéma.

  • gumb dit :

    Tout de même incroyable: la masturbation masculine est louche, la masturbation féminine est épanouissante.

    ==> D’ailleurs dans le même contexte il y a :
    Les sextoys pour femme, c’est fun, c’est branché, c’est la libération sexuelle.
    Et de l’autre coté les sextoys pour homme: c’est pour les pervers, les frustrés, les obsédés.

    Derrière tout cela, il y a une criminalisation de la sexualité masculine qui ne dit pas son nom.

    Et Loic relève un point intéressant qui n’a pas était traité je crois, c’est tous le système juridique qui entoure les relations hommes-femmes (mariage, divorces, garde d’enfants, etc.) et qui rendent plus tendues ces relations.

  • Mina dit :

    Même les thérapies de couples me semblent fondées sur une conception féminine du couple. Je ne connais pas les statistiques, mais je ne serais pas surprise si c’était majoritairement les femmes qui ont l’initiative de recourir à la thérapie. Certains réponderont à ça que les femmes ont besoin de communiquer et que la thérapie oblige l’homme à parler de ses émotions. Mais je soupçonne que c’est parce que les femmes savent que les thérapeutes ont la même vision qu’elles de la façon dont doit se vivre la vie à deux: partage équitable des tâches (peu importe le temps que chacun a effectivement à sa disposition), du temps de qualité imposé “juste pour les deux”, des dessous sexy et une lumière tamisée (mais pas de porno!), faire un effort pour dire je t’aime, apporter des fleurs…

    Quand je lis les ouvrages sur les thérapies de couple, je me demande comment il se fait que le mien se porte bien alors que nous ne faisons pratiquement rien de ce qui est recommandé.

  • @Mina: “les thérapies de couples me semblent fondées sur une conception féminine du couple”. C’est peut-être parce que le système de santé québécois est fortement féminisé. Le personnel est souvent féminin, sa mentalité est “féminine”. Prédominance des couleurs pastels, musique douce, magazines féminins dans les salles d’attente, et ces portraits de ti-minous cute sur les murs… ;-)

  • Jojo dit :

    Salut Jean-Sébastien

    Je lis votre blogue depuis quelques temps maintenant, Français arrivé ici depuis peu. Je partage entièrement votre critique du fusionnel, son totalitarisme qui entend parfois interdire et réglementer jusqu’aux fantasmes et rêves, pourtant indispensables pour nourrir l’élan érotique.

    Je ne suis pas remonté au delà de deux ans dans vos posts, et je me suis étonné – à l’exception partielle du post d’aujourd’hui – justemment de la conception relativement conservatrice du couple que je ressens en vous lisant : vous dites parfois que les Québecoises agressives le sont car déçues par des hommes ne cherchant que le sexe. Tous les posts que j’ai lu présupposent un sérieux, un engagement, dans les rapports hommes femmes et dans la séduction, bref, le paradigme du mariage et du long terme me semble omniprésent, sinon dans vos textes, du moins dans ce que vous décrivez ou critiquez.

    Bref, je ne vois nulle part la notion de jeu, de plaisir, de pouvoir entre adultes consentents se séduire et coucher le soir même sans engagement ferme dans le temps, sans prince ou princesse charmante, juste deux personnes échangeant du plaisir, bref, je ne sais pas si c’est votre blogue seulement ou la société québécoise qui manquent d’hédonisme, de vision ludique de la sexualité et des rapports entre les sexes. Cependant – j’ai 37 ans – j’imagine bien que les jeunes et adolescents s’adonnent à la sexualité sans trop de contraintes et de tabous, j’espère.

    Autre chose, je vois peu de grille d’analyse générationnelle dans vos textes, et la situation du dragueur de 35-40 ans n’est certainement pas celle de celle de 20 ans, ils n’ont pas du tout accès aux mêmes secteurs sociaux, après l’université ou le cégep, etc.

    Merci de m’avoir lu et merci pour votre blog.

  • @Jojo: Votre commentaire me surprend beaucoup. Emmanuelle Gril et moi, nous avons souvent souligné, dans le livre et le blogue Les Québécois ne veulent plus draguer, que la séduction devrait être un code social tout de spontanéité et de souplesse qui permette de mieux vivre en société, et que la drague devrait redevenir un jeu, un plaisir sans prétention.

    Voyez par exemple nos billets sur peur du rejet sentimental chez les hommes, sur ces femmes qui draguent en recherchant le-partenaire-idéal-ou-rien, sur les techniques de base pour la drague, sur la Saint-Valentin et sur les 25 qualités du mâle alpha québécois.

    J’ai aussi pris la peine de démolir le mythe du grand amour et cette croyance irrationnelle voulant que l’amour soit prédestiné, écrit dans le Ciel. Dans le livre Les Québécois ne veulent plus draguer, le chapitre 5 est entièrement consacré à “la vaine attente du prince charmant et de la fée des étoiles”, cet imaginaire amoureux infantile qui débouche sur une conception conservatrice du couple.

    En ce qui concerne la grille d’analyse générationnelle, il est vrai que nous ne l’avons pas beaucoup abordée dans ce blogue. Mais il y a un chapitre entier consacré à cette question dans le livre Les Québécois ne veulent plus draguer, le chapitre 3, qui explique que la drague s’est effondrée au début des années 1980 et que nous en subissons encore les conséquences aujourd’hui. Ainsi, les baby-boomers étaient et demeurent plus à l’aise avec la drague que les générations qui ont suivi, car ils ont vécu leur folle jeunesse dans une époque de libération des moeurs et de révolution sexuelle (les années 1960 et 1970). Faire l’amour en groupe dans une communauté hippie, disons que ça décoince… Et qu’on conserve de cette expérience une certaine légèreté de l’être… ;-)

  • @italienne dit :

    Bonjour Jean-Sébastien.

    La drague touchera toujours chacun de nous. Le grand amour, ou dans la mesure du besoin de chacun, il est présent mais sommes-nous conscient qu’il est accessible.

    La drague est un moyen de communication, plus difficile pour l’un et l’autre facile pour l’autre.

    Le désir, de séduire est un appel, faut-il en répondre

  • Jojo dit :

    Hello Jean-Sebastien,
    Et bien autant pour moi et merci de m’avoir lu et répondu, me voilà rassuré.
    Au fond, il me semble que vous dites la même chose, c’est que je ne vois aucun mal à draguer une fille ni à ce qu’une fille drague un homme, et je ne vois pas le mal non plus à proposer plus ou moins tacitement un échange sexuel entre adultes consentants, et j’ai l’impression qu’ici et dans beaucoup d’autres endroits, c’est tabou. Si le gars est repoussant, bah on aura le discours offusqué soulevant l’analogie avec la prostitution (mais qui parle d’argent ? :) ) et si le gars est Brad Pitt bah cela sera vécu comme plus gratifiant, au mieux. Unfair.
    Mais en même temps, il y a de nombreux blogs à contenu sexuel ici, qui font état par des jeunes filles d’un rapport plus décoincé à la sexualité.
    Bien à vous et longue vie à votre blog.
    J.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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À propos du blogue
Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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