Conversation de café

 

Samedi dernier, vers midi. Je fais des courses dans mon quartier. En traversant une rue, j’entends siffler. Je me dis : «Quoi, une femme se fait siffler dans la rue ? Ici, à Montréal ?!? Ô joie, ô bonheur retrouvé ! Où est cet homme qui ose siffler les créatures du sexe opposé, que je le remercie ?» En fait, c’est à moi que le sifflet s’adresse : de l’autre coté de la rue, sur la terrasse d’un café, un homme me fait signe.

Je le reconnais, c’est un ami d’un ami qui avait accepté de témoigner pour le livre Les Québécois ne veulent plus draguer — dans l’ouvrage, il est identifié par le prénom Daniel. Heureuses retrouvailles !

Daniel me dit qu’il n’a pu mette la main sur mon livre. Je lui prie de m’attendre sur la terrasse du café le temps que j’aille chez moi (c’est juste à côté) lui chercher un exemplaire.

De retour au café, Daniel se met à raconter à tout le monde que j’ai écrit un livre intitulé Les Québécois ne veulent plus draguer, il montre le livre aux clients. (Ça me gêne…) Immédiatement, une conversation s’engage : une jeune serveuse soutient qu’au Québec, des hommes draguent, mais avec une timidité et une discrétion si poussées qu’on ne sait jamais à quel moment ils essaient de courtiser ou non, et en bout de ligne les femmes sont forcées de faire les premiers pas ; une autre jeune femme, installée à Montréal depuis quelques mois à peine, nous confie ses premières impressions sur les relations hommes-femmes à la québécoise ; un habitué du café ajoute son grain de sel. Et Daniel souligne qu’il y a pire que le Québec en matière de non-drague : la ville d’Ottawa (où il travaille actuellement).

Samedi soir dernier, souper au restaurant avec des amis qui avaient invité un couple d’amis (couple que je n’avais croisé qu’une fois, l’an dernier). Nous discutons d’une foule de choses, dont (hé oui) les relations hommes-femmes. Il est notamment question des sites web de rencontre. Le couple d’amis s’est rencontré sur le Web, justement. Et madame de dire : «De nos jours, nous sommes tous tellements occupés. Une chance qu’il y a les sites de rencontre pour permettre aux célibataires de se rencontrer. Autrement, comment faire ?» De quoi discuter pendant des heures.

Les Québécois ne veulent plus draguer… Mais une chose est sûre : ils aiment bien en parler. C’est déjà ça de pris.

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2 commentaires à Conversation de café

  • Mina dit :

    Oh oui qu’on aime en discuter! J’ai plaisir à provoquer des conversations sur la séduction, la drague, l’infidélité, les relations hommes-femmes. Ça donne des conversations passionnantes, mais ça peut aussi provoquer des tensions… Un jour, autour de la table, un ami reprochait à sa femme à la blague de ne pas lui faire confiance lorsqu’il sortait seul avec un ami. Tout le monde riait. Mais lorsque j’ai dit l’inavouable, c’est-à-dire qu’il se pourrait bien qu’à cette occasion il rencontre une fille qui lui plaît et ait envie de poursuivre une relation avec elle, tout le monde s’est tu. Tout un malaise!

    Moi: Ben oui quoi…tu rencontres une fille dans un bar, elle te plaît énormément, elle est en train de lire le même bouquin que toi, votre conversation est passionnante, tu te noies dans ses yeux et elle te laisse son numéro de téléphone. Qu’est-ce que tu fais?

    Lui: Ben, je lui dis que je suis marié.

    Moi: Alors elle dit, c’est pas grave, j’aimerais juste qu’on se revoit pour converser comme ça…

    Lui: Non, non non. Je dis non.

    Moi: Menteur. Tu te dis… c’est vrai, c’est pas interdit de parler à une fille. Tu l’appelles une semaine plus tard. Et vogue la galère.

    Lui: Non. Je te dis, ça ne m’intéresse pas. J’aime Marie.

    Moi: Ok. Disons que tu ne l’appelles pas. Mais que par hasard, tu la rencontres dans un café. Elle te fais signe…Ton coeur se met à battre. Tu vas quand même t’assoir avec elle? Tu t’assoies, vous discutez et là, elle te prend la main et te flatte la joue. Elle te dit que tu lui plais vraiment. Qu’est-ce que tu fais?

    Lui: (…)

    Marie: Ben vas-y!!! Réponds!!!

    Ce genre de conversation. Essayez pour voir. C’est triste de réaliser que les couples ne discutent pas de ça, sauf pour se dire: je te serai fidèle, point. Le plus triste, c’est que dans cette histoire, bien des couples pourraient décider que la solution est de ne pas sortir dans les bars, au cas où l’on rencontrerait quelqu’un d’intéressant…

  • @italienne dit :

    Bonjour Jean-Sébastien,

    Moi, je dis que la peur d’être convoité par quelqu’un d’intéressant et ne pas savoir quoi faire dans ce contexte. La drague est une façon d’y voir, ce que tu reflètes dans les yeux des autres, un miroir de soi, une salade à dévoiler.

    Il y a pas de mal de savoir, comme tu es perçue et plaisir de faire toujours en respectant du choix après.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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