Pierre le dragueur de rue
Cette semaine, j’ai fait une rencontre. (Non, ce n’est pas ce que vous croyez… Le coup de foudre avec la fée des étoiles, ce sera pour une autre fois…
)
Il y a quelques jours, un inconnu m’a contacté par courriel pour m’inviter à le rencontrer. Il disait vouloir «discuter séduction, drague» avec moi. J’ai accepté. Je l’ai rejoint au centre-ville de Montréal après sa journée de travail. Nous nous sommes assis dans un parc pour discuter tranquillement.
Appelons-le Pierre, car il veut conserver l’anonymat. J’ignore son âge (dans la trentaine, je suppose). Taille moyenne, svelte, élégant.
Immigrant, Pierre est arrivé seul au Québec il y a un an environ. Il m’a d’abord raconté que tout va bien pour lui depuis qu’il s’est installé à Montréal : il a trouvé un emploi intéressant qui correspond bien à ses qualifications, il vit dans un appartement et un quartier qui lui plaisent, il fréquente des membres de sa famille élargie qui vivent ici, il se bâtit un réseau social. «Le Québec, c’est le paradis», m’a-t-il dit. Puis il a nuancé son affirmation : c’est le paradis, mais…
Pierre est célibataire. Depuis un an, il essaie tant bien que mal de faire des rencontres. Et il n’arrive à rien.
La non-technique de drague à la québécoise l’a pris au dépourvu. Le blogue Les Québécois ne veulent plus draguer, qu’il a récemment découvert, a confirmé ce qu’il a pu observer : les célibataires semblent inapprochables, il est difficile d’établir un premier contact. D’autant plus que Pierre est d’un naturel timide. Il m’a raconté que pendant ses études, il était trop peu sûr de lui pour draguer : «J’ai passé à côté de toutes les occasions. Toutes… J’étais un homme des cavernes.»
Depuis qu’il vit à Montréal, il a tout essayé : sites web de rencontre, speed dating, etc. Sans succès. Son milieu de travail est très masculin et plupart des gens dans son entourage vivent en couple, ce qui n’aide en rien. Trop peu d’occasions de rencontre, trop peu de sorties avec des inconnues se présentent à lui. Lorsqu’il passe une soirée dans un bar, il voit trop peu de gens flirter, trop peu de couples se former, et ça le décourage.
Avec l’arrivée du printemps, Pierre a pris une grande décision : la drague «indirecte» (avec un intermédiaire, les sites web de rencontre par exemple), c’est fini pour lui. Place à la drague «directe», c’est-à-dire face à face. «Je n’ai plus le choix», m’a-t-il dit sur un ton très décidé. «Si je veux rencontrer quelqu’un, je dois y aller par le chemin le plus difficile. Et surmonter la peur.» Ainsi, depuis quelques semaines Pierre drague dans les endroits publics. Tous les soirs en sortant du bureau, tous les week-ends. Systématiquement.
Pierre voulait me rencontrer pour me raconter ça. Pour me prendre à témoin, en quelque sorte. Désormais, il se donne pour mission de surmonter sa timidité et de percer la carapace d’indifférence des Québécoises en entreprenant ce que peu de gens font à Montréal : la drague directe, en pleine rue, sans intermédiaire. «Je veux y aller nature !»
Le soir de notre première rencontre, nous avons donc fait connaissance dans un parc. Pierre m’a ensuite montré son terrain de chasse, les rues qu’il quadrille à Montréal. Sur les rues achalandées, il repère les jeunes femmes seules qui déambulent d’un pas léger (si elles marchent trop rapidement, elles sont trop pressées pour accorder de l’attention à un inconnu). Il s’arrange pour les croiser de manière naturelle, leur adresse la parole, se présente, tente d’établir un contact. «Surtout, ne pas réfléchir. Il faut y aller spontanément, autrement la peur reprend le dessus.» Les obstacles sur sa route sont nombreux : l’absence de contacts visuels (les gens marchent en regardant le trottoir) et aussi l’usage très répandu des téléphones cellulaires et des baladeurs par les piétons, «antisocial» selon Pierre.
Il drague aussi dans le Montréal souterrain (pas dans le métro, trop bruyant, mais dans le réseau souterrain qui relie des stations de métro et des endroits publics au centre-ville), dans les supermarchés, et surtout les cafés : «Quand une femme est en train de lire seule dans un café, c’est bon signe. Elle est là pour rencontrer quelqu’un. Elle aurait pu rester à la maison pour lire, installée bien confortablement, sans bruit ni agitation autour d’elle. Si elle est sortie seule pour lire dans un café…»
Pendant deux heures, j’ai marché dans les rues de Montréal avec Pierre, en suivant son regard (j’allais écrire son radar). Je me suis rapidement rendu compte qu’il est méticuleux et fin observateur. Il m’a posé une tonne de questions sur le Québec et les Québécoises. Nos échanges m’ont souvent étonné, surpris, ses commentaires étaient très judicieux. Par exemple sur la technique de drague bien connue qui consiste à se procurer un mignon de petit chien et à le traîner dans des parcs pour entrer en contact avec des célibataires qui y promènent pitou itou. Pour Pierre, cette astuce est pathétique : «Ce sont donc des chiens qui nous apprennent à nous rencontrer… Est-ce que les chiens seraient plus intelligents que nous ?»
Ma première soirée avec Pierre a été essentiellement consacrée à bavarder et à cerner son territoire de chasse. À la fin de cette première rencontre, je lui ai demandé si je pouvais raconter son histoire dans le blogue que vous lisez en ce moment. Il m’a donné son accord. Je lui ai aussi demandé une faveur : l’accompagner lors d’une prochaine virée drague à Montréal, pour l’observer en action sur le terrain, et ensuite rédiger un compte rendu de ses manoeuvres. Il a accepté volontiers. C’est donc une histoire à suivre.

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Vraiment intéressant ce point de vue de quelqu’un qui n’est pas d’ici. Ça serait bien que tous les hommes fassent de même… au lieu de nous lancer un regard suave, intéressé mais sans oser s’avancer
Comme dis Shandara, vraiment intéressant de voir la suite…
Cette semaine je suis allé chez l’hygiéniste dentaire. Elle a 22 ans et m’a dit qu’elle venait de s’acheter une maison avec son chum. Ça fait 2-3 ans qu’ils sortent ensemble. je lui ai demandé s’il avait été difficile de rencontrer puisqu’il paraît que les gars ne draguent plus. Elle m’a répondu qu’en effet les gars ne font plus les premiers pas et qu’elle considérait que c’était aux filles de le faire si elle voulaient qu’il se passe quelque choses.
Je lui ai dit que (dans mon temps) c’était plutôt le contraire (j’ai début quarantaine)… et elle m’a dit qu’elle comprend tout à fait les gars de ne plus faire les premiers pas car selon elle, les filles sont sans pitié. Elle m’a donné l’exemple des gars qui se mettent à danser à proximité des filles et puis elles se retournent et disent : “Je ne te connais pas, va jouer ailleurs et c*** moi la paix”. Elle m’a dit que ses amies font toutes ça.
Je lui ai répondu que peut-être le gars en question ne l’intéresse pas, mais quand elle va en croiser un qui l’intéresse, et qui aura subi le même genre de réaction, elle sera déçue qu’il n’essaie rien. Donc les filles qui font ça nuisent aux autres filles….
PS: Je ne dis pas que les gars sont justifiés de ne rien tenter avec les filles, mais on peut comprendre que ça leur tente moins.
Réflexions personnelles:
Quand on regarde ça, c’est pas toujours évident la rencontre… moi ça m’est arrivé de me faire flirter par des filles dans le métro. Parfois, j’ai été vraiment ‘poche’…. disons que tu arrives d’une grosse journée au bureau avec plusieurs soucis, et que tu n’es pas du tout dans le ‘mood’ comme on dit…. sans être méchant, j’aurais pu avoir un meilleur comportement… qu’un air bête. Un autre exemple, tu t’assoies dans le métro et la fille te fixe et te lâche pas pendant 10 stations, tu te dis que ça doit pas toujours évident d’être une fille ‘cute’ qui se fait fixer comme ça à longueur de journée….
Les filles qui rejettent avec beaucoup de méchanceté, je crois que c’est parce qu’elles ne savent pas comment réagir où sont mal à l’aise….
Parfois, c’est intéressant d’essayer de se mettre à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il ‘elle’ vit.
Cet article est pour toi Jean-Sébastien.
http://www.maybach-carter.com/2010/05/introspection-anodine/
Comme quoi, partout en Occident, le même problème revient : la codification des relations humaines qui anéantit la spontanéité.
Bonne lecture.