Un orgasme pour soigner notre névrose

 

Chers lecteurs et lectrices, continuons à discuter politique (voir mon billet de lundi dernier). Aujourd’hui, je ressors des boules à mites le psychiatre et psychanalyste d’origine autrichienne Wilhelm Reich (1897-1957). Vous connaissez ?

Dans les années 1920 et 1930, qui marquent une certaine évolution sur le plan sexuel (les «années folles», les femmes qui s’habillent «à la garçonne», l’invention du stérilet en 1928 et la commercialisation du condom en latex dans les années 1930), Reich affirme que l’on peut soigner les névroses par l’orgasme. Non seulement sur le plan individuel, mais aussi collectif !

Ce juif communiste voit la politique partout, y compris dans les chambres à coucher : pour lui, l’orgasme est un acte politique. Le capitalisme est synonyme de répression sexuelle, et il affirme aussi que les régimes fascistes et staliniens s’expliquent par la frustration sexuelle des populations et des dirigeants concernés.

Après avoir fui l’Allemagne en 1933, Reich vit temporairement en Angleterre puis trouve refuge aux États-Unis. Dans l’Amérique puritaine, ses théories sur la sexualité font sursauter. Il mène des expériences de plus en plus ésotériques (notamment avec ce qu’il appelle l’«orgone», une énergie cosmique qui chargerait les tissus vivants lors de l’orgasme). Emprisonné pour fraude, il meurt en prison (d’une crise cardiaque) en 1957.

À la fin des années 1960, le mouvement hippie redécouvre Reich. Les jeunes aux cheveux longs croient dur comme fer qu’à chaque fois qu’ils font l’amour en toute liberté, ils contribuent à une révolution politique.

Il y a quelques années, j’ai vu un film de répertoire inspiré des théories de Reich, W.R., les Mystères de l’organisme, tourné en Yougoslavie en 1971 par le cinéaste Dusan Makavejev. Les scènes de fiction et documentaires soutiennent avec beaucoup d’humour que la libération politique des peuples passe par l’orgasme. Les dictateurs seraient tous des individus extrêmement refoulés, peu importe qu’ils soient de gauche ou de droite (W.R., les Mystères de l’organisme se paie autant la tête de Hitler que de Staline). En voyant ce film, j’ai pensé à la chanson Penis Dimension de Frank Zappa (aussi de 1971), qui clame que les choix de carrière et l’ambition politique des hommes sont déterminés par la longueur de leur membre viril… Surtout par les complexes liés à la taille de l’organe : «Weird, twisted anxieties that could force a human being to have to become a politician ! A policeman ! A Jesuit monk»…

Déconnage ? Pas tant que ça. Pensez à la scène politique québécoise. Maurice Duplessis, notre petit tyran provincial, a été célibataire toute sa vie. À l’opposé, René Lévesque, démocrate exemplaire qui a énormément contribué à libérer les Québécois de leurs peurs, a connu bien des femmes et il avait une réputation de séducteur. (Je vous laisse imaginer la frustration ou la libération sexuelle que l’on peut associer à Jean Lesage, Robert Bourassa, Jacques Parizeau, Jean Charest… Sur Lucien Bouchard, j’ai mon opinion.)

Bien des Québécois ont peur des occasions de rencontre parce qu’ils sont paralysés par le «politiquement correct». Je ne peux m’empêcher de croire qu’un peuple qui ne réussit pas à vivre à fond ses pulsions amoureuses et sexuelles accumule une tonne de frustrations, de violence latente… Et je me dis que l’orgasme est peut-être un excellent remède à notre névrose collective.

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2 commentaires à Un orgasme pour soigner notre névrose

  • Mina dit :

    Le problème effectivement c’est le conservatisme par rapport au sexe, l’obsession du sexe, comme si c’était quelque chose de sacré, alors que ça devrait être ludique et amusant. Le jeu… une merveilleuse façon d’entrer en contact avec l’autre. Mais ça ne rend pas pour autant plus intelligent et meilleur: Berlusconi en est la preuve! Je crois par contre que la perversité peut rendre plus intelligent, car la perversité ouvre la porte à l’exploration, au questionnement, au dérangement. On ne peut pas être curieux sans être un peu pervers, il me semble. Mais dans le dictionnaire, la perversion n’est pas bien définie selon moi. Et c’est ça qui manque en politique, un peu de perversion, un peu de savoir-vivre, un peu de poésie.

    En lisant ce texte, je me suis remémoré un épisode de Seinfeld qui m’avait bien fait rire: http://www.youtube.com/watch?v=vik6Q4Y4EB4

  • nathalie dit :

    Ah mon dieu, ce billet me fait vraiment rire. Dans ma famille, quand on voit quelqu’un de mauvaise humeur, on se dit souvent que cette personne n’a pas eu sa dose de sexe. On se trompe rarement. On n’a qu’à se regarder objectivement dans le miroir après avoir eu du sexe satisfaisant : on est souriant. De toute façon, on s’entend que c’est un besoin naturel, et la nature reprend toujours le dessus, alors ça ne sert à rien à mon avis de le refouler.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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