Attention, gros scoop : séduire est stressant

(N.B. Le 7 mai, j’ai réécrit de fond en comble ce billet publié le 6 mai. Non pour m’autocensurer, mais pour m’exprimer plus clairement.)

J’ai travaillé à Radio-Canada il y a quelques années, à l’information continue sur le Web. Dans cette usine à produire de la nouvelle, un topo chasse l’autre très rapidement. Les journalistes sont souvent sous pression. Et lorsqu’on travaille sous pression, sans avoir le temps d’analyser l’information, on publie parfois des nouvelles qui confortent des stéréotypes, des clichés. Sur les relations hommes-femmes, par exemple.

Le site web de la Radio-Canada a publié jeudi matin une nouvelle résumant une étude scientifique menée en Espagne. Dans une salle d’attente, 84 étudiants devaient résoudre un sudoku. Il y avait deux inconnus dans la salle, un homme et une femme. Lorsque madame quittait la salle, les chercheurs ont noté que le niveau de cortisol dans le sang des étudiants, donc leur stress, diminuait. Mais lorsque les étudiants restaient seuls avec la femme, leur stress atteignait des sommets.

L’article radio-canadien souligne que le cortisol a des effets positifs sur le corps à petites doses. À forte doses, il «peut aggraver certaines maladies comme le diabète, l’hypertension et l’impuissance.» Et Radio-Canada met en exergue une citation des chercheurs : «nous considérons que la plupart des hommes en présence d’une femme attirante induisent qu’il existe une possibilité de séduction.» Hé ben… c’est supposé être une nouvelle ?

Cette expérience scientifique me semble superflue. Elle confirme ce que tous les hommes savent depuis toujours : la présence d’une jolie femme provoque un certain stress et, oui, une superbe créature du sexe opposé est synonyme de séduction.

Mais le plus ridicule, c’est le ton paternaliste de l’article de Radio-Canada. Le texte débute par «Messieurs, attention à votre santé», et se termine par «Conclusion messieurs : mieux vaut faire vos sudokus à la maison et ne pas passer trop de temps dans une salle d’attente en jolie compagnie.» Quoi, il faudrait fuir la compagnie des jolies femmes ? En quel honneur ?!?

Le traitement de cette nouvelle par Radio-Canada est typiquement «objectif», désincarné, sans recul critique. (Radio-Canada n’est dépassée sur ce terrain que par le journal français Le Monde, quotidien hyper-sérieux qui a titré le 8 août 1945 après l’explosion de la première bombe atomique sur le Japon : «Une révolution scientifique». Sans blague.) Comparez le style constipé de Radio-Canada avec le ton direct des commentaires affichés à la suite de l’article: «Eh ben ! Je veux mieux onze mille fois mourir devant le regard enflammé d’une jolie femme que d’aller m’isoler dans un confort génocide virtuel.» Ou encore : «Pour ceux qui comme moi sont aux prises avec ce joli problème… laissez tomber le sudoku». La plupart des commentaires, très critiques, n’accordent aucune crédibilité à l’étude scientifique espagnole.

Permettre aux internautes de commenter le travail des journalistes obligera peut-être un jour les médias à prendre conscience que le modèle traditionnel du journalisme «objectif» n’a plus de raison d’être… 

Dans un monde journalistique idéal, à la fois respectueux des faits et critique, voici ce que j’aurais aimé lire jeudi matin dans le site web de Radio-Canada :

Une équipe de chercheurs de l’Université de Valence (Espagne) a récemment perdu son temps à démontrer une évidence : passer cinq minutes en compagnie d’une femme attirante provoque un certain stress chez les messieurs. Pour en arriver à cette «découverte», les chercheurs ont analysé la manière d’agir de 84 étudiants en leur demandant de résoudre un sudoku assis dans une salle en compagnie de deux inconnus, un homme et une femme. Les résultats du test montrent que lorsque la femme quittait la salle, le niveau de stress des étudiants était moindre. Toutefois, lorsque les étudiants restaient seuls avec la femme, leurs niveaux de cortisol augmentaient beaucoup. Dans certains cas, le taux de cette hormone liée au stress est aussi élevé que si ces hommes avaient fait un saut en parachute ou une crise cardiaque. (Recommencer l’expérience en introduisant un ours enragé ou un le fantôme de Franco dans la salle aurait aussi démontré que le cortisol a un effet boeuf sur le corps humain…) Les chercheurs espagnols en concluent «que la plupart des hommes en présence d’une femme attirante induisent qu’il existe une possibilité de séduction.» Encore heureux !

Surmonter la peur d’un premier contact

Au lieu de perdre notre temps avec des études scientifiques gnangnan qui ne nous apprennent rien, si on retrouvait le goût de se rencontrer ?

À ce sujet, voici une petite anecdote personnelle.

Dans un commerce que je fréquente régulièrement, j’ai récemment remarqué la délicate beauté diaphane d’une employée. À chaque fois que je la croise dans ce commerce, c’est plus fort que moi : les battements de mon ti-coeur s’accélèrent, j’ai la tête qui tourne, j’ai chaud, j’ai froid, et surtout je ne sais jamais quoi dire d’intelligent. Je suis conscient que mon comportement est tout à fait naturel. En présence d’une jolie créature du sexe opposé, mon corps fonctionne normalement : je stresse ! (Pas besoin d’une étude scientifique pour me l’apprendre…)

Je ne suis pas un bon dragueur (et vous aurez compris je n’anime pas ce blogue pour donner des leçons de drague), je suis timide. Tout de même, j’ai eu une idée : écrire un petit mot pour inviter la jolie employée à entrer en contact avec moi. Je lui ai remis ce billet il y a quelques jours, en mains propres, dans le commerce où elle travaille. Le mot disait : «Vous êtes ravissante. J’aimerais bien faire votre connaissance», etc., et j’ai laissé mes coordonnées. Tout simplement.

Elle ne m’a pas contacté, ce qui était prévisible. Le taux d’échec de ce genre d’entreprise est de 99 %. Et je ne m’en fais pas.

Ce qui était important, à mes yeux, c’était d’entrer en contact avec cette personne. Je me connais, je suis trop timide pour élaborer une stratégie complexe, alors je me suis contenté d’un petit geste. Juste essayer. 

Surmonter la peur. Ne pas rester enfermé à la maison pour faire des sudokus.

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Un commentaire à Attention, gros scoop : séduire est stressant

  • @italienne dit :

    Bonjour, M. Marsan,
    Vous avez tenté de voir si elle, par le fait même, si elle vous observait. La timidité est parfois et souvent, l’obstacle numéro un, ce qui fait nous empêche de nous démontrer dans les meilleurs aspects.
    Mais, il y aura peut-être seulement un délai au retour d’appel. Pour ma part, j’ai appris à vaincre la peur, de faire le pas, avec diplomatie et humour, plein de subtilité mais pas trop, car il ne comprendra pas. S’il est un peu ouvert, il aura une réponse…..

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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