Petite histoire des petites annonces de rencontre au Québec
Pour déconner…
Fin du XVIIe siècle : «Ex-soldat de sa Majesté devenu colon dans la vallée du Saint-Laurent souhaite commander une cargaison de Filles du Roy. En faire parvenir une douzaine, car la demi-douzaine de la dernière fois n’était pas suffisante. Il est entendu que les frais de retour, s’il y a lieu, seront assumés par l’expéditeur. Je suis propre de ma personne (je me lave une fois par mois), j’ai de belles valeurs (catholiques) et un passé réglé (il est hors de question que je retourne vivre en France). S’il-vous-plaît, pas de maigrichonnes et surtout pas de mystiques qui veulent devenir religieuses, je veux que ma future femme soit comme ma terre : grasse et fertile.»
Milieu des années 1960 : «Jeune ingénieur dynamique aimerait rencontrer femme qui prend la pilule. J’ai un emploi passionnant : je viens de terminer les plans d’un gigantesque échangeur autoroutier à Montréal qui sera bientôt en chantier, l’échangeur Turcot. Si tu me plais, je te ferai visiter le site de ce chantier révolutionnaire. Tu verras, le paysage est très romantique au clair de lune.»
1968 : «Militante socialiste souhaite rencontrer un homme engagé dans la cause du peuple et de la Révolution. Si tu es un bourgeois ou un ennemi de classe, ce n’est même pas la peine de m’écrire (tu peux crever, chien de capitaliste). Mais si tu souhaites vivre le Grand Soir, écris-moi.»
1975 : «Groupe de jeunes drop-outs qui vient de fonder une commune à la campagne est intéressé à rencontrer des gens cool qui ont envie de vivre un retour à la terre. Nous sommes propres de notre personne (on se lave une fois par mois), belles valeurs (tout le monde doit coucher avec tout le monde) et passé réglé (il est hors de question de retourner vivre en ville). Atouts : des connaissances de base en travail agricole, des contacts pour se procurer du LSD et un abonnement à la revue Mainmise.»
1979 : «Militantes féministes radicales ex-hétéro souhaitent rencontrer d’autres militantes pour fonder une communauté érotique expérimentale lesbienne et enfin laisser l’orgasme clitoridien s’épanouir à l’abri de la domination du patriarcat.»
1985 : «Professionnel branché, situation financière aisée, loft au centre-ville, résidence secondaire, voiture sport, bateau à voile, souhaite rencontrer grande blonde de six pieds deux pouces, très bien proportionnée, pour sorties le samedi soir. À noter : je ne m’engage pas à répondre à toutes les lettres que je recevrai, car je suis un professionnel très occupé. Intéressée ? Tu dois m’écrire de manière performante. Photo obligatoire.»
1999 : «Je reviens tout juste de Seattle où nous étions des milliers et des milliers à dénoncer la domination néolibérale de l’Organisation mondiale du commerce. Si tu crois comme moi qu’un autre monde est possible, écris-moi ! Avertissement : si tu ne bois pas de café équitable et si tu n’utilises pas de logiciels libres, ce n’est pas la peine de m’écrire.»
2010 : «Femme début quarantaine, très scolarisée (je débute mon second post-doctorat), autonome (j’habite seule en appartement depuis l’âge de 17 ans et j’ai toujours gagné ma vie), entreprenante, cumule deux emplois et siège sur trois conseils d’administration, sportive (kayak, escrime, judo, patinage de vitesse, marathon), cultivée, aime le cinéma d’auteur (surtout les cinémas lituanien, catalan et berbère), la dernière tendance en jazz-électro-swing-groove-baroque-acid-rock, la littérature sud-américaine (je lis très bien l’espagnol, et je parle aussi l’allemand, l’italien et le russe), la cuisine moléculaire indonésienne et la gastronomie post-fusion, apprécie les expéditions en montagne et les biennales d’art contemporain, souhaite rencontrer son Prince charmant et vivre le grand amour.»

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Hilarant, j’adore! J’ai comme un p’tit faible pour l’annonce du jeune ingénieur, mais, depuis le temps, il doit être pas mal moins jeune hein?
P.S.: Je la connais la femme 2010! Je te jure! Tu as oublié par contre qu’elle voudra fonder une famille, et VITE (tic-tac oblige) dans laquelle elle se garde le rôle de conjointe control-freak et de mère ultra-castrante. Good luck les Boys!
Le pendant masculin de 2010 :
«Cherche femme pas trop contrôlante qui me laissera écouter les matchs de hockey avec mes amis. Souhaitable qu’elle tolère ma collection de personnages et de vaisseaux Star Trek. Idéalement, elle acceptera que je joue à la Wii quelques heures par semaine. En dehors de cela, je n’ai aucune exigence précise, si ce n’est qu’elle doit avoir une poitrine généreuse et faire la sauce à spaghettis aussi bien que ma mère.»
Pouahahahah… Jean-Sebastien, j’aime bien la femme 2010 et je suis d’accord avec Mia sur la femme qui veut avoir une famille.
Emmanuelle : pour ma part j’aime une poitrine, généreuse… pas vraiment… une passe de sexe pis elle me brise le nez avec ses “bloules”, c’est pas dans ma liste!
Je suis mort de rire en lisant l’annonce de 1968 et celle de 1979, c’est énorme.