Petite philosophie de l’amour

 

Je n’ai pas créé le blogue Les Québécois ne veulent plus draguer pour parler de ma petite personne, tenir un journal intime, m’épancher et me gratter le bobo. Je ne suis pas du genre à m’exprimer au «Je». J’ai seulement la prétention de partager de l’information et de commenter l’actualité.

Mais… une fois n’est pas coutume, je vais me raconter un petit peu. Et vous confier ma vision personnelle de l’amour.

Jusqu’à ce que j’entreprenne d’écrire ce qui allait devenir Les Québécois ne veulent plus draguer (livre et blogue), j’avais une vision assez romantique de la rencontre amoureuse : coup de foudre, passion, lyrisme, couchers de soleil sur des paysages de carte postale, etc. Je pouvais fantasmer pendant des mois, des années s’il le fallait, sur une créature du sexe opposé. Je pouvais regretter pendant des mois, des années s’il le fallait, une mésaventure amoureuse. Beaucoup de stress, de craintes, de maladresses et de déceptions.

Aujourd’hui, ma vision des relations hommes-femmes est tout autre. Je suis devenu pragmatique, très terre-à-terre.

Ma petite philosophie personnelle de l’amour se résume désormais à trois principes.

1. Cesser de rêvasser. Le prince charmant ou la fée des étoiles, la rencontre amoureuse prédestinée (fixée à l’avance par le destin), le fantasme du grand amour, etc., tous ces clichés romantiques inspirés du XIXe siècle qui contaminent notre culture (du cinéma aux chansons d’amour en passant par les romans Harlequin et les magazines féminins) saturent notre imaginaire amoureux. Un imaginaire infantile, juste bon à inspirer les contes pour enfants (et encore, nos enfants méritent mieux).

On nous vend du rêve ultraromantique. Et on y croit, naïvement.

Bien sûr, un peu de romantisme, de galanterie, ne font pas de tort : un mot doux bien ficelé, un bouquet de fleurs joliment assorties valent mieux que tous les «toé, t’es cute en tabarnak…». Mais il faut prendre conscience que notre culture valorise un idéal amoureux impossible à atteindre : le coup de foudre, la passion, l’amour-pour-la-vie (et même après, dans la mort), «l’âme soeur», etc. 

2. Vivre l’instant présent. Conséquence du principe no 1 : il ne sert à rien de rêver d’une relation idéale ou de regretter un amour passé, c’est une perte de temps. Il faut plutôt passer à l’action. Provoquer des occasions de rencontre amoureuse et en profiter. Apprécier le monde tel qu’il s’offre à nous.

Voici un exemple. Supposons que j’invite une superbe créature du sexe opposé à prendre un verre avec moi. Je vivrai cet événement pour ce qu’il est, c’est-à-dire le privilège de découvrir quelqu’un et de passer un moment agréable autour d’un verre. Je ne planifie rien au-delà. Peut-être qu’on se reverra une autre fois (et plus si affinités), peut-être que non, et ça ne sert à rien d’essayer de prévoir ces probabilités.

Les femmes ne se laissent pas séduire par les individus prétentieux, qui se croient irrésistibles, ainsi que par les hommes qui en font trop ou qui crèvent de peur. Il faut simplement profiter d’une rencontre pour faire connaissance, apprendre quelque chose de l’autre. Chaque rencontre prépare la suivante, aide à évoluer.

Le principe no 2 vaut aussi pour le couple. Lorsque je suis en couple, je ne m’interdis pas le plaisir de rencontrer des gens. Au contraire, je dois continuer à croiser de nouveaux visages — pas pour tromper ma conjointe, bien sûr, mais parce que nous sommes sur Terre pour apprendre à mieux nous connaître en rencontrant les autres. (Le couple fusionnel replié dans son univers domestique, très peu pour moi.)

3. L’amitié avant l’amour. Je crois que la plus stimulante des conjointes doit aussi être ma meilleure amie (autrement, la vie de couple sera superficielle). Et il est très intéressant qu’un amour qui ne dure pas se transforme ensuite en amitié.

L’amour est évidemment plus intense et plus intime que l’amitié, mais plus instable et surtout plus éphémère. L’amour passe, l’amitié reste ; mes amies sont mes comparses les plus fidèles, je ne saurais m’en passer.

J’ai donc décidé de cultiver à fond les liens amicaux et de profiter des relations amoureuses quand elles se présentent, sans les surinvestir (c’est-à-dire sans perdre mon temps à rêver d’un amour idéal). D’autant plus que l’une des meilleures manières de faire des rencontres amoureuses, c’est d’élargir son cercle d’amis !

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14 commentaires à Petite philosophie de l’amour

  • @italienne dit :

    Bonjour M. Marsan,

    Ceci est la réalité de la vie amoureuse de bien des gens car la vie passe si vite. Quand on réalise, la relation est une affaire de deux parties et il faut accepter l’autre dans sa différence. J’ai mentionné, moi-même, avoir une relation qui est basée sur le respect. Il partage les moments qui s’ouvrent et s’offrent à nous. La communication inter-personnelle peut traduire par des impressions, la vision de l’amour, intensité et autres dit, mais le mieux est de l’exprimer afin de bien se faire valoir et comprendre.

  • poutine dit :

    Ces trois principes sont ceux d’une personne mature qui a une certaine expérience de la vie. Quand on est jeune (adolescent et jeune vingtaine), notre vision de l’amour est encore trop fidèle aux clichés du romantisme de conte de fées. À quel moment de notre vie d’adulte notre vision de l’amour devient moins superficielle? Y a-t-il un moment précis, un événement marquant qui change tout, ou bien est-ce une simple suite de petits événements qui, tranquillement, nous ouvrent les yeux? Un sondage sur ce sujet serait fort intéressant!

  • @italienne dit :

    Bonjour M.Marsan,
    Je veux dire à Poutine, merci pour ses propos. Rien à rajouter.

  • mnttech dit :

    Ola, j’ai googlé pendant un bon moment avant d’atterrir ici et je suis plutôt content de ce hasard. Le graphiste qui a fait ce boulot est très fort, mais je vais passer sur ce sujet. Voilà, le site est particulièrement riche et la façon de rédiger est vraiment sympa. Je vais faire un peu de pub via Twitter pour ce super site! À plus.

  • Richard dit :

    Bonjour M. Marsan,

    Bravo, sans doute votre meilleure chronique à ce jour!

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    @Richard et mnttech: merci beaucoup pour vos commentaires!

  • @italienne dit :

    Bonjour M. Marsan,
    C’est vrai, j’approuve moi aussi, cette chronique est bien du temps. Bon sujet et merci de vous exposer (j’attends par point de vue).

  • Marie H dit :

    Jean-Sébastien, as-tu pensé à relire Madame Bovary? C’est vraiment un cas de fille qui attend son prince… Comme quoi, ça ne date pas d’hier.

    Ton billet m’a aussi fait penser à Anne of Green Gables. En fait, à sa suite. La série des aventures d’Anne est très inégale, mais c’est une réflexion fort intéressante sur différents aspects de l’imagination. Et le troisième volet de la série est en quelque sorte une réponse au sort de l’héroïne de Flaubert. Ben oui, tu vois, Anne est très fleur bleue, à la Emma Bovary. Elle rêve du grand amour comme les filles célibataires que tes textes décrivent. Quand elle reçoit une déclaration d’amour d’un ami d’enfance, elle le vire de bord parce qu’il n’est pas le prince de ses rêves. Et là où ça devient intéressant, c’est que le prince, le fantasme “retontit” dans sa vie… Et à force de le fréquenter, alors qu’il a absolument tout ce dont elle a rêvé, elle se met à ressentir un certain malaise, jusqu’à réaliser que les fantasmes qui se réalisent sont parfois plutôt… plates. Enfin, tout ça pour dire que concernant les limites de l’imagination, en particulier dans la sphère amoureuse, c’est peut-être une piste intéressante. (Je précise toutefois que le style de L. M. Montgomery est très victorien, fleuri et tout… mettons que ça passe à 15 ans quand tu es une fiiiiiiille, mais sinon, faut savoir en rire!)

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    Salut Marie-H. Madame Bovary, c’est une bonne suggestion. Ce roman devrait être une lecture obligatoire à l’école secondaire, disons vers l’âge de 15-16 ans, pour que les fiiiiiiilles puissent prendre conscience que le romantisme à gogo, avec coup de foudre, prince charmant et passions-pour-la-vie, est un piège…

  • Mina dit :

    Oui, c’est un très beau et juste texte que celui-ci. L’amitié-amoureuse est l’un des plus beaux sentiments qui soit. Ce qui est incroyable, c’est qu’il n’existe pas de mot dans le dictionnaire pour la décrire. Je crois qu’ici, le problème c’est qu’on ne conçoit que deux options: l’amitié ou l’amour. L’amitié homme-femme devient très difficile, car on a toujours peur de tomber en amour ou que le désir s’installe. Donc on évite ces relations.

    Ce n’est pas parce qu’on éprouve de l’affection et du désir pour une personne qu’on veut nécessairement avoir un projet de vie avec elle… Tout laisser tomber ce qu’on a construit avec quelqu’un d’autre! Et quand bien même on laissait s’exprimer le désir, il n’y a pas de mal à se faire du bien. Souvent, une fois qu’on a fait l’amour, la tension tombe et une belle et amitié s’installe.

    J’ai lu quelque part que Mitterand, à la question: “Au bout du compte, est-ce que l’amitié entre hommes et femmes est possible?”, Mitterand avait répondu: “Au bout du compte oui, mais avant d’aller au bout du compte, non!”

  • @Mina: “L’amitié-amoureuse est l’un des plus beaux sentiments qui soit. (…) Je crois qu’ici, le problème c’est qu’on ne conçoit que deux options: l’amitié ou l’amour. ” Je suis bien d’accord avec vous. Il y a toute une zone grise entre l’amitié et l’amour, dont on ne parle pas souvent.

    Des amis qui ont fait l’amour ensemble, oui ça existe, et je suis convaincu que ce n’est pas nuisible à l’amitié. Il y a aussi le cas suivant: un individu tombe en amour avec quelqu’un, mais cette personne n’est pas intéressée, et par la suite, une amitié se noue entre les deux.

    Toutes les combinaisons sont possibles. Mais on en parle rarement.

  • @italienne dit :

    Bonsoir, Jean-Sébastien,
    La combinaisons des deux est possible; sauf ce qui est plate, l’un des deux sera brimé car les sentiments peut-être sans prévision

  • Mina dit :

    Ce qui est beau je trouve, c’est lorsqu’il y a eu une grande passion entre deux personnes et que par la suite, ça se transforme en amitié parce que les deux ont d’autres projets de vie. La complicité de deux amis qui se sont connus intimement est très forte. J’ai toujours des liens avec mes anciens chums et, quand on se revoit, il n’y a plus de désir entre nous, mais il y a toujours de l’amour, de l’amitié amoureuse, enfin ce mot qui n’existe pas. Un mot qui voudrait dire que je suis heureuse que cette personne existe, que je veux son bien et que je serai toujours là pour elle. C’est plus que de l’amitié. C’est vraiment de l’amour.

  • @Mina: “J’ai toujours des liens avec mes anciens chums et, quand on se revoit, il n’y a plus de désir entre nous, mais il y a toujours de l’amour, de l’amitié amoureuse, enfin ce mot qui n’existe pas.”

    Si, il existe! Je trouve que l’expression “amitié amoureuse” est très juste. Ça dit exactement ce que ça veut dire: une amitié qui contient de l’amour.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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