Le cahier des charges de l’homme idéal (3)

 

J’ai commenté hier l’insondable bêtise des «100 habiletés de l’homme québécois» selon le magazine L’actualité. J’ai ensuite décidé d’aller plus loin que la critique : j’ai rédigé ma propre liste des habiletés (ou compétences ou attitudes) essentielles de l’homo quebecus hétéro.

Je me suis limité à 25 habiletés, pour l’instant. Je vous invite à poursuivre l’exercice — écrivez dans la section réservée aux commentaires.

Travail, argent

1. Un homme, un vrai, travaille dur quand il le faut, mais sa vie ne se résume pas qu’à ses activités professionnelles. Il sait décrocher du travail pour se ressourcer.

2. Pour des raisons tant écologiques que philosophiques et pratiques, un vrai mâle limite sa consommation et évite de s’endetter. Vivre sans dettes, c’est la liberté ! L’homme prévoyant accumule des économies qui lui permettront d’investir dans les projets qui lui tiennent à coeur (voyager, démarrer une entreprise, fonder une famille, faire de la politique, etc.), qui lui procureront des satisfactions mâles.

3. Un homme, un vrai, comprend que l’argent et la consommation ne sont pas des valeurs en soi (et que sortir son portefeuille à tout bout de champ pour jouer au riche n’impressionne les dames que momentanément).

Éducation, culture, loisirs

4. Un homme, un vrai, n’étudie pas seulement en fonction du marché du travail. Il fréquente aussi les bancs d’école pour acquérir une culture générale, et pour sa culture physique (les sports et autres activités). Si l’école ne lui procure pas ce dont il a besoin pour s’épanouir (ce qui est souvent le cas, malheureusement…), il se débrouille pour trouver les ressources ailleurs — il ne s’agit pas ici de faire la promotion du décrochage scolaire, mais il faut prendre conscience que bien des adolescents abandonnent l’école parce qu’ils n’y trouvent pas grand-chose qui les valorise en tant que concentré de testostérone sur deux pattes.

5. Un homme, un vrai, est toujours soucieux de développer son autonomie intellectuelle et son esprit critique. Il résiste aux modes, aux conformismes, aux diktats de la publicité et des médias, aux représentations irréalistes des relations hommes-femmes (notamment dans la pornographie). Et quand il lit le magazine L’actualité, c’est toujours avec une bonne dose de scepticisme… ;-)

6. Un homme, un vrai, consacre ses temps libres à des activités culturelles, sportives, sociales, etc., qui le mettent en mouvement, qui lui permettent d’apprendre, d’évoluer (le magasinage chez IKEA ne compte pas, ce n’est pas une activité stimulante pour le corps et l’esprit).

7. Un homme, un vrai, n’est pas une patate de divan. Un être humain libre, souverain, n’a pas de temps à perdre avec la télévision, cet appareil qui crache des images et du bruit, qui fragmente les familles et isole les individus. Un mâle préfère l’action, le mouvement, les projets.

Identité masculine

8. Un homme, un vrai, doit assumer sa masculinité. Il ne copie pas les femmes et il n’a pas peur des femmes ; il admire les femmes et il se rend admirable à leurs yeux. Il ne tient pas les femmes (ou les féministes) responsables de ses problèmes personnels ou de tout ce qui va mal sur Terre.

9. Un homme hétéro, un vrai, ne sombre pas dans l’homophobie pour camoufler ses craintes ou ses complexes. Il ne raconte pas de blagues stupides sur les «fifs» et les «tapettes».

10. Un homme, un vrai, n’a pas peur d’être un passionné. La passion est beaucoup plus qu’un simple intérêt pour une activité ou un phénomène quelconque. C’est une quête pour laquelle on sacrifie temps, argent, emploi, sommeil, loisirs… et même une relation amoureuse, s’il le faut. Vivre passionnément, ce n’est pas seulement manifester de l’ambition, c’est adopter un mode de vie axé sur une passion. Un homme passionné fait des erreurs, échoue, se relève et recommence jusqu’à ce que ses efforts soient récompensés. (Les femmes adorent ce type de mâle qui triomphe des obstacles.)

11. Un homme, un vrai, ne cherche pas à «réussir sa vie» à tout prix, ni à plaire à tout le monde. Il se concentre plutôt sur ce qui le passionne le plus. Il ne doit pas avoir honte d’être très compétent dans un secteur d’activité et incompétent ailleurs, car personne ne peut être bon dans tout. L’homme n’est pas tenu d’être un superman et il ne doit pas demander aux femmes de devenir des superwomen.

12. Un homme, un vrai, entreprend de réaliser ses projets dès qu’il le peut, car une existence heureuse et bien remplie est vécue la pédale au plancher. À quoi bon reporter à demain ce que l’on peut entreprendre aujourd’hui ? (Par exemple, un jeune mâle plein de potentiel ne doit pas repousser la réalisation de ses rêves après l’âge de la retraite sous prétexte qu’il doit d’abord faire carrière, qu’il doit s’acheter une voiture et une maison, qu’il doit cotiser à son REER et faire preuve de «réalisme», etc.)

13. Un homme, un vrai, prend des risques calculés (et non des risques stupides). Il est animé par l’esprit d’aventure, l’anticonformisme, un peu d’excentricité. À la rigueur, il se contrefout de l’opinion des autres et il fonce tête baissée. Il n’a pas peur d’avoir peur. (Les femmes adoooorent !)

14. Un homme, un vrai, consacre du temps à sa vie spirituelle. Il ne s’agit pas d’adhérer aveuglément à une religion ou à n’importe quel mouvement spirituel, mais d’essayer de trouver en soi quelques réponses aux grandes questions existentielles qui interpellent l’humanité depuis toujours. («Quel est le sens de la vie ?», genre.)

Relations sociales, amoureuses, familiales

15. Un homme, un vrai, cultive ses amitiés, élargit son réseau social, ne dit jamais non à une occasion de rencontrer de nouveaux visages. Il aborde les inconnues en les regardant dans les yeux (au Québec, beaucoup de gens craignent le regard de l’autre).

16. Un homme, un vrai, apprend à se montrer séduisant, galant. Il continue à séduire lorsqu’il est en couple, car la séduction est un art de vivre qui se cultive. (Attention : j’ai écrit «séduire», pas tromper…)

17. Un homme, un vrai, se montre sensible et romantique, à l’écoute des femmes, mais il refuse d’encourager des fantasmes irrationnels de contes de fées, ces fantasmes typiquement féminins : la rencontre de rêve avec le Prince charmant sur son cheval blanc, le coup de foudre qui débouchera immédiatement sur le grand amour, et autres lubies.

18. Un homme, un vrai, est viril mais pas macho. Il n’a pas besoin de rouler les mécaniques (ou de rouler en voiture sport) pour démontrer qu’il a de l’assurance, qu’il est bien dans sa peau.

19. Un homme, un vrai, apprend à apprivoiser la solitude avant de vivre en couple. (L’inverse est plus difficile… et plus douloureux.)

20. Un homme, un vrai, n’entretient pas d’exigences démesurées sur le couple. Pour éviter les déceptions et les ruptures prématurées, il adopte une attitude pragmatique. Il refuse notamment de dissoudre sa personnalité dans le couple et la famille, il conserve une certaine autonomie mâle. (Par exemple, il n’a pas à négocier avec sa conjointe le droit d’aller jouer au hockey un soir par semaine. Les «activités de gars», tout comme les «sorties de filles», c’est non négociable !)

21. Un homme, un vrai, lorsqu’il décide de mettre fin à une relation amoureuse, agit avec un maximum de diplomatie, de délicatesse et d’empathie pour celle qui a partagé son intimité.

22. Et lorsqu’il constate que sa partenaire le quitte, il fait l’impossible pour rester zen. Il vit son deuil sans manifester de colère ou de rancune. Et il n’ira pas dire du mal de son ex à ses nouvelles conquêtes.

23. Un homme, un vrai, s’investit dans l’éducation des enfants. Il maintient sa présence et ses responsabilités de père (même quand il n’y a plus de relation de couple avec la mère). Sans négliger sa fille, il s’efforce d’être un modèle masculin pour son fils ; ce dernier ne doit pas devenir un fils manqué pour cause de père manquant.

24. Un homme, un vrai, apprend à communiquer ses sentiments, ses craintes et ses questionnements. Il demande de l’aide au besoin, il peut se confier et même pleurer (dans les moments critiques, il criera : «Môman !»), mais il ne passe pas son temps à se plaindre et à se gratter le bobo.

25. Un homme, un vrai, est généreux avec autrui et exigeant envers lui-même.

Partager
  • Facebook
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Digg
  • del.icio.us

12 commentaires à Le cahier des charges de l’homme idéal (3)

  • Cecile Gladel dit :

    Waou, tu as totalement raison… Je les reprendrais, si tu le permets, pour les femmes en ne changeant pas grand-chose… Enfin, quelques petits trucs… À suivre.
    Mais tu as totalement raison. Je préfère tes 25 habiletés que les 100 trucs bizarres de L’actualité

  • Loïc dit :

    26. Un homme, un vrai, n’est pas une vache à lait ni un vulgaire paquet de spermatozoïdes, et encore moins un bureau de bienfaisance, ni même un distributeur de billets de banque. Il est une personne, un être humain à part entière, tout ce qu’il y a de plus imparfait. Il naît, il vit et meurt.

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    Bien sûr Cécile que tu peux écrire quelque chose sur les femmes à partir de mes 25 habiletés mâles. Je suis curieux de voir le résultat…

  • Loïc dit :

    27. Un homme, un vrai ne se laisse pas “formater” par toute forme d’idéologie car il se considère “sans étiquette” et donc libre de tout conditionnement. Il aime la liberté. Il a sa propre vision des choses, sa propre philosophie de vie. Il ne cherche pas non plus à être ce que les autres veulent qu’il soit, il a le droit et même le devoir d’être pleinement lui-même même quitte à faire grincer les dents.

  • Étienne dit :

    Merci pour cette chouette liste, Jean-Sébastien.
    Quant à moi, on devrait en faire un manifeste de la vraie-de-vraie virilité!

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    @Étienne: c’est moi qui te remercie pour ton commentaire!

    Il existe des manifestes du gars-bien-dans-sa-peau du XXIe siècle. Par exemple, un “Manifeste hoministe” lancé en 2006 (l’hominisme est l’équivalent mâle du féminisme). Il y a des choses intéressantes là-dedans.

  • Dominic dit :

    Le point 89, «Sortir d’un logiciel qui est “gelé”», c’est bien. Mais selon mon opinion, je dirais plutôt qu’un homme, un vrai, devrait savoir tenir son ordinateur suffisamment bien rangé pour qu’il roule sans planter ou sans être infesté de cochonneries et de virus pendant au moins un an! :)

  • Shandara dit :

    J’aime beaucoup la section “Relations sociales, amoureuses, familiales”. Ton cahier des charges est beaucoup plus réaliste que celui de L’actualité et mériterait d’être publié. Bravo!

  • «Un homme, un vrai, doit assumer sa masculinité». Le mot masculinité peut être un piège, tout comme celui de féminité. C’est d’ailleurs paradoxal que masculinité soit féminin. Un homme qui choisirait de s’épiler, comme le font la majorité des femmes au nom de la «féminité», cesse-t-il d’être masculin? Et une femme qui refuse de s’épiler perd sa féminité? La couleur des vêtements importe-t-elle? Où s’arrêtent les caractères masculins et où commencent les féminins? Un homme homosexuel ou bisexuel doit-il faire son deuil de la masculinité?

    Irène Jani écrit, dans une recension pour la revue Genre et histoire de l’ouvrage d’Ilana Löwy L’emprise du genre. Masculinité, féminité, inégalité, ce qui suit: «les femmes occidentales sont donc libres… mais soumises à des normes de féminité qu’elles ont intériorisées.» Je crois qu’on peut en dire tout autant des hommes. Leur «liberté» a toujours été soumise à des normes de masculinité dont on ne sort pas sans risques, voire même sans périls. Pour moi, un être vrai ne s’enferme dans aucune liste d’habiletés, ou compétences ou attitudes. Il vit et s’extériorise dans le respect de ce qu’il est intérieurement, ainsi que des personnes avec qui il entre en contact. Cessons nos enfermements.

  • @Michel Monette Vous écrivez: “Pour moi, un être vrai ne s’enferme dans aucune liste d’habiletés, ou compétences ou attitudes. Il vit et s’extériorise dans le respect de ce qu’il est intérieurement, ainsi que des personnes avec qui il entre en contact. Cessons nos enfermements.”

    Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais pour arriver à vivre dans le respect de la personne que nous sommes, pour entrer facilement en contact avec les autres, pour aimer, s’épanouir, etc., il faut être bien dans sa peau, avoir une personnalité forte, ne pas avoir de problème d’identité. Pour les hommes, au Québec, ce n’est pas évident… Ils manquent souvent d’assurance. Les Québécoises ont beaucoup plus de confiance en elles-mêmes, elles sont plus fortes, plus déterminées, à un tel point qu’elles demandent parfois aux hommes de se conformer à une vision féminine du monde.

  • Il se trouve que j’ai travaillé dans des milieux où les femmes sont très présentes. Je vous assure qu’elles ne demandaient et ne demandent nullement aux hommes d’épouser leur vision du monde. D’ailleurs, il n’y a pas une mais des visions du monde tant chez les femmes que chez les hommes. Je ne crois pas que le malaise qu’éprouvent une partie des hommes soit dû à l’attitude des femmes. À mon humble avis, ils doivent chercher à l’intérieur d’eux-mêmes les raisons de leur malaise. Peut-être vont-ils être bien le jour où ils vont cesser de se penser en fonction d’un miroir d’eux-mêmes.

  • Michel Roy dit :

    Dans la section “Éducation, culture et loisirs”, j’aurais aimé lire que l’homme a aussi besoin de se retrouver entre hommes loin dans le bois pour pêcher faire du VTT et plein d’autres petits trucs qui lui permettent de bien vivre avec les 25 autres points du cahier des charges.

    Je n’ai rien contre faire les mêmes activités avec mon épouse, j’ai juste besoin d’une semaine par année juste pour moi.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
›››
Nous sommes aussi présents sur Twitter !
À propos du blogue
Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
›››Acheter le livre en ligne
Suivez-nous sur Twitter
    Catégories
    Recherche

    Powered by Web Design Company Plugins