Le couple en crise
Vous l’aurez sûrement remarqué : au Québec, le couple est en crise.
Il y a quelques jours, je devais justement effectuer une petite recherche de statistiques sur les familles et les ménages au Québec. Quelques données m’ont particulièrement frappé. Voici un petit portrait de la situation depuis 1951.
Le taux de nuptialité (rapport entre le nombre de mariages dans l’année et la population totale moyenne de cette même année) ne cesse de dégringoler. En 1951, ce taux pouvait atteindre 95,5 pour 1000 chez les femmes et 92 sur 1000 pour les hommes ; en 2008, il n’a pas dépassé 23 pour 1000 chez les femmes et 18 pour 1000 chez les hommes.
Dans les années 1950, les divorces étaient rares. En 1969, l’indice synthétique de divortialité (qui estime la proportion des mariages qui se terminent par un divorce) atteignait seulement 8,8 %. En 2005, il était de près de 52 %.
Les Québécois sont les champions de l’union libre : en 2006, 34,6 % des couples de la province vivaient ensemble sans se marier (le nombre de personnes ayant choisi ce mode de vie a bondi de 20 % entre 2001 et 2006), comparativement à 13,4 % en moyenne hors Québec. Mais les couples en union libre sont beaucoup plus précaires que les couples mariés : une enquête de Statistique Canada menée en 2006 a démontré que chez les couples qui avaient récemment mis fin à leur relation, ceux qui étaient en union libre avaient vécu ensemble, en moyenne, 4,3 années, soit 10 ans de moins que les 14,3 années de vie commune des gens mariés.
Depuis les années 1950, la proportion de familles monoparentales n’a cessé d’augmenter. En 2001, elle dépassait les 20% de l’ensembe des familles.
Et de 1951 à 2001, la proportion de ménages ne comptant qu’une seule personne a bondi de 4,5 % à près de 30 % au Québec.
Les spécialistes et les psys affirment généralement qu’il n’y a que de 25 à 30 % de couples heureux à long terme. Vivre en couple, c’est donc courir un risque élevé de rater son coup. De se faire du mal et de briser le coeur des autres.
En somme, voilà une population qui se marie de moins en moins et qui divorce de plus en plus, et dont les couples non mariés sont encore plus précaires. Un peuple porté (de gré ou de force) à la monoparentalité et à la vie en solo. Si la tendance se maintient pendant un autre demi-siècle, sommes-nous condamnés au chacun pour soi intégral ?

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Beaucoup de femmes des années 50 t’auraient dit qu’elles auraient divorcé si cela avait été possible socialement. Et puis l’allongement de l’espérance de vie rend presque impossible une union “pour la vie”. Il ne faut pas confondre les cultures: le mariage, ce qui étaient pratiquement le seul mode de vie possible pour les femmes des années 50, et maintenant où les femmes ont une certaine autonomie financière qui leur permet de choisir avec qui elles veulent vivre.
Il y a aussi que le divorce est une catastrophe économique pour les hommes dans notre système judiciaire, alors il est logique qu’ils tentent d’éviter au moins en partie ce piège.
@Moukmouk: C’est sûr que le Québec des années 1950 n’était pas une société facile pour les femmes. Je n’idéalise pas le Québec d’antan. Mais je suis frappé, quand je regarde ces statistiques, par l’ampleur des changements survenus depuis une cinquantaine d’années.