La drague ne dégèle jamais, même au printemps
La semaine dernière, nous avons eu droit à des températures exceptionnellement élevées à Montréal (et ailleurs au Québec). Le mercure a parfois atteint 15 degrés ! Plusieurs records de température à la hausse ont été battus. (Le jour, les températures normales pour la saison sont de trois ou quatre degrés au-dessus de zéro Celsius, selon la météo.)
Sur le plan environnemental, c’était inquiétant…
Sur le plan sentimental, un printemps hâtif devrait provoquer un boom hormonal, inciter les créatures sexuées à se mettre en chasse. Et pourtant…
Quand les beaux jours reviennent, les Québécois sortent plus souvent à l’extérieur, s’habillent de manière plus sexy, dévoilent un peu plus d’épiderme au regard du quidam, mais ils ne draguent pas plus qu’à l’habitude (c’est-à-dire qu’ils ne font presque rien).
Vous savez pourquoi ? Parce que le Québec n’a pas de culture de la séduction, surtout pas une culture de la drague de rue. Au Québec, adresser la parole aux inconnu(e)s sur la chaussée, dans les parcs, sur les terrasses des café, etc., est généralement perçu comme une agression. Un viol du droit à la vie privée. Une inacceptable intrusion dans la «bulle» de l’autre.
Au Québec, en revanche, nous avons une forte culture de la consommation : pour rencontrer quelqu’un, nous avons l’habitude de payer un intermédiaire, qu’il s’agisse d’un bar ou d’un restaurant, d’un site web de rencontre, d’un organisateur de séances de speed dating ou de loisirs pour célibataires.
Ça manque de spontanéité, non ?
Pourquoi sommes-nous incapables de profiter des éléments naturels (une belle journée ensoleillée, un printemps hâtif) ou des circonstances (les événements gratuits qui se déroulent dans les endroits publics, par exemple) pour entrer en contact avec des célibataires ? Qu’est-ce qui nous empêche de retrouver l’art de favoriser les contacts sociaux en toutes circonstances, notamment dans la rue, et en toute saison ?
À mon humble avis, nous sommes un peuple obsédé par la vie privée, par le cocooning et le repli sur soi. J’y reviendrai dans un autre billet.
- Pour en savoir plus sur la drague de rue, une petite vidéo française intitulée 10 erreurs à éviter lorsqu’on aborde une femme dans la rue. Première erreur : ne pas l’aborder !

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Après courte réflexion, j’ai préféré ajouter une réponse sur le blogue plutôt que sur Twitter.
Selon moi, dans le Québec rural pré-Révolution tranquille, la saison préférée des Québécois pour draguer n’était pas le printemps, mais bien l’hiver. Pourquoi ? D’abord parce qu’il s’agissait d’une saison morte pour nos cultivateurs et qu’ils occupaient leur temps différemment : tricot, jeux de carte, contes… mais aussi veillées de danse, moment propice pour se rapprocher du sexe opposé. Bien entendu, c’était moins possible pour ceux devant travailler sur les chantiers dans le bois, encore moins pour ceux vivant en ville.
Ainsi, pour créer une culture de la drague au Québec, nous ne devrions pas reproduire le modèle européen (bien qu’il est possible de s’en inspirer), mais nous baser sur les fondements de notre culture. Dis de cette manière, je comprends qu’on puisse me comparer à Clotaire Rapaille, mais je crois que s’il était possible de créer des événements festifs, dont le but ne serait pas de plaire à tout prix mais simplement de s’amuser, nous pourrions avoir d’intéressants résultats.
Amicalement,
Christine Hébert
@Christine Hébert: oui, nous devrions créer de nouveaux rituels de séduction qui soient propres à notre société. Pourquoi nous ne serions pas capables d’inventer une façon typiquement québécoise et originale de cruiser, comme nous avons été capables d’inventer une manière typiquement québécoise et originale d’apprêter les patates frites, c’est-à-dire la poutine ? Mais c’est un gros chantier, il faudra peut-être plusieurs générations pour changer les comportements…
J’ai bien aimé le petit vidéo!
C’est tellement niaiseux, mais dans les moment de panique on risque tellement de faire une des dix erreurs.
Si des femmes considèrent la drague ou la séduction comme une sorte de “viol”, et si elles s’offusquent de se faire aborder, c’est leur problème. Tant pis pour elles.
Il n’y a plus de spontanéité car les gens sont complètement intoxiqués par la société paranoïaque dans lesquels ils vivent, les médias, les magazines, les idées toutes faites, les idéologies, etc. On vit dans une société de surveillance et de l’ultra-sécuritaire, ce qui fait que les gens (se sachant filmés et surveillés en permanence) sont sans cesse obligés consciemment ou inconsciemment de contrôler leurs gestes, leur attitude, leur expressions, leur paroles et même leurs tons, ce qui a pour effet de flinguer le naturel et la spontanéité. Pas étonnant de voir autant de dépressifs, même en plein été.
Avant, la drague et la séduction étaient naturelles, ça allait de soi, on pouvait être SOI. Maintenant c’est fini. Tout est contrôlé dans les moindres détails.
C’est désolant comme les gens n’entrent plus en contact les uns avec les autres, ce qui complique effectivement le flirt avec un inconnu, et pourtant ce n’est tellement pas compliqué aborder le sexe opposé. Comment rencontrer de nouvelles personnes si plus personne n’ose faire un “move”? De toute manière, le pire qu’il puisse arriver c’est un non.
Il n’y a pas qu’au Québec que les femmes jouent les forteresses inaccessibles alors qu’elles ne valent pas souvent grand-chose.