Funeste Lucien Bouchard
Depuis deux semaines, il est de retour. Lucien Bouchard, l’ex-imposteur en chef.
Le 16 février, il s’est permis des commentaires désobligeants sur le Parti Québécois et sur la souveraineté. Ce n’était pas la meilleure nouvelle du jour, mais bon, un ancien dirigeant du PQ a droit à ses opinions politiques (et à ses rancunes).
Une semaine plus tard, le 23 février, il est réapparu dans le débat public, cette fois pour prôner un dégel des frais de scolarité à l’université. Il s’est alors montré sous le visage que nous connaissons trop bien. Celui du grand démolisseur du Québec. De l’austérité morbide. De l’avenir bouché.
Des médias commentaient encore hier le propos de Lucien Bouchard sur le financement des universités, comme si c’était une grande révélation. Je n’en peux plus… Ça me rappelle tant de mauvais souvenirs. J’ai l’impression de replonger dans l’atmosphère noire, noire, noire des années qui ont suivi le référendum de 1995.
C’était il y a 15 ans…
Lucien Bouchard avait épaté tout le monde pendant la campagne référendaire. Il pouvait être fier de sa performance — une quasi-victoire ! Après son arrivée au poste de premier ministre, en 1996, son vieux fond conservateur a pris le dessus : il s’est acharné à démolir ce Québec qu’il avait voulu transformer en pays.
Rappelez-vous les compressions monstres pour parvenir au sacro-saint déficit zéro. L’implosion du système de santé (notamment quand des milliers d’infirmières ont préféré une retraite anticipée au calvaire budgétaire du gouvernement Bouchard). Les fusions municipales forcées. L’hypocrisie écologique (des pollueurs devenaient les «partenaires» du ministère de l’Environnement…). La construction sauvage de la ligne électrique Hertel-des-Cantons. Le laisser-aller des infrastructures publiques et du patrimoine. Etc., etc., etc.
Lucien Bouchard, l’homme d’État, n’a eu de cesse de fragiliser l’État. Jusqu’à sa démission, en 2001, il a préféré de brutales restrictions budgétaires à une réforme de la fiscalité (qui est pourtant une méthode éprouvée pour augmenter les revenus d’un gouvernement… à condition de faire fi de l’opinion des banquiers et de supprimer les passe-droits des mieux nantis). Le Québec était dans une situation lamentable : le fossé entre les riches et les pauvres prenait de l’ampleur, l’Éducation et la Santé n’en finissaient plus de se serrer la ceinture, l’humeur des citoyens était à la déprime. Lucien Bouchard justifiait nombre de ses massacres au nom des «conditions gagnantes» en vue d’un prochain référendum, mais il ne faisait pas la promotion de la souveraineté sur le terrain.
Du règne de Lucien Bouchard, je me souviens surtout de deux réalisations positives : les garderies à 5 $ et la loi sur l’équité salariale. L’actuel programme de congés parentaux, c’était aussi une bonne idée de son gouvernement. Tout le reste n’était que régression et fatalisme.
Quelques années après avoir quitté la politique, Monsieur Sinistrose est sorti de l’ombre pour nous faire la morale sur nos heures de travail (il nous a reproché, collectivement, de moins travailler que les Ontariens et les Américains…). Et maintenant, il prône le dégel des frais de scolarité… Il prétend avoir à coeur les intérêts du Québec, mais il ne fait que régurgiter le discours des banquiers et favoriser le chacun pour soi. Incapable de faire la différence entre une dépense et un investissement, il ramène tout au degré zéro de la comptabilité. Chaque fois qu’il nous sermonne, tel un curé frustré des années 1950, il donne envie de fuir le Québec (comme plusieurs ont fui le duplessisme).
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que je suis sûr qu’il y a un lien entre la politique et les relations hommes-femmes. Ce lien n’est pas évident, mais il existe, j’en suis convaincu.
Lucien Bouchard avait et a toujours de l’influence sur les Québécois. Pendant la première moitié des années 1990, il démontrait beaucoup d’envergure. Un magnétisme. Une aura de séducteur. Son enthousiasme était contagieux. Aujourd’hui, c’est l’inverse : éteignoir des ambitions, Lucien Bouchard est tellement désespérant qu’il nous donne mauvaise humeur.
À chaque fois que je revois sa silhouette d’homme en noir et son air maussade, je me dis qu’il tue l’amour.
- Le Devoir a récemment publié deux excellents textes d’opinion sur Lucien Bouchard, signés par l’écrivain Yves Beauchemin et par une étudiante, Mélissa Pilon.
- «Bouchard le fossoyeur», un billet d’Éric Grenier (rédacteur en chef du magazine Jobboom)
- Mon billet sur les modèles masculins en politique

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.