«Copenhaguiser» Montréal
Ces dernières semaines, le hasard m’a amené à bavarder avec quelques nouveaux Montréalais d’origine européenne qui, coïncidence, m’ont tous fait la remarque suivante : les rues de Montréal sont moins conviviales qu’on le prétend. Et ce n’est pas seulement attribuable aux rigueurs de l’hiver.
Pour ces Européens de naissance, habitués à des villes denses et très animées, les rues de Montréal semblent souvent dépeuplées. En effet, on s’y déplace plus volontiers en voiture qu’à pied, on ne s’y arrête pas souvent pour bavarder, les places publiques ne sont pas très rassembleuses et la vie de quartier n’est pas dynamique, sauf exceptions.
Pour un Montréalais de naissance comme votre serviteur, le regard des immigrants permet de voir la ville sous un jour nouveau. Ces néo-Montréalais, en effet, nous jugent bien pressés et stressés, toujours en train de courir au travail, au magasin ou à l’école pour ensuite rentrer s’enfermer à domicile. Ils ne comprennent pas pourquoi nous prenons rarement le temps de nous attarder dans les cafés, les parcs, les lieux publics, etc. pour bavarder, échanger, profiter des occasions de rencontre. (Les immigrants apprécient bien sûr Montréal pour une foule d’autres raisons, et loin de moi l’idée de remettre en question leur attachement à leur société d’accueil.)
Il y a parfois de grands rassemblements publics à Montréal, notamment les festivals qui se suivent à la queue-leu-leu pendant la saison estivale. Mais ces événements, de plus en plus commerciaux, condensent des foules de plus en plus anonymes. Lorsque nous sommes noyés dans une foule de plusieurs dizaines de milliers personnes au Festival International de Jazz ou aux FrancoFolies, rien ne nous incite à adresser la parole à des inconnus. On peut se sentir bien seul(e)…
La semaine dernière, une anthropologue sociale et un architecte venus du Danemark ont passé plusieurs jours dans la métropole (à l’invitation du Centre d’écologie urbaine de Montréal) pour évaluer des projets de piétonisation et de pistes cyclables. Il a été question de «Copenhaguiser» Montréal, en quelque sorte (Copenhague, capitale du Danemark, est un modèle d’urbanisme à l’échelle humaine). Vrai que l’urbanisme, à Montréal, n’est pas très favorable aux piétons… Pour les deux spécialistes danois, l’hiver n’est pas un argument pour bouder les rues d’une métropole, et je suis bien d’accord avec eux ; il est possible de réaménager la ville pour la rendre plus favorable aux contacts humains, peu importe la saison. (Pour en savoir plus à ce sujet, voir les articles du Devoir et de Métro Montréal).

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
La conférence de Kristian S. Villadsen Concevoir les rues en fonction des gens dans une ville d’hiver est disponible en webdiffusion.
À voir, revoir et partager!
Suivez ce lien pour regarder la vidéo de la conférence : http://www.ecologieurbaine.net/2010-02-16webdiffusion.html
Aussi disponible dans version originale en anglais :
http://www.ecologieurbaine.net/2010-02-16webcast.html