C’est la faute de l’école (2)

 

La «réforme» (il faudrait plutôt dire la régression généralisée) de l’éducation au Québec, aussi appelée «renouveau pédagogique», est en branle depuis 2000. Vous avez sûrement entendu parler du constructivisme, de la pédagogie par projets, des fameuses compétences transversales, des bulletins de notes incompréhensibles, etc. Les résultats sont, à l’évidence, catastrophiques.

Les élèves, toujours ramenés à leur sempiternel «vécu», doivent construire eux-mêmes leur savoir, leurs habiletés et leur compréhension du monde, le professeur n’étant plus qu’une sorte de gentil animateur de classe. Il n’y a plus de transmission d’un héritage culturel, nulle rigueur dans l’acquisition des connaissances ; c’est le relativisme intégral (ton savoir vaut bien le mien), le mépris du travail intellectuel, de l’effort, de la persévérance.

Il y a quelques semaines, le journaliste indépendant Claude Marcil a résumé, dans son blogue Le Kiosque Médias, l’ouvrage Contre la réforme pédagogique (sous la direction de Robert Comeau et Josiane Lavallée, VLB éditeur, 2008). À lire «pour comprendre comment le Québec s’est retrouvé avec une réforme pédagogique dont personne ne voulait sauf un petit groupe d’idéologues.» Claude Marcil a récemment rassemblé d’autres mauvaises nouvelles sur la réforme pédagogique, qui indiquent notamment que la normalisation des notes à la hausse consacre la loi du moindre effort et que les jeunes qui s’apprêtent à entrer au cégep sont «immatures, désorganisés, désinvoltes».

Je viens de terminer la lecture d’un petit recueil de textes de Normand Baillargeon, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM : Contre la réforme. La dérive idéologique du système d’éducation québécois (Les Presses de l’Université de Montréal, 2009). Ce livre expose à quel point les fondements de la réforme de l’éducation n’ont pas ou peu d’assises scientifiques et que ces nouvelles pratiques pédagogiques n’ont pas fait leurs preuves. Nos enfants sont actuellement soumis à une expérience pseudo-scientifique qui dérape allègrement. Comme si le ministère de la Santé avait autorisé la vente d’un médicament sans le tester, tolérant même que ce médicament détériore la santé de la population, illustre Normand Baillargeon.

À mon avis, le système éducatif nous prépare une génération de piètres séducteurs. En effet, un jeune homme ou une jeune femme qui ne maîtrise pas sa langue, qui n’a pas appris à structurer sa pensée, qui ne valorise pas l’effort et la persévérance, et qui n’a aucune culture générale, qui ne connaît rien au-delà de ses «compétences de vie», aura bien de la difficulté à faire l’effort d’entrer en contact avec l’Autre, à communiquer, à partager une même culture et des intérêts communs, à persévérer dans ses tentatives de drague… (J’en parlais déjà en septembre dernier.) Une génération sacrifiée.

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3 commentaires à C’est la faute de l’école (2)

  • Moukmouk dit :

    Mais alors peux-tu m’expliquer pourquoi les pays qui appliquent la réforme socio-constructiviste comme la Finlande et le Québec se retrouvent dans le groupe de tête aux tests PISA, alors que ceux qui favorisent la sélection et l’élimination des plus faibles comme la France obtiennent de moins bons résultats?

    Oui, il reste beaucoup de problèmes dans les écoles, surtout parce que les enseignants ne sont pas appuyés par des professionnels comme le prévoyait la réforme, mais un retour en arrière serait pire que le mal.

  • Bonjour Moukmouk. Je ne connais pas les tests PISA, je ne peux me prononcer là-dessus. Dans son livre, Normand Baillargeon note que les jeunes Québécois performent beaucoup moins bien à l’enquête TEIMS (importante enquête internationale sur les maths et les sciences) depuis l’implantation de la réforme.

    Personnellement, ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus dans la réforme. Ce qui me fait très peur, c’est le vide culturel total dans lequel on plonge les jeunes. On ne leur transmet rien. Les profs eux-mêmes sont des coquilles vides : ils ont passé l’essentiel de leur formation universitaire à parler pédagogie, psychologie cognitive, gestion de la classe, etc., au lieu de maîtriser la matière qu’ils devront transmettre. Je le vois bien chez ma fille adolescente, qui a plus de culture générale que plusieurs de ses enseignants !

    Un jeune à qui l’on ne transmet rien ne saura pas d’où il vient, encore moins où il va. Il n’a pas les outils pour comprendre le monde. Il va donc se replier sur la seule chose qu’il connaît : lui-même.

  • Sébas dit :

    C’est rare, mais je suis 100% d’accord avec vous sur CE sujet.

    Mais votre conclusion à propos de la drague me laisse froid.

    Aucun rapport, selon moi.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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