La Saint-Valentin, triomphe du kitsch
Pour en finir avec la Saint-Valentin (si vous avez lu mes billets sur cette fête, vous aurez compris que j’aime la détester), je veux souligner à quel point le 14 février est un sommet du kitsch.
Le terme «kitsch» (mot allemand qui a été popularisé dans la langue française à compter de 1960) désigne ce qui est surchargé, de mauvais goût, inauthentique (des objets réalisés avec de faux matériaux, du faux bois, du faux marbre, etc.) et bourré de stéréotypes. Par exemple, cette image dégoulinante de clichés romantiques.
Le kitsch peut être drôle. Je me souviens d’avoir offert à un de mes amis un objet très kitsch, un paysage de San Francisco (une photographie des années 1960, genre carte postale) monté sur un faux décor naturel en carton, avec un détecteur de mouvements : lorsqu’on s’approchait près de la chose, un dispositif électronique faisait entendre des gazouillis d’oiseaux et le glouglou d’une fontaine… De petites lumières clignotaient… C’était délicieusement quétaine.
En ce qui concerne la Saint-Valentin, le kitsch n’a rien de rigolo. Il tombe sur les nerfs, car une bonne partie de notre environnement (les milieux de travail, les commerces, les médias, la publicité, et même les écoles) est saturé, dès le début du mois de février, du trop-plein de Cupidons rougeâtres, de chocolats en forme de ti-coeurs, de bouquets de fleurs à gogo, etc.
Si vous avez lu le fameux roman du Tchèque Milan Kundera L’insoutenable légèreté de l’être (1984), vous vous souvenez sûrement du personnage de Sabina, l’artiste peintre. Elle développe une aversion pour le communisme (le roman se déroule dans la Tchécoslovaquie envahie par l’URSS en 1968) non pour des raisons politiques, mais esthétiques : le communisme soviétique est si totalitaire qu’il en devient kitsch. Ces omniprésents portraits de Lénine, l’usage systématique de la couleur rouge… Au royaume du kitsch, c’est tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil, l’unanimité béate est de rigueur, on n’a pas le droit d’être individualiste, il n’est pas permis de douter («car qui commence à douter du moindre détail finit par mettre en doute la vie en tant que telle», écrit Kundera) et l’ironie est mal vue («parce qu’au royaume du kitsch tout doit être pris au sérieux»). Pour Kundera, toute idéologie possède son kitsch : «le kitsch catholique, protestant, juif, communiste, fasciste, démocratique, féministe, européen, américain, national, international», énumère-t-il.
De nos jours, le capitalisme est souvent très kitsch, avec ses publicités où tout le monde sourit en montrant ses belles dents blanches, l’idéal de la consommation à la source de toute joie, l’emploi et l’entreprise lieux merveilleux de «réalisation de soi», l’utilisation de l’amour comme argument marketing, etc. La Saint-Valentin, cette fête ultra-commerciale qui abuse de tous les clichés romantiques (repas en tête-à-tête, fusion amoureuse, les roses, les Cupidons, et tous ces objets et illustrations avec des coeurs…), me paraît vraiment le summum du kitsch.
La Saint-Valentin, c’est l’insoutenable lourdeur de l’être. Comme l’écrivait récemment ma comparse Emmanuelle, «est-ce qu’on pourrait tout de suite passer au 15 février ?»
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Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Bonjour JS, Bonjour Emmanuelle,
Comme promis je consulte votre blog et comme promis j’y laisserai quelques commentaires pour essayer de partager une ou quelques expériences relationnelles “à la Marseillaise” adaptées au Québec.
Déjà, je pars avec un handicap de taille… “À la Marseillaise”, en France tout comme dans l’esprit de ceux qui ont connu la région, signifie en gros que le garçon est un “lourd”, qu’il est “charmeur” par intérêt, qu’il n’a pas vraiment “sa” personnalité mais qu’il l’adaptera afin de séduire UNE de CELLES qu’il a choisi (pour une nuit en général)…
Chaque fille sera pour lui “la plus belle qu’il n’a jamais vu”, elle sera “unique” comme les précédentes et celles qui suivront… Tout comme à un entretien d’embauche de mauvaise foi, il essaiera de convaincre qu’il est CELUI qu’il faut, le seul, l’unique. La seule chose sur laquelle il ne mentira pas est son adoration pour l’équipe de soccer locale : l’Olympique de Marseille.
J’oubliais : il siffle les filles dans la rue et jure que ses sentiments sont profonds !!!
Bref une drague du “Sud de la France” comme le décrit Emmanuelle, voisine de région. Une drague dont j’ai horreur… mais qui me colle à la peau dès lors que je dis d’où je viens. Personnellement, même si j’ai décidé de vivre et essayer de “profiter de la vie”, je crois encore aux belles choses, à la belle manière et surtout à la sincérité !!! On a tous souffert au moins une fois et être sincère me permet de nourrir l’espoir que j’aurais la même sincérité en retour.
Je n’ai ni l’envie, ni le dégoût du couple. J’aborde les relations sans attentes particulières, sans arrière-pensées mais avec sincérité. Ça me permet de ne pas subir la pression du “vais-je plaire physiquement ?”, du “vais-je être assez intelligent ?”, ou du “ne vais-je pas en faire trop ?”.
Ça me permet aussi de profiter pleinement de la relation qu’elle reste juste amicale ou aille plus loin, qu’elle se termine trop rapidement ou pas assez… Je pense que les attentes ne doivent pas arriver avant la relation, mais à un certain stade d’évolution. Attendre quelque chose, c’est risquer d’être déçu et de souffrir d’un nouvel échec.
Parlons de ma “dernière” expérience. Je la poste ici car elle remonte à la St-Valentin, fête Kitsch à souhait d’accord, franchement plus dédiée au commerce qu’à l’amour, mais qui peut encore révéler de belles surprises…
Je fais partie d’un site communautaire dont je tairai le nom, car non destiné au “dating” et je ne souhaite pas qu’il y soit assimilé. C’est d’ailleurs un mot d’ordre dans cette communauté : ce n’est pas un site de rencontre !!! Mais ne nous voilons pas la face : permettre à des gens de tout sexe et de toutes origines de se rencontrer pour faire connaissance autour d’intérêts communs offre certains avantages. Ou plutôt : facilité.
La communauté avait donc décidé d’organiser une “fausse St-Valentin” pour la St-Valentin. Le mot d’ordre : pour ceux qui n’aiment pas la St Valentin et ne veulent pas la fêter.
Qu’est ce qu’une fausse St-Valentin ? Qui l’organise ?
Une fausse St-Valentin, c’est une fête organisée par des filles pour la plupart célibataires, visant à réunir des gens pour la plupart célibataires, dans une salle décorée avec des ballons en forme de cœur, des bonbons en forme de cœur, des petits cadeaux (5$ ou imagination – poème, massage, plat cuisiné…) à offrir à une autre personne pigée par les organisatrices (permettant ainsi de faciliter le contact) et où on danse sur des slows…
Bref, c’est pas vraiment la St-Valentin !!! Enfin…
Lors de mes virtuelles balades sur le site communautaire, j’avais repéré une demoiselle inscrite et dont la photo m’inspirait. Ça peut commencer comme ça… juste sur du virtuel… J’avais été charmé par sa photo de présentation, par son doux regard vert et la description qu’elle faisait d’elle-même. Je n’avais jamais eu la possibilité de la rencontrer et avais été agréablement surpris de découvrir qu’elle serait présente à la soirée. Dès lors, je n’avais eu de cesse que de faire de grands sourires aux organisatrices afin “d’arranger” le pichage et de provoquer notre rencontre…
Prenant de l’avance sur tirage au sort, je décidais d’écrire un petit poème d’un quinzaine de lignes dans lequel chaque fin de phrase rimait avec son prénom. J’y parlais de notre vie passée loin l’un de l’autre, du destin qui allait nous réunir en cette soirée et de notre découverte mutuelle devenue une évidence.
Inspiré par cette muse, regardant régulièrement sa photo afin de rester sur mon petit nuage, j’ai rédigé mon petit texte en moins d’une heure.
Peine perdue… Même lorsqu’il s’agit de fausses St-Valentin, les organisatrices restent incorruptibles et le sort m’a jeté dans les bras d’une autre…
Fin de mes rêves de rencontre… le lien était coupé… Je restais seul derrière mon ordinateur en compagnie de mes regrets…
Je me demandais si j’aurais le courage de produire le petit poème et de lui donner quand même en main propre, risquant d’afficher trop clairement mes intentions et risquant de “blesser” ma Valentine pichée.
Puis finalement, me disant que je n’ai qu’une vie, que je la veut faite de belles rencontres éphémères ou durables, “concluantes” ou non et qu’un rejet n’est finalement pas si grâââââve que ça, je me jetai à l’eau et lui envoyais le poème par le biais de notre site communautaire (courageux… mais pas trop !).
La réponse arriva quelques heures plus tard : elle était touchée par cette douce attention, le poème lui avait plu et c’était la première fois qu’on lui en offrait un… Par le biais d’une amie commune, j’apprenais qu’elle s’était également “renseignée” sur moi, me trouvant trop “courrailleur” et “trop sûr de moi”… “À la Marseillaise” quoi !
Nous nous sommes donc rencontrés cette soirée de fausse St-Valentin.
Le hasard du pichage (oui oui ! le hasard !) avait voulu que ce soit elle qui piche mon nom. Je me suis donc vu offrir une boite débordante de petits gâteaux allemands délicieux, des vanillekipferls, quelle avait cuisinés “juste pour moi” (au dire du mot écrit dans la boite) et qui ont bouleversé mes petits-déjeuners les jours suivants.
Nous avons parlé et promis de nous rencontrer dans 15 jours (le Québec est grand et je suis en train de m’y installer… sans voiture et loin de tout je n’ai pas tout le loisir d’aller à Québec).
Nous allons donc nous rencontrer, sans aucune attente mais avec sincérité !
Parole de Marseillais ;O)
Seb.
Salut Seb! Merci beaucoup d’avoir pris la peine d’écrire si abondamment dans notre blogue. (N.B. : j’ai fait la connaissance de Seb lors d’un petit séjour à Québec, le 6 février dernier. Nous avons discuté de rencontres, de relations hommes-femmes, je lui ai offert un exemplaire du livre Les Québécois ne veulent plus draguer… et je l’ai invité à s’exprimer dans le blogue ladrague.qc.ca.)
Deux passages de ton témoignage me semblent très significatifs.
1) Tu écris : “Je n’ai ni l’envie, ni le dégoût du couple. J’aborde les relations sans attentes particulières, sans arrière-pensées mais avec sincérité.” Cette attitude est malheureusement une denrée rare au Québec. Beaucoup de Québécois draguent (quand ils draguent…) en manifestant beaucoup d’attentes, avec quantité d’arrière-pensées, en cherchant à rencontrer l’homme ou la femme de leur vie, partenaire idéalisé(e) qui acceptera sur-le-champ ou presque de former un couple. Ce qui donne une drague très embarrassée (et embarrassante), pénible, sans légèreté ni spontanéité.
2) “Puis finalement, me disant que je n’ai qu’une vie, que je la veut faite de belles rencontres éphémères ou durables, “concluantes” ou non et qu’un rejet n’est finalement pas si grâââââve que ça, je me jetai à l’eau”. Si tout le monde pouvait faire comme toi, la face du Québec en serait changée…! Beaucoup d’hommes, au Québec, sont tétanisés par la peur du rejet sentimental, ce qui tue dans l’oeuf bien des occasions de rencontre.
Je te souhaite le meilleur avec ta Valentine ! Et au plaisir d’avoir de tes nouvelles.
J’ai été tétanisé comme beaucoup. J’ai même été EXTREMEMENT tétanisé, au point de saborder moi-même l’affaire alors que tous les voyants étaient au vert et que des connaissances communes disaient: “c’est OK, tu lui plais…”.
Tout ça me semble normal, très humain : on préfère tous réussir ce que l’on entreprend, et un échec, même s’il n’entraîne rien de grave, pèse toujours un peu… et le cumul pèse beaucoup. Pour éviter ça, je préférais fuir !
Mais par une série d’événements personnels ces dernières années, j’ai pris conscience qu’on n’a qu’une seule vie et qu’il faut faire la part des choses entre ce qui est grave et ce qui ne l’est pas…
On peut (presque) tout rattraper dans la vie… un emploi, une séparation, un voyage, un accident… On peut avoir une deuxième chance… On peut changer, recommencer, prendre une voie différente !
La seule chose pour laquelle nous n’ayons qu’un seul essai, c’est la vie. Si elle s’arrête ce soir sur la route, demain parce qu’on nous découvre un cancer ou n’importe quelle autre maladie ou à 70 ans en se réveillant et en se disant qu’on a le temps de faire ce qu’on a toujours repoussé, mais qu’on a plus l’énergie… on est passé à côté ! Et on constate à ce moment-là que finalement, la plupart des épreuves ne sont pas si irréalisables que ça. Oui mais voilà…. C’est fini ! Impossible de revenir en arrière !
Cette pensée m’a amené à beaucoup changer ces dernières années : j’ai découvert les voyages (j’aimais trop mon petit confort dans ma petite ville d’origine) et j’ai découvert des choses fabuleuses au point de ne plus pouvoir rester en place, j’ai commencé à m’ouvrir aux gens (brrrr…. je ne les connaissais pas… que pouvaient-ils m’apporter ? Pourquoi leur parler ? Puis, ça se trouve, ils m’auraient égorgé au fond d’un bois… on voit tellement de choses horribles et bizarres aujourd’hui…), et j’ai découvert que parler avec les autres nous rend plus riche, j’ai commencé à écouter une envie née avec mes premiers voyages, à savoir m’immerger dans une culture assez longtemps pour la faire mienne et me sentir comme chez moi dans un pays qui n’est pas le mien…. et j’ai tout quitté/vendu pour venir habiter au Québec.
Finalement, une de mes (rares) ex-amies, celle avec qui j’ai vécu 3 ans, celle qui m’a brisé le cœur en partant, celle dont je me suis dit: “elle m’a fait perdre 3 ans de ma vie”, celle qui m’a dit: “je te quitte, car tu as peur de vivre”…. finalement… avait raison. Et finalement, non seulement elle ne m’aura pas fait perdre 3 années, mais elle m’aura lancé les bases d’une longue réflexion qui est peut-être (sûrement) la plus importante d’une vie : la peur de vivre ! La peur !
Aujourd’hui, j’ai toujours cette peur en moi… Pour voyager, pour rencontrer de nouvelles personnes, pour trouver du travail ou pour écrire un poème et l’envoyer… J’ai toujours cette peur, mais j’essaie de ne plus la laisser avoir le dessus sur moi (c’est pas facile tous les jours, mais il faut le faire). J’ai mis un nom sur mon ennemie, je l’ai localisée et je sais sur quelles parties de ma vie elle peut avoir de l’emprise. Elle est toujours là, mais j’essaye juste de ne pas l’écouter. Car au final… est-ce si grave de tomber ?
Tout ce changement est récent et je sens qu’années après années, ça monte en intensité et que tout s’accélère ! Le courage, c’est d’accomplir une chose pour la première fois; ensuite on parle de “routine”. Le plus dur est de maîtriser sa peur une fois, d’inverser le processus, de dire “NON”. Ensuite, il ne suffit que de recommencer…
Comme j’aime le dire, “je suis né à trente an”… J’ai rencontré Jean-Sébastien par hasard sur Québec. C’était pour mon 34e anniversaire.
P.S. : petite astuce que j’avais oublié de noter dans mon premier message concernant la soirée de St-Valentin passée. L’une des obligations était de porter quelque chose de rouge. Arrivé sur Québec quelques heures avant la soirée et n’ayant pris dans mes valises aucun habit rouge, j’ai trouvé le salut en achetant une branche de faux gui décorée d’un joli ruban rouge. Ainsi, il me suffisait de le mettre au-dessus de nos têtes à chaque fois que je rencontrais une demoiselle pour avoir droit à une bise teintée d’humour… À pratiquer toutefois avec modération et légèreté pour rester crédible, mais bon moyen pour nouer le premier contact ;O)
Bonjour Seb,
Encore une fois merci beaucoup d’avoir pris la peine de te raconter et de partager avec nous tes réflexions. Ton témoignage, c’est de l’or en barre !