D’où vient la Saint-Valentin ? (1)
Pourquoi le 14 février est la fête des amoureux ?
1) c’est une coutume qui remonte au Moyen Âge ;
2) c’est une fête d’origine religieuse, culte de saint Valentin ;
3) c’est une stratégie de marketing pour stimuler le commerce de détail ;
4) toutes ces réponses.
Si vous avez choisi la quatrième réponse, vous avez vu juste ! Les origines de la Saint-Valentin sont non seulement multiples, elles sont aussi très incertaines, mélange de coutumes populaires et de légendes. Voici ce qu’il faut savoir. (Ce billet est le premier d’une série qui en comptera trois.)
Dès l’antiquité, le mois de février a été associé à l’amour et aux fiançailles. Dans la Rome antique, le dieu de la fertilité, Lupercus, était fêté le 15 février. Dans l’Europe médiévale, des fêtes populaires se produisaient lors des premiers dégels, vers la mi-février, lorsque la nature commence à sortir de sa torpeur. Le peuple soulignait son plaisir de pouvoir enfin s’évader des maisons après les longs mois d’hiver.
Les historiens et spécialistes ignorent où et quand ces fêtes ont vu le jour (certains ont soutenu qu’elles pourraient remonter aussi loin qu’au XIIe siècle). Une chose est sûre : ces fêtes comportaient des jeux, des danses et des tirages au sort qui permettaient aux célibataires de flirter, de séduire. Le 14 février n’était pas encore une date charnière ; une croyance voulait que les oiseaux s’accouplent ce jour-là, mais des fêtes se déroulaient aussi le 13 février et à d’autres moments.
Il y avait alors deux moyens de provoquer des rencontres amoureuses : le valentinage et de dônage. Le valentinage était une élection librement consentie (des défilés, danses ou jeux permettaient de se côtoyer et de faire son choix) ou un tirage au sort. Lorsqu’un homme et une femme étaient ainsi réunis par les lois de la séduction ou du hasard, le Valentin devait offrir des petits cadeaux à sa Valentine, l’inviter à danser, etc., pendant un an (une année complète de fréquentations… nous sommes loin du speed dating !). Des personnes mariées pouvaient prendre part à ces jeux, en profiter pour nouer une liaison avec un amant ou une maîtresse, à la vue de tous. (Il ne faut pas oublier qu’au début du Moyen Âge, l’Église ne parvenait pas à imposer facilement la fidélité dans le mariage.)
Le dônage, pour sa part, était plus directif : la jeunesse d’une localité se réunissait, se consultait, et décidait d’attribuer une fille à marier à un jeune homme célibataire. Parfois, des plaisantins s’amusaient à associer une jeune femme à un vieillard sénile… Les célibataires endurcis étaient sujets de moqueries.
La plupart de ces occasions de rencontre se déroulaient autour d’un feu ou d’un foyer, avec divers jeux symboliques associés aux braises et aux cendres — le feu symbolise la purification, les cendres la renaissance. Les Valentins et Valentines étaient souvent appelés «fiancés des cendres».
Il y aurait d’ailleurs un lien entre «fiancée des cendres» et le personnage de Cendrillon. (L’histoire de Cendrillon que nous racontons aujourd’hui aux enfants provient du célèbre conte de Charles Perrault, écrit en 1697. Perrault connaissait peut-être la tradition populaire médiévale, qu’il aurait délibérément modifiée.)
Il existait aussi en février toutes sortes de superstitions qui laissaient croire aux célibataires qu’ils et elles allaient bientôt convoler en justes noces. Par exemple, les Wallons se regroupaient autour d’un gros feu au milieu duquel ils avaient planté une perche surmontée d’un vieux balai. La perche brûlait et le balai tombait sur l’assemblée, désignant une jeune femme ou un jeune homme assuré de se marier en premier.
La Saint-Valentin que nous célébrons actuellement en Amérique du Nord a été forgée par les us et coutumes des Anglais. Je vous raconterai ça mercredi, dans le prochain billet.
(N.B. Je tire ces informations d’un ouvrage qui serait le seul de langue française exclusivement consacré aux origines de la Saint-Valentin, Valentines et Valentins, publié en 2004 par une association française, le Cercle d’Études Mythologiques. Ce livre reproduit des textes anciens et dévoile des recherches inédites. J’ai eu beau fouiller, je n’ai rien trouvé de plus complet que Valentines et Valentins.)

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.