Le féminisme est toujours pertinent, mais…

 

Pour compléter le récent billet d’Emmanuelle sur sa vision du féminisme (que je partage), j’ai quelques reproches à faire au mouvement féministe. Par souci de critique constructive.

La plupart des revendications traditionnelles des féministes sont aujourd’hui satisfaites. Est-ce à dire que le féminisme n’est plus pertinent ? Bien sûr que non. Il y a encore des combats féministes à mener. Mais je suis déçu de l’inertie des féministes dans certains dossiers. Les voici.

Le commerce du sexe. Au cours des années 1980, les féministes étaient beaucoup plus militantes qu’aujourd’hui dans les dossiers de la pornographie et de la prostitution. Je sais bien que ce n’est pas évident de s’attaquer à cette industrie si bien intégrée à l’économie mondiale, si accessible et si populaire, mais bon, je ne vois pas les féministes intervenir avec force (déplorer platement l’exploitation sexuelle des femmes, ce n’est pas suffisant). À quand une stratégie renouvelée face à l’industrie du sexe ?

Il m’arrive de lire ou d’entendre des témoignages de femmes qui ont été exploitées par l’industrie du sexe. C’est beaucoup plus fort, plus porteur d’une révolte que le discours féministe actuel.

Les stéréotypes sexistes dans les médias. Les stéréotypes de femme-objet sont toujours présents. Ils sont de plus en plus subtils, sournois, de sorte qu’on ne les remarque plus à la longue. Les féministes les condamnent (mollement) en produisant des rapports et des communiqués (ennuyants). Et rien ne change.

Nouveauté : la caricature sexiste touche aussi les hommes, notamment dans la publicité, comme si la consécration de l’égalité des sexes consacrait l’égalité de la bêtise sexiste ! Cette nouvelle donne semble échapper aux féministes.

Et où sont les féministes dans les médias ? On ne les voit presque pas, sauf quand la Fédération des femmes du Québec ou le Conseil du statut de la femme, par exemple, organise une communication ou un événement officiel.

Face à l’abrutissement télévisuel et l’industrie des magazines dits féminins, les féministes ne font pas le poids médiatique. La Gazette des femmes, jadis un superbe magazine papier glacé vendu en kiosque, est maintenant un simple fichier PDF à télécharger.

Face aux contenus misogynes qui pullulent sur Internet, les féministes ne font pas le poids numérique (il existe des sites intéressants sur le féminisme, par exemple le magazine électronique Sisyphe.org et le blogue Jesuisféministe.com, mais ils sont peu nombreux). Je rêve à la résurrection du magazine La vie en rose, et sur plusieurs plateformes : web, vidéo, imprimé…

Les féministes ont baissé les bras devant les préjugés dont elles sont victimes. De nos jours, il est de bon ton de railler les féministes, de les peindre en lesbiennes frustrées, en mégères habillées comme des camionneurs, en théoriciennes hyper-intellos qui n’ont pas connu l’orgasme depuis 1979… et le mouvement des femmes ne réagit pas. Incroyable mais vrai : l’image publique des féministes est déplorable et les féministes ne font rien ! À quand une campagne de marketing pour renverser la vapeur ?

Enfin, ce qui me déçoit le plus : les féministes n’accordent pas d’importance à la crise de la rencontre amoureuse, crise qui blesse pourtant les femmes dans leur chair et leur âme.

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2 commentaires à Le féminisme est toujours pertinent, mais…

  • Moukmouk dit :

    Devant l’abrutissement médiatique, ce sont tous les mouvements sociaux ou démocratiques qui sont mis à mal, et pas que la lutte pour l’égalité des sexes. Ce n’est pas étonnant, il est impossible de penser à plus d’égalité et de maintenir le rêve de la surconsommation.

    Le marketing, la publicité (comme toute guerre), c’est d’abord une question de moyens, de moyens financiers surtout. Si aux USA, les grandes corporations réussissent à démontrer par la publicité qu’un système de santé public est dangereux, les féministes (comme les autres groupes sociaux) ne peuvent gagner sur ce terrain-là.

  • Moukmouk, votre commentaire est très juste.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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