Seductio interruptus

 

Connaissez-vous la seductio interruptus ? Plusieurs femmes de mon entourage ont vécu cette mésaventure. Voici un cas type.

Un Québécois, assez séduisant, se met à faire la cour à une célibataire — trop heureuse de rencontrer un homme entreprenant, enfin ! Pendant quelque temps, monsieur multiplie les invitations, les sorties, les petites attentions, etc., avec un certain succès. Un jour, au beau milieu d’un rendez-vous galant, il déclare à madame (avec un air de ti-chien battu) : «Il faut que je t’avoue quelque chose. J’ai une blonde…» ou, pire : «Je suis sur le point de me marier».

Toute son entreprise de drague s’écroule. Madame est bien sûr blessée et très déçue. Elle s’estime trahie.

Je ne veux pas encourager les hommes à tromper leur conjointe, mais disons-le crûment : quand on veut vraiment sombrer dans l’adultère, on ne doit pas avoir d’états d’âme ! Pour atteindre son objectif, il ne faut surtout pas avouer, sur un ton pitoyable : «Heu… T’sé, là, il faut que je te dise quelque chose… Je suis déjà engagé…» Il faut aller jusqu’au bout de la séduction. Autrement, on agit en raté. Et les femmes n’aiment pas les ratés.

Supposons que vous êtes un homme marié ou en couple, et qu’un hasard vous met en présence d’une ravissante créature du sexe opposé qui vous éblouit. Pourquoi pas lui avouer d’emblée toute la vérité ? «Je dois d’abord vous dire que je suis en couple. Mais je tiens vraiment à souligner que je vous trouve très jolie…», etc. Madame sera probablement flattée du compliment. Elle appréciera aussi la franchise de monsieur. Ce dernier aura la satisfaction d’avoir accompli quelque chose.

Mais tout laisse croire qu’un homme qui pratique la seductio interruptus n’aime plus sa conjointe, qu’il rêve d’indépendance et de nouvelles rencontres, et qu’il est trop lâche pour quitter sa partenaire ou du moins prendre ses distances. Au lieu de mettre en place les conditions gagnantes qui lui permettront de flirter en toute liberté, il préfère draguer à moitié, en avouant piteusement qu’il est engagé ; après avoir rompu le charme, il rentre, minable, au foyer conjugal. Il a eu peur du risque. Il s’est dit non à lui-même en faisant semblant de dire oui à une autre. Il n’est pas souverain.

J’utilise à dessein les mots «indépendance», «conditions gagnantes», «non», «oui» et «souverain», car la seductio interruptus et le nationalisme québécois se ressemblent : afficher son manque de sens stratégique, cultiver volontairement l’indécision, ne pas savoir jouer son rôle jusqu’au bout, refuser d’assumer la logique de ses actes, céder à ses peurs, planifier soi-même sa défaite… C’est tellement québécois !

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5 commentaires à Seductio interruptus

  • Un Québécois qui s'assume.... dit :

    Très intéressant cet article. J’aime bien aussi le style.
    En passant, bonne année 2010 à tous.

    Concernant votre paragraphe où l’on parle d’aller jusqu’au bout (autrement on agit en raté…), j’aimerais ajouter que certaines femmes ne s’en font pas trop de fréquenter des gars déjà engagés (si le gars en vaut vraiment la peine, très beau, etc.)… à condition qu’il ne lui dévoile pas qu’il est déjà en couple. Autrement, elle commencerait a avoir un sentiment de responsabilité et cela semble difficile à assumer pour elle. Si elle ne fait que s’en douter, elle peut toujours se dire qu’elle ne le savait pas.

    Ça m’a toujours un peu surpris cette attitude… Cela démontre que pour la femme il est très important de conserver une bonne réputation du moins devant ses pairs. C’est peut-être aussi pour ça que certaines femmes vont dans le Sud, seule ou entre copines, pour vivre des aventures
    torrides loin des regards.

    Su un autre sujet, je connais une fille qui a des principes solides comme le roc. Très responsable, à son affaire, plus droite que ça tu meurs. Elle a un conjoint. Elle est sortie dans un bar pendant les Fêtes et elle a fini ça au motel avec un gars rencontré là-bas. En plus aucune protection. Ça m’a ébranlé un peu de sa part, mais cela m’a fait réaliser que homme où femme, lorsque l’on rencontre une personne dont la chimie est 100% au rendez-vous, les principes peuvent s’envoler rapidement…

  • Cecile Gladel dit :

    Ahhh, oui. Mais cet aspect de la séduction existe aussi lorsque des hommes font tout pour te séduire et s’arrêtent net sans aucune explication…

  • @Un Québécois qui s’assume…: Il y a bien sûr le cas des femmes en apparence célibataires qui entretiennent de longues relations secrètes avec des hommes mariés, en toute connaissance de cause. Les femmes aussi peuvent avoir peur de l’engagement ; fréquenter un homme marié en sachant très bien qu’il ne quittera jamais son épouse, c’est obtenir en secret des petits morceaux de vie de couple sans renoncer, dans les autres sphères de l’existence, aux avantages de la vie en solo.

  • Alex dit :

    Moi je crois que la raison pour laquelle un gars n’avouera pas tout au début d’une telle relation, c’est pour garder du pouvoir et des options. Bien moins de chance d’avoir de la misère à voir une deuxième blonde qu’une maîtresse qui a plus de chance de voir quelqu’un d’autre. Et comme il est dit dans le livre, la vérité toute crue ce n’est pas toujours très intéressant à une époque où on idéalise tellement l’Amour.

    En cas de doute sur son statut de blonde ou maîtresse, et c’est pareil pour l’autre sexe, juste à observer la place qu’une personne nous laisse dans sa vie. À moins d’être acrobate, on intégrera pas à sa vie sociale ou familiale 2 femmes.

  • @italienne dit :

    Bonjourno, M. Marsan,
    Comme cela ressemble a un coït interrompu dans le milieu du plaisir, soit tu dois te retirer pour la bonne cause de ta situation (diverse pour chacun).
    Souvent, quand la personne sent la soupe chaude ou l’engagement, etc., il préfère ne pas investiguer. Dommage, car il y a des relations qui peuvent être intéressantes dans la mesure du vouloir.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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