Il est né le divin célibataire

 

Dans quelques jours, ce sera Noël. Et Noël célèbre la naissance du célibataire endurci le plus influent en Occident : Jésus de Nazareth.

On oublie souvent à quel point le christianisme fut une révolution dans les relations hommes-femmes. Auparavant, le couple existait, le mariage était une institution importante, mais la fidélité n’était pas un incontournable (surtout pour les hommes, qui ne se gênaient pas pour aller voir ailleurs…), et les comportements sexuels étaient variés, de la copulation gênée dans le noir jusqu’aux parties de jambes en l’air les plus olé-olé.

La doctrine de Jésus a complètement bouleversé cet ordre des choses.

En théorie, le Christ prêche l’amour : «aimez-vous les uns les autres». En pratique, il ne favorise pas les relations hommes-femmes : «L’enseignement de Jésus de Nazareth est celui d’un célibataire qui s’adresse à des célibataires ou à des hommes qui ont pour lui délaissé leurs femmes», souligne l’historien Jean-Claude Bologne dans son Histoire du célibat et des célibataires (Hachette Littératures, 2007). «S’il y a autour d’eux des femmes — Marie de Magdala est la plus connue —, elles n’interviennent ni dans la prédication, ni dans l’organisation spirituelle, et encore moins dans la vie sentimentale du Christ et de ses apôtres.»

Les premiers chrétiens n’ont pas mis de temps à manifester une obsession pour le mariage à vie, avec l’obligation de fidélité, et l’exigence de la chasteté dans toutes les autres situations de l’existence. Ce mode de vie austère surprenait beaucoup à l’époque — ça ne s’était jamais vu, sauf chez quelques sectes. Même la sexualité dans le mariage était suspecte aux chrétiens ; dans leur esprit, ce qui se passe sous les couvertures n’a pour fonction que la reproduction, la famille, pas le plaisir.

Il a fallu plusieurs siècles aux Églises chrétiennes pour imposer l’idéal du couple-marié-uni-pour-la-vie, au fil d’un long processus de répression des comportements de séduction et des pulsions sexuelles. Le christianisme a réussi à modifier les mentalités, mais il n’est pas parvenu à domestiquer complètement les comportements — au Moyen Âge comme à notre époque, le voeu de chasteté des membres des ordres religieux est un sujet de controverse.

Faut-il rappeler que pendant 425 ans, du premier voyage de Jacques Cartier jusqu’à la mort de Maurice Duplessis, le Québec a été très, très marqué par le christianisme ? Une société de fondamentalistes, de fous de Dieu. Dans les années 1960, le rejet de l’Église a été radical, et depuis cette date l’institution religieuse est discrète, mais l’influence du christianisme est encore visible. Quand je vois des célibataires rêver d’une relation-pour-la-vie exclusive et fusionnelle, je vois un héritage de l’idéal chrétien (et aussi, comme je le souligne dans un billet précédent, une influence du romantisme manière XIXe siècle). Et j’ai noté dans un autre billet sur le christianisme que des comportements typiques d’une société marquée au fer rouge par l’Église sont encore visibles de nos jours au Québec (surtout chez les hommes) : peur des femmes, silence, repli sur soi, culpabilité… Des comportements que l’on observe aujourd’hui chez des jeunes qui n’ont pourtant pas connu le Québec ultrareligieux d’avant la Révolution tranquille.

*****

Sur ces mots, je vous souhaite un excellent Noël, une bonne et heureuse année 2010, santé, prospérité, gloire, etc., et surtout de l’amour ! Tout plein d’amooouuuur ! (Et un amour réaliste, que l’on peut vivre concrètement, pas un rêve irrationnel de fée des étoiles ou de prince charmant sur son foutu cheval blanc…)

Emmanuelle et moi, nous serons en congé de publication dans ce blogue pendant les Fêtes (mais je répondrai aux commentaires et aux courriels, et je serai aussi actif sur Twitter). Nous vous retrouverons sur le blogue au début du mois de janvier.

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4 commentaires à Il est né le divin célibataire

  • Loïc dit :

    Bonnes fêtes à vous aussi ^^

  • @italienne dit :

    Merci de nous lire et de répondre quand cela est opportun. Je vous souhaite, sans prétention, du travail et des opportunités de vous dépasser dans ce que vous faites. La vente de votre livre et peut-être un nouveau en route qui sait…
    Bonne Année, et que l’Amour vous frappe si ce n’est pas déjà fait.

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    Chère @italienne,

    C’est moi qui vous remercie de nous lire si régulièrement. Bonne année 2010, et tout l’amour que vous désirez !

  • Pascal dit :

    Tout comme dans l’air du temps, à partir d’un ouvrage, on essaie de défendre une thèse. Vous auriez mieux fait de lire des classiques sur ce sujet afin de nuancer votre position. Cela vous éviterait ainsi de tomber dans des raccourcis truffés de démi-vérités. Au sujet de Jésus, allez relire les évangiles, et vous constaterez avec surprise que lui-même ne fait aucun discours, encore moins aucune affirmation sur la sexualité. Par deux fois, cependant il parle de la sexualité (mariage) en répondant par une question à une question. C’est tout. Et puisque vous parlez des cultures avant le christianisme, là encore, vous feriez mieux de lire ces classiques si divers et compétents que je vous propose. Vous y découvrirez des sociétés qui, loin des fameuses orgies romaines, partageaient les valeurs les plus banales du XXe siècle, et sans doute du XXIe : un homme rencontre une femme (ou l’inverse !) ; ils se plaisent, se marient, essaient d’être fidèles l’un à l’autre, et font des enfants avant l’inévitable désenchantement.

    Voici quelques classiques qui aideraient à mieux cerner cette question aussi complexe que la sexualité humaine elle-même:

    -Michel Faucault, Histoire de la seuxualité, t. 1 et 2
    -Peter Brown, Le renoncement à la chair: virginité, célibat et continence dans le christianisme primitif
    -Wilhelm Reich, L’irruption de la morale sexuelle
    -Uta Ranke-Heneman, L’Église catholique et la sexualité
    -Jean-Louis Flandrin, Un temps pour embrasser
    -Pascal Quignard, Le sexe et l’effroi
    -Jean-Noël Robert, Eros romain
    -Paul Veyne, Amour et sexualité en Occident
    -Jean-Claude Guillebaud, La tyrannie du plaisir

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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