Emporte-moi… et mets-toi nue

 

J’ai visité hier au Musée national des beaux-arts du Québec (au centre-ville de Québec) une excellente exposition d’art contemporain sur «le pouvoir d’enchantement et d’anéantissement de l’amour» (selon le programme officiel), Emporte-moi. Une quarantaine d’oeuvres en tous genres (vidéos, photos, collages, sculptures, installations, etc.), réalisées un peu partout en Amérique du Nord et en Europe des années 1960 à nos jours, qui explorent les arcanes de la séduction, de la rencontre, du couple, de la rupture et du chagrin amoureux.

Mes préférées :

  • la vidéo You Got To My Head de Diane Borsato (2009), où l’on voit deux amoureux chanter un standard romantique en puisant l’oxygène dans la bouche du partenaire (un thème similaire est exploité dans la vidéo Mouth to Mouth de Stephanie Smith, 1995) ;
  • la vidéo Portraits : Je t’aime de Rebecca Bournigault (1999), sur la difficulté de dire «Je t’aime» et autres confidences devant le regard d’une caméra ;
  • les cagoules pour amoureux et le siège pour couples de Christelle Familiari (1998) ;
  • Arrangement, le baiser d’Ange Leccia (2004), tête-à-tête amoureux d’objets inanimés, mais intenses ;
  • la Suite vénitienne de Sophie Calle (1980-1994), récit illustré de la filature d’un inconnu à Venise ;
  • le couple kitsch Le mystère de l’amour (1992), du duo d’artistes Pierre et Gilles ;
  • et le film Kiss d’Andy Warhol (1963), uniquement composé de gros plans de couples en train de s’embrasser sur la bouche, pendant 54 minutes.

L’exposition Emporte-moi est retirée de l’affiche aujourd’hui, malheureusement.

Ça vaut tout de même la peine de se déplacer au Musée pour une autre exposition, Le nu dans l’art moderne canadien (jusqu’au 3 janvier 2010). Un concentré d’érotisme : portraits divers et variés, nus en plein air, abstractions et autres genres expérimentaux…

On y voit même des portraits de femmes avec des poils pubiens. Des poils ! Ça peut paraître banal, mais cet élément naturel était très subversif pendant l’époque couverte par l’exposition (de 1920 à 1950), et il l’est encore aujourd’hui — vous avez peut-être remarqué que la pornographie des 20 dernières années s’acharne à éliminer toute pilosité sur les organes génitaux, comme si le poil était obscène.

Le nu dans l’art moderne canadien nous ramène à une époque pas si lointaine où un artiste peignant ou sculptant un nu était susceptible de perdre son emploi, d’être obligé de s’expliquer avec la police… Ce qui arriva en 1949 au sculpteur montréalais Robert Roussil : sa grande oeuvre en bois La Famille, qui arbore un sexe mâle, avait beaucoup choqué.

Autre cas d’espèce : en 1933, une toile de la peintre québécoise Lilias Torrance Newton, simplement intitulée Nu, a provoqué l’ire des bien-pensants. Ce qui les révoltait le plus, ce n’était pas la représentation du corps flambant nu d’une jolie femme, mais le fait qu’elle porte des… souliers. Ces souliers signifient que cette femme nue s’est (oh scandale) déshabillée… Il y a donc une différence entre nu et nudité (différence que les textes de l’exposition expliquent avec clarté ; je me suis couché moins niaiseux dimanche soir).

(Sur la photo : cette sculpture en aluminium à l’entrée du Musée national des beaux-arts du Québec, réalisée en 2008 par Jean-Pierre Morin, est intitulée Trombe. Pour ma part, j’y vois plutôt un spermatozoïde géant. Ou un testicule inversé.)

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À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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