Les relations hommes-femmes pendant la Révolution tranquille
À l’époque du «Maître chez nous», de la pilule contraceptive et du déclin de la pratique religieuse, les Québécois devaient draguer avec une belle assurance, croit-on.
J’ai mis la main sur un petit livre daté de 1965 qu’une de mes amies a déniché dans une vente de garage : La Canadienne française et l’amour ou l’homme démystifié, par le journaliste Pierre Léger (Les Éditions du Jour). La préface est signée par nul autre que le psychiatre Camille Laurin, qui s’illustrera 12 ans plus tard en pilotant la Loi 101.
Sollicitées par Pierre Léger, 146 femmes, principalement des 15-40 ans, avaient accepté de répondre à un questionnaire sur les hommes. Les résultats sont peu favorables à ces messieurs… Pierre Léger écrit : «la quasi-unanimité des témoignages laisse supposer qu’il existe chez le mâle canadien-français une peur profonde de la femme, et que cette peur se traduit souvent par un comportement autoritaire ou par des infidélités nombreuses, ou par une fuite dans l’alcool.»
Les jeunes femmes interrogées par Pierre Léger remarquent que leurs parents ne se parlent pas, ou si peu. Règle générale, les couples d’avant la Révolution tranquille faisaient l’amour par devoir conjugal et se sacrifiaient pour leurs nombreux enfants. Enfermés dans cette institution statique qu’était le mariage, résignés à leur sort.
Ces jeunes femmes des années 1960 devaient avoir une grande envie de flirter en toute liberté, de réinventer la relation de couple, peut-on penser aujourd’hui. Et pourtant… Un autre extrait du livre de Pierre Léger : «”Nous, on croit que l’amour, c’est le centre de la vie”, proclame, au nom d’un petit groupe de ses compagnes, infirmières comme elle, Jeanne S…, 22 ans, de Sherbrooke. “Mais avant de se marier, il faut SORTIR. Voyez-vous, c’est en SORTANT que vous connaissez les deux côtés de la médaille. Les filles sont encore attachées à l’image du prince charmant. Elles se réveillent déçues, le lendemain du mariage. Et ça, ce n’est pas seulement la faute à l’homme.”»
La peur des femmes, le repli sur soi… Le refus de sortir, de faire des rencontres… L’espérance du prince charmant… C’est le Québec de 1965 et d’aujourd’hui.

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
L’espérance du prince charmant…
Est-ce vraiment différent de nos jours ? Pas chez certaines en tous cas, on a qu’à lire certains blogues féminins pour retrouver des phrases comme “J’attends mon prince”…
Salut Mazsellan, comment va ?
Pour en finir avec le prince charmant… Je suis en train de lire un autre livre (eh oui, j’ai toujours le nez fourré dans les livres…), un petit bouquin français à l’humour acide, Le manuel du parfait goujat (de Sabine Duhamel, éditions Groupe Vocatis, 2009). L’auteure pose une bonne question : si les femmes exigent le prince charmant, les hommes ne sont-ils pas en droit d’exiger une princesse charmante ? Soyons logiques !
Voici quelques extraits du Manuel du parfait goujat qui démontrent bien que les exigences démesurées des femmes (le grand amour, le prince charmant ou rien, etc.), sont absurdes :
- «une princesse apparaît toujours impeccablement apprêtée, coiffée et fardée… et ce quel que soit le moment de la journée;
- une princesse est, par essence, un être délicat, dont l’organisme ne connaît ni flatulence, ni éructation, ni pilosité indisciplinée;
- une princesse ne s’exprime qu’à bon escient, avec des mots choisis, et sans écart de langage aucun. Jamais…;
- une princesse s’habille en princesse (…), porte des talons hauts et des dessous dignes de ce nom, qui conviennent à son rang… et à son prince;
- une princesse garde toujours le sourire (…);
- une princesse n’oublie jamais que c’est le prince qui s’est tapé le boulot; elle lui en témoigne donc une infinie gratitude (sans prince charmant pour les tirer du lit, Blanche-Neige et la Belle au bois dormant seraient toujours en train de ronfler; sans prince charmant pour ramasser ce qu’elle laissait traîner, cette écervelée de Cendrillon marcherait encore en sabots… (…)»
Alors… réclamons à hauts cris la fin des contes de fées et les conséquences néfastes des contes et histoires.
Manifestement, comme les billets de loterie donnés en cadeaux, il faut faire une campagne de dénonciation contre les histoires pour enfants.
L’équilibre mental des générations futures est menacé.
Combien de grenouilles une princesse doit embrasser avant de trouver son prince charmant?
Une fois trouvée cette grenouille, je crois qu’elle doit la traiter en prince afin qu’il devienne son Roi.
Un papa inquiet pour sa princesse.
André Legrand