Un vendredi soir rue Crescent
Voici une petite anecdote, souvenir personnel de (non) drague à la québécoise.
À la fin du mois d’août dernier, un vendredi soir, une amie et moi avons rendez-vous rue Crescent, au centre-ville de Montréal. Pas que nous soyons si friandes des bars qui peuplent cette artère achalandée, mais nous voulons suivre à la trace un chef cuisinier que nous apprécions particulièrement et qui avait alors changé de restaurant.
L’établissement en question se trouve au-dessus d’un bar bien connu de la métropole, ouvert il y a quelques années sous l’impulsion d’un célèbre coureur québécois de Formule 1, Jacques Villeneuve pour ne pas le nommer.
Après un excellent souper, mon amie et moi décidons de faire oeuvre utile en étudiant les comportements de séduction de la faune de la rue Crescent. Guillerettes et prêtes à de nouvelles aventures, nous descendons les quelques marches qui séparent le restaurant du bar pour nous installer au comptoir. Autour de nous, une flopée de jeunes femmes sexy rivalisent d’invention pour attirer l’attention des quelques mâles assis ici et là. L’une d’elles porte une robe très légère, d’un rouge flamboyant, qui ne semble tenir qu’à un fil.
Les mâles en question, regroupés par deux ou trois, s’ingénient pour leur part à se comporter comme si les appétissantes créatures autour d’eux n’existent pas. Ils évitent de croiser leurs regards, se replient sur leurs conversations (de gars). Mon amie m’a cependant assuré que son voisin de gauche lui a presque adressé la parole lorsque je l’ai laissée seule pour aller aux toilettes quelques instants…
La soirée avance et il ne se passe rien de rien. Les hommes et les femmes restent sur leurs positions, serrés les uns contre les autres en deux groupes compacts comme des bancs de poissons, sans doute pour éviter les contacts avec l’autre sexe… Quand soudain, coup de théâtre !, mon voisin de droite, un homme dans la soixantaine complètement ivre (qui menace d’ailleurs de s’effondrer sur mon épaule depuis un bon moment), commande une bouteille de champagne et demande à la serveuse de verser le divin nectar dans deux coupes qui nous sont destinées. Stupeur et tremblements !!!
«Je te laisse gérer ça, moi je ne sais absolument pas quoi faire», me souffle à l’oreille mon amie. Je prends donc la situation en main : je dis merci à notre bienfaiteur et je fais un brin de causette avec lui. L’homme, totalement éméché, a bien du mal à articuler une phrase complète. Il continue à ingurgiter verre sur verre. Il interpelle une marchande de fleurs qui venait d’entrer ; lui arrachant ses roses des mains, il en choisit deux et nous les offre. Nous sommes littéralement pétrifiées de surprise.
Pendant ce temps… Un groupe de jeunes hommes manifestement d’origine africaine, à l’autre bout du comptoir, suit d’un oeil hilare le petit manège du poivrot. L’un de ces jeunes mâles finit par se glisser sur le siège libre à côté de mon amie. Ils discutent de bon coeur. Avant de quitter le bar (il le fallait bien : notre mécène improvisé commandait une deuxième bouteille de champagne…), mon amie et son interlocuteur échangent leurs numéros de téléphone. Ils se sont revus pour prendre un verre la semaine suivante.
La morale de cette soirée sur Crescent ? Mesdames, lorsque seuls des sexagénaires ivres ou des ressortissants d’autres pays sont prêts à vous adresser la parole un vendredi soir dans un bar, on touche le fond du baril…

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Wowwww mais les hommes et femmes ont un grave problème de communication au Québec ! C’est pas possible d’en arriver là ! Et pourquoi s’ingénient-ils à éviter le regard des femmes et à se comporter comme si elles n’existaient pas ?
Que se passerait-il si l’un d’entre eux oserait ne serait-ce que la regarder un petit peu ? Bref, ça parait très compliqué là-bas chez vous, très codifié ^^
Et quand elles ne sont pas regardées, ni abordées, comment réagissent-elles ?
Et la spontanéité dans tout ça ? C’est interdit ?
Vous me demandez ce que font les femmes quand elles ne sont ni regardées ni abordées… Eh bien, elles n’ont d’autre choix que de prendre les devants ! Au Québec, les rôles sont inversés, par la force des choses.
Les Québécois draguent moins parce qu’ils sont moins machistes. Si une femme veut avoir un homme, elle n’a qu’à aller le chercher. Câlicez-nous la crisse de paix avec vos reproches.
Merci Emmanuelle d’avoir répondu à ma question, effectivement c’est le monde à l’envers !
Les hommes ne draguent plus? À la place de vous plaindre, commencez donc à vous questionner, peut-être que ça a quelque chose à avoir avec VOTRE ATTITUDE… Tu regardes une femme sur la rue et tu ne reçois qu’un air de dégoût comme réponse, ça vous écoeure qu’on vous regarde ben allez vous faire voir. Et commencez donc à nous draguer vous autres pour voir, c’est toujours à l’homme que revient la tâche de draguer… on est tannés, draguez-nous. Vous êtes capables d’être pompier, chauffeur de camion, policier etc., mais vous êtes pas capables de draguer…
Madame Gril, vous dites que les femmes prennent les devants. À quel endroit? Donnez-nous une adresse qu’on aille voir ça vite.
Force est d’admettre que certains lecteurs ont la même réaction un peu colérique. Ça se comprend, on se retrouve avec une explication toute simple: ça ne nous est plus vraiment permis. En fait, certains peuvent se le permettre. Pour le commun, même dans le cas d’une approche irréprochable, se faire rembarrer vite fait comme un malpropre tue pour longtemps l’envie de récidiver. C’est pourquoi il est compréhensible de lire la colère de certains lecteurs.
Il me tarde de lire votre livre. C’est justement sur cette section concernant le problème de communication entre hommes et femmes qui m’intéresse.
À Alain,
Je ne suis nullement au colère, j’observe juste ce qui se passe autour de moi, ça m’amuse de voir combien les gens peuvent compliquer leur existence alors qu’il suffit justement d’enlever tous ces “isme” et tous ces “iste” de notre cerveau pour que la communication entre hommes et femmes puisse s’améliorer.
La spontanéité quoi ^^
Et puis si une femme ne veut pas être abordée, bah c’est son problème. Pas le mien. Mais je peux comprendre que certains ressentent de la colère car ils sont un peu désabusés…
Bonjour Alain,
Vous pouvez vous procurer notre livre en librairie ou le commander sur le site des Éditions de l’Homme. La question de la communication hommes-femmes y est effectivement abordée, ainsi que plusieurs autres thèmes, notamment les attentes démesurées par rapport à l’autre sexe, l’impact du féminisme, etc. Il ne s’agit pas d’un livre de recettes car nous n’avons pas de solution miracle à proposer. En revanche, nous suggérons plusieurs pistes de réflexion, qui je l’espère, pourront faire un peu avancer les choses et aider à renouer le dialogue entre les hommes et les femmes!
Bonjour,
Je crois que le fait que vous étiez deux était sûrement très intimidant.
Je suis sûr que beaucoup d’hommes en vous voyant toutes les deux croyaient que ce seraient impromptu de venir interrompre votre conversation (ou votre sortie ENTRE FILLES). Combien de fois a-t-on entendu des filles sortir ensemble qui disent “On est venu ici pour s’amuser. Pas pour se faire achaler par des gros laids!”
La drague est une prise de risque en séduction qui repose (je crois… je rappelle que je suis le moins expert du Québec – c’est tout dire – sur la question!) sur 2 facteurs:
1- l’incertude que la femme veut être draguée (en ce cas-ci, la
probabilité diminueait du fait que vous étiez deux);
2- l’incertitude que la femme soit prête au compromis si vous
n’êtes pas son genre… car soyons honnêtes avec nous-mêmes: 95%
des femmes veulent les 5% d’hommes qui sont soit des “George
Clooney” ou pire d’authentiques hommes des cavernes! L’ado
attardée qui sommeille au fond d’elles rêve du premier, la
femme des cavernes qui sommeille elle aussi rêve du second. La
plupart ne l’admettront pas en ces termes mais on a des yeux pour
observer! Nos chances à nous les gars dépendent de leur degré de
maturité ou de gros bon sens qui leur font réaliser la futilité de
persister à compétitionner avec 95% de la gente féminine pour 5%
de la gente masculine.
Aussi, vous étiez bien gentilles de ne pas éconduire le vieil ivrogne, car du point de vuw politiquement correct vous étiez en droit de le faire, mais avec les deux Africains, ce n’est pas eux qui auraient passé pour des harceleurs si vous les aviez éconduits, mais vous qui auriez passé pour des racistes!!!
Le politiquement correct fait que le risque en drague tombe sur le dos de la femme quand un néo-québécois est concerné.
Chères dames et demoiselles,
Au lieu de vous plaindre, je suggérerais de vous regarder un instant dans le miroir et de vous poser des questions sincères…
Je crois que tout est simplement question de sourire et d’attitude. Si nous, les hommes québécois, ne tentons pas de premiers pas, c’est parce que vous avez un air renfrogné pour la plupart et souvent. Je le constate à tous les jours, sur la rue, dans l’autobus, etc. Jeunes et moins jeunes, belles ou moches… c’est souvent ça qui est tellement peu attirant que ca en devient carrément freinant.
Arrêtez d’attendre après le prince charmant et de décharger vos frustrations sur les hommes… épanouissez-vous et soyez heureuses vous-même. Si vous voulez un prince charmant, pour l’attirer à vous, vous devez devenir vous-mêmes des princesses charmantes. On attire ce qu’on mérite à la fin. Vous aurez l’air moins bêtes et coincées dans votre non-verbal et votre attitude en général. Je peux vous assurer que vous aurez une foule d’hommes qui vous tourneront autour et n’hésiteront pas à aller vous parler. Voilà!
Bisou
François