Quelques trouvailles (2)
Pour se mettre dans l’ambiance du Salon du livre de Montréal, qui ouvrira ses portes demain, voici mes premières impressions sur deux nouveautés littéraires québécoises. Deux livres qui approfondissent des thématiques exploitées dans Les Québécois ne veulent plus draguer : la pornographie et la postmodernité.
De la porno à huit ans
Martin Bisaillon et Isabelle Maher, journalistes au Journal de Montréal, viennent de lancer un petit bouquin aussi succinct que percutant sur l’hypersexualisation des jeunes, Buffet à volonté sur le Web. Enquête sur les ravages du XXX chez nos enfants (Les Intouchables). Les auteurs démontrent, statistiques et témoignages à l’appui, que la consommation de porno débute à un âge toujours plus précoce — parfois dès huit ans ! —, peut devenir une pratique compulsive et provoquer d’énormes problèmes tant sur le plan physique que psychologique.
Certains jeunes se lancent dans une sexualité de performance calquée sur le modèle porno, génitalité égoïste et mécanique qui peut devenir agression, viol. D’autres surconsommateurs de porno s’isolent socialement, ne parviennent plus à entrer en relation, n’ont plus de vie sexuelle (outre des marathons de masturbation). Après avoir baigné pendant des années dans un univers parallèle, ces épaves vont de thérapie en thérapie pour tenter de retrouver l’estime d’eux-mêmes et une vie affective normale. Et on ne parle pas ici de «vieux cochons» finis, mais de jeunes de 17 ou de 22 ans qui ont plusieurs années de consommation effrénée de porno à leur actif ! Épeurant…
Malgré le raz-de-marée porno, l’âge de la premìère relation sexuelle (15-16 ans) n’a pas bougé depuis dix ans au Québec. Ce qui laisse croire que le XXX s’attaque surtout à ce que nous avons de plus précieux : l’imaginaire. Nos représentations de l’Autre. Notre vision de l’amour et de la sexualité.
Le vide de la postmodernité
J’ai été très impressionné par un petit livre consacré au cinéaste québécois Bernard Émond, La perte et le lien. Entretiens sur le cinéma, la culture et la société (Médiaspaul). Le réalisateur de La Neuvaine et de La Donation est longuement interviewé par le critique de cinéma Simon Galiero. Outre ses propos sur ses films documentaires et de fiction, Bernard Émond parle avec beaucoup de pertinence de la médiocrité de nos élites politiques, de l’effondrement de la gauche, de la dégradation du système d’éducation québécois, de la pauvreté de nos débats, etc.
Il déplore notamment les ravages de la postmodernité. Après la Révolution tranquille, rupture historique qui était sans doute nécessaire, les Québécois ont jeté le bébé avec l’eau du bain en reniant le vieux fond philosophique chrétien qui avait si longtemps structuré leur pensée et leur culture. Cette coupure avec le passé, devenue fuite en avant, a ouvert la porte aux pires niaiseries : relativisme absolu (tout se vaut et ne vaut rien), rectitude politique, pensée magique, nivellement par le bas généralisé, loi du moindre effort, et tant d’autres insignifiances. (Si vous avez vu les films de Bernard Émond, notamment La Neuvaine, vous aurez constaté à quel point ce cinéaste tente de nous reconnecter avec certaines valeurs pré-Révolution tranquille, dans une perspective humaniste — Bernard Émond est non croyant.)
La perte et le lien est le genre de bouquin qui permet mieux comprendre les changements très profonds qui ont marqué le Québec depuis la Révolution tranquille, cette perte du passé et cette misère du lien social qui influencent toutes les dimensions de notre existence (y compris les relations hommes-femmes). Notre société a tellement changé… mais tout laisse croire qu’elle n’a pas évolué pour autant.
- Cette semaine, ne ratez pas l’occasion de me rencontrer au Salon du livre de Montréal

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Certains jeunes se lancent dans une sexualité de performance calquée sur le modèle porno, génitalité égoïste et mécanique qui peut devenir agression, viol.
== Viol vraiment ? une étude faite au Japon montré que le porno faisait diminuer le nombre de viols.
Ensuite je ne vois pas en quoi le porno serait responsable de la quasi disparition de la drague au Québec.
En Italie aussi ils ont le porno est pourtant ça drague toujours.
@ferz : Dans le bouquin Buffet à volonté sur le Web, il y a des témoignages de gens qui font un lien entre leur surconsommation de porno et les agressions sexuelles dont ils se sont rendus coupables.
La pornographie a aussi tendance à isoler les gens, à les enfermer dans un univers artificiel et sans âme, à un tel point que les gros consommateurs finissent par se désintéresser de la sexualité tangible, concrète, avec un(e) partenaire en chair et en os. Ces gens-là ne deviendront pas des violeurs, mais des individus très solitaires, incapables d’entrer en contact avec quelqu’un.
Je n’ai jamais dit que la pornographie est responsable de la quasi disparition de la drague au Québec. J’observe simplement que la pornographie est un phénomène parmi tant d’autres qui contribuent à isoler les gens socialement.
Et en Italie, il y a une forte culture de la drague, culture qui n’existe pas au Québec -malheureusement…