C’était en 1989

Il y aura bientôt 20 ans, le 6 décembre 1989, un jeune homme assassinait 14 jeunes étudiantes de l’École polytechnique de l’Université de Montréal en hurlant : «Vous êtes toutes des féministes !» Effroyable, monstrueuse tragédie que les Québécois commémoreront dans quelques semaines.
Je veux aujourd’hui insister sur deux autres événements qui ont marqué l’an de grâce 1989, quelques mois avant le traumatisme de Polytechnique : l’affaire Daigle-Tremblay et la première publication de Père manquant, fils manqué. Des événements qui ont durablement influencé les relations hommes-femmes au Québec.
Pendant l’été, l’affaire Daigle-Tremblay battait son plein. Chantal Daigle était cette jeune femme qui avait quitté un partenaire violent, Jean-Guy Tremblay, alors qu’elle était enceinte de 18 semaines. Elle avait décidé d’interrompre sa grossesse, mais Jean-Guy Tremblay s’y opposait ; le 26 juillet, il a obtenu en Cour d’appel du Québec une injonction empêchant son ex-conjointe d’aller de l’avant malgré un jugement historique de la Cour suprême en 1988 (l’arrêt Morgentaler) stipulant que l’avortement n’était plus un geste criminel au Canada. Situation complètement dingue : Chantal Daigle était devenue la seule femme au Canada ne pouvant avoir recours à l’avortement, sous peine d’amende et d’emprisonnement ! Les pro-vie et pro-choix s’affrontaient quotidiennement ou presque. L’affaire a tenu le pays en haleine jusqu’au 8 août, lorsque la Cour suprême du Canada a levé l’injonction du tribunal québécois. Chantal Daigle s’était réfugiée secrètement à Boston pour obtenir une interruption volontaire de grossesse.
L’affaire Daigne-Tremblay fut un choc pour tous ceux qui croyaient que le corps d’une femme appartient de plein droit à la principale intéressée, et qui croyaient aussi que le principe de l’égalité hommes-femmes obtenu de haute lutte par les féministes était un acquis définitif. (Jean-Guy Tremblay, pour sa part, reviendra dans l’actualité judiciaire au cours des années 1990-2000 : il sera reconnu coupable de plusieurs cas de violence conjugale.)
L’année 1989 fut aussi celle de la publication de Père manquant, fils manqué, du psychanalyste Guy Corneau. Un ouvrage-choc qui a permis aux Québécois de prendre conscience de la condition masculine. En 1989, grâce à Guy Corneau, la réalité des hommes était enfin devenue un sujet de discussion pour les médias, des spécialistes, des chercheurs, etc., et le grand public (tout comme le Québec s’était intéressé de près, dans les années 1970-80, à la condition féminine).
Et le 6 décembre se produisait le massacre de Polytechnique. Il y a 20 ans, donc, trois événements médiatisés à l’extrême, trois secousses sismiques sur le terrain des relations entre les sexes.
Sans oublier la chute du mur de Berlin, survenue il y a exactement 20 ans aujourd’hui. Cet événement a consacré l’écroulement des idéologies d’extrême-gauche et laissé toute la place à une nouvelle conception de la vie en société qui, on s’en rendra compte au fil des ans, n’est pas des plus excitantes pour la rencontre amoureuse : le néolibéralisme.
En songeant à l’actualité tourmentée au Québec en 1989, je me pose plusieurs questions sur les relations hommes-femmes. Avons-nous progressé depuis 20 ans ? Ou régressé ? Quand j’observe le triste état de la séduction et de la drague au Québec, je suis perplexe…
Qu’en pensez-vous ?






Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Au sujet de la conversation du 11 février sur le plateau de Bazzo.tv vous n’avez peut-être pas remarqué mais tous les interlocuteurs étaient des interlocutrices. Vos conclusions: ce ne sont pas les femmes qui sont castrabtesmais les hommes qui sont mous (et exclus). Il faut dialoguer, c’est vous qui l’avez dit, avec ceux qui sont exclus de la conversation. “Les hommes” sont en train de se redéfinr. En ce qui me concerne le processus est achevé. Voulez-vous connaître le résultat? J’abandonne l’ambition de me mêler à la société des femmes. Vous ne vous intéressez à nous que pour prendre la parole à notre place? Vous n’avez plus besoin de moi. Salut. Si la chose vous intéressait j’ajouteraùi que l’émission en général et ce segment en particulier transpire le mépris et la misandrie. Il est temps que les femmes redéfinissent leur identité parce que vous allez déplorer que les Québécois draguent de moins en moins.
Marc Lépine pour moi était avant tout un raté qui cherchait la gloire d’une façon immonde, à défaut de pouvoir l’obtenir par le mérite. Il a choisi ”les féministes” comme objet de ses frustrations comme d’autres choisissent un resto dans les Pages jaunes! Cela aurait pu être les syndicalistes, les juifs, les capitalistes etc. Les “féministes” (lire ici: femmes qui réussissent) ont été les malheureuses élues. Les relations hommes-femmes, dans cette tragédie, n’étaient qu’un prétexte. J’étais aussi dépressif que lui à l’époque, mais je n’ai jamais envisagé de tuer personne sinon moi-même, c’est pourquoi je n’ai aucune pitié pour lui.
Cela dit, il y a un aspect qu’on oublie de cette tragédie et qui est selon moi beaucoup en rapport avec ce blogue: après la tragédie, on a reproché l’attitude des garçons. On leur a reproché leur manque d’héroïsme et de chevalerie.
Que des femmes de 60 ans et plus aient émis cette critique, cela je le comprenais, mais qu’une féministe comme Nathalie Petrowski ait fait la même remarque, là j’ai fulminé!!!
Désolé, mais quand on condamne la combatitivité chez les mâles dès la garderie parce qu’on la lie au machisme, bête noire suprême du féminisme, qu’on ne se plaigne pas ensuite d’avoir réussi! Les féministes sont anti-galanterie; qu’elles ne se plaignent pas si la chevalerie, extension de la galanterie, ait fini elle aussi dans la même poubelle sociétale.
Je suis sûr que Nathalie Petrowski et consort auraient applaudi une fille qui se serait jetée sur Lépine par solidarité pour ses soeurs, auraient aussi été les premières à critiquer comme du “machisme médiéval” un gars qui aurait fait la même chose!
Par la voix des Nathalie Petrowski de ce monde comme par la voix des mégères qui crient “fait de l’air épais” au premier venu tout en se plaignant que les Brad Pitt/George Clooney de ce monde ne les draguent pas, force est de constater que les femmes veulent le beurre et l’argent du beurre.
Et c’est le menteur qui réussira à leur promettre l’un et l’autre qui emportera la belle!
Et la drague, c’est l’art de mentir…
On est pas sorti du bois!
Bonjour M. Marsan,
Je travaillais à la faculté de droit, mais j’avais quitté de peu. Quand j’ai vu ça aux nouvelles, eh bien. La societe est en mode SOS. Je ne peux comprendre que les rôles soient à cette limite. Une limite de la non-verbalisation des vrais problèmes, des termes où chacun traduit à sa façon dépendant du bagage du vocabulaire.
Moi, je veux me faire une place, dans ce monde où le contrôle est encore très présent c’est difficile.
Vivre et laissez vivre. Qu’est-ce que ça veut dire au fond…
Ces femmes qui ont été les victimes de ce full fru de tueur démontrent que la communication entre les sexes sera à travailler pour devenir vivable, mais à quand !!!!
Année chargée en émotions que 1989! Le temps passe tellement vite…
Je n’oserais pas dire que nous avons progressé dans ce domaine. Les moyens de le faire se sont diversifiés, certes, et ont amené un élément de facilité. Auparavant, on ne pouvait pas se cacher derrière un écran pour draguer, il fallait prendre son courage à deux mains! De nos jours, les gens draguent à gauche et à droite, souvent sous le couvert de l’anonymat, sans complètement se mouiller, de peur de se blesser l’orgueil. Un peu comme s’ils mettaient à l’eau plusieurs appâts en attendant de voir qui y mordra!
Je sais, je généralise… (à peine!)
Bonjour Loïc. Pour Polytechnique, tu es tout excusé. (Pour en savoir plus sur cet événement tragique, il y a un film de fiction, simplement intitulé Polytechnique, qui est sorti en février dernier.)
J’ai visité l’Alsace il y a quelques années (à l’été 2000), Strasbourg et plusieurs localités rurales. Les Alsaciens me paraissaient parfois austères, mais ils faisaient toujours preuve de politesse et de savoir-vivre.
Kikouuu Mr Marsan, prends ton temps rien ne presse ^^ je lis ton blog avec intérêt parce que c’est intéressant, mon commentaire a été écrit à 2 heures du matin (et non 8h53, heure du Québec sans doute). Pour le massacre de Polytechnique, je m’excuse de l’avoir qualifié de “fait divers”, en effet j’avais 9 ans quand cet événement s’est produit dans ton pays, je ne le connaissais donc pas, j’aurais dû en savoir un peu plus en profondeur. Pour la femme dans l’ascenseur, j’avais mal compris alors ! J’avais pensé qu’elle avait eu un comportement agressif à ton égard, peut-être qu’en Alsace cette manière d’agir (hochement des épaules, moue boudeuse etc.) aurait été considérée comme un comportement agressif ou comme un manque total de savoir-vivre…
Au plaisir de te lire. Et à bientôt. ^^
Bonjour Loïc. Votre long commentaire, très intéressant, mériterait une tout aussi longue réponse, mais aujourd’hui, je manque de temps… J’aurai sûrement l’occasion de reparler de plusieurs éléments que vous soulevez.
Je peux déjà vous dire que je suis bien d’accord avec ce que vous écrivez sur la guerre des sexes. Cette guéguerre, inutile et contre-productive, ne mène nulle part. L’homme et la femme forment la même humanité, ils sont condamnés à s’entendre (et ils peuvent en profiter pour s’aimer).
Je suis tout aussi d’accord avec votre idée de mettre les idéologies de côté. Personnellement, je me méfie beaucoup des idéologies. Ce sont des grilles d’analyse que l’on superpose sur nos sociétés, sur nos vies, sur des individus, et tout ce qui ne correspond pas à la grille est considéré inutile ou néfaste… Je préfère les approches pragmatiques, appeler un chat un chat : il faut identifier les problèmes et travailler concrètement à les résoudre.
En terminant, deux réserves.
1) Dans votre commentaire, vous qualifiez de fait divers le massacre de Polytechnique. Je ne suis pas du tout d’accord. Cet événement a été et demeure très traumatisant.
2) Les femmes qui me regardent de travers dans les ascenseurs n’ont pas de “pensées haineuses”, comme vous le dites. Elles sont simplement aux prises avec un problème que j’essaie de cerner le mieux possible dans ce blogue : l’incompréhension et l’incommunicabilité homme-femme.
Lu sur un forum : “Tant que vous continuerez de faire la guerre des sexes, vous serez triste”, c’était écrit par un homme. Je pense qu’il n’a pas tort. Il a même tapé dans le mille car on a souvent tendance à oublier que si l’Homme est l’avenir de la Femme, la Femme est aussi l’avenir de l’Homme. Et que d’avoir une attitude de gueguerre contre l’autre sexe n’apporte aucun résultat constructif, bien au contraire.
J’ai pensé à quelque chose : et si on enlevait toutes ces idéologies en “iste” et en “isme” de notre tête ? Comment vous sentiriez-vous si vous enleviez tous ces “istes” de votre cerveau ? Ces mots (et tous ces préceptes et autres idées parfois dangereuses qui y recèlent) conditionnent notre cerveau et par là donc notre comportement pendant très longtemps, souvent depuis notre plus tendre enfance, ce qui peut engendrer des effets néfastes dans une société, comme on peut sans aucun doute le constater au Québec et aussi dans d’autres pays. Et si, que l’on soit père ou mère, on apprenait tout simplement aux enfants filles et garçons à se respecter soi-même, à respecter sa propre nature d’Homme ou de Femme, à respecter l’autre et à le considérer dans sa globalité, quel que soit le sexe de l’autre, à accepter les différences qui témoignent de la richesse de la vie, à faire ce que l’on a envie de faire dans la mesure on l’on respecte les autres ? Cela est-il possible ?
Le problème se trouve t-il plus souvent dans l’éducation, et les conditionnements, ainsi que dans tous ces matraquages médiatico-politico-idéologiques que les gens subissent pendant tant d’années, ce qui a pour effet de générer des dérives ? Ce qui se passe dans tel pays (les faits divers, le comportement négatif des gens, ou bien comme par exemple l’absence de drague chez les québécois, ou comme ces faits divers que vous venez de citer dans cet article, etc.) ne sont-ils pas le reflet de la société (dudit pays) dans laquelle vivent les gens, comme un miroir ? Le société n’est-elle pas le produit des êtres humains qui la composent (avec leurs lois, leurs pensées etc.), un peu comme le musicien qui compose des morceaux de musique avec ses partitions ? Et si elle se retrouvait face à elle-même, si chacun de nous se retrouve face à nous-même ? Face à nos forces mais surtout à nos faiblesses ? Avec lucidité ?
Quel serait la différence entre une société composée avec le filtre des idéologies, des mots en “isme” et une société composée sans le moindre filtre de quelque idéologie que ce soit ? Les résultats auraient-ils été différents ?
Bref, j’en pose des questions ! ^^
J’essaie de mettre le doigt sur quelque chose mais ce n’est pas simple ^^
Je pense surtout que le vrai problème c’est dans notre cerveau, donc dans nos pensées qui, souvent, précèdent nos actes, nos actions. Et ce, que l’on soit un homme ou une femme. On est esclave de nos propres pensées de peur, de nos émotions souvent négatives, de nos idées toutes faites qu’on se créé. Cette femme qui fait la gueule dans l’ascenseur parce que vous lui avez gentiment parlé en est la preuve la plus cinglante : votre simple présence avait provoqué un conflit dans sa tête générant ainsi des pensées haineuses à votre encontre et elle s’était laissé emportée par celles-ci ce qui explique son comportement condescendant. Et l’on se comporte comme des idiots en votant des lois souvent stupides qui ne font guère avancer les choses ou en se laisser utiliser comme des pions ou pire en luttant contre l’autre. Sur ce point-là, je ne peux pas encore affirmer sincèrement que l’Humanité soit encore civilisée, bien au contraire. À mes yeux, malgré des progrès notables dans le domaine de la technologie, on est encore à l’ère préhistorique, on est encore au stade primitif. Le chemin vers la sérénité de l’esprit et la spontanéité est encore long. Très long.
Qu’en pensez-vous ?