Draguer quatre saisons
Dans le sud du Québec, l’hiver est à nos portes. Au Nord, il neige depuis un bout de temps déjà. Avec l’arrivée du froid et des flocons, bien des Québécois vont devenir grognons et réduiront considérablement leurs activités à l’extérieur. Il est déjà difficile de draguer dans les endroits publics pendant les belles journées d’été ; quand l’hiver s’installe, c’est le désert de glace…
Les Québécois pestent souvent contre l’hiver, le froid, la gadoue, les tempêtes de neige, etc. De novembre à mars, tant de gens refusent les invitations et les occasions de rencontre sous prétexte que l’hiver est hostile. Ces obsédés du confort domestique se réfugient dans un cocooning stérile (ces longues soirées à regarder la télévision). Et après, ils iront se plaindre de la solitude…
Pendant l’hiver, les activités extérieures sont nombreuses et variées pour qui se donne la peine de s’habiller correctement. Cette saison pourrait être favorable à la drague, si on y mettait un peu de bonne volonté. Les râleurs et les paresseux étant enfermés à domicile, on croise sur le tapis de neige des gens dynamiques, souriants, en harmonie avec leur environnement naturel. Et à la fin d’une journée dans le glacis hivernal, on peut inviter quelqu’un à «venir se réchauffer», une expression qui peut avoir plusieurs significations…
Personnellement, j’ai hâte à l’hiver. J’aime sa rudesse, les épreuves quotidiennes qu’il nous impose. (Mon petit plaisir : me balader à pied pendant les pires tempêtes de neige. J’essaie de tenir le plus longtemps possible, jusqu’à ce que mon corps soit entièrement couvert d’une croûte de neige durcie. Les rares passants qui me croisent sursautent comme s’ils avaient aperçu le Yéti.) J’aime aussi le réveil de la nature au printemps : la sève qui dégouline de partout, les rivières qui débordent, tous ces petits et gros animaux concupiscents qui se mettent à copuler… L’été, au contraire, me tombe généralement sur les nerfs, sa chaleur humide m’accable. Ma saison préférée : l’automne, avec sa luminosité oblique et ses couleurs exacerbées, ses feuilles au vent, sa mélancolie romantique.
Au Québec, nous sommes gâtés par la nature. Les énormes variations climatiques qui marquent l’alternance des saisons nous préservent de l’ennui. Qu’est-ce qui nous empêche de développer des techniques de drague mieux adaptées à chaque saison ?

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.