Archive pour octobre 2009
Le coin des «vrais mâles»
Bon, OK, je l’avoue, je suis vraiment en retard dans les nouvelles : je viens seulement de découvrir les capsules web Contrat d’gars, des humoristes québécois Alexandre Champagne et Jonathan Roberge, dont la deuxième saison a été lancée le 13 octobre dernier. Et j’ai découvert avec plaisir leur regard satirique et absurde sur la condition masculine.
Si vous ignorez le concept, il s’agit d’une parodie des émissions de télévision de «vrais mâles», notamment de feu Testostérone sur les ondes de la non regrettée TQS. Dans Contrat d’gars, deux «vrais mâles» tout de poils, de sueur, de chemises à carreaux et de casquettes camouflage reçoivent des invités aussi peu subtils qu’une «porn star de la relève aux États-Unis» ou un gars «qui s’est tapé la fée des dents»… Ils discutent (heu… non, hurlent à pleins poumons) de chasse à l’ours, de chars, de bière, etc. Tout comportement masculin qui n’est pas digne d’un «vrai mâle» relève forcément des «fifs». Et à la fin de chaque clip, les deux animateurs se battent. Musique d’ambiance : du heavy metal. Lire la suite de ce billet »
Le bonheur excessif
On me demande parfois quel est le plus beau livre sur la rencontre et l’amour, l’ouvrage le plus poétique, le plus exalté. Ma réponse est sans équivoque : Le bonheur excessif du Montréalais Pierre Vadeboncoeur. Un livre lancé en 1992, rédigé par un… septuagénaire ! (Vadeboncoeur est né en 1920.)
Bien connu à compter des années 1960 pour son engagement syndical, infatiguable militant indépendantiste dans les années 1970, Pierre Vadeboncoeur est ensuite devenu un essayiste unique au Québec, au style intimiste, limpide et lumineux. Il ne s’exprime pas à la façon d’un universitaire ou d’un journaliste qui expose des faits ou des données, truffe ses textes d’arguments serrés, de statistiques et de références. Sa posture est au contraire celle d’un moraliste, d’un méditatif, qui écrit au «je» et qui ramène tout à des thèmes universels : l’amour, le bonheur, l’art, la liberté, etc.
Depuis le début des années 1960, Pierre Vadeboncoeur a signé une trentaine d’essais. Cette année, il fête ses 89 printemps et ses 60 ans de mariage. Et il écrit toujours. (Pour tout vous dire, j’ai une admiration sans borne pour plusieurs livres de Vadeboncoeur, que j’ai relus je ne sais combien de fois.) Lire la suite de ce billet »
Drague : les Québécois en panne
«Montréal est l’un des endroits dans le monde où il est le plus difficile de draguer une fille», selon Andrew Barton, 29 ans. Il s’agit de l’un des nombreux témoignages recueillis par un journaliste d’un journal hebdomadaire dédié aux francophones de l’Ouest de l’Île de Montréal, Cités Nouvelles.
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Un soir, un bar (7)
C’est à n’y rien comprendre : samedi soir, à 23 h, le bar est presque vide. Et son coin discothèque est désert. Un samedi !
Pour ma dernière virée au bar de quartier que je fréquente depuis une semaine en espérant être témoin de scènes de séduction et de drague (voyez le billet décrivant la méthodologie de cette expérience de terrain), j’ai décidé d’introduire un élément provocateur : j’ai demandé à une amie de m’accompagner.
Jolie, début trentaine (elle paraît plus jeune), vêtue de manière assez seyante, elle s’est assise au comptoir en prenant soin de laisser un siège vide à sa gauche et à sa droite pour que les hommes puissent s’introduire à ses côtés.
Je me suis assis plus loin, à une table, pour l’observer.
Résultat : pas grand-chose… Lire la suite de ce billet »
Un soir, un bar (6)
Hier soir (vendredi), le bar était relativement rempli. Clientèle presque mixte — un peu plus de jeunes hommes que de jeunes femmes. Et quand j’écris «jeunes», c’est la frontière de la légalité : j’ai vu les portiers refuser l’entrée à un groupe d’adolescents incapables de prouver qu’ils ont l’âge de fréquenter les débits de boisson.
J’en suis à ma sixième excursion consécutive dans ce bar d’un quartier montréalais (que je ne nommerai pas, ni le bar, ni le quartier). Pour ceux et celles qui ne sont pas au courant, je me livre depuis bientôt une semaine à une petite expérience sans prétention qui consiste à observer la vie d’un bar, soir après soir, en espérant y surprendre des scènes de drague et de séduction.
Cette expérience confirme ce que je constate depuis de nombreuses années à chaque fois que je mets les pieds dans un bar : ce type d’établissement n’est plus un lieu de rencontre, ni même de socialisation. Les bars sont le plus souvent fréquentés par des groupes (couples, amis, connaissances, collègues, etc.) qui ne se mêlent pas aux inconnus. Et il est improbable que deux solitaires fassent connaissance dans un bar. (Ça arrive, mais c’est l’exception plutôt que la règle.) Lire la suite de ce billet »
Un soir, un bar (5)
Jeudi soir, enfin un peu d’action !
Le bar montréalais (je ne vous dirai pas lequel) que je fréquente tous les soirs depuis dimanche dernier, en espérant y débusquer des scènes de séduction et de drague, a commencé à s’animer. Les jeudi-vendredi-samedi, une salle discothèque ouvre ses portes au public. Jeudi soir, il n’y avait pas grand-monde dans cette grande pièce toute équipée (DJ, jeux de lumière, canapés, etc.). Deux gars dansaient seuls. Quelques jeunes femmes attendaient patiemment dans un coin que quelqu’un les invite à danser… mais personne n’a osé les solliciter.
Dans la section plus tranquille du bar, plusieurs couples se regardaient dans le blanc des yeux. Je suis sûr qu’il ne s’agissait pas de couples établis, mais bien de partenaires potentiels à l’étape des premiers rendez-vous galants. On les reconnaît facilement : ils se sourient tout le temps. Un large sourire, spontané, naturel et complice. Conversations animées, entrecoupées de silences gênés. Parfois, monsieur ou madame rougissait comme une tomate.
Jeudi soir, trois quasi-couples me semblaient ainsi sur le point de se déclarer leur amour : ils se mangeaient du regard, se frôlaient les mains, partageaient des confidences, etc.
Les partenaires d’un couple établi ne sourient pas à pleines dents comme deux tourtereaux qui vivent leurs premiers rendez-vous amoureux. Lorsqu’un couple steady sort dans un bar, c’est pour tuer le temps. Ou alors, pour faire le point sur quelque enjeu : on discute de problèmes domestiques, de projets, etc. Lire la suite de ce billet »

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.