Le bonheur excessif
On me demande parfois quel est le plus beau livre sur la rencontre et l’amour, l’ouvrage le plus poétique, le plus exalté. Ma réponse est sans équivoque : Le bonheur excessif du Montréalais Pierre Vadeboncoeur. Un livre lancé en 1992, rédigé par un… septuagénaire ! (Vadeboncoeur est né en 1920.)
Bien connu à compter des années 1960 pour son engagement syndical, infatiguable militant indépendantiste dans les années 1970, Pierre Vadeboncoeur est ensuite devenu un essayiste unique au Québec, au style intimiste, limpide et lumineux. Il ne s’exprime pas à la façon d’un universitaire ou d’un journaliste qui expose des faits ou des données, truffe ses textes d’arguments serrés, de statistiques et de références. Sa posture est au contraire celle d’un moraliste, d’un méditatif, qui écrit au «je» et qui ramène tout à des thèmes universels : l’amour, le bonheur, l’art, la liberté, etc.
Depuis le début des années 1960, Pierre Vadeboncoeur a signé une trentaine d’essais. Cette année, il fête ses 89 printemps et ses 60 ans de mariage. Et il écrit toujours. (Pour tout vous dire, j’ai une admiration sans borne pour plusieurs livres de Vadeboncoeur, que j’ai relus je ne sais combien de fois.)
Voici quelques extraits du premier chapitre du Bonheur excessif (éditions Bellarmin).
«Un jour, étant jeune, je fis une rencontre majeure et complètement inattendue avec le bonheur, comme si tout à coup, dans un brusque détour du destin, j’avais touché une dynamique inconnue d’existence, qui m’aurait envahi, bouleversant tout en moi. Un bonheur infini s’était emparé de moi. (…) Je connaissais tout à coup la surabondance, l’impossible. Pure liberté, bienfait unique, loisir délicieux, pensée trop heureuse, projet et souhait de chaque heure ! Je ne pouvais rien désirer de plus, ni d’autre. Cette joie agitée m’occupa pendant deux mois, trois mois ; quelquefois des jours durant, me semble-t-il. (…) Jusque-là, je n’avais pas encore compris réellement ce que signifient les mots comme “brûler”, “se consommer”, qu’on lit dans les romans. Je les comprenais maintenant. Je les vivais. C’est un feu. C’est aussi la cause d’une fatigue physique. Je dormais peu, mes nuits étaient écourtées. J’aimais absolument ce sentiment désordonné. C’était un accident du destin, une folie. C’était le contraire de la mort.»
C’est beau, hein ? (Soupir)

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
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