Un soir, un bar (5)
Jeudi soir, enfin un peu d’action !
Le bar montréalais (je ne vous dirai pas lequel) que je fréquente tous les soirs depuis dimanche dernier, en espérant y débusquer des scènes de séduction et de drague, a commencé à s’animer. Les jeudi-vendredi-samedi, une salle discothèque ouvre ses portes au public. Jeudi soir, il n’y avait pas grand-monde dans cette grande pièce toute équipée (DJ, jeux de lumière, canapés, etc.). Deux gars dansaient seuls. Quelques jeunes femmes attendaient patiemment dans un coin que quelqu’un les invite à danser… mais personne n’a osé les solliciter.
Dans la section plus tranquille du bar, plusieurs couples se regardaient dans le blanc des yeux. Je suis sûr qu’il ne s’agissait pas de couples établis, mais bien de partenaires potentiels à l’étape des premiers rendez-vous galants. On les reconnaît facilement : ils se sourient tout le temps. Un large sourire, spontané, naturel et complice. Conversations animées, entrecoupées de silences gênés. Parfois, monsieur ou madame rougissait comme une tomate.
Jeudi soir, trois quasi-couples me semblaient ainsi sur le point de se déclarer leur amour : ils se mangeaient du regard, se frôlaient les mains, partageaient des confidences, etc.
Les partenaires d’un couple établi ne sourient pas à pleines dents comme deux tourtereaux qui vivent leurs premiers rendez-vous amoureux. Lorsqu’un couple steady sort dans un bar, c’est pour tuer le temps. Ou alors, pour faire le point sur quelque enjeu : on discute de problèmes domestiques, de projets, etc.
*****
Dans le métro de Montréal, jeudi en début de soirée, j’ai été témoin d’une tentative de séduction. Ça n’a pas de lien direct avec ma série de billets sur mes soirées au bar, mais je vous raconte quand même.
Une femme assise lisait un livre. Un homme l’a observée pendant quelques instants. Puis il s’est carrément assis juste à côté d’elle et, sans se présenter, il a fait un commentaire sur le bouquin. Madame a été soudainement tirée de sa lecture ; comprenant que monsieur cherchait un prétexte pour entrer en contact, elle n’a su que répondre, elle bafouillait. Elle s’est vite replongée dans son livre, se disant probablement : «Il va finir par s’en aller.» Elle prenait bien soin de ne pas regarder l’homme. Celui-ci a tenté de sauver la face, de sourire. Puis son visage s’est défait. Il est resté planté là, toujours assis à côté de la femme, regardant dans le vide, l’air esseulé.
La méthode du gars n’était vraiment pas au point. Mais de nos jours, il est si difficile de s’inviter dans l’intimité d’autrui…
Dans le métro, je ne saurais vraiment pas quoi dire à une femme pour attirer son attention.
- Tous les billets de cette série : l’introduction, la soirée de dimanche, celles de lundi, mardi et mercredi.

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Vraiment, je trouve que ça prend du courage pour aborder une femme. Je sais que les femmes lorsqu’elles ne sont pas intéressées peuvent être tout à fait bêtes. Quand l’homme ne m’attire pas du tout, mais qu’il ose quand même, j’essaie de rester ouverte et souriante pour éviter le lui briser cet élan qui effectivement n’arrive pas souvent.
Je l’ai appris à 18 ans et je me le rappelle très souvent. J’ai 18 ans, je suis dans un bar. Je suis belle, fière et arrogante comme on l’est souvent à cet âge. Un homme au bar d’environ 40 ans me regarde et me dit : “Aille, t’es vraiment belle.” Et moi, bien insultée qu’il ose me parler, je le fustige du regard. Je n’ai pas le temps de lui répondre de façon impolie qu’il répond à mon regard ceci : “Aille, coudonc, je peux tu te faire un compliment sans que tu sois bête. C’est juste un compliment.” J’ai eu honte, mais tellement honte. Je me suis excusée, je lui ai donné raison et j’ai dit merci ! Mon attitude depuis ce temps a changé et je remercie quand on ose m’aborder et me complimenter ou simplement me démontrer de l’intérêt. Quand l’homme est correct et respectueux.