Un soir, un bar (3)
Mardi soir. Le 5 à 7 fut quelque peu fréquenté, mais ce n’était rien en comparaison avec l’affluence de clients, à compter de 21 h, pour assister au match de hockey opposant les Canadiens de Montréal aux Flames de Calgary. (Le bar montréalais que je fréquente tous les soirs depuis dimanche dernier en espérant y observer des scènes de séduction, pur loisir socio-anthropologique, est pourvu de nombreux écrans de télévision.)
Ainsi, une clientèle à 80 % masculine, venue en bande, engloutissait des pichets de bière en commentant en direct les péripéties sportives télévisées. Pas de musique dans le bar, que le son des téléviseurs.
C’était crotte pour la drague.
J’ai quand même eu du plaisir à suivre un petit bout du match de hockey. Et ici, je dois mettre un bémol sur ce que j’ai pu écrire sur la télévision ; oui, je crois encore et toujours qu’il s’agit du passe-temps solitaire le plus vide qui soit… mais une bande d’amateurs de sport surexcités devant la télé, ce n’est pas la même chose. Ce soir, dans ce bar, il y avait quelque chose de rassurant, humainement parlant, dans le spectacle de ces gars à casquette (et de quelques femmes sans casquette) qui s’exclamaient en choeur, à chaque but des Canadiens : «Yéééééé, câlisse !» Et lorsqu’un goon des Flames s’en prenait à un joueur de la Sainte Flanelle, tout le monde se mettait à crier : « Pénalité ! Pé-na-li-té pour le gros t… ! »
Le hockey… Il y avait longtemps que je n’avais pas pris le temps de regarder les Canadiens s’agiter sur une patinoire. Ça m’a rappelé quelques souvenirs d’enfance, à l’époque où j’aimais vraiment le hockey. Je connaissais par coeur le nom des joueurs de presque toutes les équipes (c’était facile, il y en avait beaucoup moins qu’aujourd’hui). La Soirée du hockey, à Radio-Canada, c’était la messe du samedi soir. Les Canadiens des années 1970, qui ont si souvent gagné la Coupe Stanley… Guy Lafleur en pleine gloire… La moustache, les favoris et l’épouvantable français parlé de Larry Robinson… Les Maple Leafs de Toronto et les Nordiques de Québec, qu’on aimait tellement haïr.
Sur ces belles pensées, j’ai quitté le bar.
Pour la drague, il faudra attendre encore…
- Tous les billets de cette série : l’introduction, la soirée de dimanche, celle de lundi.

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.