Souvenir pornographique

Playboy, août 1983

Je n’ai pas oublié mon premier contact avec la pornographie, au début des années 1980. J’avais 12 ou 13 ans. La scène s’est déroulée chez un ami, en l’absence de ses parents. Un magazine cochon traînait dans le salon (probablement un oubli de la part des parents), périodique soft du genre Playboy. Un choc. Oui, je le dis sans exagérer : mon ami et moi, nous étions soufflés.

La publication sur papier glacé était illustrée de photos de femmes nues de la tête aux pieds, la poitrine et le pubis dénudés, ou encore les fesses à l’air, dans diverses mises en scène (sur la plage, sur le pont d’un yacht, sur des draps de satin rouge, etc.). Stupéfaction : la nudité intégrale !

Avec mon ami, conversations gênées sur les diverses caractéristiques et fonctions du corps de la femme, spéculations à n’en plus finir, questions sans réponses. Nous étions envahis par un mélange de curiosité et de culpabilité, d’excitation et d’angoisse. Il faut dire que l’éducation sexuelle de l’époque ne nous avait pas appris grand-chose (le premier véritable programme d’éducation sexuelle, dans les écoles primaires et secondaires du Québec, a été implanté un peu plus tard, en 1985).

Ainsi, mon ami et moi-même, deux garçons à peine pubères, nous contemplions longuement plusieurs photos montrant des demoiselles entièrement nues. Nous étions excités comme des taureaux en rut, il va sans dire. Tsunami de fantasmes. Et pourtant, le contact avec des créatures du sexe opposé était alors à la limite de notre entendement, nous étions difficilement capables de concevoir les détails d’une relation sexuelle, les préliminaires, le coït, ce qu’il faut dire à la madame pour qu’elle glousse d’excitation, etc. Nous pensions naïvement qu’il suffisait qu’un homme touche aux seins ou aux fesses d’une femme pour que celle-ci explose de plaisir…

Surtout, nous n’imaginions pas qu’il puisse exister un au-delà de ce que nous pouvions voir dans le magazine cochon. Notre compréhension du sexe s’arrêtait à ces images de nudité, les seules qui étaient accessibles à l’époque (âgés de 12 ou 13 ans, il nous était impossible d’acheter des publications hard core en kiosque ou de fréquenter les salles de cinéma XXX, réservés aux clients de 18 ans et plus).

Cette anecdote est somme toute banale. Tous les ados du monde ont les hormones au plafond, ils sont très curieux de la sexualité. Il est normal que les images de nudité les excitent au plus haut point, nourrissent leurs fantasmes, leur imaginaire.

Vingt-cinq ans plus tard… Les adolescents n’ont pas changé, leurs hormones non plus. La pornographie, pour sa part, est devenue une énorme industrie complètement démocratisée, peu coûteuse ou gratuite (notamment sur Internet). La pornographie hard core, beaucoup plus dégradante et violente et que la porno grand public d’il y a 25 ans, est maintenant très accessible, entrée dans les moeurs, et elle contamine tout : la publicité, les vidéo-clips, les magazines dits féminins, les jeux électroniques, etc. En comparaison, un Playboy de 1983 (voir la photo ci-dessus) nous semble innocent et candide. 

Le premier contact avec la pornographie surgit dès l’âge de 11-12 ans, parfois plus tôt, indiquent toutes les études menées auprès des adolescents. Autrement dit, à la découverte des représentations de la sexualité peut correspondre à une pornographie des plus hard. L’éducation sexuelle à l’école, pour sa part, est quasi inexistante (le programme formel implanté au Québec en 1985 a disparu au début des années 2000), et bien des parents se sentent dépassés.

La consommation de porno à un si jeune âge influence forcément les fantasmes, les premiers contacts sexuels, ainsi que les comportements de séduction. Peu de gens en parlent sur la place publique, à l’exception de la sexologue bien connue Jocelyne Robert (voir notamment son essai Le sexe en mal d’amour, 2005) ou encore la sexologue moins connue Valérie Morency, qui a signé l’an dernier un livre intitulé La vie porno de nos ados.

Et vous, votre premier contact avec la pornographie… c’était quand ? et comment ?

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2 commentaires à Souvenir pornographique

  • marie-eve dit :

    Un souvenir complètement oublié jusqu’à maintenant…

    Vers 5 ans, quand une amie du même âge et moi avons regardé des ”comics books” sur papier rêche, beige, vieux, jauni, vous savez avec les dessins faits au contour noir. Plutôt troublant, car ils représentaient tous des situations où la femme était en mauvaise posture. Soumission, agression collective, humiliation… Ça faisait peur de voir ce que des hommes pouvaient faire, à cet âge-là!

    Après, la deuxième fois, 9 ans, en 1985, dans une maison où ”l’hôte” de 13 ans nous a mis un film de son père. Nous étions 7-8, âgés de 8 à 15 ans peut-être. Je me souviens de mon malaise à faire comme si tout était normal alors que c’est la première que tu voies ce genre de truc. Ah ah, j’imagine que les autres aussi tentaient d’adopter une attitude nonchalante et dégagée…

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    Marie-Eve, merci d’avoir partagé vos (mauvais) souvenirs.

    Croyez-vous que la porno puisse influencer les comportements de séduction ?

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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