Sylvain d’Auteuil, directeur général du Réseau Hommes Québec

Voici le cinquième billet d’une série consacrée à quelques spécialistes rencontrés entre 2007 et 2009 pour notre livre Les Québécois ne veulent plus draguer… Ces personnalités jouent un rôle important au Québec dans l’élaboration d’un nouvel ordre amoureux.
Sylvain D'Auteuil
Aujourd’hui : Sylvain d’Auteuil, auteur et directeur général du Réseau Hommes Québec.

Journaliste indépendant de métier, Sylvain d’Auteuil a signé en 2005 un roman décapant sur la drague au Québec, Brad Pitt ou mourir (Les Intouchables). Cette autofiction l’a incité à s’intéresser de plus près à la condition masculine. Il est aujourd’hui directeur général du Réseau Hommes Québec.

Jean-Sébastien Marsan a interviewé Sylvain d’Auteuil en mai 2008. Ils ont discuté de ce que les gars appellent communément «Les Vraies Affaires»… Extraits inédits.

Question : Quel est le mandat du Réseau Hommes Québec ?

Réponse : Le Réseau Hommes Québec est un organisme à but non lucratif d’entraide pour hommes, fondé par Guy Corneau en 1992. C’est le pendant du Réseau Femmes Québec. Et il existe des activités mixtes entre les deux réseaux. Notre mandat, au Réseau Hommes Québec, c’est d’aider les hommes à cheminer vers la réalisation de soi par une juste connaissance d’eux-mêmes. Pour cela, nous offrons un véhicule éprouvé : le groupe de parole. C’est un excellent outil de prévention de la crise existentielle masculine, car en brisant ainsi leur isolement dans un contexte confidentiel et sans jugement, les hommes arrivent à démystifier beaucoup de ce qui leur arrive dans leur vie. Ils apprennent à se responsabiliser face à leur destin pour en devenir le maître d’oeuvre.

De plus, il ne faut pas s’en cacher, il existe très peu d’endroits où les hommes peuvent se retrouver entre eux pour parler d’autre chose que de filles, de sports et de chars. Depuis quelques années, on a d’ailleurs ajouté au mandat l’affirmation de l’identité masculine. Parce que d’être un vrai gars, ce n’est pas juste les stéréotypes qu’on véhicule. Avec Guy Corneau, dans les années 1990, l’important était de mettre des mots sur ses émotions, de révéler son côté yin, de s’exprimer. On le fait toujours, mais on sent aussi qu’il y a toute une génération d’hommes qui a besoin qu’on se mette à tabler sur le côté yang, de s’assumer, d’affirmer sa masculinité, voire de définir un modèle masculin plus complet.

Q. : Les membres du Réseau, que disent-ils sur la séduction ?

R. : Ça dépend de l’âge. La moyenne, dans le Réseau, est de 47 ans. Les célibataires disent souvent : «Ah ! c’est compliqué…». S’ils ne sont pas rendus encore à l’étape où ils se sentent mieux avec eux-mêmes, ce n’est pas acquis qu’ils pourront redéfinir leur condition masculine. On ne peut pas leur dire : «Voici un modèle de l’homme parfait, appliquez-le en 10 étapes faciles et vous serez à l’aise dans votre identité». Il leur faut plutôt prendre des petits morceaux ici et là, qui vont coller à ce qu’ils sont et qui vont donner du sens.

L’homme rose, c’est se situer entre le yin et le yang. C’est comme une horloge figée. Qu’est-ce qu’il y a entre le chaud et le froid ? Le tiède. Et le tiède, c’est l’homme rose. Qui se fait rejeter d’aplomb par les femmes, aussi, parce qu’il n’est pas capable de prendre sa place.

Si t’approche une femme avec ce que t’es, sincèrement, en parlant au «Je», au senti… Il ne s’agit pas de devenir rose, mais de se recentrer. Si une femme s’intéresse à toi, c’est parce qu’elle parle à ta vraie personne, pas à un personnage. Un gars qui n’a pas confiance en lui, qui n’a pas d’assurance, va se planter avec beaucoup de femmes, peu importe la méthode, et à la longue il va finir par croire qu’il va toujours se planter. Il va se dire que c’est de la faute des autres, ou il va s’autoflageller, se dire qu’il ne recommencera plus jamais. «Je ne suis pas bon là-dedans» : on l’entend souvent dans la bouche des hommes.

Il faut voir la drague comme un jeu, quelque chose de ludique. Il faut dédramatiser les situations. Draguer, ça part de soi. Quand on est relax, dégagé, on va rencontrer des gens qui sont dégagés. Une femme te rejette quand tu lui offres qui tu es vraiment ? Pas grave. Elle n’en vaut pas la peine. Même si elle ressemble à Scarlett Johansson, elle n’en vaut pas la peine.

Q. : Scarlett Johansson… Plusieurs personnes m’en ont aussi parlé. Est-ce qu’elle serait en train de devenir une icône féminine ?

R. : Scarlett Johansson, c’est un modèle de femme plus sain parce que c’est une femme qui s’est dissociée totalement du modèle que j’appelle «l’iceberg carriériste». Elle est à l’aise avec ses formes, elle n’est pas parfaite comme un mannequin qui sert de cintre pour porter un morceau linge, qui a l’air d’une rescapée d’Auschwitz. Elle a une telle sensualité… et elle assume son charme. Démaquillée, ce n’est pas le stéréotype pétard, mais elle dégage tellement… Les gars devraient prendre ça comme modèle : l’important, c’est ce qu’on dégage.

Moi, j’ai déjà été presque parfait sur le plan de la forme physique, tout de muscles durs, mais à l’époque j’étais mal dans ma peau et je n’attirais pas les femmes. Aujourd’hui, je n’ai jamais été aussi sédentaire de ma vie, j’ai 35 livres en trop, mais je suis vrai. Et j’attire les femmes. Même que des fois ça énerve ma blonde, elle aimerait que j’attire moins… ! L’idée, c’est d’être à l’aise avec soi. Je ne suis pas à l’aise avec moi-même à 100 %, loin de là, mais avec le chemin que j’ai parcouru, je vois les résultats.

Partager
  • Facebook
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Digg
  • del.icio.us

Les commentaires sont fermés.

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
›››
Nous sommes aussi présents sur Twitter !
À propos du blogue
Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
›››Acheter le livre en ligne
Suivez-nous sur Twitter
    Catégories
    Recherche

    Powered by Web Design Company Plugins