Où sont les modèles masculins ? (3)
Au Québec, le manque d’initiative des hommes en matière de séduction et de drague s’explique peut-être par une pénurie de modèles masculins de réussite.
Je me suis amusé à faire un exercice : quels Québécois illustres peuvent apparaître comme des modèles, voire des héros pour les hommes ? Et quels sont ceux qui pourraient inspirer les séducteurs hétéros ?
Aujourd’hui, penchons-nous sur le monde du petit écran et du sport.
La télévision. L’univers du show-bizz est, par définition, sexy, séducteur, excitant. Le petit écran devrait donc déborder de personnages de rêve, d’hommes magnifiés, adulés. Mais au Québec, ce n’est pas vraiment le cas. Si je vous demandais de nommer des acteurs québécois vraiment séduisants, turgescentes icônes mâles, que répondriez-vous ? Roy Dupuis, Luc Picard, Patrick Huard, David Boutin, Guillaume Lemay-Thivierge, David La Haye… L’animateur Marc Boilard, quelques bellâtres de talk-shows et… heu… c’est à peu près tout.
Guy A. Lepage fut, à l’époque de RBO, qualifié d’un des plus beaux hommes du Québec, mais plusieurs détestent aujourd’hui sa suffisance sur le plateau de Tout le monde en parle.
Compte tenu du temps démesuré que les Québécois consacrent à la télévision, les modèles de séducteurs mâles ne sont pas nombreux. Les créateurs de pubs et les auteurs de téléromans prennent plutôt un malin plaisir à opposer des personnages d’hommes pitoyables, voire parfaitement minables, à des femmes entreprenantes, dynamiques, courageuses, etc. ; c’est l’essence même du téléroman Virginie, entre autres. Avec la série Les Invincibles, les hommes se prennent eux-mêmes pour cible en accentuant le pathétique des situations.
Le journalisme télé magnifie aussi l’image des animateurs de téléjournaux et journalistes-vedettes : Simon Durivage, Pierre Bruneau, René Lecavalier, Gaétan Montreuil, René Lévesque à l’époque de Point de Mire, etc., mais elle ne les transforme pas nécessairement en séducteurs. La seule icône mâle est l’animateur de Radio-Canada Bernard Derome, qui a récemment pris sa retraite (en 1973, un concours l’a couronné le plus bel homme du Québec).
Les sportifs. Le sport est synonyme de performance et de dépassement, source d’inspiration pour les jeunes et moins jeunes. Je pense bien sûr au hockey, sport d’équipe préféré des Québécois, et à ses légendes Jean Béliveau, Maurice Richard et Guy Lafleur, et les hockeyeurs contemporains comme Patrick Roy et Saku Koivu. «La France a ses héros de la Résistance, ses philosophes et hommes de lettres, les Américains ont leurs stars de cinéma, leurs prix Nobel, leurs conquérants de la Lune ; l’Italie a ses Vivaldi et ses Ferrari ; le Québec a qui ? Il a ses joueurs de hockey», écrit le journaliste Mathieu-Robert Sauvé dans Échecs et mâles. Les modèles masculins au Québec, du marquis de Montcalm à Jacques Parizeau (Les Intouchables, 2005), essai qui a inspiré la présente série de billets.
Le hockey est un univers d’hommes, un sport qui soude les relations père-fils : dès l’enfance, le père apprend à patiner à son garçon, puis il l’inscrit à des cours de hockey, l’accompagne à l’aréna pour assister aux joutes, l’encourage à persévérer, indique Mathieu-Robert Sauvé dans son essai. Le Québec a désespérément besoin de modèles masculins… Grâce au hockey, nous en avons quelques-uns.
Mais les héros du hockey sont malheureusement unidimensionnels, souligne Mathieu-Robert Sauvé : hors de la patinoire, les Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur et Mario Lemieux semblent mal à l’aise, s’expriment maladroitement, n’ont aucune opinion sur la société, la politique, la culture, etc., semblent ignorer le monde réel. «Nos héros apparaissent comme des coquilles vides dès qu’on les sort de leur milieu naturel.»
- Demain : les artistes (écrivains, peintres, cinéastes, chansonniers).
- Le premier billet de la série porte sur des personnalités de la politique et des affaires, le second sur les révolutionnaires tranquilles et les intellectuels.


Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Oups !
Une demi-journée après avoir publié ce billet, je me suis rendu compte que j’aurais y dû évoquer l’animateur Marc Labrèche (qui n’est pas un sex-symbol, mais il sait séduire par l’humour) et aussi la série Les Boys — faut-il rappeler à quel point le joueur de hockey est une figure importante de la masculinité québécoise ?