Où sont les modèles masculins ? (1)

Au Québec, le manque d’initiative des hommes en matière de séduction et de drague s’explique peut-être par une pénurie de modèles masculins de réussite.

Le système éducatif québécois, à la garderie et à l’élémentaire, est féminisé — voyez notre entrevue à ce sujet avec le psychologue et sexologue Yvon Dallaire. Le père manquant (ou manqué) est un thème omniprésent dans la réalité québécoise (voyez par exemple les statistiques sur les familles monoparentales) et dans notre imaginaire (la littérature, le théâtre, les téléromans, le cinéma, la publicité, etc.). Certains vont jusqu’à soutenir que les Québécois — les hommes, s’entend — se complaisent dans l’échec.

Je me suis amusé à faire un exercice : quels Québécois illustres peuvent apparaître comme des modèles pour les hommes ? Quels sont ceux qui pourraient inspirer les séducteurs hétéros ? (Je me suis inspiré de l’essai du journaliste montréalais Mathieu-Robert Sauvé, Échecs et mâles. Les modèles masculins au Québec, du marquis de Montcalm à Jacques Parizeau, Les Éditions des Intouchables, 2005.)

Je classe ces personnalités masculines par secteurs d’activité. Débutons par la politique et les affaires.

La politique. Il y a bien sûr deux icônes, René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau, de fortes personnalités qui étaient aussi de redoutables séducteurs. Deux personnages aux antipodes : ti-poil faisait craquer le coeur des femmes avec sa spontanéité, sa maladresse sympathique, tandis que PET en imposait par son élégance très calculée, un peu arrogante.

René Lévesque, Pierre Elliott Trudeau

Autrement, le portrait est peu ragoûtant. Pour s’en tenir aux premiers ministres…

  • Maurice Duplessis était ignoble (et vieux garçon).
  • Jean Lesage avait de l’envergure, mais il n’est pas devenu un modèle masculin.
  • Jean-Jacques Bertrand et Daniel Johnson père sont morts trop tôt.
  • Daniel Johnson fils et son frère Pierre-Marc n’ont pas laissé leur marque à la tête du gouvernement.
  • Robert Bourassa et Claude Ryan étaient trop ternes.
  • Jacques Parizeau est trop bourgeois, trop Monsieur, et il s’est montré mauvais perdant lors du référendum de 1995.
  • Lucien Bouchard avait beaucoup de prestige dans les années 1990, avec une réputation de séducteur, mais il s’est révélé un imposteur (conservateur déguisé en social-démocrate), il a démissionné, et aujourd’hui il nous fait la morale sur nos heures de travail.
  • Jean Charest a battu des records d’impopularité, il ne conserve le pouvoir que par son habileté à se faire oublier. Dans l’intimité, sa femme le surnommerait «Patapouf»…
  • Dans le camp fédéraliste, Brian Mulroney savait se montrer charmeur avec sa belle voix grave, mais il connaît une fin de carrière défavorable (des accusations de corruption) ; les mauvaises manières de Jean Chrétien à la tête du pays nous ont fait honte pendant plus de 10 ans ; et le premier ministre actuel, Stephen Harper, est un idéologue fini qui ne présente aucun signe d’humanité.

En bref, les modèles masculins sont rares en politique québécoise. Outre Lévesque et Trudeau, je ne retiens qu’un seul personnage inspirant, Bernard Landry, qui a passionnément aimé sa première épouse Lorraine Laporte (emportée par un cancer en 1999) et qui a ensuite refait sa vie avec l’ex-chanteuse et actrice Chantal Renaud. En mai dernier, je les ai aperçus à une terrasse du quartier Côte-des-Neiges. Ils avaient l’air plus jeunes, plus rafraîchissants que les étudiants qui avaient envahi la terrasse pour profiter du soleil printanier et tenter de draguer.

Le monde des affaires. Le Québec inc. compte plusieurs bâtisseurs d’empires : Alphonse Desjardins et le Mouvement Desjardins, Joseph-Armand Bombardier et sa célèbre entreprise d’équipements de transports, la famille Desmarais de Power Corporation, les pharmacies Jean Coutu, etc. Une idée reçue veut que la réussite financière et le pouvoir économique soient de puissants aphrodisiaques. Or peu de nos grands entrepreneurs s’imposent en modèles masculins qui puissent inspirer les wannabe dragueurs. Quelques exceptions : Pierre Péladeau (Quebecor), qui enjôlait des femmes étonnantes malgré un physique défavorable, son fils Pierre Karl (à la réputation de grand séducteur) et Guy Laliberté (monsieur Cirque du Soleil en orbite).

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4 commentaires à Où sont les modèles masculins ? (1)

  • Alex G. dit :

    Ok. Je pense qu’on cherche la cause du “problème” où elle ne se trouve pas. Dans notre époque où l’information nous vient de tous les pays, on a l’embarras du choix en terme de modèles. C’est fini le temps où les seuls modèles qu’on avait c’était les modèles des médias locaux incapables de servir du contenu international à leur auditoire.

    Peu importe d’où viennent les modèles, on peut choisir ce qu’on veut. Que ce soit Johnny Depp qui fait craquer toutes les jeunes filles. Barack Obama qui renverse tout le monde avec son six pack ou encore Tony Blair qui est quand même assez beau gosse. (Tout ça pour ne nommer que quelques beaux gosses de la scène internationale.) Et que dire de l’acteur dont je ne me souviens plus du nom qui est la vedette de “Twilight”… le nombre de jeunes filles qui en rêvent est surprenant.

    Les hommes québécois ont autant de “modèles” à suivre qu’il y a de pays sur terre et de métiers. On aura beau essayer de démontrer que la réussite professionnelle n’est pas garante du sex appeal, il y aura toujours un contre-exemple; et plusieurs Québécois l’auront probablement déjà adopté comme “idole” ou modèle personnel malgré la différence de culture.

    On est pas en manque de modèles, que ce soit féminins ou masculins. Le problème n’est pas là et les jeunes générations ne se contentent plus de “modèles fait maison”.

    Gilles Duceppe, il est pas séduisant? Il a quand même de sacrés beaux yeux et c’est un homme élégant. Mario Dumont, de l’ADQ, il est pas trop pire non plus. Andre Boisclair, ok, il joue dans une autre équipe, mais c’est quand même un exemple de célébrité politique qui a du “sex appeal”. Il y a combien de présidents américains dans les derniers 100 ans qui avaient vraiment du sex appeal? À part JFK et Obama, je vois pas! René Lévesque et les autres font partie d’une toute autre époque et d’une toute autre catégorie et puis je dois dire que je trouve ça vraiment inélégant de fouetter des chevaux qui ne sont plus dans la course; surtout s’ils sont déjà morts….

    Les modèles québécois existent, même si vous les traitez “d’exceptions”. En fait, ce sont eux les vrais “modèles” québécois et ils sont pas si pires que ça! Et qui a dit que la politique et les affaires étaient sexy? Les politiciens sexy sont vraiment des exceptions. Même si Sarkozy est maintenant le chum d’une des plus belles femmes de France, aucun jeune homme qui a “besoin de cruiser” n’est vraiment tenté de lui ressembler… Tout le monde voudrait être dans son lit à sa place, mais personne ne veut sa job et surtout pas lui ressembler. Ça, c’est une vraie exception!

    Et pouvez-vous trouvez un jeune Québécois qui voudrait avoir le toupet de Donald Trump? Pas sûr… Même les Américains le trouvent de mauvais goût. Servez-nous donc une vraie liste de modèles de réussite conjugale et amoureuse au lieu de nous dresser une liste de “losers d’ici” célèbres.

    Je vous félicite quand même d’aborder le sujet. Mais je crois que le problème se trouve ailleurs.

    À suivre…

  • Bonsoir Alex G., merci beaucoup pour votre long commentaire.

    Ma petite revue des plus ou moins pires modèles québécois de séducteurs n’est pas parfaite, j’en conviens. Dresser des palmarès est toujours un exercice difficile, approximatif, jamais satisfaisant. Et je suis bien d’accord avec vous quand vous dites que l’on peut trouver des modèles masculins un peu partout sur le globe (et comme tout le monde, j’ai de l’admiration pour des personnalités de plusieurs pays et cultures).

    Cela dit… Le livre et le blogue Les Québécois ne veulent plus draguer s’intéressent aux relations hommes-femmes au Québec. J’essaie de comprendre quels sont les comportements et attitudes typiques du Québec (et je peux me tromper, je ne prétends pas détenir la Vérité). On entend souvent dire qu’au Québec, il manque de modèles masculins de réussite, qu’on se complaît dans une culture de losers ; je tente donc de cerner quels seraient les modèles de séducteurs mâles. Au Québec.

    On ne peut pas forger une identité, une culture nationale en s’appuyant seulement sur des modèles provenant d’ailleurs dans le monde, il nous faut des modèles “de proximité”.

  • Modele dit :

    Je tenais juste à te dire qu’il est particulièrement plaisant de parcourir ton blog.

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    @Modele: Merci beaucoup!

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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