Jocelyne Robert, auteur, sexologue

Voici le quatrième billet d’une série consacrée à quelques spécialistes rencontrés entre 2007 et 2009 pour notre livre Les Québécois ne veulent plus draguer… Ces personnalités jouent un rôle important au Québec dans l’élaboration d’un nouvel ordre amoureux.

Aujourd’hui : Jocelyne Robert, auteur, sexologue et synergologue (spécialiste du langage non verbal).

Jocelyne Robert

Depuis 25 ans, Jocelyne Robert contribue à l’éducation et au mieux-être sexuel de son prochain grâce à ses livres à succès (traduits en une vingtaine de langues), ses chroniques dans divers médias, conférences, etc. Depuis une dizaine d’années, elle s’intéresse plus spécifiquement aux relations hommes-femmes et à l’impact de l’hypersexualisation. Elle prépare en ce moment un ouvrage sur les baby-boomeuses : leur peur de vieillir, leur rapport au corps, à la beauté, à l’amour et à l’érotisme ainsi que l’engouement pour les chirurgies esthétiques. Jocelyne Robert a été récompensée par de nombreux prix et distinctions.

Nous avons rencontré Jocelyne Robert en juin 2007. De cette longue entrevue, voici quelques extraits inédits (qui reprennent le fil de notre entrevue avec le psychologue et sexologue Yvon Dallaire, sur l’éducation des garçons).

Question : Quel est l’impact de la pornographie sur la rencontre amoureuse ?

Réponse : Depuis une quinzaine d’années, avec l’hypersexualisation de nos sociétés, on propose et impose un modèle d’homme-machine, hyper-performant.

Le garçon grandit souvent dans un monde de femmes (à la maison, à la garderie, à la maternelle, à l’école primaire…). Il arrive à l’adolescence, et il n’est qu’hormones sur deux pattes. Souvent, il y a peu ou pas d’hommes autour de lui à la maison et à l’école pour l’aider, le rassurer, pour lui dire que c’est normal, qu’il ne doit pas angoisser avec la sexualité, etc. Alors, naturellement, ce garçon a besoin de support, de repères pour affirmer, consolider son identité sexuelle. Il cherche du matériel érotique. Et il le prend où, son matériel érotique ? Comme il n’a pas ou peu de modèle masculin autour de lui, qu’il n’y a pas de véritable accompagnement à l’école et que les parents sont un peu dépassés, il le prend n’importe où sur Internet. À 11 ans ou 12 ans, il consomme du porno pour alimenter son univers fantasmatique et érotique. Et il consomme aussi des vidéo-clips ; ce qui mène le monde musical en Occident aujourd’hui, c’est le rap, et un rap violent, un rap qui dit aux filles de sucer tous leurs chums et qui dit aux gars qu’ils doivent toujours être prêts, toujours bandés, au point où des jeunes de 14 ans volent du Viagra à leur grand-père pour performer au lendemain d’un party — ce n’est pas anecdotique !

Je reçois énormément de courriels — j’ai mon adresse électronique dans tous mes livres — et je constate que des jeunes adultes dans la vingtaine et la trentaine, hommes et femmes, ne savent plus ce que c’est entrer en relation. Ils demeurent dans l’antichambre relationnelle. Ils font des rencontres, mais passer de la rencontre à l’établissement d’une relation, ils ne savent plus comment. Et ceux qui y arrivent, qui vont entrer en relation et former un couple, très rapidement ils seront en situation de problèmes et de dysfonctionnements parce que le gars est fabriqué à partir du modèle dont on vient de parler. Alors la fille va dire : «Au début, pour lui faire plaisir je faisais ça ou ça, mais là, j’en ai marre !» Des gars m’écrivent, ils me disent : «Je suis désespéré. J’aime ma blonde, je la trouve belle, objectivement je la trouve désirable, mais je ne suis pas capable de fonctionner. J’ai essayé de tout jeter mon matériel porno, mais ça ne marche pas.» Il faut presque les envoyer en thérapie pour les désensibiliser à l’impact de la pornographie sur leurs capacités non seulement érotiques, mais relationnelles.

Pour draguer, séduire, aller vers l’autre et entrer en relation, il faut avoir eu des modèles. Et le modèle dominant, dans nos sociétés occidentales, n’est pas un modèle relationnel. C’est un modèle de performance et de consommation. C’est ça qu’on valorise. On est dans la performance, avec l’homme et la femme objets. Le rapport au corps va dans le même sens : le corps est un objet qu’on fabrique, qu’on triture, qu’on découpe, qu’on rapièce, qu’on réorganise. Il y a une croissance de la demande pour les augmentations péniennes, pour les reconstructions vaginales pour avoir une vulve d’enfant quand on a 50 ans… On n’est plus dans le corps-personne, ni dans la relation, mais dans l’objectivation de l’être.

Il y a toute une démarche à faire pour faire prendre conscience aux gens qu’on se fait imposer des normes et des diktats, qui nous habitent, et qui sont très insécurisants, très angoissant, très anxiogènes. Un modèle de performance est un modèle anxiogène, qu’on le veuille ou non. La liberté sexuelle, c’est le contraire de se soumettre !

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2 commentaires à Jocelyne Robert, auteur, sexologue

  • serty dit :

    C’est assez drôle, vous évitez de parlez du POURQUOI les hommes ne draguent plus les femmes. Pourquoi les hommes ne vont plus vers les femmes?
    Ce n’est pas a cause du porno ou la société d’hyper-consommation.
    Allez faites un effort soyez honnêtes, vous savez pourquoi les hommes ne vont plus vers les femmes.
    Je vous donnes une piste de réflexion:
    dérives du féminisme ==> société misandre (hommes rabaissés)

  • Jean-Sébastien Marsan dit :

    @serty: C’est trop facile d’accuser les féministes de tous les maux, d’autant plus que le mouvement féministe québécois est aujourd’hui très modéré (les dérives du féminisme radical des années 1970, ça s’est déroulé il y a suffisamment longtemps pour faire partie des livres d’histoire; le Québec a beaucoup changé au cours des 30 dernières années). Pourquoi entretenez-vous cette rancoeur envers les féministes? À quoi bon?

    Si les hommes hésitent à draguer les femmes au Québec, c’est pour un ensemble de raisons très complexes (que nous essayons ici d’explorer).

À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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