Yvon Dallaire, psychologue et sexologue
Voici le deuxième billet d’une série consacrée à quelques spécialistes rencontrés entre 2007 et 2009 pour notre livre Les Québécois ne veulent plus draguer… Ces personnalités jouent un rôle important au Québec dans l’élaboration d’un nouvel ordre amoureux.
Aujourd’hui : Yvon Dallaire, psychologue et sexologue.
En plus de son travail de thérapeute dans sa clinique de Québec, Yvon Dallaire mène depuis le début des années 1980 une réflexion sur la condition masculine et la vie de couple. En témoignent ses nombreux livres (il possède sa propre maison d’édition, Option Santé), articles, chroniques, émissions de télévision, conférences, ateliers et formations.
Nous avons rencontré Yvon Dallaire en mai 2007. De cette longue entrevue, voici quelques extraits inédits qui s’attardent à un phénomène toujours d’actualité : la socialisation des garçons dans une société en voie de féminisation.
Question : Au Québec, les femmes sont très entreprenantes. Est-ce parce que les hommes ne draguent plus ?
Réponse : On a beaucoup valorisé les femmes au Québec, on les a incitées à devenir plus intrusives, plus actives, fonceuses. Ces femmes-là ne font pas peur aux hommes qui sont bien dans leur peau. Mais ceux qui ont été castrés, ceux qui ont eu «trop» de mère, ceux qui ont été victimes d’un inceste émotif par leur mère, c’est sûr que ces hommes-là vont avoir peur d’une femme qui se tient debout et qui s’affirme. Pour eux, ça veut dire perdre son identité, ne pas avoir le droit d’exister.
Une fille qui est victime d’inceste sur le plan sexuel aura de la difficulté à s’épanouir sexuellement lorsqu’elle sera adulte. Un garçon qui est victime d’inceste sur le plan émotif — pendant les cinq premières années de sa vie, il vit avec une mère, son père est absent, puis il arrive à la garderie, et à l’école, où il est encore avec des femmes ; on sait qu’à l’école primaire, il n’y a que 15 % d’hommes —, c’est un petit garçon entouré de femmes qui, spontanément, vont valoriser les valeurs féminines. Il a très peu de modèles masculins parce que le père n’est pas là, parce qu’il y a peu d’intervenants masculins dans les garderies, etc.
Q. : Il y aurait une génération perdue ?
R. : Oui, la génération qui a suivi les baby-boomers. On a sorti les cours d’éducation physique des écoles à partir du moment où il y a eu de plus en plus de filles dans les écoles. Il y a même des écoles à Montréal où on interdit aux garçons de courir dans la cour d’école ! Au contraire, il faut les laisser courir, se dépenser.
Q. : Que peut-on faire au Québec pour que les hommes et les femmes réapprennent à se rencontrer, à avoir du plaisir à séduire ?
R. : Il y a des études, des expérimentations qui démontrent actuellement qu’à l’intérieur des écoles et des collèges mixtes, il doit y avoir des activités pour garçons, pour qu’ils puissent se confirmer les uns avec les autres, et aussi des activités pour filles. Donc, des classes non mixtes pour certaines activités. Ça permettrait à chacun de mieux se confronter, surtout pour les gars qui aiment les structures de compétition, et mieux se situer. Mais tant et aussi longtemps que nous aurons des classes mixtes où les valeurs sont féminines, matriarcales, les gars auront de plus en plus de difficulté à s’affirmer.
Q. : Donc ça commence dès l’enfance.
R. : Oui, ça commence dès l’enfance. Il faut qu’il y ait plus de pères qui prennent leur place auprès de leurs enfants, garçons et filles. Parce que le père va aussi confirmer la féminité de sa fille, et il va assumer la masculinité de son garçon.
Nous pourrions aussi faire des choses aujourd’hui avec les groupes d’entraide pour hommes. Mais le problème, c’est qu’il y a deux catégories de groupes d’entraide pour hommes : ceux qui aident les hommes à devenir roses pour mieux répondre aux attentes des femmes, et les groupes de masculinistes extrémistes qui copient exactement les discours du féminisme originel en devenant victimaires et revanchards, «c’est de la faute des femmes si les hommes sont dans cette situation», etc. Il nous faut d’autres groupes d’hommes qui se rencontrent entre eux pour se définir non pas en fonction des autres, mais en fonction d’eux-mêmes.
- Pour en savoir plus : le site web d’Yvon Dallaire
- Toutes nos entrevues

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Monsieur Dallaire,
Il existe présentement un groupe d’hommes qui répond à votre critère:
“Il nous faut d’autres groupes d’hommes qui se rencontrent entre eux pour se définir non pas en fonction des autres, mais en fonction d’eux-mêmes.”
Il s’agit de ManKind Project. Une organisation internationale sans but lucratif présente au Canada, États-Unis, France, Europe francophone, Afrique du sud, Allemangne, Angleterre, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.
Et aussi présente à Montréal, Trois-Rivières et Ottawa.
Des groupes de développement et d’entraide pour les hommes, par des hommes, pour eux-mêmes en tant qu’hommes.
Visitez le site de Montréal à l’adresse suivante: http://montreal.mkp.org/fr/
M. Larose,
Bonjour M. Larose,
Oui, je connais bien le MKP. Il existe aussi au Québec d’autres groupes d’entraide pour hommes bien adaptés à la culture québécoise.
Les hommes de coeur : http://www.leshommesdecoeur.org/tout
Réseau Homme Québec (initié par Guy Corneau) : http://www.rhq.ca/
Auton’hommie : http://www.autonhommie.org/
L’Après-Rupture : http://www.lapresrupture.qc.ca/
Vous trouverez une liste détaillée des groupes francophones d’entraide pour hommes (Québec, France, Suisse, Belgique) sur le site des éditions Option Santé : http://optionsante.com/liens01.php#homme