Drague 101
En écrivant le livre Les Québécois ne veulent plus draguer… et encore moins séduire, nous n’avons jamais voulu rédiger un manuel pratique sur la drague. Plusieurs nous demandent pourtant quelles sont les méthodes les plus efficaces pour rencontrer une créature du sexe opposé.
Une fois n’est pas coutume et pour faire oeuvre utile, voici quelques techniques de base tirées du meilleur guide pratique que j’ai pu consulter, La drague, tout un programme, du Français Gérard Moncomble (De La Martinière Jeunesse, 2000). Un manuel bourré de références culturelles — les Français possèdent une longue et riche culture de la drague, qui ne peut que nous inspirer.
Pour draguer, il faut d’abord plaire. Il y a une différence entre être beau, belle, et se sentir beau ou belle. Pour draguer, il faut être bien dans sa peau, avoir de la conversation, une personnalité intéressante et attachante. Il existe des mannequins et des bellâtres mal dans leur peau, sans personnalité, que personne n’a envie de fréquenter.
Draguer, c’est apprendre. «Charmer grâce à des yeux gris lavande, une coupe de cheveux extra-mode, de longues jambes ou une paire d’obus canon, c’est de la séduction passive. Ça ne vous apprendra rien. (…) Plus les obstacles sont nombreux, plus la réussite sera méritoire.» Draguer, c’est aussi mieux se connaître, mieux s’accepter, et prendre plaisir à entrer en contact avec autrui.
Comment faire les premiers pas ? D’abord, il ne faut pas forcer la volonté de l’autre. Se comporter en macho ou en dominatrice, traiter un individu comme un objet de consommation jetable après usage ou comme une conquête-trophée, ce n’est pas une bonne stratégie. Il faut prendre son temps, ne rien brusquer, ne pas faire de zèle.
Il faut savoir saisir une occasion, trouver le bon moment pour faire les premiers pas. «Trouver le bon moment, c’est avant tout faire preuve d’intérêt pour l’autre, le (la) respecter, le (la) singulariser.»
Draguer dans la rue peut se faire de façon active (en quadrillant le terrain) ou passive (en restant assis à une terrasse de café ou sur un banc de parc), mais ce n’est pas facile. Il ne faut pas suivre les gens, il faut les croiser en donnant l’apparence du hasard. Un truc : acheter ou emprunter un chien et le promener dans les parcs. Les propriétaires de chiens entrent facilement en contact pour discuter (et plus si affinités).
Draguer dans les lieux publics, au centre sportif ou au musée, est plus aisé : «chacun y faisant peu ou prou les mêmes choses, le sujet de conversation tombe sous le sens.»
Dans les transports en commun, c’est plus délicat. Les travailleurs et les étudiants qui utilisent les métros et les autobus sont souvent stressés. Il vaut mieux draguer les touristes et les vacanciers qui se déplacent dans les avions, les trains, les bateaux de croisière, etc.
Dans les réunions de familles éclatées et recomposées, typiques du XXIe siècle, on peut rencontrer de nouveaux visages… et le risque de consanguinité est très faible !
Dans les magasins, il faut jouer au spécialiste, donner discrètement des conseils.
Dans un café ou un bar, on peut se cacher dans un coin et observer avant de tenter une manoeuvre. On peut aussi se montrer sans en avoir l’air, par exemple en faisant mine de lire un livre.
Les sorties et repas entre amis constituent d’excellentes occasions de drague, surtout lorsqu’on y introduit les amis des amis.
L’école et le monde du travail demeurent des lieux de drague incontournables, même quand les gens ne s’y renouvellent pas beaucoup, car on y apprend à connaître et apprécier nos consoeurs et confrères, au jour le jour.
Draguer, c’est d’abord établir un contact visuel. «Pour capter l’attention, captez le regard.» Après le regard, le sourire : «(…) le sourire est cette parole silencieuse qui dit tout bas ce que vous pensez tout haut.» Puis vient la voix. Lorsqu’on entre en contact avec quelqu’un, il faut articuler, parler lentement, faire des phrases complètes. Parler de manière agitée ou confuse démontre un manque d’assurance.
Le langage corporel «parle». Ne pas rouler les épaules, gesticuler, marcher le dos voûté, traîner des pieds, etc. Croiser les bras est un signe de refus, de rejet. Voici quelques gestes qui témoignent du désir d’une personne pour une autre : «relever une mèche de cheveux d’un geste lent, en fixant l’autre dans les yeux ; frôler son bras, l’effleurer ou poser sa main sur son épaule, juste une seconde ; pencher légèrement sa tête en le (la) regardant ; lui brosser les épaules d’une main négligente (poussière, cheveu, n’importe quoi fera l’affaire).»
Quelques accessoires facilitent la drague : le parfum (bien choisi et à petites doses), le maquillage (idem), les bijoux (idem), la coiffure (simple ou sophistiquée), le tatouage (signe de virilité ou de reconnaissance, particulièrement populaire depuis quelques années), sans oublier les vêtements. Sur ce dernier aspect, il faut assimiler les codes vestimentaires tout en s’en démarquant par un peu d’originalité.
Quels sont les mots pour draguer ? Surtout, ne rien brusquer. «Je veux t’embrasser !» après deux minutes de conversation, c’est trop brutal. Mieux vaut une approche plus subtile. «Il faut laisser à l’autre la possibilité de réagir en douceur, de décrypter le message et de réfléchir à la proposition.» Au lieu d’affirmer son désir directement, il vaut mieux poser des questions, être à l’écoute de l’autre. Parce que draguer, c’est faire la conversation. Ingrédient numéro un : l’humour, avec un peu d’autodérision, car les gens détestent les prétentieux et les suffisants. Il ne faut pas seulement parler de soi, il faut aussi s’intéresser à l’autre. Ne pas parler à tort et à travers, se vanter, jouer la victime, se plaindre de ses ex, etc. Surtout, ne pas parler de sexe !
À noter, le coup de foudre est un mythe. «Pour certains psychanalystes, le coup de foudre vous renvoie à vous-même : la personne foudroyante est la projection du foudroyé. En d’autres termes, ce qui vous foudroie, c’est votre propre désir. Ce qui revient à dire que vous vous foudroyez tout(e) seul(e). Ce serait un comportement névropathe totalement opposé à l’amour issu du principe de réalité qui, lui, se base sur la connaissance de l’autre, sa fréquentation au jour le jour.»
Le sentiment amoureux est source d’angoisse, est c’est dans l’ordre des choses. Avoir les mains moites et le souffle court, c’est normal. Des nuits plus courtes et une perte d’appétit, c’est bon signe ! Mais il ne faut pas succomber à la panique, développer une véritable obsession pour l’autre ou se laisser envahir par l’ivresse de la situation. Un truc : avouer franchement sa timidité et son trouble au partenaire convoité.
Si un dragueur ou une dragueuse ne nous plaît pas du tout, il faut démontrer de l’indifférence. Si l’autre insiste, il faut lui répondre «non» sans être blessant(e), si possible avec humour pour ne pas étirer indûment ce moment difficile.
Demain, je m’attarderai à un territoire de la drague qui tend malheureusement à devenir toute la drague : Internet.

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.