Offrir des fleurs
Hier, je me suis fendu d’un billet sur cette habitude ô combien québécoise de séparer des factures de bar ou de restaurant à la cenne près au lieu d’offrir (donc de payer) le repas ou les consommations. J’expliquais que les Québécois sont tellement individualistes et mal à l’aise dans les rapports de séduction qu’ils n’osent plus inviter l’autre, offrir une soirée ou un repas, et ce sans contrepartie.
Vous aurez sûrement remarqué que les hommes, au Québec, ne sont pas portés à offrir des fleurs aux femmes. Si vous vous demandez pourquoi, ne cherchez pas de midi à quatorze heures : un peuple qui divise les factures de restaurant en parties rigoureusement égales sera bien évidemment réticent à offrir des bouquets de fleurs !
Examinons un instant la signification profonde de l’acte d’offrir un bouquet de fleurs, cet objet à nul autre pareil.
- C’est du luxe à 100 %, un don total : il faut payer en espèces sonnantes et trébuchantes une sélection de végétaux périssables qui, immanquablement, vont s’affaisser après un séjour de quelques jours dans un vase et, au bout du compte, finir dans la poubelle (ou au compost, si madame est écolo).
- Il s’agit d’un cadeau étroitement associé à «l’identité de genre», diraient les féministes : ce sont les hommes qui offrent des fleurs aux femmes, sauf exceptions.
- Lorsqu’une femme accepte un bouquet de fleurs, cela ne l’engage à rien. Il s’agit aussi d’un don sans contrepartie monétaire : quand une femme reçoit un bouquet, elle ne sort pas son portefeuille pour offrir à son vis-à-vis un objet de valeur équivalente !
- Faut-il le souligner, on ne peut diviser la facture d’un bouquet de fleurs en parts égales…
Quand on offre des fleurs, tout est dans le geste. L’intention. Les formes. Le discours galant qui vient avec. Que le bouquet ait coûté cinq ou cent dollars n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui compte, c’est l’attitude de monsieur : le bouquet de fleurs accompagne-t-il une fracassante déclaration d’amour ? Une invitation au restaurant ? Ou est-il offert par simple courtoisie ?
Il me semble que les Québécois aient vraiment du mal avec ce genre de galanterie. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Vrai que la dernière fois que j’ai reçu des fleurs, c’était en 2007! Or, je crois que, si les hommes en offrent peu, ce n’est pas juste parce qu’ils trouvent que c’est trop coûteux. Offrir des fleurs, c’est dévoiler son intérêt très clairement. Avec le risque que cet intérêt ne soit pas réciproque ou que la dame trouve le geste quétaine…
Bonjour Julie,
Je suis entièrement d’accord! Beaucoup d’hommes ont peur de se ridiculiser en offrant des fleurs. Peut-être le feraient-ils davantage s’ils savaient à quel point les femmes peuvent être sensibles à ce petit geste… Mais en attendant, heureusement qu’il y a des mariages, des naissances et des enterrements à souligner, car sans cela, les fleuristes du Québec feraient faillite!
M. Marsan oublie de parler du romantisme qui est directement associé au geste de donner des fleurs à une femme. La littérature et le cinéma ont énormément influencé la population quant à la signification du don de fleurs. Peut-être que certains hommes refusent ce genre de romantisme.
Lorsque j’étais plus jeune, mon père offrait régulièrement des fleurs à ma mère sans aucune raison. Bien entendu, ma mère recevait le bouquet de roses, mais il n’oubliait jamais sa fille (c’est-à-dire moi) avec des oeillets. J’ai donc été habituée à un tel geste de la part d’un homme.
Cependant, rendue à l’âge adulte, cette habitude est disparue car les hommes de mon âge ne font pas cela. Si je veux des fleurs, je dois me les offrir moi-même. En fait, les seules fois où j’en ai reçu (maximum 5 fois dans ma vie), c’était parce que mon copain de l’époque avait de quoi à se faire pardonner. Ça défaisait automatiquement la beauté du geste selon moi.