Diviser une facture ou le refus de la galanterie

 

Scène banale au Québec : dans un restaurant ou un bar, un homme et une femme en situation de flirt séparent scrupuleusement une facture en deux. Ils vont jusqu’à effectuer des calculs avec un crayon ou la calculatrice de leur téléphone cellulaire, dans le genre : «Tu as bu trois verres et moi deux, tu n’a pas pris d’entrée, mais j’ai commandé un dessert, alors je divise ici et j’additionne là…»facture_resto1

Cette mauvaise habitude est d’une impolitesse crasse. Aussi galant que roter à table ou se moucher avec la nappe.

Ce comportement typiquement québécois provient, à mon avis, de l’égalité des sexes érigée en absolu. D’une lecture doctrinaire de la Charte des droits et libertés de la personne

Que l’on me comprenne bien : je suis heureux de vivre dans un État de droit qui impose l’égalité des sexes dans les lois, les institutions, au travail, etc. Les Québécois sont attachés à la notion d’égalité homme-femme, et c’est tant mieux. Le seul problème, c’est que l’exigence d’égalité a, mine de rien, contaminé plusieurs rapports sociaux qui ne devraient pas reposer sur l’équilibre parfait entre les droits de monsieur et de madame.

Les Québécois ne semblent pas conscients que la séduction et la drague sont des situations, par essence, inégalitaires : il y a toujours quelqu’un qui invite et quelqu’un qui est invité, il y a toujours une personne qui tombe en amour et une autre sujet de cet amour, toujours un individu qui propose et l’autre qui dispose. Le sentiment amoureux est une situation de déséquilibre (et même de vertige !) entre individus.

Séparer une facture en deux parties rigoureusement égales, c’est se barricader dans son individualisme, se replier sur soi, refuser la rencontre amoureuse.

Cela dit, il arrive souvent qu’une date se révèle un fiasco, qu’on n’ait pas du tout envie de revoir un homme ou une femme décevant(e). Et je comprends qu’une personne à qui l’on offre un verre n’ait pas nécessairement envie de se sentir redevable. Mais offrir un verre ou un repas au restaurant devrait toujours être un don, manière de dire : «J’ai envie de faire votre connaissance. C’est moi qui vous invite, et ça ne vous engage à rien.» Le b.a.-ba du savoir-vivre !

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À propos des auteurs
Jean-Sébastien MarsanJean-Sébastien Marsan
Longtemps, j'ai été pétrifié de frayeur à l’idée d’approcher une créature du sexe opposé. Mes premières tentatives furent au mieux très compliquées, au pire lamentables. Je ne savais comment m’y prendre. Pour une raison bien simple: personne ne me l’avait appris. ›››

Emmanuelle GrilEmmanuelle Gril
Ce fut tout un choc quand j’ai atterri dans la Belle province, il y a plus de 20 ans. Le climat rigoureux, certes, mais pas seulement. L’attitude des hommes aussi, qui se tiennent cois et muets devant la gente féminine. Pas le moindre sifflet appréciateur, pas la plus petite œillade… Ciel, mais que s’est-il donc passé ?, me disais-je à l’époque.
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Les Québécois ne veulent plus draguer...et encore moins séduireCe blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est original.
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