Les chansons d’amour ? Beurk !
Je le confesse et j’en suis fier : je déteste à mort les chansons d’amour. Surtout les ballades rock.
Ces compositions musicales bas de gamme se ressemblent toutes. Elles sont monotones comme la pluie (tempo lent, instrumentation mollassonne, paroles convenues) et ultraprévisibles : ça commence doucement, puis le chanteur ou la chanteuse se lamente, force sa voix, les musiciens jouent avec plus d’emphase, et c’est la finaaaaale dégoulinante de pathos.
De deux choses l’une : soit les artistes qui écrivent et interprètent des chansons d’amour ne le font que pour le cash, soit ils sont assez fous pour croire aux niaiseries qu’ils vocalisent comme des désespérés : «je t’ai attendu(e) si longtemps», «un jour, mon Prince viendra», «toi et moi, c’est pour toujours», «je ne pourrai vivre sans toi», etc. Dans tous les cas, ces interprètes contribuent à valoriser des sentiments exacerbés, des mises en scènes irréalistes et des situations pathétiques qui n’ont rien, mais alors rien à voir avec la réalité des relations hommes-femmes, de la séduction et de la rencontre amoureuse.
Qui se souvient encore de Frank Zappa (né à Baltimore en 1940, mort à Los Angeles en 1993), l’un des plus importants compositeurs américains de la fin du XXe siècle tous genres confondus ? Il fut et demeure l’un des rares musiciens pop qui osa dénoncer la supercherie de la chanson d’amour standard. «Supposons que vous êtes enfant et que vous entendez sans cesse ces “chansons d’amour” à la noix», écrit-il dans son autobiographie The Real Frank Zappa Book (publiée en 1989). «Vos parents vous cachent la vérité sur les choses de l’amour, et comme il ne faut pas compter sur l’école pour vous déniaiser, vous risquez donc de voir toutes vos “normes comportementales” influencées par quelques-unes de ces foutues chansons. Elles créent un entraînement subconscient à désirer des situations imaginaires qui n’existeront jamais pour vous. Tous les gens qui se complaisent dans ce genre de mythologie finissent leur vie frustrés.» (L’italique est de Zappa.)
Une chanson d’amour pop est une production culturelle cheap, malhonnête et manipulatrice, qui manufacture de l’émotion à bon marché comme on fabrique des t-shirts ou des hot-dogs, plaidait Zappa. Et je suis bien d’accord avec lui.
Votre vie sentimentale est un désert ? Ou vous souffrez d’un chagrin d’amour ? Pour ne pas aggraver le mal, cessez de vous farcir ces t… de chansons d’amour en conserve. Elles ne vous apporteront rien de bon. Écoutez plutôt de la musique énergique, voire agressive, qui vous donnera envie de conquérir le monde !

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.